DU GRÈS
Le grès , lorsqu’il est pur , est d’une grande dureté , quoiqu’il ne soit composé que des débris du quartz réduits en petits grains qui se sont agglutinés par l’intermède de l’eau; ce grès, comme le quartz, étincelle sous le choc de l’a-
approchent beaucoup des porphyres, s’ils n’en sont pas réellement ; beaucoup ont des grains plus gros, mélangés avec des lames quartzeuses de plusieurs lignes de large, d’un blanc plus ou moins vif , teint de rouge et de couleur de cerise ; quelques-uns sont intérieurement colorés de gris de fer luisant, ce qui parait réellement être une matière ferrugineuse ; quelques-uns enfin sont veinés de couleur de cerise, de noirâtre et de gris.*..
Il n’est pas rare de trouver parmi ces cailloux graniteux d'autres cailloux qui sont de quartz, d’agate ou de jaspe; ceux de quartz sont communément blancs.... On en voit de gris, de rouges et de quelques autres couleurs : les agates sont assez ordinairement blanches.... cependant j’en ai vu de brunes et de blanches, de rougeâtres, de jaunâtres, de roussâtres et de blanc sale, de grises avec des taches de gris de lin pâle, et de plusieurs autres nuances et variétés. Les jaspes ne sont pas moins diversifiés ; il y en a qui sont d’un très-beau rouge, d’autres sont verts, verdâtres, fleuris ou marbrés. Guettard, Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1762, page 241 et suivantes.
cier : il est également réfractaire à l’action du feu le plus violent. Les détriments du quartz ne formaient d’abord que des sables qui ont pris corps en se réunissant par leur affinité , et ont ensuite formé les masses solides des grès , dans lesquels on ne voit en effet que ces petits grains quartzeux plus ou moins rapprochés , et quelquefois liés par un ciment de même nature qui en remplit les interstices 4 . Ce ciment a pu être porté dans le grès de deux manières différentes ; la première, par les vapeurs qui s’élèvent de l’intérieur de la terre , et la seconde par la stillation des eaux. Ces deux causes produisent des effets si semblables , qu’il est assez difficile de les distinguer. Nous allons rapporter à ce sujet les observations faites récemment par un de nos plus savants académiciens, M. de Lassone, qui a examiné avec attention la plupart des grès de Fontainebleau , et qui s’exprime dans les termes suivants :
« Sur les parois extérieures et découvertes de « plusieurs blocs de grès le plus compacte , et « presque toujours sur les surfaces de ceux dont « on a enlevé de grandes et larges pièces en les « exploitant, j’ai observé un enduit vitreux « très-dur : c’est une lame de deux ou trois lift gnes d’épaisseur, comme une espèce de cou- « verte , naturellement appliquée, intimement « inhérente , faisant corps avec le reste de la « masse , et formée par une matière atténuée « et subtile , qui en se condensant a pris le ca- « ractère pierreux le plus décidé , une consi- « stance semblable à celle du silex , et presque « à celle de l’agate ; cet enduit vitreux n’est pas « bien longtemps à se montrer sur les en- « droits qu’il revêt. Je l’ai vu établi au bout « d’un an sur les surfaces de certains blocs en- « tamés l’année précédente. On découvre et on
* Nota. Par ces mots de ciment ou gluten, je n’entends pas, comme l’on fait ordinairement, une matière quia la propriété particulière de réunir des substances dissemblables , et, pour ainsi dire , d’une autre nature, en faisant un seul volume de plusieurs corps isolés ou séparés, comme la colle qui s'emploie pour le bois, le mortier pour la pierre, etc.; l'habitude de cette acception du mot ciment pourrait en imposer ici. Je dois donc avertir que je prends ce mot dans un sens plus général, qui ne suppose ni une matière différente de celle de la masse, ni une force attractive particulière, ni même la sépa» ration absolue des parties avant l’interposition du ciment, mais qui consiste dans leur union encore plus intime , par l’accession des molécules de même nature, qui augmentent la densité de la masse, en sorte que la seule condition essentielle qui fera distinguer ce ciment des matières sera le plus souvent la différence des temps où ce ciment y sera survenu, et où elles auront acquis par là leur grande solidité.
