‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 125 sur 235 · CUIR ET LIÈGE DE MONTAGNE · texte numérisé non relu

CUIR ET LIÈGE DE MONTAGNE

Dans l’amiante et Pasbeste, les parties consi i tuantes sont disposées en filaments souvent parallèles, quelquefois divergents ou mêlés confusément ; dans le cuir de montagne, ces mêmes parties talqueuses ou micacées qui en composent la substance sont disposées par couches et en feuillets minces et légers, plus ou moins souples, et dans lesquels on n’aperçoit aucun filament, aucune libre; ce sont des paillettes ou petites lames de talc ou de mica, réunies et superposées horizontalement, plus ou moinsadhérentes entre elles, et qui forment une masse mince comme du papier, ou épaisse comme un cuir et toujours légère, parce que ces petites couches ne sont pas réunies dans tous les points de leur surface, et qu’elles laissent entre elles tant de vide que cette substance acquiert presque

dans le feu, d'où elles sortent sans que le tissu en soit le moins du monde endommagé. Nous avons aussi quelques mines d'amiante dans les Pyrénées, dans les montagnes de Gênes, etc. Histoire de Thamas Kouli-Kan ; Paris, 1742, in- 12.

1 Dans la province de Chincliintalas, il y a une montagne «dans laquelle il se trouve des salamandres, desquelles,

« par artifice, ils font du drap de telle propriété, que s’il est « jeté au feu il ne brûlera point, et se fait tel drap avec de la « terre en cette manière. Ils prennent cette terre, qui est en- « tremêlée de petits filets en forme de laine, laquelle ils font « dessécher au soleil ; puis la broyant en un mortier, et la la- « vant afin que toute la terre s'en sépare.... et après les fiient « ainsi qu'on fait la laine , et en font des draps; et quand ils « les veulent blanchir, les jettent dedans un grand feu , puis « les en retirent plus blancs que la neige, sans être aucune- « ment endommagés ; et en cette manière les nettoient et les « blanchissent quand ils sont sales et tachés , et ne leur font « autre lessive que le feu.... Ils disent à Rome avoir une nappe « laite de salamandre, en laquelle ils gardent le Saint-Suaire « de Notre-Seigneur, et qu’autrefois elle a été envoyée par « un roi des Tartares au pape romain. » Description géographique de l'Inde, par Marc Paul, chap. xlvi, liv. I, page 26.

2 fi 'amiante que le missionnaire Egèvie a découverte en Groenland se trouve en Sibérie , et on y fait quelques petits » morceaux de toile incombustible. Description de l’Islande par Anderson , Hambourg, 1746.

le double de son poids par son imbibition dans l’eau L

Le liège de montagne, quoique en apparence encore plus poreux, et même troué et caverneux , est cependant plus dur, et d’une substance plus dense que le cuir de montagne , et il tire beaucoup moins d’eau par l’imbibition 2. Les parties constituantes de ce liège de montagne ne sont pas disposées par couches ou par feuillets appliqués horizontalement les uns sur les autres, comme dans le cuir de montagne, mais elles sont contournées en forme de petits cornets qui laissent d’assez grands intervalles entre eux, et la substance de ce liège est plus compacte et plus dure que celle du cuir auquel nous le comparons ; mais l’essence de l’un et de l’autre est la même , et ils tirent également leur origine et leur formation de l’assemblage et de la réunion des particules du mica, moins atténuées que dans les talcs ou les amiantes.

Ce cuir et ce liège sont ordinairement blancs, et quelquefois jaunâtres ; on en a trouvé de ces deux couleurs en Suède, à Sahlberg et à Danemora. M. Montet a donné une bonne description du liège qu’il a découvert le long du chemin de Mandagoutà Vigan, diocèse d’Alais. Cet habile minéralogiste dit avec raison , « Que cette sub- « stance est fort analogue à l’amiante 3, et que « les mines en sont très -rares en France. » Celle qu’il décrit se présentait à la surface du terrain, et était en couches continues à quatre pieds do profondeur 4 : elle gisait dans une terre ocreuse, qui donnait une -couleur jaune à ce liège ; mais il devenait d’un blanc mat en le lavant. « Ce « liège, dit M. Montet, se présente sous dil'fe- « rentes formes, et toutes peu régulières : il y a « de ces lièges qui sont tout à fait plats , et qui « n’ont en certains endroits pas plus de deux

' La pesanteur spécifique du cuir fossile ou de montagne est de 6806; et celle de ce même cuir, pénétré d’eau, est de 13492. Voyez les Tables deM. Brisson.

