DU GRANIT
De toutes les matières produites par le feu primitif, le granit est la moins simple et la plus variée : il est ordinairement composé de quartz, de feld-spath et de schorl ; ou de quartz, de feldspath et de mica; ou enfin de quartz , de feldspath , de schorl et de mica : de ces quatre substances primitives, les plus fusibles sont le feldspath et le schorl. Ces verres de nature se fondent sans addition au même degré de feu que nos verres factices, tandis que le quartz résiste au plus grand feu de nos fournaux : le feld-spath et le schorl sont aussi beaucoup plus fusibles que le mica, auquel il faut appliquer le feu le plus violent pour le réduire en verre ou plutôt en scories spumeuses. Enfin le feld-spath et le schorl communiquent la fusibilité aux matières dans lesquelles ils se trouvent mélangés, telles que les porphyres , les ophites et les granits qui tous peuvent se fondre sans aucune addition ni fondant étranger 1 : or ces différents degrés de fusibilité respective dans les matières qui composent le granit , et particulièrement la grande fusibilité du feld-spath et du schorl , me semblent suffire pour expliquer d’une manière satisfaisante la formation du granit.
En effet, le feu qui tenait le globe de la terre en liquéfaction a nécessairement eu des degrés différents de force et d’action : le quartz ne pouvait se fondre que par le feu le plus violent , et n’a pu demeurer en fusion qu’autant de temps qu’a duré cette extrême chaleur; dès qu’elle a diminué, le quartz s’est d’abord consolidé; et sa surface , frappée du refroidissem ent , s’est fendue , écaillée, égrenée comme il arrive à toute espèce de verre exposé à l’action de l’air. Toute la superficie du globe devait donc être couverte de
M*Un morceau de très-beau granit rouge très-vif, trèsdur, faisant feu dans tous les points, enfermé dans nn petit creuset de Hesse et recouvert d’un autre , a coulé en verre noir en moins de deux heures.
2° Un morceau de granit noir et blanc, très-dur, du poids de cinq gros vingt- deux grains , a formé dans ie même temps ane seule masse vitreuse noire, très-compacte, très-homogène.
3° Un morceau de porphyre très-brun piqué de blanc , trèsdur , de deux gros vingt-huit grains, a coulé au point d'enduire absolument le creuset de verre noir : ces trois morceaux antiques ont été trouvés à Autun.
4° J’ai exposé au même feu de beaux quartz blancs d’Auvergne ; il y a pris un blanc plus mat , plus opaque , y est devenu plus tendre, plus aisé à égrener au doigt, mais sans aucune fusion , pas meme aux endroits où il touchai’ le creuset. Lettre de M. Morveau à M. de Billion. Dijon, 27 octobre 1778.
ces premiers débris de la décrépitation du quartz immédiatement après sa consolidation ; et les groupes élancés des montagnes isolées, les sommets des grandes boursouflures du globe , qui dès lors s’étaient faites dans la masse quartzeuse , ont été les premiers lieux couverts de ces débris du quartz, parce que ces éminences qui présentaient toutes leurs faces au refroidissement , en ont été plus complètement et plus vivement frappées que toutes les autres portions de la terre.
Je dis refroidissement, par rapport à la prodigieuse chaleur qui avait jusqu’alors tenu le quartz en fusion ; car dans le moment de sa consolidation , le feu était encore assez violent pour dissiper les micas, dont l’exfoliation ne fut que le second détriment du quartz déjà brisé en écailles et en grains par le premier degré, du refroidissement. Le feld-spath et le schorl , bien plus fusibles que le mica, étaient encore en pleine fonte au point de feu où le quartz , déjà consolidé , s’égrenait faute de recuit et formait les micas par ses exfoliations.
Le feld-spath et le schorl doivent donc être considérés comme les dernières fontes des matières vitreuses ; ces deux derniers verres en se refroidissant durent s’amalgamer avec des détriments des premiers. Le feu qui avait tenu le quartz en fusion était bien plus violent que celui qui tenait dans ce même état le feld-spath et le schorl ; et ce n’est qu’après la consolidation du quartz et même après sa réduction en débris que les micas se sont formés de ses exfoliations; et ce n’est encore qu’après ce temps que le feldspath et le schorl auxquels il ne faut qu’un feu médiocre pour rester en fusion, ont pu se réunir avec les détriments de ces premiers verres. Ainsi le feld-spath et le schorl ont rempli , comme des ciments additionnels , les interstices que laissaient entre eux les grains de quartz ou de jaspe et les particules de mica ; ils ont lié ensemble ces débris , qui de nouveau prirent corps et formèrent les granits et les porphyres ; car c’est en effet sous la forme d’un ciment introduit et agglutiné dans les porphyres et les granits , qu’ils s’y présentent.
En effet, les quartz en grains décrépités, ou exfoliés en micas , devaient couvrir généralement la surface du globe, à l’exception des fentes perpendiculaires qui venaient de s’ouvrir par la retraite que fit sur elle-même toute la matière liquéfiée en se consolidant : le feu de l’in-
HISTOIRE NATURELLE
teneur exhalait par ces fentes, comme par autant de soupiraux , les vapeurs métalliques qui , s’étant incorporées avec la substance du quartz , l’ont modifiée, colorée et convertie en jaspe, lequel ne diffère en effet du quartz , que par ces impressions de vapeurs métalliques, et qui s’étant consolidé et recuit dans ces fentes du quartz , et à l’abri de l’action des éléments humides, est demeuré solide et n’a fourni à l’extérieur qu’une petite quantité de détriments que le feld-spath et le schorl aient pu saisir. Les jaspes ne présentant que leur sommet , et étant du reste contenus dans les fentes perpendiculaires de la grande masse quartzeuse , ne purent recevoir le feld-spath et le schorl , que dans cette partie supérieure sur laquelle seule se fit une décrépitation semblable à celle du quartz, parce que cette partie de leur masse était en effet la seule qui pût être réduite en débris par le refroidissement.
Et de fait , les,porphyres qui n’ont pu se former qu’à la superficie des jaspes, sont infiniment moins communs que les granits qui se sont au contraire formés sur la surface entière de la masse quartzeuse : car les granits recouvrent encore aujourd’hui la plus grande partie du globe; et quoique les quartz percent quelquefois au dehors et se montrent en divers endroits sur de fortes épaisseurs et dans une grande étendue1, ils n’occupent que de petits espaces à
4 « Les quartz s’offrent à plusieurs endroits dans les Vosges,
« soit que les masses de granits éboulées aient découvert les « flancs de la masse quartzeuze , ou que des zones ou veines « de quartz percent d’elles-mêmes à la surface. Dans les mi- « nés du Thiliot et de Château-Lambert , fouillées dans une des « racines de la grande montagne du Balon , et dont l'exploita- « tion fut autrefois très-riche et pourrait l’être encore,’ le cui- « vre se trouve immédiatement dans le quartz vif, sans autre « matrice ni gangue ; ce quartz est d’un beau blanc de lait et t percé en larges bandes jusqu’au dehors de la montagne. On « rencontre la tranche d’une autre très-large zone de quartz, « coupée dans le bas de la superbe route qui descend de l'autre < côté de cette même grande montagne du Balon sur Giro- « magny ,en haute Alsace. Des masses et des zones de quartz « se présentent également sur les coupes de l’autre route qui « pénètre la montagne , de Lorraine en Alsace, par la source t de la Moselle, Bussang, Saint-Amarin et Than. Enfin en « nombre d’autres endroits dans toute la chaîne des Vosges, le * quartz se montre entre les granits , soit à la base , soit aux « côtés escarpés des montagnes. » Observations communiquées par M. l’abbé Bexon.