DES MINÉRAUX
« distingue les nuances et la progression de cette « nouvelle formation, et, ce qui est bien remar- « quable, cette substance vitrée ne paraît et ne « se trouve que sur les faces entamées des blocs,
« encore engagés par leur base dans la mi- « nière sableuse qui doit être regardée comme « leur matrice et le vrai lieu de leur généra- « tion*. »
Cette observation établit , comme l’on voit , l’existence réelle d’un ciment pierreux, qui même forme en s’accumulant un émail silicé d’une épaisseur considérable : mais je dois re. marquer que cet émail se produit non-seulement sur les blocs encore attachés ou enfouis par leur base, comme le dit M. de Lassone ,#mais même sur ceux qui en sont séparés ; car on m’a fait voir nouvellement quelques morceaux de grès qui étaient revêtus de cet émail sur toutes leurs faces. Voilà donc le ciment quartzeux ou silicé clairement démontré, soit qu’il ait transsudé de l’intérieur de la pierre, soit que l’eau ou les vapeurs aient étendu cette couche à la superficie de ces morceaux de grès. On en a des exemples tout aussi frappants sur le quartz , dans lequel il se forme de même une matière silicée par la stillation des eaux et par la condensation des vapeurs 2.
* Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1774 , page 209 et suiv.
2 M. de Gensanne, savant physicien et minéralogiste trèsexpérimenté , que j’ai eu souvent occasion de citer avec éloge, a fait des observations que j’ai déjà indiquées, et qui me paraissent ne laisser aucun doute sur cette formation de la matière silicée ou quartzeuse par la seule condensation des vapeurs do la terre. « Étant descendu, dit-il, dans une galerie « de mine (de plomb), de Pont-Pean, près de Rennes en Bre- # tagne , dont les travaux étaient abandonnés , je vis au fond « de cette galerie toutes les inégalités du roc presque l’emplies < d’une matière très-blanche, semblable à de lacéruse délayée,
« que je reconnus être un véritable guhr ou sinter . C’est
« une vapeur condensée qui, en se cristallisant, donne uu vé- « ritable quartz. » M. de Gensanne voulut reconnaître si cette matière provenait de la circulation de l’air dans les travaux , ou si elle transpirait au travers du roc sur lequel elle se formait : pour cela il commença par bien laver la surface du rocher avec une éponge , pour ôter le guhr qui s’y trouvait ; « ensuite, dit-il, je pris quatre écuelles neuves de terre ver- « nissée, que j’appliquai aux endroits du rocher où j’avais « aperçu le plus de guhr, et avec de la bonne glaise bien pé- « trie, je les cimentai bien tout à l’entour de deux bons pouces « d’épaisseur, après quoi je plaçai des travers de bois vis-à- «vis mes écuelles qui formaient presque les quatre angles « d’un carré. »
Au bout de huit mois , M. de Gensanne leva une de ces écuelles , et il fut fort surpris de voir que le guhr qui s'était formé dessous avait près d’un demi-pouce d’épaisseur, et formait un rond sur la surface du rocher de la grandeur de l’écuelle : il était très-blanc, et avait à peu près la consistance du beurre frais ou de la cire molle ; il en prit de la grosseur d’une noix , et remit l’écuelle comme auparavant, sans toucher les autres... Il laissa sécher cette matière à l’ombre; elle prit une
Mais si nous considérons en général les ciments naturels , il s’en faut bien qu’ils soient toujours, ni partout les mêmes; il faut d’abord en distinguer de deux sortes : l’un, qui paraît homogène avec la matière dont il remplit les interstices , comme dans lés nouveaux quartz et les grès , où il est plus apparent à la surface qu’à l’intérieur ; l’autre, qu’on peut dire hétérogène, parce qu’il est d’une substance plus ou moins différente de celle dont il remplit les interstices, comme dans les poudingues et les brèches : ce dernier ciment est ordinairement moins dur que les grains qu’il réunit. Nous connaissons d’ailleurs plusieurs espèces de ciments naturels , et nous en traiterons dans un article particulier. Ces ciments se mêlent et se combinent quelque^ fois dans la même matière, et souvent semblent faire le fond des substances solides. Mais ces ciments, de quelquenature qu’ils soient, peuvent avoir, comme nous venons de le dire, une dou-
consistance grenue et friable, et ressemblait parfaitement à une matière semblable, mais ordinairement tachetée, qu on trouve dans les filons de différents minéraux , surtout dans ceux de plomb, et à laquelle les mineurs allemands donnent le nom de leten. Il y en a quantité dans celui de Pont-Pean, et le minéral y est répandu par grains , la plupart cubiques , et souvent accompagnés de grains de pyrite. « Toute la différence que je « trouvais , dit M. de Gensanne , entre ma. matière et celle du « filon, c’est que la matière était très-blanche, et que celle du « filon était parsemée de taches violettes et roussàtres ; je pris « de celle du filon qui ne contenait assurément aucun minéral,
