‹ Œuvres complètes de Buffon (volume 5)Chapitre 84 sur 147 · i° Quartz, jaspe, mica, et feld-spath; 20 quartz · texte numérisé non relu

i° Quartz, jaspe, mica, et feld-spath; 20 quartz

Quoique tous les jaspes aient la cassure moins brillante que celle du quartz, ils reçoivent néanmoins également le poli dans tous les sens : leur tissu très-serré a retenu les atomes métalliques don! ils sont colorés, et les métaux ne se trouvant en grande quantité qu’en quelques endroits du globe, il n’est pas surprenant qu’il y ail dans la nature beaucoup moins de jaspes que de quartz ; car il falloit, pour former les jaspes cette circonstance de plus, e’est-à-dire un grand nombre d’exhalaisons métalliques, qui ne pouvoient être sublimées que dans les lieux abondans en métal. L’on peut donc présumer que c’est par cette raison qu’il y a beaucoup moins de jaspes que de quartz, et qu’ils sont en masses moins étendues.

Mais de la même manière que nous avons distingué deux états dans le quartz , l’un , très-ancien, produit par le feu primitif, et l’autre, plus nouveau, occasioné par la stillation des eaux, de même nous distinguerons deux états dans le jaspe : le premier, où, comme le quartz, il a été formé en grandes masses 4 dans le temps de la vitrifica-

jaspe, mica, et schorl ; 3° quartz, jaspe, feld spath, et schorl ; 4° jaspe , mica , feld-spath , et schorl ; 5° enfin quartz, jaspe, mica, feld-spath, et schorl : en tout vingt-cinq combinaisons ou matières différentes.

4. M. Ferber a vu (à Florence , dans le cabinet de M. Targioni Tozzetti) du jaspe rouge sanguin , veiné de blanc, provenant de Barga, dans les Apennins de la Toscane, où des couches considérables , et même des montagnes entières , sont , dit-il , formées de jaspe.

Les murs de la capella di Santo-Lorenzo à Florence sont revêtus de très-belles et grandes plaques de ce jaspe, qui prend très-bien le poli.

Un peu au dessous du château de Montieri , dans le pays de Sienne, est la montagna di Montieri , formée de schiste micacé ; on y trouve d’anciennes minières d’argent, de cuivre et de plomb , et une grande couche , au moins de trois toises d’épais-

MINERAUX

tion générale ; et le second , où la stillation des eaux a produit de nouveaux jaspes aux dépens des premiers ; et ces nouveaux jaspes étant des extraits du jaspe primitif, comme le cristal de roche est un extrait du quartz , ils sont, pour la plupart, encore plus purs et d’un grain plus fin que celui dont ils tirent leur origine. Mais nous devons renvoyer à des articles particuliers l’examen des cristaux de roche et des autres pierres vitreuses , opaques , ou transparentes , que nous ne regardons que comme des stalactites du quartz , du jaspe , et des autres matières primitives1; ces substances secondaires , quoique de même nature que les premières, n’ayant été produites que par l’intermède de l’eau , ne doivent être considérées qu’après avoir examiné les matières dont elles tirent leur origine, et qui ont été formées par le feu primitif. Je ne vois donc dans tonte la nature que le quartz, le jaspe, le mica , le feld-spath , et le schorl , qu’on puisse regarder comme des matières simples, et auxquelles on peut ajouter encore le grès pur , qui n’est qu’une agrégation de grains quarlzeux, et le talc, qui de même n’est composé que de paillettes micacées. Nous séparons donc de ces verres primitifs tous leurs produits secondaires , tels que les cailloux , agates, cornalines, sardoines, jaspes-agatés , et autres pierres opaques ou demi transparentes , ainsi que les cristaux de roche et les pierres précieuses, parce qu’elles doivent êtres mises dans la classe des substances de dernière formation.

Le jaspe primitif a été produit par le feu presque en même temps que le quartz , et la nature montre elle -même en quelques endroits comment elle a formé le jaspe dans le quartz. « On voit dans les Vosges lorraines, dit un de nos plus habiles naturalistes2, une montagne où le jaspe traverse et serpente entre les masses de quartz par larges veines sinueuses, qui représentent les soupiraux par lesquels s’exhaloient les sublimations métalliques : car toutes ces veines

seur, d’un gros jaspe rouge, qui s’étend jusqu’au castello di Gcrfalco : mais , ce lit étant composé de plusieurs petites couches minces qui ont beaucoup tle fentes, on ne peut s’en servir. ( Lettres sur la minéralogie , etc. , page 109.)

t. Le'jaspe rouge dans lequel M. Ferber dit avoir vu des coquilles pétrifiées est certainement un de ces jaspes de seconde formation. Il s’explique luimême de manière à n’en laisser aucun doute. Ce jaspe produit dans des couches calcaires est une stillation vitreuse , comme le silex avec lequel il se trouve.

2. SI. l’abbé Bexon , grand-chantre de la Sainte- Chapelle de Paris.

sont diversement colorées; et partout où elles commencent à prendre des couleurs , la pâte quartzeuse s’adoucit et semble se fondre en jaspe, en sorte qu’on peut avoir dans le même échantillon , et la matière quartzeuse, et le filon jaspé. Ces veines de jaspe sont de différentes dimensions; les unes sont larges de plusieurs pieds , et les autres seulement de quelques pouces : et partout où la veine n’est pas pleine , mais laisse quelques bouillons ou interstices vides , on voit de belles cristallisations , dont plusieurs sont colorées. On peut contempler en grand ces effets de la nature dans cette belle montagne : elle est coupée à pic par différens groupes, sur trois et quatre cents pieds de hauteur ; et sur ses flancs, couverts d’énormes quartiers rompus et entassés comme de vastes ruines , s’élèvent encore d’énormes pyramides de ce même rocher, tranché et mis à pic du côté du vallon. Cette montagne, la dernière des Vosges lorraines, sur les confins de la Franche-Comté, à l’entrée du canton nommé le Va!-cl' À jol 3, fermoit en effet un vallon très - profond , ! dont les eaux, par un effort terrible, ont ; rompu la barrière de roche, et se sont ouvert un passage au milieu de la masse de la; montagne, dont les hautes ruines sont sus- j pendues de chaque côté. Au fond coule un torrent , dont le bruit accroît l’émotion [ qu’inspirent l’aspect menaçant et la sauvage beauté de cet antique temple de la nature, j] l’un des lieux du monde peut-être où l’on j peut voir une des plus grandes coupes d’une ’ montagne vitreuse , et contempler plus en grand le travail de la nature dans ces masses primitives du globe. »

On trouve en Provence , comme en Lor- j raine, de grandes masses de jaspe, particu-l iièrement dans la forêt de l’Esterelle; il s’en trouve encore plus abondamment en Aile- j magne, en Bohème, en Saxe, et notamment ; â Freyberg. J’en ai vu des tables de trois j pieds de longueur, et l’on m’a assuré qu’on \ en avoit tiré des morceaux de huit à neul i pieds dans une carrière de l’archevêché de j Salt’zbourg.

Il y a aussi des jaspes en Italie 4, en Pologne, aux environs de Varsovie et de Grod-

3. Les gens du pays nomment la montagne Cita- ] naroux , et sa vallée les Vargottcs : elle est située 2 deux lieues, au midi, de la ville de Remiremont, e< J une lieue, à l’orient, du bourg de Plombières , fa' j meux par ses eaux minérales chaudes.

4. On trouve dans les églises , dans les palais et les' cabinets d’antiquités de Rome et d’autre: ! villes d’Italie :

Le diaspro sanguigno ou eliotropio , qui es

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