« Dans le canton de Salvert , en Auvergne , il y a , dit « M. Guettard, une bande de plus de deux mille toises de long, « qui n’est que du quarlz blanc; elle reprend même du côté « de Roche-d’Agout , jusqu’à une petite butte qui est auprès « de la paroisse de Biolet , ce qui fait en tout une longueur de « plus de dix mille toises.
« Aux environs de Pont-Gibaud, le long du chemin de « Clermont au Mont-d’Or , il y a du quartz; les maisons en
la surface de la terre en comparaison des granits, parce que les quartz ont été recouverts et rehaussés, presque partout, par ces mêmes granits, qui ont recueilli dans leur substance presque tous les débris des verres primitifs , et se sont consolidés et groupés sur la roche même du globe , à laquelle ils tiennent immédiatement, et qu’ils chargent presque partout. On trouve le granit comme premier fonds au dessous des bancs calcaires et des couches de l'argile et des schistes, quand on peut en percer l’épaisseur *, et nous ne devons pas oublier que ce fonds actuel de notre terre était la surface du globe primitif avant le travail des eaux 2.
« sont bâties dans le canton de la Sauvetat ; cette pierre est « ordinairement d’un blanc plus ou moins vif , etc. » Mémoire sur la Minéralogie d’Auvergne , dans ceux de l’Académie des Sciences, année 1759.
Presque tous les rochers du Grimsel ( l’une des plus hautes Alpes, d’où sortent les sources de l’Aar et du Rhône, contiennent de beaux cristaux ; c’est sur cette montagne , composée de quartz , qu’ont été trouvées les plus belles pièces de cristal que l’on connaisse, entre autres celle qu’a vue M. de Haller, et qui pesait six cent quatre-vingt-quinze livres. Voyages de M. Bourrit . tome II , chap. 3.
« On entrevoit de certaines lois à l’égard de 1 arrangement « respectif de cet ordre d’anciennes roches , par tous les sysa tèmes de montagnes qui appartiennent à 1 empire russe. La « chaîne ouralique , par exemple , a du côté de l’orienï , sur « toute sa longueur , une très-grande abondance de schistes « cornés, serpentins et talqueux riches eu filons de cuivre, les-
< quels forment le principal accompagnement du granit. Des « jaspes de diverses couleurs.... forment des lits de montagnes
< entières et occupent de très-grands espaces ; de ce même « côté, il paraît beaucoup de quartz en grandes roches toutes « pures. » Observation sur la formation des montagnes , par « M. Pallas, page 50.
1 « Les montagnes du Vicentin et du Véronais sont compo- « sées d’un schiste argileux micacé ; comme on n’en perce « pas l’épaisseur , on ignore s’il en est de même ici que dans « d’autres pays de montagnes , c’est-à-dire s’il y a au-dessous « de ce schiste du granit , ce que je présume cependant ; car « le granit perce et s’élève au-dessus du schiste dans les hau- « tes montagnes du Tyrol , et le granit gris ou granitello , se « montre déjà vers les sources de la rivière de Cismonvé, qui « se jette dans la Br.enta. » Ferber, Lettres sur la Minéralogie, page 46.
2 a II résulte des faits que j’ai rapportés , qu’à l’époque où la « mer commençait à couvrir les Pyrénées de productions ma- « rines, il existait déjà de grandes montagnes , purement gra- « niteuses, quelle n’a fait qu’accroître par d’immenses dépôts « provenant de la destruction des corps marins organisés ; « mais l’enveloppe des masses de granit, continuellement ex- « posées aux injures du temps et à l’action des eaux du ciel , « ne cesse de diminuer depuis que la mer s’est retirée du som- « met des Pyrénées : les torrents surtout qui sil lonnent de pro- « fondes cavités dans le sein de ces montagnes , entraînent les « pierres calcaires et argileuses , et dégagent peu à peu le gra- « nit ; ainsi cette roche , après une longue suite de siècles , se « trouvera entièrement à découvert, telle enfin qu’elle était dis- « posée avant d’avoir servi de base à des matières de nouvelle t formation. Les Pyrénées, parvenues à leur premier état, res- « sembleront aux montagnes graniteuses du Limousin, qui pa* < raissent avoir subi toutes ces vicissitudes. Les environs de « Châteauneuf, village situé à six lieues de Limoges, présentent
DES MINÉRAUX. SI
Or les granits sont non-seulement couchés sur cette antique surface, mais ils sont entassés encore plus en grand dans les groupes des montagnes primitives 1 , et nous en avons d’avance indiqué la raison. Ces sommets, où les degrés du refroidissement furent plus rapides , atteignirent plus tôt le point de la fusion et de la consolidation du feld-spath et du schorl , en même temps qu’ils leur offraient à saisir de plus grandes épaisseurs de grains quartzeux décrépités.
Aussi les granits forment-ils la plupart de ces grands groupes et de ces hauts sommets élevés sur la base de la roche du globe comme les obélisques de la nature , qui nous attestent ces formations antiques, et sont les premiers et grands ouvrages dans lesquels elle préparait la matière de toutes ses plus riches productions, et où elle indiquait déjà de loin le dessein sur lequel elle devait tracer les merveilles de l’organisation et de la vie : car on ne peut s’empêcher de reconnaître dans la figuration généralement assez régulière des petits solides du feld-spath et du schorl , cette tendance à la structure organique, prise dans un feu lent et tranquille , qui , en commençant l’union intime de la matière brute
avec quelques molécules organiques, la dispose de loin à s’organiser , en y traçant les linéaments d’une figuration régulière. Nos fusions artificielles , et plus encore les fusions produites par les volcans , nous offrent des exemples de cette figuration ou cristallisation par le feu dans
« des bancs inclinés de marbre gris, enfermés de granit ; cette « île calcaire est,- selon M. Cornuau, ingénieur-géographe du < roi , d’une demi-lieue de diamètre , et distante de plus de c dix lieues des contrées calcaires. Unpareil monument sem- « ble avoir été conservé pour indiquer que les montagnes acv tuelles du Limousin , ne sont que le moyen d’une région * autrefois beaucoup plus haute , formée par les dépôts de la « mer, et détruite après par la retraite des eaux, par les « mêmes causes qui rabaissent chaque jour la cime des Py- « rénées.
« La constitution intérieure de cette chaîne ne permet pas « d’admettre comme nous l’avons déjà dit, que les matières « qui la composent aient été formées en même temps; il est « aisé au contraire, de voir que la formation du granit a pré- « cédé celle des bancs calcaires et argileux, auxquels il sert de « base. » Essai sur la Minéralogie des monts Pyrénées, par M. l’abbé Palassau, page 454.
1 « Les granits me semblent mériter mieux que toutes les « autres roches le nom de roches primitives, parce qu’on les « trouve plus près du centre , et dans le centre même des « hautes chaînes. » Saussure, Voyages dans les Alpes, tome I, page 99. — « C’est une observation générale , que dans les « grandes chaînes on trouve au-dehors les montagnes calcai- « res, puis les ardoises. (.Nota. L’auteur se fût mieux exprimé « en disant les schistes, puis les roches feuilletées primitives, « et enfin les granits. « Idem, ibidem, page 482.)
un grand nombre de matières ', et même dans tous les métaux et minéraux métalliques.
