SERPENTINE
Ce nom d a serpentine vient de la variété des petites taches que ces pierres présentent lorsqu’elles sont polies, et qui sont assez semblables aux taches de la peau d’un serpent : la plupart de ces pierres sont pleinement opaques ; mais il s’en trouve aussi qui ont naturellement une demi-transparence, ou qui la prennent lorsqu’elles sont amincies. Ces serpentines demi-transparentes ont plus de dureté que les autres , et ce sont celles qui approchent le plus du jade par ces deux caractères de demi-transparence et de dureté 1 ; d’ailleurs elles different des autres serpentines , et ressemblent encore au jade olivâtre par leur couleur verdâtre, uniforme, sans taches et sans mélange d’autres couleurs , tandis qu’il y a des taches en grand nombre et de couleurs diverses dans toutes les serpentines opaques. Celles qui sont demi-transparentes, étant plus dures que les autrers, reçoivent un beau poli, mais toujours un peu gras comme celui du jade; elles sont assez rares , et les naturalistes qui ont eu occasion de les observer en distinguent deux sortes, toutes deux à demi transparentes lorsqu’elles sont réduites à une petite épaisseur : l’une parait composée de filaments réunis les uns contre les autres, et présente une cassure fibreuse ; on l’a trouvée en Saxe près de Zœblitz, où elle a été nommée pierre néphrétique, à cause de sa grande ressemblance avec le jade verdâtre qui porte aussi ce nom 2 : l’au-
3° Comme le jade se tond, suivant M. Demeste, à un feu violent , et que les micas et le talc peuvent s’y fondre de même et sans intermède, je serais porté à croire que cette pierre pourrait n’ètre composée que de quartz mêlé d’une assez grande quantité de mica ou de talc pour devenir fusible, ou que si le seul mélange du talc ne peut produire cette fusibilité du jade, on doit encore y supposer une certaine quantité
de sehorl qui aurait augmenté sa densité et sa
fusibilité.
4 La pierre serpentine, dit M. Pott, dont on fait an tour tant de mortiers et de vases à broyer, acquiert une extrême dureté au feu ; elle est même remarquable par sa noirceur ou sou vert fonce, et l’on peut la regarder comme une sorte singulière de pierre ollaire ; en ia calcinant dans mi vaisseau fermé, elle jaunit considérablement... La pierre néphrétique (ou le jade), que les anciens ont prise communément pour une espèce de jaspe vert, doit aussi être rapportée à la nôtre, puisque ce n'est au fond qu’une espèce singulière de stéalitc, plus ou moins transparente et verte, mais qui surpasse de bcau- • coup toutes les autres en dureté, que la principale partie de sa terre soit stéatitique, c’est ce qu’on ne saurait contester en voyant la manière dont elle se durcit au leu, qui va jusqu’à ia rendre propre à jeter des étincelles. Mémoires de l’Académie de Berlin, année <747, page 69.
* On la trouve à Zu blilz, en Saxe, à Sahlbcrg, en Suède, dans
HISTOIRE NATURELLE
tre se trouve eu Suède, et ne présente pas de libres, mais des grains dans sa cassure.
Les serpentines opaques et tachées sont bien plus communes que ces serpentines demi-transparentes, de couleur uniforme; presque toutes sont, au contraire, marquetées ou veinées et variées de couleurs différentes; elles ont des taches de blanc, de gris, de noir, de brun, de vert et de rougeâtre : quoique plus tendres que les premières, et même moins dures que le marbre, elles se polissent assez bien ; et comme elles ne font aucune effervescence avec les acides, on les distingue aisément des beaux marbres avec lesquels on pourrait les confondre par la ressemblance des couleurs et par leur poli. D'ailleurs, loin de se calciner au feu comme le marbre , toutes les serpentines s’y durcissent et y résistent même plus qu’aucune autre pierre vitreuse ou calcaire ; on peut en faire des creusets comme l’on en fait avec la molybdène, qui, quoique moins dure que les serpentines, est, au fond , de la même essence , ainsi que toutes les autres stéatites.
« A deux lieues de la ville de Grenade, dit « M. Bowles , se trouve la fameuse carrière de « serpentine, de laquelle on a tiré les belles co- « lonnes pour les salons de Madrid, et plusieurs « autres morceaux qui ornent le palais du roi.
« Cette serpentine prend un très-beau poli L »
Nous 11e connaissons point de semblables carrières en France; cependant M. Guettard a observé que les rivières de Cervières et de Guil en Dauphiné, entraînent d’assez gros morceaux de serpentine, et qu’il s’en trouve même dans la
quelques endroits en Espagne et en Corse. — « La serpentine,
« dit M. Demcsle, est pins dure et d’un tissu beaucoup plus « fin que la pierre de Côine, ce qui la rend susceptible d’un « assez beau poli ; aussi en fait-on différents vases et même des *< ornements. On en trouve encore delà verte, qui est derni- « transparente, et qu’on prendrait, à la beauté du poli, pour « du jade ou du jaspe vert. Le fond de cette pierre est ordi- « nai rement verdâtre ou jaunâtre, quelquefois cendré avec c des taches vertes différemment nuancées, et rarement rou- « geâtres. Le fer qui la colore y est dans un état de chaux im- « parfaite, puisqu’il conserve la propriété de faire changer la « direction de l’aiguille aimantée... Il est même assez ordi- « naire d’y rencontrer des cristaux octaèdres de mine de fer
* noirâtre, attirables à l'aimant... La serpentine contient « aussi quelquefois du mica, et même des veines d’asbeste ou « d’amiante. Les Florentins nomment gabro celle qui est « mêlée de schorl et de mica. » Lettres de M. Demeste, etc., tome I, page 5*3.— « La pierre, dit M. Guettard, à laquelle on
« attribue la vertu de guérir la colique néphrétique, se trouve * « dans le pays des Grisons, au-dessus de la montagne d’Isette,
* proche Tæffen-Kasten. et sur la montagne Septine. » Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1752, page 32*.