« et la plusblanche que je pus trouver ; j’en pris également de « la mienne , et fondis poids égal de ces deux matières , dans « deux creusets séparés et au même feu ; elles me parurent « également fusibles et me donnèrent des scories entièrement «semblables.... Je soupçonnai dès lors que ces matières « étaient absolument les mêmes... Quatorze mois se passèrent « depuis le jour que j’avais visité la première écuelle, jusqu au « temps de mon départ de ces travaux ; je fus voir alors mon « petit équipage; je trouvai que le guhr n’avait pas sensible - « ment augmenté sur la partie du roc qui était à découvert, « et ayant visité l’écuelle que j’avais visitée précédemment , «j’aperçus l’endroit où j’avais enlevé le guhr, recouvert de « la même matière ; mais fort mince et très-blanche ; au lieu « que la partie que je n’avais pas touchée , ainsi que toute la « matière qui était sous les écuelles que je n’avais pas remuées, « était toute parsemée de taches roussàtres et violettes, et ab- « solument semblables à celles qu’on trouve dans le filon de « cette mine, avec une différence que cette dernière renterme « quantité de grains de mine de plomb dispersés dans les ta- « ches violettes , et qui n’avaient pas eu le temps de se former « dans la première.
« Il résulte de cette observation que les gulirs se forment « par une espèce de transpiration au travers des rochers même « les plus compactes, et qu’ils proviennent de certaines exha- « laisons ou vapeurs qui circulent dans 1 intérieur de la teri e , « et qui se condensent et se fixent dans les endroits où la tein- « pérature et les cavités leur permettent de s’accumuler..,. « Cette matière est une véritable vapeur condensée qui se « trouve dans une infinité d’endroits , renfermée dans les ro- « ches inaccessibles à l’eau. Lorsque le guhr est dissous et « chassé par l’eau , il se cristallise très-facilement et forma « un vrai quartz. » Histoire Naturelle du Languedoc, tome II, page 22 et suiv.
HISTOIRE NATURELLE
ble origine : la première est due aux vapeurs ou exhalaisons qui s’élèvent du fond de la terre au moyen de la chaleur intérieure du globe; la seconde à l’infiltration des eaux qui détachent avec le temps les parties les plus ténues des masses qu’elles lavent ou pénètrent : elles entraînent donc ces particules détachées , et les déposent dans les interstices des autres matières ; elles forment même des concrétions qui sont très-dures a telles que les cristaux de roche et autres stalactites du genre vitreux , et cette seconde source des extraits ou ciments pierreux, quoique très-abondante, ne l’est peut-être pas autant que la première qui provient des vapeurs de la terre , parce que cette dernière cause agit à tout instant et dans toute l’étendue des couches extérieures du globe; au lieu que l’autre étant bornée par des circonstances locales à des effets particuliers , ne peut agir que sur des masses particulières de matière.
On doit se rappeler ici que dans le temps de la consolidation du globe , toutes les matières s’étant durcies et resserrées en se refroidissant, elles n’auront pu faire retraite sur elles-mêmes sans se séparer et se diviser par des fentes perpendiculaires en plusieurs endroits. Ces fentes, dont quelques-unes descendent à plusieurs centaines de toises, sont les grands soupiraux par où s’échappent les vapeurs grossières chargées de parties denses et métalliques. Les émanations plus subtiles , telles que celles du ciment silicé, ; sont les seules qui s’échappent partout, et qui ! aient pu pénétrer les masses entières du grès pur: aussi n’entre-t-il que peu ou point de substances métalliques dans leur composition , tandis que les fentes perpendiculaires qui séparent les masses du quartz , des granits et autres rochers vitreux sont remplies de métaux et de minéraux produits par les exhalaisons les plus denses, c’est-à-dire par les vapeurs chargées de parties métalliques. Ces émanations minérales, qui étaient très-abondantes lors de la grande chaleur de la terre, ne laissent pas de s’élever, mais en moindre quantité, dans son état actuel d’attiédissement : il peut donc se former encore tous les jours des métaux , et ce travail de la nature ne cessera que quand la chaleur intérieure du globe sera si diminuée, qu’elle ne pourra plus enlever ces vapeurs pesantes et métalliques. Ainsi le produit de ce travail , déjà petit aujourd’hui , sera peut-être nul dans quelques milliers d’années, tandis que les vapeurs
plus subtiles et plus légères, qui n’ont besoin que d’une chaleur très-médiocre pour être sublimées , continueront à s’élever et à revêtir la surface , ou même pénétrer l’intérieur des matières qui leur sont analogues.