Si nous considérons maintenant que les grands bancs et les montagnes de granit s’offrent à la superficie de la terre dans tous les lieux où les argiles , les schistes et les couches calcaires n’ont pas recouvert l’ancienne surface du globe, et où le feu des volcans ne l’a point bouleversée, en un mot partout où subsiste la structure primitive de la terre2, on ne pourra guère se refuser à croire qu’ils sont l’ouvrage de la dernière fonte qui ait eu lieu à sa surface encore ardente, et que cette dernière fonte n’ait été celle du feld-spath et du schorl, lesquels, des cinq verres primitifs, sont sans comparaison les plus fusibles ; et si l’on rapproche ici un fait qui, tout grand et tout frappant qu’il est , ne paraît pas avoir été remarqué des minéralogistes, savoir, qu’à mesure que l’on creuse ou qu’on fouille dans une montagne dont la cime et les flancs sont de granit, loin de trouver du granit plus solide et plus beau à mesure que l’on pénètre, l’on voit au contraire qu’au-dessous , à une certaine profondeur, le granit se change, se perd et s’évanouit à la fin en reprenant peu à peu la nature brute du roc vif et quartzeux. On peut s’assurer de ce changement successif dans les fouilles de mines profondes : quoique ces profondeurs où nous pénétrons soient bien superficielles, en comparaison de celles où la nature a pu travailler les matériaux de ses premiers ouvrages, on ne voit dans ses profondeurs que la roche quartzeuse, dont la partie qui touche aux filons des mines et forme les parois des fentes perpendiculaires , est toujours plus ou moins altérée par les eaux ou par les exhalaisons métalliques; tandis que celle qu’on taille dans l’épaisseur vive , est une roche sauvage plus ou moins décidément quartzeuse, et dans
1 Voyez l’article des volcans, sur les espèces de granits et de porphyres qui se forment quelquefois dans la lave.
2 a Après avoir vu les ruines de l’ancienne Syène, je me rentt dis aux carrières de granit , qui sont environ un mille au « sud-est. Tout le pays qui est à l’orient, les lies et le lit du « Nil, sont de granit rouge, appelé par Hérodote pierre Thé- « ba'ique. Ces carrières ne sont pas profondes, et l’on tire la « pierre des flancs des montagnes. Je trouvai dedans quelques « colonnes ébauchées, entre autres une carrée, qui était vrai- « semblablement destinée pour un obélisque.... On suit ces « carrières le long du chemin dAssouan (Syène) à Phi- « læ.... L’île d’Éléphantine n’est aussi qu’un rocher de granit « rouge..., et ce sont des rochers de ce même granit que le « Nil a rompus , et entre lesquels il passe dans ses fameuses « cataractes, p voyage de Pococke; Paris, 1772, tome I, pages 347, 348, 534 et 560.
HISTOIRE NATURELLE
laquelle on ne distingue plus rien qui ressemble aux grains réguliers du granit. En rapprochant ce second fait du premier, on ne pourra guère douter que les granits n’aient en effetété formés des détriments du quartz décrépité jusqu’à de certaines profondeurs, et du ciment vitreux de feld-spath et de schorl qui s’est ensuite interposé entre ces grains de quartz et les micas, qui n’en étaient que les exfoliations.
Il s’est formé des granits à plus grands et à plus petits cristaux de feld-spath et de schorl , suivant que les grains quartzeux se sont trouvés plus ou moins rapprochés, plus ou moins gros, et selon qu’ils laissaient entre eux plus d’espace où le feld-spath et le schorl pouvaient couler pour se cristalliser. Dans le granit à menus grains , le feld-spath et le schorl presque confondus et comme incorporés avec la pâte quartzeuse , n’ont point eu assez d’espace pour former une cristallisation bien distincte ; au lieu que dans les beaux granits à gros grains réguliers , le feld-spath et quelquefois le schorl sont cristallisés distinctement , l’un en rhombes et l’autre en prismes 1 .
Les teintes de rouge du feld-spath et de brun noirâtre du schorl dans les granits , sont dues sans doute aux sublimations métalliques, qui de même ont coloré les jaspes, et se sont étendues dans la matière du feld-spath et du schorl en fusion. Néanmoins cette teinture métallique ne les a pas tous colorés : car il y a des feldspaths et des schorl s blancs ou blanchâtres ; et dans certains granits et plusieurs porphyres le feld-spath ne se distingue pas du quartz par la couleur 2.
4 « Le granit (proprement dit) varie par ia proportion de « ses ingrédients, qui est différente dans différents rochers, et « quelquefois dans les différentes parties d’un même rocher.. . . « Il varie aussi par la grandeur de ses parties , et surtout des « cristaux de feld-spath, qui ont quelquefois jusqu’à un pouce « de longueur, et d’autres fois sont aussi petits qu'un grain de • sable. » Saussure, Voyage dans les Alpes, tome I, page 105.
2 Le granito grigio ou bigio est gris , composé de quartz transparent ou opaque et couleur de lait, de spath dur blanc et de mica noir; lorsque toutes ses parties sont en petits grains on en nomme l’assemblage granitello.... Le granito roseo, ou granit rouge , est composé de quartz blanc , de grands morceaux despath dur rouge et de mica noir.... Quelques colonnes de granit et de granitello sont clairement parsemées de petites taches noires, provenant d’un amas de mica plus grand et plus fréquent dans ces endroits; telles sont les colonnes de la façade du palais royal de Naples, du côté de la mer; telles sont aussi celles de granit gris antique que j’ai vues à Salerne. Ferber, Lettres, sur la Minéralogie, page 543 et suiv.
Les différentes couleurs dont le feld-spath est susceptible sont dans le granit la source d’un nombre de variétés : celle
Les sommets des montagnes graniteuses sont généralement plus élevés que les montagnes schisteuses ou calcaires : ces sommets paraissent n’avoir jamais été surmontés ni travaillés par les eaux, dont la plus grande hauteur nous est indiquée par les bancs calcaires les plus élevés ; car on ne trouve aucun indice de coquilles ou d’autres productions marines dans l’intérieur de ces granits primitifs , à quelque niveau qu’on les prenne; comme jamais aussi l’on ne voit de bancs calcaires interposés dans les masses de granit, ni de granits posés sur des couches calcaires , si ce n’est par fragments roulés et transportés 1 , ou par bancs de seconde formation. Tous ces faits importants de l’histoire du globe ne sont que des conséquences nécessaires de l’ordre dans lequel nous venons de voir les grandes formations du feu précéder universellement l’ouvrage des eaux.
Les couches que l’eau a déposées sont étendues horizontalement , et c’est dans ce sens , c’est-à-dire en longueur et largeur que se présentent leurs plus grandes dimensions : les granits au contraire, et tous les autres ouvrages du feu sont groupés en hauteur ; leurs pyramides ont toujours plus d’élévation que de base 2. Il
qu’il présente le plus communément est un blanc laiteux; mais on le voit aussi jaune ou fauve, rouge, violet, et rarement, mais pourtant quelquefois, d’un beau noir. Voyage dans les Alpes par M. de Saussure, tome I, page 105.