2 La pesanteur spécifique du liège de montagne est de 9933, c’est-à-dire de près d’un tiers plus grande que celle du cuir de montagne, et lorqu’il est pénétré d’eau, sa pesanteur spécifique n'est que de 12492 , c'est-à-dire moindre que celle du cuir imbibé d’eau. Voyez les Tables de M. Brisson.

J Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1762, page 632 et sniv.

* M. Montet ajoute à ce qu'il a dit sur le liège de montagne en 1762 , que quelques gens ayant fait planter des châtai* gniers dans cette partie des Cévennes , avaient rencontré, en faisant le creux à trois ou quatre pieds de profondeur, la mine de liège de montagne ; et que , comme il n'avait fait fouiller qu’à deux pieds, il n’en avait pas trouvé à cette pro fondeur. Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1777 page 640.

DES MINÉRAUX

« ou trois lignes d’épaisseur ; ils ressemblent à « certains fungus qui viennent sur les châtai- « cniers , ou à de la bourre desséchée : d’autres « sont fort épais et de figure oblongue ; il y en « a aussi en petits morceaux détachés , irrégu- « Iiers comme sont les cailloux , etc. : la plupart « sont raboteux, ayant beaucoup de petites émio nences; on n’en voit point d’unis sur aucune a de leurs surfaces... Lorsque ce liège de mon- « tagne est bien nettoyé de la terre qui l’en- « duit, et que dans cet état de netteté on le ra- ♦ mollit en le pressant- et frottant entre les « doigts , il ressemble parfaitement à du papier « mâché. •

« Les gros morceaux de ce liège et ceux qui « sont fort épais sont ordinairement fort pe- « sauts , eu égard aux autres qui sont peu pé- •< nétrés par la terre et par les sucs pétrifiants : « ceux-ci ont la légèreté et la mollesse du liège « ordinaire; voilà sans doute ce qui a fait don- « ner à cette substance le nom de liège de mon- « tagne. On pourrait donner encore à ceux qui « sont bien blancs et minces le nom àv papier « de montagne; les fibres qui les composent « sont d'un tissu très-lâche, tandis que laplu- « part des autres ont presque la pesanteur des « pierres : on peut rendre à ces derniers la lé- « gèreté qui leur est propre en les coupant en « petits morceaux minces , et leur ôtant toute « la partie terreuse ou pétrifiante...

« J’ai trouvé quelques morceaux de cette « substance qui , partagée en deux , ne pouvait « se séparer qu’en laissant apercevoir des filets « soyeux parallèles , couchés en grande partie « perpendiculairement les uns contre les autres, « ne se séparant que par filaments , et se tenant « d’un bout jusqu’à l’autre, comme les fibres « d’un muscle : il me semble que ceux-ci doi- (< vent être une espèce d’amiante ; ils sont aussi « fort légers. J’en ai mis quelques morceaux « dans des creusets que j’ai exposés à un feu « fort ardent pendant deux heures : je les ai tirés « sans aucune apparence de vitrification ; seuil lement ils avaient perdu de leur poids , mais « ils étaient toujours inattaquables aux aci- « des .

« On voit sur le sol du terrain où se trouve « ce liège de montagne , 1° une espèce d’ardoise « grossière ; 2° beaucoup de quartz en assez pe- « tits morceaux détachés , isolés à la surface de « la terre , et dont plusieurs sont pénétrés , par leurs côtés , de cette pierre talqueuse qui

« est la pierre dominante de ce terrain 1 »

Il me paraît qu’on doit conclure de ces faits réunis et comparés , que le cuir et le liège de montagne sont formés des parcelles micacées qui se trouvent en grande quantité dans ce terrain , que ces particules s’y réunissent sous la forme d’amiante , de cuir et de liège , suivant le degré de leur atténuation, et qu’enfin elles forment des talcs lorsqu’elles sont encore plus atténuées; en sorte que les talcs, les amiantes , et toutes les autres concrétions talqueuses, dont nous venons de présenter les principales variétés , tirent également leur origine du mica primitif, qui lui-même a été produit , comme nous l’avons dit, par les exfoliations du quartz et des trois autres verres de nature.

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