* ,Ii!lo*rc naturelle d’Espagne, par M. Bowles, page *2*.
vallée de Souliers , ainsi que dans plusieurs autres endroits de cette province : on en voit de petites colonnes dans l’église des Carmélites à Lyon L
En Italie1, les plus grands morceaux de serpentine que l’on connaisse sont deux colonnes dans l’église de Saint-Laurent à Rome. La pierre appelée gabro par les Florentins est une sorte de serpentine : « Il y a, ditM. Faujas de Sant- « Fond , des gabros verdâtres ou jaunâtres avec « des taches d’un vert plus ou moins foncé; « d’autres sont chargés de taches rougeâtres « demi-transparentes, sur un fond verdâtre : « on remarque dans plusieurs gabros des micas « de différentes couleurs... J’ai dans ma collec- « tion un très-beau gabro d’Italie, d’une con- « sistance dure, d’un poli gras, mais très-éela- « tant, mêlé de diverses nuances d’un rouge « très- vif sur un fond noir verdâtre, dans lequel « 011 voit de petites lames de mica traverser le « vert 2. » Cette pierre est si commune aux environs de Florence., que l’on s’en sert pour paver les rues , comme pour orner les maisons et les églises; il y en a de très-beaux morceaux dans celle des Chartreux à troirs milles de Florence 3.
4 Mémoires sur la Minéralogie du Dauphiné, tomel, pages 26 et 30.
2 Recherches sur les Volcans éteints, pages 250 et 251.
3 Les espèces de serpentines ou de gabro des environs d’fmpruneta, sont blanches, rouges, jaunes, noires, vertes, d'une seule couleur ou de plusieurs ensemble; il y en a de jaunes mêlées de rouge, de noires et rouges, vertes et jaunes ; toutes ces serpentines sont fermes, compactes et traversées par de petites veines d’asbeste; elles contiennent un mica verdâtre, argenté, gras ou talqueux, cubique comme la blende cornée, qui se réduit, en la raclant avec un couteau, en une farine grasse. J’observai dans les fentes perpendiculaires de ce gabro, qui peuvent avoir depuis un travers de main jusqu’à une demi-aune de large, les variétés de terres suivantes :
f° De la terre ollaire molle et lâche ; 2° la même terre de couleur verte ; 3° de la pierre ollaire ou serpentine compacte, blanche, qui paraît être formée par l'endurcissement de la terre blanche du n° I : cette pierre est ou entièrement endurcie, ou encore grasse au toucher, et facile à râcler comme la craie de Briançon ; *° de la pierre ollaire verte et blanche compacte, formée par la terre ollaire molle et verte du n° 2, variée comme celle du n° précédent ; 5° du gabro ou de la pierre ollaire filamenteuse comme l’amiante, dont les stries sont plus ou moins fines ; sa couleur est blanche ou verte : on ne saurait prendre à la vue les serpentines striées que pour l’amiante non mûr, si j’ose parler ainsi. Entre les filaments de la pierre ollaire ou de la serpentine à grosses stries, il y a des veines de spath calcaire blanc, dont la superficie est pareillement rayée, ce qui provient des impressions de la serpentine filamenteuse qui l'environne. Ce spath calcaire fait effervescence avec les acides ; mais-quelquefois, et dans le même morceau, il a acquis un tel degré de dureté qu'il est presque de la native du spath dur ou feld-spath, de manière qu’il ne se laisse point râcler avec le couteau ; 6° de l’amiaute blanc plus ou moins fin, qui sc rapproche de l'asbeste; 7° de l’amiante vert, nta .
m:s >n m;i» ai x.
En comparant les densités du talc avec celles et qu’on en tait commerce dans cette petite ville des micas et des serpentines, nous verrons, de l’Italie. La cassure de cette pierre de Côme
t° qu’il n’y a que les micas noirs et la serpen- 1 tine fibreuse dont la pesanteur spécifique soit plus grande que celle du talc 1 ; 2° que tous les autres micas sont un peu moins denses que le j talc2; 3° que toutes les serpentines, à l'exception de la fibreuse , sont moins denses que le talc et les micas. On pourrait donc en inférer que dans la serpentine fibreuse et dans le mica noir les parties micacées sont plus rapprochées et plus intimement unies que dans les autres serpentines et micas , ou plutôt on doit penser qu’il est entré dans leur composition une certaine quantité de parties de schorl ou de fer qui leur aurait donné ce surplus de densité : je dis de fer, parce que la partie verte de ces serpentines étant réduite en poudre, est attirable à l’aimant ; ce fer y est donc dans le même état que le sablon magnétique de la platine , et non pas en état de chaux.