< « Il y a de gros morceaux de granit, de quartz et d’autres
< pierres, qui viennent des monts primarii du Tyrol, épars « sur les champs des environs de Gallio d’Asiago, de Campo- « rovere et d’autres endroits tous situés dans la montagne.... « Ces morceaux sont de même nature que ceux qu'entraînent « dans leur cours l’ Adige et la Brenta en sortant des montagnes « du Tyrol ; et il faut concevoir que le cours de ces rivières, « avant qu’elles n’eussent approfondi leurs vallées, était au « niveau de ces morceaux détachés des montagnes , et qui « n’ont pu être entraînés et transportés sur ces couches cal- « caires que par les eaux. » Lettres sur la Minéralogie, par M. Ferber, page 54.
« Arrivés au milieu de la vallée d’Urspren (au mont Saint-
< üothard), nous tournâmes à gauche et nous montâmes dans « une vallée plus élevée, dont les.profondeurs sont jonchées « de ruines de montagnes renversées. La Reuss, resserrée des « deux côtés entre d'immenses blocs de granit d’une superbe « couleur grise, confusément accumulés et qui sont des frag- « meuts de celui qui forme tous les sommets des Alpes, s’é- « lance à travers ces débris avec une inconcevable rapidité. » Lettres sur la Suisse, parM. Wil. Coxe, tomel, page 128.
1 « Si l’on consulte les auteurs qui ont parlé de la structure « des montagnes de granit, on verra que presque tous disent « que les pierres de ce genre se trouvent en masses informes, « entassées sans aucun ordre : la source de ce préjugé vient principalement de ce qu’on a cru trouver du désordre partout où l’on n’a pas vu des couches horizontales ; mais tout homme qui observera en grand, et sans aucune prévention, la structure de ces hautes chaînes de montagnes de granit, reconnaîtra qu'elles sont composées de grandes lames ou feuillets pyramidaux appuyés les uns contre les autres....
y a de ces masses ou pyramides solides de granit, sans fentes ni sutures, d’une très-grande hauteur et d’un volume énorme1 : on en peut juger non-seulement par l’inspection des montagnes graniteuses", mais même par les monuments des anciens; ils ont travaillé des blocs de granit de plus de vingt mille pieds cubes , pour en former des colonnes et des obélisques d’une seule pièce 3. Et de nos jours on a remué des masses encore plus fortes ; car le bloc de granit qui sert de piédestal à la statue gigantesque du grand Pierre Ier, élevé par l’ordre d’une impératrice encore plus grande4, contient trente-
« Ces feuillets sont tous à peu près verticaux ; ceux du centre « ou du cœur de la chaîne le sont presque toujours ; mais les t autres, à mesure qu'ils s’en éloignent , s'inclinent en s'ap- « puyant contre ce même centre. » Saussure , Voyage dans les Alpes , tome I, page 502.
* Le plus bel endroit du passage du mont Saint-Gothard et celui qui frappe le plus par son aspect est un cheiûin taillé sur le roc , comme un escalier ; là une seule pièce de granit de quatre-vingts pieds de haut sur mille pas de front surplombe ce chemin. Voyage de M. Boûrrit , tome II, chapitre 5.
* < Un œil exercé peut découvrir, même à de grandes dis-
< tances, la matière dont un pic inaccessible est composé , « surtout lorsqu'elle est d’un granit dur, comme dans leshauc tes Alpes. Les montagnes composées de ce genre de pierres « ont leurs sommités terminées par des crënelures très-aiguës
< à angles vifs ; leurs faces et leurs flancs sont de grandes ta- « blés planes, verticales, dont les angles sont aussi vifs et tran- « chants. La nuance même que la nature a souvent mise entre a les roches de corne molles et les granits durs se marque à a ces signes : les crêtes de sommets qui sont composées d’une
< roche de corne tendre paraissent arrondies, émoussées, sans a physionomie; mais à mesure que la pierre, en se chargeant a de quartz et de feld-spath, approche de la dureté du granit, a ou voit naître des créneaux plus distincls et des formes plus a tranchées ; ces gradations s’observent à merveille sur l’aia guille inacessible des Charmos qui domine le glacier des a bois dans le district de Ghamouni. » Saussure , Voyage dans les Alpes, tome I, page 500.
» La colonne de Pompée, dont le fût est d’une seule pièce , passe pour être le plus grand monument des anciens en ce genre, a Cette colonne est , dit Thévenot , située à environ « deux cents pas d'Alexandrie ; elle est posée sur un piédestal
< ou base carrée, large d'environ vingt pieds et haute de deux « ou environ, mais faite de plusieurs grosses pierres : pour le
< fût de la colonne, il est tout d’une seule pièce de grauit, si a haute qu'elle n’a pas au monde sa pareille, car elle a dix-huit a cannes de haut, et est si grosse qu'il faut six personnes pour a l’embrasser.» Voyage au Levant , tome I, page 227. En supposant la canne de cinq pieds de longueur, le fût de la colonne en a quatre-vingt-dix de hauteur , sur trente pieds de circonférence, parce que chaque homme, les bras étendus, embrasse aussi cinq pieds : ces dimensions donnent environ vingt mille pieds cubes. — a Nos montagnes européennes, dit M. Ferber > t contiennent du granit rouge et du granit gris , et il n'y a
< pas de doute que l’on en pourrait tirer des blocs aussi beaux a et aussi grauds que le sont ceux des obélisques venus d’Éa gypte, si on voulait y mettre la main et y employer les soma mes que les Romains dépensaient pour les avoir. » Lettres sur la Minéralogie, page 541.
< Catherine II , actuellement régnante, et dont l’Europe et l'Asie admirent et respectent également le grand caractère et Je puissant génie.
sept mille pieds cubes : cependant ce bloc a été trouvé dans un marais où il était isolé et détaché des hautes masses auxquelles il tenait avant sa chute : « Mais nulle part , nous dit M. l’ab- « bé Bexon \ on ne peut prendre une idée plus « magnifique de ces masses énormes de granits,
« que dans nos montagnes des Vosges : elles en « offrent en mille endroits des blocs plus grands « que tous ceux que l’on admire dans les plus « superbes monuments, puisque les larges som- « mets et les flancs escarpés de ces montagnes « ne sont que des piles et des groupes d’immen- « ses rochers de granit entassés les uns sur les « autres2. »
Plusieurs observateurs ont déjà reconnu que la plupart des sommets des montagnes, surtout des plus élevées , sont formées de granit 3. La
* Mémoires sur l’Histoire naturelle de la Lorraine, communiqués par M. l’abbé Bexon.
3 Nota. On vient depuis peu de commencer à travailler ces granits des Vosges, et ies premiers essais ont découvert dans ces montagnes les plus grandes richesses en ce genre; elles offrent des granits très-beaux et très- variés pour le grain et pour les couleurs , et diverses espèces de porphyres ; on en tire aussi des jaspes richement colorés , et toutes ces matières s'y rencontrent partout dans une extrême abondance : quoique dans une exploitation commencée on n’ait encore attaqué aucune masse considérable, et qu’on se soit borné aux morceaux rompus, épars au penchant des montagnes , et que les habitants entassent en gros murs bruts pour enclore leurs terrains. Le premier établissement de ce travail des granits des Vosges , fait d’abord à Giromagny , dans la haute Alsace, est actuellement transféré, pour plus grande abondance de matières et plus grande facilité de transports , de l’autre côté de la montagne, en Lorraine, dans le vallon de la Moselle, environ quatre lieues au-dessous de sa source. Nous le devons au goût et à l’activité de M. Patu des Hauts-Champs , magistrat qui joint à l’honneur et aux distinctions héréditaires, l’amour éclairé du bien public , et de grandes connaissances dans les sciences et dans les arts. Son entreprise , qui nous semble très-digne de l’attention et de la faveur du gouvernement , mettrait en valeur des matières précieuses , restées jusqu’à présent brutes entre nos mains , et pour lesquelles nous payons jusqu’ici un tribut à l’Italie.