Lorsque le grès est pur il ne contient que du quartz réduit en grains plus ou moins menus , et souvent si petits qu’on ne peut les distinguer qu’à la loupe. Les grès impurs sont au contraire mélangés d’autres substances vitreuses ou métalliques *, et plus souvent encore des matières calcaires ; et ces grès impurs sont d’une formation postérieure à celle des grès purs. En général , il y a plus de grès mélangés de substance
calcaire, que de grès simples et purs 2, et ils sont
4 II y a des grès mêlés de mica , et d’autres en plus grand nombre contiennent de petites masses ferrugineuses très-dures que les ouvriers appellent des clous.
« J’ai vu au bas des Vosges , dit M. l’abbé Bexon , des grès « mélangés ou semés de mica ; ces grès , dont on peut suivre « la bande tout le long du pied de la chaîne des montagnes , « et qui forme comme la dernière lisière entre le pays élevé « de granit , et le bassin de la plaine calcaire , sont générale- « ment déposés en couches, dont les plus épaisses fournisseni t la pierre de taille du pays , et dont les plus minces , qui « sont feuilletées et se lèvent en tables , telle qu’on les ext ploite sur les hauteurs de Plombières , de Valdajol et ail- « leurs, servent à couvrir les toits des maisons. Chacune de « ces feuilles ou tables a sa surface saupoudrée et brillante de « mica ; il paraît même que c’est à cette poudre de mica se- « mée entre les tables du grès que la carrière doit sa struc- « ture en couches feuilletées ; caron peut concevoir qu’à me- « sure que les eaux charriaient ensemble le sable quartzeux et « la poudre de mica mélangés , le sable , comme le plus pe- « saut , tombait le premier et formait sa couche , sur laquelle « le mica flottant venait ensuite se déposer, et marquait ainsi t le trait d’une seconde feuille. » Mémoires sur l'Histoire Naturelle de la Lorraine.
3 « En considérant les blocs de grès à Fontainebleau dans t leur disposition naturelle, et tels qu'ils ont été formés, nous « les voyons constamment dispersés dans le sable où ils sont « enfouis, et qui est comme leur matrice ; ils y sont solitaires « et isolés, de même que les silex ou cailloux le sont dans des « bancs de marne ou de craie , où ils ont pris naissance : c'est « exactement la même disposition , le même arrangement, et « la parité est encore établie par la forme à peu près arrondie « que chaque bloc affecte ordinairement dans ses contours; « mais ceci n’a lieu en général que pour les grès purs et ho- « mogènes, tels que ceux de Fontainebleau ; car nous obser- « vons que d’autres qui sont mixtes ou mélangés se compor- « tent différemment , à cause sans doute de leur composition « plus compliquée.
< Et même les grès purs de Fontainebleau , quoique for- « mant presque toujours des blocs séparés, paraissent néan- « moins en quelques endroits disposés en bancs ou en masses « continues et horizontales, parce qu’ici les masses sont plus « rapprochées, et qu’elles ont une épaisseur et une étendue a plus considérable...
« J'ai déjà fait remarquer que les grès de Fontainebleau « étaient au rang des plus purs et des plus homogènes; à la « vue simple et sans être armée, on reconnaît et on distingue, « malgré leur petitesse et leur ténuité, les grains sableux rap- « prochés et réunis en nue masse compacte, et formant les « blocs d’une matière uniforme : sans doute l’adhérence et « l'union réciproque de ces premières molécules sableuses
DES MINÉRAUX
rarement teints d’autres couleurs métalliques duction de ceux qui se présentent en blocs iso-
que de celles du fer. On les trouve par collines, par bancs et en très-grandes masses , quelquefois séparées en gros blocs isolés , et seulement environnés du sable qui semble leur servir de matrice ' ; et comme ces amas ou couches de sable sont dans toute leur épaisseur perméables à l’eau , les grès sont toujours humectés par ces eaux filtrées : l’humidité pénètre et réside dans leurs pores ; car tous les grès sont humides au sortir de la carrière , et ce n’est qu’après avoir été exposés pendant quelques années à l’air qu’ils perdent cette humidité dont ils étaient imbus.
