ET CONCRÉTIONS DU MICA
La première et la plus pure de ces concrétions est le talc qui n’est formé que par de pe-
« beau poli qu’une espèce de ce genre de pierre qui se trouve e dans quelques carrières de cailloux de pierre à fusil des en- « virons de l’Aigle, en Normandie... Ils y ont été liés après c leur formation par une matière semblable à celle dont ils « sont faits eux-mêmes, et qui, les égalant au moins en du- « relé, doit prendre un poli qui ne doit point le céder en vi- « vacité à celui qu’on donne à la pierre a fusil... Leur cou- « leur est brune ou d’un brun noirâtre.
« Si beau que fût le poli de ce poudingue, il ne le serait peute être pas encore autant que celui que prend une pierre de la « Roehepont-Saint-Tliibault, près Maltavenne, en Orléanais. « Un défaut de tous les poudingues, excepté ceux de l’Aigle, « les cailloux de Rennes et les brèches, vient de ce que, si dur « que soit le ciment qui lie leurs cailloux, il ne l’est pas encore « autant qu’eux. Le ciment de la Rochepont Saint-Thibault « est si peu considérable, qu’il semble même qu’il n'y en ait « pas, et que ces cailloux ne soient seulement que différentes « grandes taches d’une pierre composée d'une matière ainsi « marbrée, et qui s’est durcie... Leur couleur est des plus « simples et des moins variées ; un peu de jaune terne sur un « fond brun fait tout le marbré de cette pierre, qui se trouve « en assez grande masse. » Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1753, pages 165 et 166.
1 Voyez (Théorie de la Terre) les articles du mica et du
talc,
tites parcelles de mica à demi dissoutes, ou du moins assez atténuées pour faire corps ensemble et se réunir en lames minces par leur aflinité. Les micas blancs et colorés produisent, par leur agrégation, des talcs qui présentent les mêmes couleurs, et qui ne diffèrent des micas qu’en ce qu’ils sont en lames plus étendues et plus douces au toucher. Le talc est donc la plus simple de toutes les concrétions de ce verre primitif : mais il y a un grand nombre d’autres substances micacées dont l’origine est la même, et dont les différences ne proviennent que du mélange de quelques autres matières qui leur ont donné plus de solidité que n’en ont les micas et les talcs purs : telles sont les pierres auxquelles on a donné le nom de stéatites, parce qu’elles ont quelque ressemblance avec le suif par leur poli gras et comme onctueux au toucher. La poudre de ces pierres stéatites, comme celle du talc, s’attache à la peau et parait l’enduire d une sorte de graisse : cet indice, ou plutôt ce caractère particulier , démontre évidemment que le talc domine dans la composition de toutes les stéatites dont les principales variétés sont les jades, les serpentines, les pierres ollaires, la craie d’Espagne, la pierre de lard de la Chine, et le crayon noir ou la molybdène, auxquelles on doit encore ajouter l’asbeste, l’amiante, ainsi que le cuir et le liège de montagne. Toutes ces substances, quoiqu’en apparence très-différentes entre elles, tirent également leur origine de la décomposition et de l’agrégation du mica : ce ne sont que des modifications de ce verre primitif plus ou moins dissous, et souvent mélangé d’autres matières vitreuses qui, dans plusieurs de ces pierres, ont réuni les particules micacées de plus près qu’elles ne le sont dans les talcs , et leur ont donné plus de consistance et de dureté ; car toutes ces stéatites, sans même en excepter le jade dans son état de nature , sont plus tendres que les pierres qui tirent leur origine du quartz, du jaspe, du feldspath et du schorl , parce que des cinq verres primitifs, le mica est celui qui, par son essence, a le moins de solidité, et que même il diminue celle des substances dans lesquelles il se trouve incorporé, ou plutôt disséminé.
Toutes les stéatites sont plus ou moins douces au toucher; ce qui prouve qu’elles contiennent beaucoup de parties talqueuses : mais le talc n’est, comme nous l’avons dit, que du mica atténué par l’impression des éléments humides;
DES MINERAUX
aussi lorsqu’on fait calciner du talc ■ ou de la poudre de ces pierres stéatites, le feu leur enlève également cette propriété onctueuse ; ils deviennent moins doux au toucher, comme 1 était le mica avant d’avoir été atténué par l’eau.