R « Les hautes sommités des Alpes sont presque toutes de granit proprement dit ; savoir, de celui qui est composé de quartz, de feld-spath et de mica... Le Mont-Blanc , (pii s’élève comme un géant au centre des Alpes, est un immense rocher de granit. » Saussure , Voyage dans les Alpes , tome I, p. 105 et 356. — Le sommet du Saint-Gothard est une plate-lorme de granit nu. Lettres sur la Suisse, par M. William Coxe, traduites par M. Ramond , tome I, page 193. — Le mont Sinaï (où je l’observai près du couvent) est presque tout de granit rougeâtre et à gros grains. Descript. de l’Arabie, par Nicbulir, tome II, page 278. Les observations des derniers voyageurs ont constaté que le Caucase , qui occupe l'espace entre le Pont- Euxinetla mer Caspienne, est une grande masse de granit très- irrégulièrement accompagnée de ces bandes schisteuses , qui recouvrent toujours les côtés des grandes chaînes , ainsi que des montagnes secondaires et tertiaires qui les accompagnent... La chaîne célèbre des montagnes d'Oural, qui trace la limite naturelle entre l'Europe et l'Asie, et que le respec t des peuples qui l’avoisinent leur a fait appeler la ceinture de la Terre, est élevée sur une échine de granit et de quart* , qui
HISTOIRE NATURELLE
plus grande hauteur où les eaux aient déposé des coquilles n’étant qu’à quinze cents ou deux mille toises au dessus du niveau actuel de la mer; il y a par conséquent un grand nombre
va en serpentant du midi au nord , et dont la plus grande largeur se trouve sur les sources du Jaïck et du Bielaïa . elle
arrive en décroissant aux bords de la mer Glaciale , où elle
forme le grand cap à l'ouest du golfe de l'Oby . et répond
enfin , par des côtes escarpées, à la grande chaîne boréale d'Europe , laquelle , ayant parcouru toute la Scandinavie en forme de fer-à-cheval , et élevé le Cap-Nord , vient remplir
de rochers granitiques les basses-terres de la Finlande . La
grande chaîne Altaïque , qui forme un des plus puissants systèmes de montagnes qui aient été reconnus sur notre planète, remplit l’Asie de ses différentes branches ; elles partent de ces prodigieux sommets , dont la suite règne depuis la grande montagne Ouloutaou, au milieu de lal’artarie déserte, parle Boghdo (montagne souveraine), qui élève ses pics fort au-dessus des neiges , jusqu’aux effroyables groupes de montagnes au nord des Indes, dont le Thibetet le royaume de Cachemire sont hérissés ; toute cette suite de sommets est granitique, et il en part des rameaux de même nature, qui se distribuent entre tous les grands fleuves de l'Asie. Extrait d’une dissertation de M. Pallas , intitulée : Observation sur la formation des montagnes.
« En traversant le Tyrol pour aller en Italie , on trouve d’a- « bord des montagnes calcaires, ensuite des montagnes schis- « teuses , et enfin des montagnes de granit ; ces dernières « sont plus élevées : on redescend par le même ordre de mon- « tagnes graniteuses, schisteuses et calcaires... La même chose « s’observe en montant les autres chaînes considérables de « l’Europe, comme cela est incontestable dans les montagnes « Carpatliiques, dans celles de Saxe, du Hartz, de la Silésie, de « la Suisse, des Pyrénées , de l’Ecosse et de la Laponie, etc.,
« on peut en tirer la juste conséquence , que le granit forme « les montagnes les plus élevées , et en même temps les plus « profondes et les plus anciennes , puisque toutes les autres « montagnes sont appuyées et reposent sur le granit , que o le schiste a été posé sur le granit ou à côté de lui , et que « les montagnes calcaires ou autres couches de pierres ou a terres amenées parles eaux ont encore été placées par- des- « sus le schiste.» Ferber, Lettres sur la Minéralogie, pages 495 et 496. — « Plusieurs montagnes au-dessus du lac de Côme ,
« dans le canton appelé la Grigna, sont composées de granit;
« telles sont celles qui environnent, en forme d’amphithéâa tre , le Lago Maggiore , sur lequel sont les charmantes îles a Borromées : ce granit a une couleur de chair pâle. » Idem , page 473. — Nota. Le même M. Ferber dit expressément ailleurs (page 343), que la partie la plus élevée des Alpes, entre l'Italie et l’Allemagne, est du granit; et il ajoute que ces granits européens ne diffèrent en aucune façon du granit oriental.
Tous les pays du monde offriront donc des granits dans leurs chaînes de montagnes primitives ; et si les observations sur cet objet ne sont pas plus multipliées, c’est que de justes notions du règne minéral, pris en grand, paraissent avoir jusqu’ici manqué aux observateurs. Quoi qu’il en soit, toutes nos provinces montagneuses , l’Auvergne , le Dauphiné , la Provence , le Languedoc , la Lorraine , la Franche-Comté et même la Bourgogne vers Sémur , offrent des granits. La Bretagne depuis la Loire , et partie de la Normandie , touchant à la Bretagne , en comprenant Mortain , Argentan , Lisieux , Bayeux , Cherbourg, est appuyée sur une masse de granit. La Suisse , l’Allemagne , l’Espagne , l’Italie ont les leurs. Les moutagnes de la Corse et celles de l'île d’Elbe en sont formées. « Il s’y en trouve, dit Ferber (page 441 ), qui est violet et très- « beau , parce que le feld-spath est violet , à grands cubes , « larges ou épais , oblongs ou polygones. »
« Le bas de la montagne de Volvic (en Auvergne) Qui a
de sommets qui se trouvent au-dessus de cette hauteur : mais il s’en faut bien que toutes les pointes moins élevées aient été recouvertes des productions delà mer, ou cachées sous 1 argile, le schiste et les autres matières transportées par les eaux ; plusieurs montagnes , telles que les Vosges , moins hautes que ces grands sommets , sont composées de granits qui n’oflrent aucun vestige de productions marines , et ces granits ne sont pas surmontés de bancs calcaires , quoique la mer ait porté dans d’autres en-
« brûlé, est, dit M. Guettard, composé de granits de différen- « tes couleurs ; il y en a de blanc , jaunâtre et gris , qui a des « grains de moyenne grosseur bien liés, et un peu de paillet- « tes talqueuses d’un argenté brillant; un autre est blanc « pointillé de noir à grains moyens et serrés , et à paillettes « talqueuses brunes ou noires; il l’essemble beaucoup au carte reau de Saint-Sever en Normandie ; un, troisième est encore « blanc , mais fouetté de jaunâtre et pointillé de brun et de « noir ; ces grains sont de moyenne grosseur , serrés , et les « paillettes talqueuses , brunes et petites ; les deux suivants « sont jaunes ; le premier est lavé de blanc , pointillé de brun « et de noir; ces grains sont peu liés , de moyenne grosseur,
« serrés , et les paillettes talqueuses , brunes et petites ; on y « remarque, outre cela, des plaques qui ont un coup d œil de « spath ; le second est jaune rouille-de-fer pointillé de blanc,
« à grains moyens , très-peu liés et à paillettes petites et biu- « nés ; enfin des deux autres , l un est noir et couleur de chair « à grains serrés et petits, mêlés d'un peu de talc brun : 1 au- « tre est couleur de cerise foncée et brune, a grains moyens et « un peu serrés , et à paillettes talqueuses d un brun tirant sur « le noir. Il y a encore de cette espèce de pierre le long du che- « min qui conduit de Clermont au Mont-d Or; j en ai observé « qui étaient d’un blanc jaunâtre , sans paillettes talqueuses ,
« et dont le grain était très-serré : ces granits étaient traversés « par des veines de quelques lignes d’épaisseur d un quartz « blanc sale et demi-transparent ; d’autres étaient couleur de « cerise vif, fouetté de brun avec quelques paillettes talqueu- « ses d’un brun doré, ou bien ils étaient gris blancs avec de « très- grandes plaques de quartz : cette pierre se rencontre « aussi sur la route de Clermont à Pont-Gibaud , à Rajat , sur « le chemin de Rochefort à Pont-Gibaut , dans les environs « de Clermont et du Puy-de-Dôme . dont la base est de cette « pierre , à Gergovie où il parait décomposé : tous ces granits « sont de différentes couleurs. Auprès d’Aurillac , daos la « commauderie de la Salvetat, il y en a de rouges ; toutes les « montagnes du canton de Courtpierre sont , à ce qu on dit , « composées en grande partie de granits remplis de talc blanc « et jaune, » Mémoires sur la Minéralogie d’Auvergne, dans ceux de l’Académie des Sciences , année 1759.
