‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 102 sur 235 · SARDOINE · texte numérisé non relu

SARDOINE

La sardoine ne diffère de la cornaline que par sa couleur qui n’est pas d’un rouge pur , mais d’un rouge orangé, et plus ou moins mêlé de jaune ; néanmoins cette couleur orangée de la sardoine, quoique moins vive, est plus suave, plus agréable à l’œil que le rouge dur et sec de la cornaline : mais comme ces pierres sont de la même essence , on passe par nuances de l’o-

4 Dans l’Yémen , sur le chemin entre Taæs et le mont Su* mara, on voit la pierre akjk-jemani, qui est d'un rouge foncé , ou plutôt d’un brun clair, qu’on nomme quelquefois simplement jemani ou akjk ; on la tire principalement de la montagne Hirran près de la ville Damar. Les Arabes la font enchâsser, et la portent au doigt ou au bras , au-dessus du coude , ou à la ceinture au-devant du corps , et on croit qu’elle arrête le sang quand on la met sur la plaie.... On trouve souvent des pierres fort ressemblantes à Y akjk ou à la cornaline , parmi celles de Camboye , qu’on nomme pierre de mockha, et dont on porte une grande quantité de Surate, tant à la Chine qu'en Europe. Description de l’Arabie, par M. Niebuhr. page 123. Les plus belles cornalines sont celles que l’on apporte des environs de Babylone ; ensuite viennent celles de Sardaigne ; les dernières sont celles du Rhin . de Bohême et de Silésie ; pour leur donner le plus grand brillant , on met dessous , en les montant , une feuille d’argent. Dictionnaire Encyclopédique de Chambers.

DES MINÉRAUX

rangé le plus faible au rouge le plus intense , c’est-à-dire de la sardoine la moins jaune à la cornaline la plus rouge ; et l’on ne distingue pas l'une de l’autre dans les teintes intermédiaires entre l’oranger et le rouge : car ces deux pierres ont la même transparence , et leur densité , leur dureté et toutes leurs autres propriétés sont les mêmes ; enfin, toutes deux ne sont que de belles agates teintes par le fer en dissolution.

La sardoine est très-anciennement connue ; Mithridate avait , dit-on , ramassé quatre mille échantillons de cette pierre , dont le nom , suivant certains auteurs , vient de celui de l’ile de Sardaigne , où il s’en trouvait en assez grande quantité. Il paraît que cette pierre était en grande estime chez les anciens 1 ; elle est en effet plus rare que la cornaline , et se trouve rarement en aussi grand volume.

PRASE,

Cette pierre a été aussi célébrée par les anciens ; c’est une agate verte ou verdâtre, souvent tachée de blanc , de jaunâtre , de brun , et qui est quelquefois aussi transparente que les belles agates, dont elles ne diffèrent que par le nom. Les prases ne sont pas fort communes ; cependant on en trouve non-seulement en Asie , mais en Europe , et particulièrement en Silésie. M. Lehman a donné l’histoire et la description de cette prasede Silésie, ainsi que de la chrysoprase du même pays , qui n’est qu’une prase dont la couleur verte est mêlée de jaune 2. Ce savant minéralogiste dit qu’on trouve les prases et les chrysoprases dans une terre argileuse verte , et souvent mêlée d’opale , de calcédoines et d’asbestes ; et comme elles sont à très-peu près de la même pesanteur spécifique3, et qu’elles ont la même dureté, et prennent le même poli que les agates , on doit les mettre au nombre~des agates colorées : la cornaline l’est de rouge , la sardoine de jaune orangé , et la prase l’est de vert. M. Demeste pense que cette

* Polycrate, tyran de Samos, croyait expier suffisamment le bonheur dont la fortune s était plu constamment à le combler, par h* sacrifice volontaire d’une sardoine qu il jeta dans a mer’ e* qui lut retrouvée dans les entrailles d'un poisson destiné pour la table de ce tyran. Pline, liv. XXXVII, chap. i.

Mémoires de l’Académie de Berlin, année 1753.

8 La pesanteur spécifique de l’agate orientale est de 25091, et oelle de la prase est de 25083.

couleur verte de la prase provient du mélange du cobalt , parce que cette pierre étant fondue avec deux parties de borax elle produit un beau vert bleu1; mais peut-être cette couleur bleue provient du borax qui , comme je l’ai dit2, contient des parties métalliques. On pourrait s’as, surer du fait en fondant la prase sans borax; car si elle donnait également un verre bleu , l’opinion de M. Demeste serait pleinement confirmée; mais il est à croire que la prase serait, comme l’agate , très -réfractaire au feu , et qu’on ne,pourrait la faire fondre sans addition , soit du borax ou d’un autre fondant ; et dans ce cas, il faudrait employer un fondant purement salin qui ne contînt pas , comme le borax , des parties métalliques.

Au reste , quelques naturalistes ont donné le nom de prase à la prime d’émeraude qui n’est point une agate, mais un cristal vert, défectueux, inégalement coloré , et dont certaines parties , plus parfaites que les autres , sont de véritables et belles émeraudes : le nom de prase a donc été mal appliqué à cette substance , qui n’est qu’une émeraude imparfaite assez bien désignée par la dénomination de prime ou matrice d’émeraude.

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