Les grès les plus purs, c’est-à-dire ceux dont le sable qui les compose n’a été ni transporté ni mélangé , sont entassés en gros blocs isolés ; mais il y en a beaucoup d’autres qui sont étendus en bancs continus et même en couches horizontales à peu près disposées comme celles des pierres calcaires 2. Cette différence de position dans les grandes masses de grès paraît nous indiquer qu’elles ont été formées dans des temps différents, et que la formation des grès qui sont en bancs horizontaux est postérieure à la pro-
« sont procurées par un fluide subtil et affiné , qui , en les ag- « glutinant, se condense avec elles ; la subtilité de ce gluten ■ particulier est telle, que quoique universellement répandu « dans la masse, comme un moyen unissant entre tous les cor- « puscules, il ne masque et ne fait disparaître que très-faible- < ment l’apparence et la forme des grains sableux ; de sorte « que l’on jugerait qu’ils n’adhèrent entre eux que par le con- « tact immédiat, sans mélange d’autre matière interposée.
< Cependant plusieurs remarques semblent établir l’exisa tence réelle de ce gluten pierreux, et peuvent même servir a à déterminer sa nature et son caractère.
a En effet, parmi les différents blocs de ce grès, il en est « dont les molécules sableuses out une agrégation sensiblea ment plus dense et plus compacte ; les fragments de ces a blocs les plus durs laissent à peine apercevoir sur les sui faa ces de leurs cassures les petits grains arénacés qui sont ici a beaucoup plus serrés et plus fins, et comme fondus avec la a matière qui parait les lier. * Mémoires sur les grès de Fontainebleau, par M. de Lassone, dans ceux de l’Académie des Sciences, année 1774.
* a En examinant les blocs encore enfouis dans leurs mia nières sableuses, on voit, en les cassant, leur masse inté- « rieure sensiblement imbue et pénétrée d’une humidité qui a s’y est insinuée uniformément par toutes les porosités....
a II est probable que cette humectation intérieure est cause a aussi que les grès dans leur minière sont toujours moins a durs, et qu’ils n'achèvent de se durcir que quand ils ont sué a longtemps en plein air. » Idem, ibidem.
* La Bonne-Ville, capitale du Faucigny, parait être assise sur un rocher de grès ; ce rocher, qui sort de terre sous la porte de la ville qui regarde Genève, est formé d'une pierre de sable mélangée de mica, et disposée par bancs inclinés de trente-huit à quarante degrés : ces bancs ne passent point pardessous les bases des montagnes voisines, ils sont d'une date beaucoup plus récente. Saussure, Voyage dans les Alpes, tomel, page 566.
les : car celle-ci ne suppose que la simple agrégation du sable quartzeux dans le lieu même où il s’est trouvé après la vitrification générale, au lieu que la position des autres grès par couches horizontales suppose le transport de ce,$ mêmes sables par le mouvement des eaux ; et le mélange des matières étrangères qui se trouvent dans ces grès semble prouver aussi qu’ils sont d’une formation moins ancienne que celle des grès purs.
Si l’on voulait douter que l’eau pût former le grès par la seule réunion des molécules du quartz , il serait aisé de le démontrer par la formation du cristal de roche, qui est aussi dur que le grès le plus pur, et qui néanmoins n’est I formé que des mêmes molécules par la stillation | des eaux; et d’ailleurs on voit un commencei ment de cette réunion des particules quartzeu- | ses dans la consistance que prend le sable lorsqu’il est mouillé : plus ce sable est sec , et plus il est pulvérulent ; et dans les lieux où les sables de grès couvrent la surface du terrain , les chemins ne sont jamais plus praticables que quand il a beaucoup plu , parce que l’eau consolide un peu ces sables en rapprochant leurs grains.