Quoique les montagnes qui sont auprès de 1 Escurial paraissent toutes de granit bleu, on en trouve aussi du rouge comme
celui d’Égypte . Il se décompose au contact de l’air, comme
les autres pierres . et le rouge perd de sa couleur à mesure
qu’il se décompose.... Il y a aussi des énormes masses de roche grossière et de granit, avec des morceaux de quartz blanc
et de cristal de roche qui y sont enchâssés . Le pied de la
montagne de Saint-Udefonse est de granit , dont on fait des meules de moulin qui ne sont pas de bonne qualité, parce quelles deviennent trop unies en s’usant , et qu’on est obligé de les piquer souvent. Histoire naturelle d’Espagne , par M, Bowles, pages 440 et 446 . M. Bowles ajoute que le gra¬
nit bleu ou gris de l’Escurial, et le granit rouge de Saint-lldefonse , ne sont pas comme les granits ordinaires mêlés de spath ; ce qui pourrait faire croire que ce sont plutôt des quartz que des granits. Ibidem, page 448.
DES MINÉRAUX
droits ses productions à de bien plus grandes hauteurs. Au reste, ce n’est que dans les hautes montagnes vitreuses , que l’on peut voir à nu la structure ancienne et la composition primitive du globe en masses de quartz, en veines de jaspe , en groupes de granit et en filons métalliques 1 .
Quelque solide et durable que soit la matière du granit , le temps ne laisse pas de la miner et de la détruire à la longue : et des trois ou quatre substances dont il est composé, le quartz paraît être celle qui a le plus perdu de sa solidité, et cela est peut-être arrivé dès le premier temps qu’il s’est décrépité ; car quoique , étant d’une substance plus simple , il soit en lui-même plus solide que le feld-spath et le schorl , cependant ces derniers verres et surtout le feld-spath sont ce qu’il y a de plus durable dans le granit ; du moins il est certain que sur les faces des blocs de granit exposés à l’air aux flancs des montagnes, c’est la partie quartzeuse qui tombe en détriment la première avec le mica , et que les rhombes du feld-spath restent nus et relevés à la surface du granit dépouillé du mica et des grains de quartz qui les environnaient. Cet effet se remarque surtout dans les granits où la quantité de feld-spath est plus grande que celle du quartz ; et il provient de ce que les cristaux de cette même matière vitreuse sont en masses plus longues et plus profondément implantées que les grains du quartz dans presque tous les granits. Au reste, ces grains de quartz détachés par l’action des éléments humides et entraînés par les eaux s’arrondissent en roulant, et se réduisent bientôt en sables quartzeux et micacés 2; lesquels, comme les sables de grès, se convertissent ensuite en terres argileuses.
4 » Toutes ces énormes montagnes qui bordent la vallée de « Chamouni sont dans la classe des primitives : on trouve ce- « pendant une ou deux carrières de gypse , et des rochers « calcaires parsemés dans le fond de la vallée ; on voit aussi • ques bancs d’ardoises appliqués contre le pied du Mont- ■ Blanc et des montagnes de sa chaîne ; mais toutes ces pier- « res secondaires n’occupent que le fond on les bords des val- « lées, et ne pénètrent point dans le cœur des montagnes ; le « centre de celle-ci est de roche primitive , et les sommités « assises sur ce centre sont aussi de cette même roche. » Saussure , Voyage dans les Alpes , 1. 1 , page 431 .
a La chaîne des monts Carpentins en Espagne est presque toute de granit ; il se résout eu une espèce de gravier menu , par la dissolution du ciment qui unissait ses parties , et les petits cailloux de quartz restent détachés avec les feuilles de talc et de spath (feld-spath) qui , ensuite avec le temps , se décomposent et se convertissent en terre parfaite, qui n’est pas de la nature calcaire. Histoire naturelle d’Espagne, par M. Bowlcs, tome I , page 2G0.
Oh trouve dans l’intérieur de la terre des granits décomposés, dont les grains n’ont que peu d’adhérence et dont le ciment est ramolli1; cette décomposition se remarque surtout dans les fentes perpendiculaires où les eaux extérieures peuvent pénétrer par infiltration , et aussi dans les endroits où la masse des rochers est humectée par les vapeurs qui s’élèvent des eaux souterraines2. Toute humidité s’oppose à la dureté, et la preuve en est que toute masse pierreuse acquiert de la dureté en se séchant à l’air. Cette différence est plus sensible dans les marbres et autres pierres calcaires, que dans les matières vitreuses; néanmoins, elle se reconnaît dans les granits, et plus particulièrement encore dans le grès qui est toujours humide dans sa carrière, et qui prend plus de dureté après s’être séché à l’air pendant quelques années.
Lorsque les exhalaisons métalliques sont abondantes et en même temps mêlées d’acides et d’autres éléments corrosifs , elles détériorent avec le temps la substance des granits , et même elles altèrent celle du quartz : on le voit dans les parois de toutes les fentes perpendiculaires où se trouvent les filons des mines métalliques; le quartz paraît décomposé et le granit adjacent est friable.