Comme les micas ont été disséminés partout des les premiers temps de la consolidation du globe, les produits secondaires de ces concrétions et agrégations , sont presque aussi nombreux que ceux de tous les autres verres primitifs; les micas en dissolution paraissent s’être mêlés dans les quartz gras , les pétro-silex et les jades dont le poli ou la transparence graisseuse provient des molécules talqueuses qui y sont intimement unies. On les reconnaît dans les serpentines et dans les pierres ollaires , qui, comme les jades, acquièrent plus de dureté par l’action du feu ; on les reconnaît de même dans la pierre de lard de la Chine et dans la molybdène. Toutes ces stéatites ou pierres micacées , sont opaques et en masses uniformément compactes ; mais les parties talqueuses sont encore plus évidentes dans les stéatites dont la masse n’est pas aussi compacte, et qui sont composées de couches et de lames distinctes, telles que la craie de Briançon. Enfin, on peut suivre la décomposition des micas et des talcs jusqu’aux amiantes, asbestes, cuir et liège de montagne, qui ne sont que des filets très-déliés, ou des feuillets minces et conglomérés d’une substance talqueuse ou micacée, lesquels ne se sont pas réunis en larges lames, comme ils le sont dans les talcs.
Le jade est une pierre talqueuse qui néanmoins, dans l’état où nous la connaissons , est plus dense 2 et plus dure3 que le quartz et le
4 Les stéatites ont beaucoup de rapport avec les pierres ollaires : leur onctuosité est telle que lorsqu’on les touche, elles produisent la même sensation qu’occasionne une pierre enduite d’une légère couche d’huile. Lorsque ces pierres sont calcinées, elles deviennent rudes au toucher, solides et composées de petits feuillets opaques et brillants, elles prennent alors le nom de talcite... On trouve de ces laïcités micacées dans les environs du Vésuve et de l'ancien cratère du volcan d’Albano, près de Rome, qui est aujourd’hui un lac nommé J firjo di Castello, parce qu’il est situé près de Castelgandoll'e. Lettres de M. Demeste, tome l. page 5M.
2 La pesanteur spécifique du jade blanc est de 29502; celle du jade vei t de 29660, et du jade olivâtre de 29829 ; tandis que celle du quartz le plus pesant n’est que de 26516, et celle de tous les jaspes n’est que de 26 ou 27000. Voyez l abiés de M. Brissou.
' M. Pott, daus sa Lithogéognosic, tome II. dit expressé*
jaspe, mais qui me parait n’avoir acquis celle densité et cette grande dureté que par le moyen du feu. Comme le jade est demi-transparent lorsqu’il est aminci, ee caractère l’éloigne moins des quartz que des jaspes, qui tous sont pleinement opaques , et l’on ne doit pas attribuer l’excès de sa densité sur celle du quartz , aux parties métalliques dont on pourrait supposer qu’il serait imprégné; car le jade blanc, auquel le mélange du métal n’a pas donné de couleur, pèse autant que les jades colorés de vert et d’olivâtre, et tous pèsent spécifiquement plus que le quartz ; il n’y a donc que le mélange du schorl qui aurait pu produire cette augmentation de densité: mais dans cette supposition, le jade aurait acquis par ce mélange du schorl un certain degré de fusibilité ; et cependant M. d’Arcet, qui a fait l’analyse chimique du jade , n’a pas observé cette fusibilité; il dit seulement que le jade contient du quartz; qu’il prend au feu encore plus de dureté qu’il n’en avait auparavant ; qu’il y change de couleur, et que de vert ou verdâtre, il devient jaune ou jaunâtre. Mais M. Demeste assure que le jade se boursoufle à un feu violent, et qu’il se vitrifie sans aucun intermède. Ces faits paraissent opposés , et néanmoins peuvent se concilier : il est certain que le jade, quoique très-dur, se durcit encore au feu ; et cette propriété le rapproche déjà des serpentines et autres pierres talqueuses, qui deviennent d’autant plus dures qu’elles sont plus violemment chauffées ; et, comme il y a des ardoises et des schistes dont la densité approche assez de celle du jade', on pourrait imaginer que le fond de la substance de cette pierre est un schiste qui, ayant été pénétré d’une forte quantité de suc quartzeux, a acquis cette demitransparence, et pris autant et plus de dureté que le quartz même ; et si le jade se fond et se vitrifie sans intermède, comme le dit M. Demeste, on pourrait croire aussi qu’il est entré du schorl dans sa composition, et que c’est par ce mélange qu’il a acquis sa densité et sa fusibilité.