Les grès ne se trouvent communément que près des contrées de quartz , de granit, et d’autres matières vitreuses 1 , et rarement au milieu des terres où il y a des marbres, des pierres calcaires ou des craies : cependant le grès, quoique voisin quelquefois du granit par sa situation, en diffère trop par sa composition , pour qu’on puisse leur appliquer quelque dénomination commune , et plusieurs observateurs sont tombés dans l’erreur en appelant granit du grès à gros grains. La composition de ces deux matières est différente en ce que , dans ces grès composés des détriments du granit, jamais les molécules dufeld-spath n’ont repris une cristallisation distincte, ni celles du quartz un empâtement commun avec elles, non plus qu’avec les particules du mica : ces de rnières sont com m e semées sur les autres, et toute la couche, par sa
* « C’est un fait bien important, à ce que je crois, pour la « théorie delà terre, et qui pourtant n’avait point encore été t observé, que presque toujours entre les dernières couches a secondaires et les premières primitives, on trouve des bancs « de grès ou de poudingues : j’ai observé ce phénomène, non- « seulement dans un grand nombre de montagnes des Alpes, « mais encore dans les Vosges, dans les montagnes des Cé- « vennes, de la Bourgogne et du Forez. > Saussure, Voyage dans les Alpes, tome I, page 528.
HISTOIRE NATURELLE
disposition comme par sa texture , ne montre qu’un amas de sables grossièrement agglutinés par une voie bien différente de la fusion intime des grandes masses vitreuses ; et l’on peut encore remarquer que ces grès composés de plusieurs espèces de sables sont généralement plus grossiers, moins compactes, et d’un grain plus gros que le grès pur, qui toujours est plus solide et plus dur, et dont le grain plus fin porte évidemment tous les caractères d’une poudre de quartz.
Le grès pur est donc le produit immédiat des détriments du quartz , et lorsqu’il se trouve réduit en poudre impalpable cette poudre quartzeuse est si subtile, qu’elle pénètre les autres matières solides ; et même l’on prétend s’être assuré qu’elle passe à travers le verre. MM. le Blanc et Clozier ayant placé une bouteille de verre vide et bien bouchée dans une carrière de grès des environs d’Étampes , ils s’aperçurent au bout de quelques mois qu’il y avait au dedans de cette bouteille une espèce de poussière, qui était un sable très-fin de la même nature que la poudre de grès 1 .
Il n’y a peut-être aucune matière vitreuse dont les qualités apparentes varient autant que I celle des grès. « On en rencontre de si tendres,
« dit M. de Lassone, que leurs grains, à peine « liés, se séparent aisément par la simple com- « pression et deviennent pulvérulents; d’au- « très dont la concrétion est plus ferme, et qui « commencent à résister davantage aux coups « redoublés des instruments de fer ; d’autres « enfin dont la masse plus dure et plus lisse « est comme sonore et ne se casse que très- « difficilement; et ces variétés ont plusieurs « degrés intermédiaires 2. »
Le grès que les ouvriers appellent grisar est si dur et si difficile à travailler, qu’ils le rebutent même pour n’en faire que des pavés , tandis qu’il y a d’autres grès si tendres et si poreux, que l’eau crible aisémentà travers leurs masses ; ce sont ceux dont on se sert pour faire les pierres à filtrer. Il y en a de si grossiers et de si terreux , qu’au lieu de se durcir à l’air ils s’y décomposent en assez peu de temps. En général les grès les plus purs et les plus durables sont aussi ceux qui ont le grain le plus fin * et le tissu le plus serré.
1 Histoire de l’Académie de Dijon, tome II, page 29.
2 Mémoire sur le grès, parM. de Lassone, dans ceux de l'Académie des Sciences, année 1774, page 210.
Les grès qu’emploient les paveurs à Paris sont , après le grès grisar, les plus durs de tous. Les grès dont on se sert pour aiguiser ou donner du tranchant au fer et à l’acier sont d’un grain fin, mais moins durs que les premiers, et néanmoins ils jettent de même des étincelles , en faisant tourner à sec ces meules de grès contre le fer et l’acier1 . Le grès de Turquie, qu’on appellepf erre à rasoir , à laquelle on donne sa qualité en la tenant pendant quelques mois dans l’buile , et qui sert à repasser et affiler les rasoirs et autres instruments très-tranchants , n’a qu’un certain degré de dureté , quoique le grain en soit trèsfin et la substance très -uniforme et sans mélange d’aucune matière étrangère.