Mais cette décomposition d’une petite portion de granit dans l’intérieur de la terre n’est rien en comparaison de la destruction immense et des débris que dut produire l’action des eaux ,
4 Nota. C’est mal à propos que M. de Saussure veut établir (Voyage dans les Alpes, tome î, page 106) diverses espèces de granit sur les divers degrés de dureté de cette pierre, et parce qu’il s’en trouve de tendre au point de s’égrener entre les doigts, puisque ce n’est ici qu’une décomposition ou destruction par l’air et par l’eau du vrai granit , si pourtant c’est de ce granit que l’observateur entend parler, de quoi l’on peut douter avec raison , puisqu’il attribue le vice de ces granits devenus tendres à l’effet de quelque matière saline ou argileuse, entrée dans leur composition (ibid.) ; mais plus bas il se rétracte, en observant que si , dès l’origine, ce principe de mollesse fût entré dans leur combinaison , les fragments roulés que l’on trouve de ces granits n’eussent pu sans se réduire en sable supporter les chocs qui les ont arrondis. (Ibid.)
a « si ces eaux sont chaudes , la décomposition des parties « de la roche en est plus intime et plus profonde : les fentes a des rochers de granit , d’où coulent les eaux chaudes de « Plombières , se montrent revêtues et remplies d’une argile « très-blanche , qui , en la pétrissant , se trouve encore mêlée « de grains de quartz, et qui n’est en effet que la substance du « quartz même dissoute et fondue par 1 eau. La douceur au « toucher de cette espèce d’argile , et sa facilité k se délayer « dans l’eau, quelle rend détersive, lui ont fait donner dans le « pays le nom impropre de savon ou de terre savonneuse , « elie se fond à un feu très-modéré , en donnant un beau a verre laiteux, et c’est un véritable pétuntzé, propre à entrer « dans la plus belle porcelaine. » Morceau extrait de l’Histoire Naturelle de Lorraine , manuscrite , par M. l’abbé Bexon.
HISTOIRE NATURELLE
lorsqu’elles vinrent battre pour la première fois les pics des montagnes primitives, plus élancés alors qu’ils ne le sont aujourd’hui ; leurs flancs nus, exposés aux coups d’un océan terrible , durent s’ébranler, se fendre, se rompre enmille endroits et de mille manières : de là ces blocs énormes , qu’on en voit détachés et tombés à leurs pieds; et ces autres blocs qui, comme suspendus et menaçant les vallées, ne semblent plus tenir à leurs sommets que pour attester les efforts qui se firent pour les en arracher 1 . Mais, tandis que la force des vagues renversait les masses qui offraient le plus de prise ou le moins de résistance , l’eau , par une action plus tranquille et tout aussi puissante , attaquait généralement et altérait partout les surfaces des matières primitives, et, transportant la poudie de leurs détriments, en composait de nouvelles substances , telles que les argiles et les grès . mais il dut y avoir aussi dans les amas de ces débris de gros sables qui n’étaient pas réduits en poudre; et les granits étant les plus composés , et par conséquent les plus destructibles des’ substances primitives, ils fournirent ces gros sables en plus grande quantité ; et l’on conçoit qu’eu égard à leur pesanteur, ces sables ne purent être transportés par les eaux à de très-grandes distances du lieu de leui oiigine . ils se déposèrent en grande quantité aux environs de leurs masses primitives, ils s’y accumulèrent en couches graniteuses ; et ces gi ains agglutinés de nouveau par l’intermède de l’eau, ont formé les granits secondaires , bien différents , comme l’on voit , quant à leur oiigine , des vrais granits primitifs. Et en effet, l’on trouve en divers endroits ces nouveaux granits, soit en couches, soit en amas inclinés , et on reconnaît à plusieurs caractères qu’ils sont de seconde formation : 1° à leur position en couches, et quelquefois en sacs entres des matières calcaires 2; 2° en ce qu’ils sont moins compac¬
tes , moins durs et moins durables que les gianits antiques; 3° en ce que le feld-spath et le schorl n’y sont pas en cristaux bien distincts, mais par petites masses qui paraissent résulte! de l’agglutination de plusieurs fragments de ces mêmes substances , et qui n’ottrent à l œil qu’une teinte terne et mate , de couleur briquetée ou d’un gris rougeâtre ; 4° en ce que les parcelles du mica y ont formé par leur jonction des feuilles assez grandes , et même de petites piles de ces feuilles qui ressemblent à du talc; 5° enfin , en ce que l’empâtement de toute la pierre est grossier, imparfait, n’ayant ni la cohérence, ni la solidité, ni la cassure vive et vitreuse du vrai granit. On peut vérifier ces différences en comparant les granits des Vosges ou des Alpes , avec celui qui se trouve à Semui en Bourgogne. Ce granit est de seconde formation; il est friable, peu compacte , mêlé de talc; il est disposé par lits et par couches presque horizontales : il présente donc toutes les empreintes d’un ouvrage de l’eau, au lieu que les granits primitifs n’ont d’autres caractères que
ceux d’une vitrification.
On ne doit donc rien inférer, rien conclure de la formation de ces granits secondaires , à celle du granit primitif dont ils ne sont que des détriments. Les grès sont relativement au quartz ce que ces seconds granits sont au premier, et
vouloir les réunir pour expliquer leur formation
par un principe commun , c’est comme si l’on prétendait rendre raison de l’origine du quartz par la formation du grès.
Ceux qui voudraient persister à croire qu’on doit rapporter à l’eau la formation de tous les granits , même de ceux qui sont élancés à pic* et groupés en pyramides dans les montagnes primitives , ne voient pas qu’ils ne font que reculer, ou plutôt éluder la réponse à la question; car ne doit-on par leur demander d’où sont venus , et par quel agent ont été formés ces frag-
4 Vous rencontrez (dans une vallée des Pyrénées) des blocs énormes de granit , ce sont les débris de quelques montagnes formées par le prolongement des masses de granit qu on trouve vers l'entrée de la vallée de Louron, et qu un tremblement de terre aura peut-être renversées. Ce bouleversement n’a pu arriver qu' après la formation des bancs calcaires et argileux qui traversent cette vallée, puisque ces bancs sont couverts par les blocs de granit. On voit régner ce désordre dans une grande partie du terrain qui se trouve entre le village de Saint-Paul et celui d’Oo. Essai sur la Minéralogie des monts Pyrénées , page 203.
3 Au-dessus de Lescrinet , du côté d’ Aubenas (en V ivarais), on trouve une scissure énorme dans du marbre , remplie de
matière granitique, qui démontre bien visiblement que les granits supérieurs sont venus se mouler dans cette Tente perpendiculaire. Il fallut donc, pour la formation de ce filon fort curieux. 1° que la roche calcaire existât avant lui ; 2° que la fente perpendiculaire de cette carrière-matrice se fit après la séparation des eaux dé la mer par les lois du retrait; car si la m ilière calcaire eût été dans un état de va-e , elle se fût mélangée par l’action du courant avec la vase de granit, ou avec ses grains sablonneux... 3° que la roche de granit , en supposant ces trois premiers cas, fût réellement dans un état de pâte molle, puisqu’elle remplit exactement toutes les sinuosités de sa gangue. Histoire Naturelle de la France méridionale , par M. Souiavie , tome I , pages 383 et 38G.
DES MENE K AUX
ments vitreux employés par l’eau pour composer les granits1, et dès lors ne seront-ils pas forcés à rechercher l’origine des masses dont ces fragments vitreux ont été détachés , et ne faut-il pas reconnaître que si l’eau peut diviser, transporter , rassembler les matières vitreuses, elle ne peut en aucune façon les produire?