Néanmoins le poli terne, gras et savonneux
ment que le jade ne fait point feu contre l'acier; mais je puis assurer qu’ayant fait cette épreuve sur du ja ’e vert et du jade blanc, il m’a paru que ces pierres étincelaient autant qu’aucune autre pierre vitreuse; il est vrai que, connaissant leur grande dureté, je me suis servi de limes au lieu d’acier pour les choquer et en tirer des étincelles, t La pesanteur spécifique du schiste qui couvre les bancs
d'ardoise est de 28276.
HISTOIRE NATURELLE
de tous les jades, ainsi que leur endurcissement au feu , indiquent évidemment que leur substance n’est composée que d’une matière talqueuse, dont ces deux qualités sont les principaux caractères ; et les deux autres propriétés par lesquelles on serait en droit déjuger de la nature du jade, c’est-à-dire sa dureté et sa densité, pourraient.bien ne lui avoir pas étédonnées par la nature, mais imprimées par le secours de l'art, et principalement par l’action du feu, d’autant que jusqu’ici l'on n’a pas vu des jades dans leurs carrières ni même en masses brutes, et qu’on ne les connaît qu’en morceaux travaillés. D’ailleurs le jade n’est pas, comme les autres produits de la nature , universellement répandu; je ne sache pas qu’il y en ait en Europe; le jade blanc vient de la Chine, le vert de l’Indostan, et l’olivâtre de l’Amérique méridionale L Nous ne connaissons que ces troissortes de jades , qui , quoique produits ou travaillés dans des régions si éloignées les unes des autres, ne diffèrent néanmoins que par les couleurs. Il s’en trouve de même dans quelques autres contrées des deux Indes2, mais toujours en morceaux isolés et travaillés. Cela seul suffirait pour nous faire soupçonner que cette matière , telle que nous la connaissons, n’est pas un produit immédiat de la nature; et je me persuade que ce n’est qu’après l’avoir travaillée qu’on lui a donné , par le moyen du feu , sa très-grande dureté ; car, de toutes les pierres vitreuses , le jade est la plus dure, les meilleures limes ne l’entament pas, et l’on prétend qu’on ne peut le travailler qu’avec la poudre de diamant : néanmoins les anciens Américains en avaient fait des haches, et sans doute ils ne s’étaient
' La rivière de Topayos qui descend des mines du Brésil est habitée par des Iudieas; ies Portugais y ont des forts, et c’est chez les Topayos qu’on trouve aujourd’hui plus facilement qu ailleurs de ces pierres vertes, connues sous le nom de pierres des Amazones, dont on ignore l’origine, et qui ont été longtemps recherchées pour la vertu qu’on leurattribuait de guérir de la pierre, de la colique néphrétique et de 1 épilepsie. Elles ne diffèrent ni en dureté ni en couleur du jade oriental ; elles r ésistent à la lime, et l’on a peine à s’imaginer comment les anciens habitants du pays ont pu les tailler et leur donner différentes figures d’animaux. M. de La Condamine observe que ces pierres vertes deviennent plus rares de jour en jour, autant parce que les Indiens, qui en font grand cas, ne s’en défont pas volontiers, que parce qu’on en fait passer un fort grand nombre en Europe. Histoire générale des Voyages, tome XIV, pages 42 et 43.