Au reste , le grès pur n’étant composé que des détriments du quartz, il en a toutes les propriétés ; il est aussi réfractaire au feu ; il résiste de même à l’action de tous les acides , et quelquefois il acquiert le même degré de dureté ; enfin le quartz ou le grès réduits en sable servent également de base à tous nos verres factices , et entrent en plus ou moins grande quantité dans leur composition.
Les grès sont assez rarement colorés, et ceux qui ont une nuance de jaune, de rouge, ou de brun, ne doivent cette teinte qu’à l’infiltration de l’eau chargée des molécules ferrugineuses de la terre végétale qui couvre la superficie du terrain où l’on trouve ces grès colorés ; la plupart des jaspes sont au contraire très-colorés, et semblent avoir reçu leurs couleurs par la sublimation des matières métalliques dès le premier temps de leur formation. Il se peut aussi que quelques grès des plus anciens doivent leur couleur à ces mêmes émanations métalliques ; l’une .des causes n’exclut pas l’autre, et les effets de toutes deux paraissent constatés par l’observation. « Il n’y a presque point de ces blocs gré - « seux de Fontainebleau, dit M. de Lassone, où « l’on n’aperçoive quelques marques d’un prin- « cipe ferrugineux. En général , ceux dont les « grains sableux sont les moins liés sont aussi « ceux où le principe ferrugineux est le plus « apparent. Les portions les plus externes des « blocs, celles par conséquent dont la formation « ou la condensation est moins ancienne , ont
* M. Valmont de Bomare, dans son ouvrage sur la Minéralogie, nous assure qu’il a trouvé un quartier de ce grès de Turquie, en France, près de Morlaix, dans la province de Bretagne, et je suis d’ailleurs très-persuadé que cette espèce de grès n’appartient pas exclusivement à la Turquie, comme son nom semble l’indiquer.
DES MINÉRAUX
« souvent une teinte jaunâtre de couleur d’ocre « ou de rouille de fer, tandis que les couches « plus intérieures ne sont nullement colorées. « Il semble donc que dans certains grès cette « teinte disparaisse à mesure que leur densité « ou que la concrétion de leurs grains augmente; « cependant on remarque des blocs très-durs , « dont la masse entière est pénétrée uniformé- « ment de cette couleur ferrugineuse plus ou « moins intense : il y en a parmi ceux-ci quel- « ques-uns où le principe ferrugineux est si ap- « parent , qu’ils ont une teinte rougeâtre très- « foncée. Le sable, même pulvérulent, etn’ayant « encore éprouvé aucune condensation, coloré « en plusieurs endroits par les mêmes teintes , « semble aussi participer du fer, si l’on en juge « simplement par la couleur; mais l’aimant « n’en attire aucune parcelle de métal, non plus « que du détritus des grès rougeâtres 1 »
Cette observation de M. de Lassone me semble prouver assez que les grès sont colorés par le fer, et plus souvent au moyen de l’infiltration des eaux que par la sublimation des vapeurs souterraines. J’ai vu moi-même, dans plusieurs blocs d’un grès très-blanc , de ces petits nœuds ou clous ferrugineux dont j’ai parlé, et qui sont d’une si grande dureté , qu’ils résistaient à la lime. On doit conclure de ces remarques que l’eau a beaucoup plus que le feu travaillé sur le grès. Ce dernier élément n’a fourni que la première matière, c’est-à-dire le quartz ; au lieu que l’eau a porté dans la plupart des grès, non-seulement des parties ferrugineuses , mais encore une très-grande quantité d’autres matières hétérogènes qui en altèrent la nature ou la forme, en leur donnant une figuration qu’ils ne prendraient pas d’eux-mêmes , ce qu’on ne doit attribuer qu’aux substances hétérogènes dont ils sont mélangés.
On trouve dans quelques sables de grès des morceaux arrondis, isolés et de différentes grosseurs, les uns entièrement solides et massifs, les autres creux en dedans comme des géodes : mais ce ne sont que des concrétions, des sablons agglutinés par le ciment dont nous avons parlé ; ces concrétions se forment dans les petites cavités de la grande masse de sable qui environne les autres blocs de grès , et elles sont de la même nature que ces sables 2. Mais les grès, disposés
1 Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1774.