La question resterait donc à résoudre dans toute son étendue , quand on voudrait par prévention de système, ou qu’on pourrait par suite d’analogie, établir que les granits primitifs ont été formés par l’eau ou dans le sein des eaux , et il resterait toujours, pour fait constant , que la grande masse vitreuse dont les éléments de ces granits sont ou l’extrait ou les débris , est une matière antérieure et étrangère à l’eau , et dont la formation ne peut être attribuée qu’à l’action du feu primitif.
Les nouveaux granits sont souvent adossés aux flancs , ou stratifiés au pied des grandes masses antiques dont ils tirent leur origine: ils sont étendus en couches ou en lits , plus ou moins inclinés , et souvent horizontaux , au lieu d’être groupés en hauteur , entassés en pyramides, ou empilés en feuillets verticaux 2 comme les ont les véritables granits dans les grandes montagnes primitives : cette différence de position est un effet remarquable et frappant , qui d’un côté
1 Le granit, dit très-bien M. de Saint-Fond n’est pas la pierre primitive dont est formé le noyau de notre globe, et qui couronne les hautes montagnes .. Cette roche étant composée de différentes matières agrégées, bien connues et bien distinctes , elle suppose la préexistence de ces matières. Vues générales du Dauphiné , page 13.
2 No‘a. C'est ce que M. de Saussure appelle des couches perpendiculaires, par une association de mots aussi insociables que les idées qu'ils présentent sont incompatibles; car qui dit couches, dit dépôt stratifié, étendu, couché enfin sur uneligneplusou moins voisine de la ligne horizontale, et dont les feuillets se divisent en ce sens; or, une telle masse, stratifiée horizontalement, ne peutrien offrir de perpendiculaire que les fissures ou sutures qui l'ont accidentellement divisée : la tranche perpendiculaire porte au contraire sa plus grande dimension sur la ligne de hauteur, elle se coupe en lames verticales ; et il est aussi impossible qu’elle ait été formée par la même cause que la couche horizontale, qu’il l'est que cette dernière devienne jamais perpendiculaire, si ce n'est par accident ; car il est indubitable que toutes les couches stratifiées par la mer, et qui ne doivent pas leur inclinaison aux causes accidentelles, comme la chute des carreaux, la tiennent des inclinaisons mêmes des pentes ou des coupes des masses primitives auxquelles elles sont venues s’adosser, s’adapter ou superposer, qui. en un mot, leur ont servi de base. Aussi M. de Saussure, après avoir fait la description ou l’énumération de plusieurs de ces couches violemment inclinées ou presque perpendiculaires, rappelle-t-il tous ces faits particuliers à une observation qu'il regarde lui-même comme générale et importante; savoir que les montagnes secondaires sont d’autant plus irrégulières et plus inclinées,qu’elles approchent p'us d^s primitives.
caractérise l’action du feu, dont la force expansive du centre à la circonférence ne pouvait qu’élancer, élever la matière et lagrouper en hauteur, tandis que la seconde position présente l’ouvrage de l’eau, qui, soumise à la loi de l’équilibre et ne travaillant que par voie de transport et de dépôt, tend généralementà suivre la ligne horizontale.
Les granits secondaires se sont donc formés des premiers débris du granit primitif, et les fragments rompus des uns et des autres , et roulés par les eaux, ont postérieurement rempli plusieurs vallées 1 , et ont même formé parleur entassement des montagnes subalternes. Il se trouve des carrières entières et en bancs étendus, de ces fragments de granits roulés et souvent mêlés de pareils fragments de quartz arrondis , comme ceux de granit , en forme de cailloux2. Mais ces couches sont, comme l’on
4 « Presque tous les ruisseaux qui se déchargent dans le « Gave de la vallée de Bastan roulent des blocs de granit ; il « y en a d’énormes à une petite dislance de Barége, et en si « grande quantité , qu’on ne peut s’empêcher de penser que « cette espèce de pierre a dû former anciennement de hautes « montagnes dans cette partie des Pyrénées.
< Les ruisseaux qui descendent du pic du Midi et du pic des t Aiguillons entraînent aussi des blocs de granit. » Essai sur la Minéralogie des monts Pyrénées, p. 259.
* La montagne où est le château de Molina (en Espagne) est très-élevée, et son sommet est composé d’une masse de petits quartz arrondis, et incrusté» ou conglutinés avec le ciment naturel formé de sable et de pierre à chaux.... A côté de la montagne de Platilla il y a une autre montagne composée de tuf (ce tuf est un grès feuilleté), en couches inclinées, soutenues par un lit de quartz ronds, fortement conglutinés entre eux, comme ceux qui se trouvent au sommet de la montagne de Molina ; ce lit suit la même pente que celui de la roche de tuf qui contient beaucoup de quartz enchâssés, qui viennent de ceux qui se sont détachés de leur grande masse par la destruction de la colline ; d’où l'on infère queces quartz sont d'une origine antérieure aux lits de la roche de tuf, et que celle-ci était un sable menu avant d'être roche....
A une demi-lieue de Molina, du côté de la mine de la Platilla, il y a une cavité d’environ cent cinquante pieds de profondeur et de vingt à quarante de largeur, formée dans une montagne de roche de sable rouge , sur des bancs de quartz arrondis, conglutinés avec le sable; il y a des fentes perpendiculaires qui séparent ces roches ainsi que le quartz. Histoire naturelle d’Espagne, par M. Bowles, pages 179, 180 et 188.
La grande quantité de cailloux de granit dont le terrain sablonneux de la Pologne est rempli est, après le sable, ce qu il y a de plus frappant..,, ils dominent dans la plupart des terrains qui ont des cailloux, c’est le quartz dans d autres.... Les villes etvillages de Pologne situés dans les endroits où la surface du terrain n'en est point parsemée ont quelquefois un pavé de ces cailloux; tous ceux de la Prusse ducale en sont pavés. • ••
La couleur de ces cailloux varie beaucoup ; les uns sont gris blancs et rouges ou couleur de cerise, parsemés de points noirâtres et de verdâtres ; d autres sont gris terreux ou lie de vin avec des points gris; le fond de la couleur est dans d’autres vert avec des points blancs ; la plupart sont très-durs , les grains en sont fins et bien liés, souvent même leur liaison est tello qu’on ne peut les distinguer les uns des autres; ceux-ci
HISTOIRE NATURELLE
voit, de seconde et même de troisième formation. Et dans le même temps que les eaux entraînaient, froissaient et entassaient ces fragments massifs , elles transportaient au loin , dispersaient et déposaient partout les parties les plus ténues , et la poussière flottante de ces débris graniteux ou quartzeux; dès lors ces poudres vitreuses ont été mêlées avec les poudres calcaires , et c’est de là que proviennent originairementles sucs quartzeux ou silicés qui transsudent dans les craies et autres couches calcaires formées par le dépôt des eaux.
Et comme le transport de ces débris du granit, du grès et des poudres d’argile, s’est longtemps fait dans le fond des mers, conjointement avec celui des détriments des craies , des marbres et des autres substances calcaires; les unes et les autres ont quelquefois été entraînées, réunies et consolidées ensemble : c’est de leur mélange que se sont formées les brèches et autres pierres mi-parties de calcaire et de vitreux ou argileux; tandis que les fragments de quartz et de granit, unis de même par le ciment des eaux , ont formé des poudingues purement vitreux, et que les fragments des marbres et autres pierres de même nature ont formé les brèches purement calcaires.