3 On nous assure qu’il y a du jade vert à Sumatra, et M. de La Condamine dit (pion trouve du jade olivâtre sur les côtes de la mer du Sud, au Pérou, aussi bien que sur les ter res voisines de la rivière des Amazones.
pas servis de poudre de diamant pour donner au jade cette forme tranchante et régulière. J’ai vu plusieurs de ces haches de jade olivâtre de différentes grandeurs ; j’en ai vu d’autres morceaux travaillés en forme de cylindre, et percés d’un bout à l’autre, ce qui suppose l’action d’un instrument plus dur que la pierre: or, les Américains n’avaient aucun outil de fer, et ceux de notre acier ne peuvent percer le jade dans l’état où nous le connaissons; on doit donc penser qu’au sortir de la terre le jade est moins dur que quand il a perdu toute son humidité par le dessèchement à l’air, et que c'est dans cet état humide que les sauvages de l’Amérique l’ont travaillé1. On fait, dans l’Indostan, des tasses et d’autres vases dejadevert ; à la Chine on sculpte en magots le jade blanc , l’on en fait aussi des manches de sabre ; et partout ces pierres ouvragées sont à bas prix : il est donc certain qu’on a trouvé les moyens de creuser, figurer et graver le jade avec peu de travail, et sans se servir de poudre de diamant.
Le jade vert n’a pas plus de valeur réelle que le jade blanc, et il n’est estimé que par des propriétés imaginaires, comme de préserver ou guérir de la pierre, de la gravelle, etc ; ce qui lui a fait donner le nom de pierre néphrétique . Il serait difficile de deviner sur quel fondement les Orientaux et les Américains se sont également et sans communication, infatués de l’idée de vertus médicinales de cette pierre : ce préjugé s’est étendu en Europe, et subsiste encore dans la tète de plusieurs personnes ; car on m’a demandé souvent à emprunter quelques-unes de ces pierres vertes pour les appliquer, comme amulettes, sur l’estomac et sur les reins ; on les taille même en petites plaques un peu courbées, pour les rendre plus propres à cet usage.
Les plus grands morceaux de jade que j’aie vus n’avaient que neuf ou dix pouces de longueur ; et tous, grands et petits, ont été taillés et figurés. Au reste, nous n’avons aucune connaissance précise sur les matières dont le jade est environné dans le sein de la terre, et nous ignorons quelle peut être la forme qu’il affecte de préférence. Nous ne pouvons donc qu’exhorter les voyageurs éclairés à observer cette pierre dans le lieu de sa formation : ces observa*
4 Seyfried raconte qu’on trouve auprès du fleuve des Amazones une terre verdâtre qui est tout à fait molle sous l’eau mais qui, étant k l'air, acquiert la dureté du diamant. Mémoires de l’Académie de Berlin, année 1747.
fions nous fourniraient plus de lumières que l’analyse chimique sur son origine et sa composition.
En attendant ce supplément à nos connais- j sauces, je crois qu’on peut présumer avec fon- i dement que le jade, tel que nous le connaissons, est autant un produit de l’art que de la nature ; que quand les sauvages l’ont travaillé , percé et figuré, c’était une matière tendre qui n’a acquis sa grande dureté et sa pleine densité , que par l’action du feu auquel ils ont exposé leurs haches et les autres morceaux qu’ils avaient percés ou gravés dans leur état de mollesse ou de moindre dureté. J’appuie cette présomption sur plusieurs raisons et sur quelques faits.
1° J’ai vu une petite hache de jade olivâtre, d’environ quatre pouces de longueur sur deux pouces et demi de largeur, et un pouced’épaisseur à la base, venant des terres voisines de la rivière des Amazones, et cette hache n’avait pas à beaucoup près la dureté des autres haches de jade; on pouvait l’entamer au couteau , et dans cet état elle n’aurait pu servir à l’usage auquel sa forme de hache démontrait qu’elle était destinée : je suis persuadé qu’il ne lui manquait que d’avoir été chauffée , et que par la seule action du feu elle serait devenue aussi dure que les autres morceaux de jade qui ont la même forme; les expériences de M. d’Arcet confirment cette présomption , puisqu’il a reconnu qu’on aug- j mente encore la dureté du jade en le chauffant.
2° Le poli gras et savonneux du jade indique que sa substance est imprégnée de molécules talqueuses qui lui donnent cette douceur au toucher, et ceci se confirme par un second rapport entre le jade et les pierres talqueuses, telles que les serpentines et pierres ollaires, qui toutes sont molles dans leurs carrières, et qui prennent à l’air, et surtout au feu, un grand degré de dureté.
Enfin nous nous rapprocherons de l’ordre de la nature, autant qu’il est possible, en regardant le jade comme une matière mixte, et formant la nuance entre les pierres quartzeuses et les terres micacées ou talqueuses dont nous allons traiter.