* flnr la montagne du camp de César (près de Coinpiègne),
par bancs ou par couches , sont presque tous plus ou moins mêlés d’autres matières : il y a des grès mélangés de terre limoneuse, d’autres sont entremêlés d’argile, et plusieurs autres, qui neparaissentpas terreux, contiennent une grande quantité de matière calcaire. Tous ces grès ont évidemment été formés dans les sables transportés et déposés par les eaux ; et c’est par cette raison qu’on les trouve en couches horizontales, au lieu que les grès purs produits par la seule décomposition du quartz se présentent en blocs irréguliers et tels qu’ils se sont formés dans le lieu même sans avoir subi ni transport ni mélange : aussi ces grès purs, ne contenant aucune matière calcaire, ne font point . effervescence avec les acides , et sont les seuls qu’on doive regarder comme de vrais grès. Cette distinction est plus importante qu’elle ne le paraît d’abord, et peut nous conduire à l’explication d’un fait reconnu depuis peu. Quelques observateurs ont trouvé plusieurs morceaux de grès à Bourbonne-les-Bains 1 , à Nemours2, à Fontainebleau et ailleurs, qui affectaient une figure quadrangulaire, et qui étaient, pour ainsi dire, cristallisés en rhombes. Or cette espèce de cristallisation ou de figuration n’est pas une des propriétés du grès pur 3 : c’est un effet acciden-
etdans plusieurs autres lieux où le sable abonde, on rencontre aussi certains corps pierreux isolés , de différentes grosseurs , et presque toujours de forme à peu près arrondie ; c’est ce que M. de Réaumur appelle marrons de sable (Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1723). On les a regardés comme des rudiments de silex : mais par leur forme, et surtout par l’apparence encore un peu sensible des grains sableux dans leur texture , ils se rapprochent bien plutôt des grès moins purs ; ils fermentent avec l’acide nitreux. De semblables marrons de sable existent aussi dans d’autres terrains où le sable est beaucoup plus pur et moins mélangé ; mais ils ont un caractère particulier ; ce sont des espèces de géodes sableuses ; quand on les casse, on trouve un vide , en partie occupé par un amas de cristaux assez purs , adhérents à toute la voûte intérieure, et produits sans doute par le suc lapidifique, plus abondant et dégagé de toute autre matière. J’ai dans mon cabinet quelques-unes de ces géodes sableuses que l’on peut regarder comme une espèce de grès ; l’eau-forte n’y fait aucune impression apparente.' Mémoires sur le grès , par M. de Lassone ; Académie des Sciences, année 1774, pag. 221 et 222.
* Mémoires de Physique, par M. Grignon, in-4, page 553.
2 M. Bezout, savant géomètre de l’Académie des Sciences, a reconnu le premier ces grès figurés dans les carrières de Nemours.
1 Une autre espèce de grès découvert depuis peu dans la forêt de Fontainebleau, du côté de la Belle-Croix, est composé d’un amas de vrais cristaux réguliers, de forme rhomboîdale... On trouve ce grès indiqué et décrit pour la première fois dans un catalogue imprimé (chez Claude Hérissaut), et composé par M. Romé de Lille, d’un riche cabinet d’Histoire Naturelle, exposé en vente à Paris dans le mois de juillet de cette année 1774; dans une note relative à cette indication,
HISTOIRE NATURELLE
tel qui n’est dû qu’au mélange de la matière calcaire avec celle du grès ; car ayant fait dissoudre par un acide ces morceaux figurés en rhombes , il s’est trouvé qu’ils contenaient au moins un tiers de substance calcaire sur deux tiers devrais grès, etqu’aucun des grès, qui n’étaient que peu ou point mélangés de cette matière calcaire, n’a pris cette figure rbomboïdale.
Après avoir considéré les principales matières solides et dures qui se présentent en grandes masses dans le sein ou à la surface de la terre, et qui, comme nous venons de l’exposer, sont ou des verres primitifs ou des agrégats de leurs parties divisées et réduites en grains, nous devons examiner de même les matières en grandes masses qui en tirent leur origine et qui en sont les détriments ultérieurs, telles que les argiles, les schistes et les ardoises qui ne diffèrent des sables vitreux que par une plus grande décomposition de leurs parties intégrantes , mais qui pour le premier fonds de leur substance sont de même nature.