‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 126 sur 235 · MÉLANGÉES D’ARGILE · texte numérisé non relu

MÉLANGÉES D’ARGILE

Tndépendammentdes ardoises et des schistes, qui ne sont que des argiles desséchées , durcies, et plus ou moins mélangées de mica et de bitume , il se forme dans les glaises plusieurs concrétions argileuses dont les unes sont mêlées de parties ferrugineuses ou pyriteuses, et les autres de poudre de grès et du détriment des autres matières vitreuses. J’ai avancé , dès l’année 1749 2, que les grès et les autres pierres vitreuses se convertissaient en terre argileuse par la longue impression des éléments humides. Cette vérité , qu’on m’a longtemps contestée , vient enfin d’être adoptéepar quelques-uns denos pius habiles minéralogistes. M. le docteur Demeste dit expressément « que la plus grande partie « des couches argileuses résulte de la décompo- « sition des granits ou du quartz , puisqu’on « voit tous les jours ces substances passer à « l’état d’argile , et qu’elles sont composées des « mêmes parties constituantes que cette der- « nière substance3. » Rien n’est plus vrai; et M. Demeste remarque encore avec raison que l’argile qui résulte de la décomposition du quartz est différente de celle qui provient du feld-spath. Mais ce savant chimiste est-il aussi fondé à dire « que l’argile qui résulte de la dé-

4 Mémoires de l'Académie des Sciences , année 1762, page 632 et suivantes.

2 Voyez les preuves de la Théorie de la Terre , article de l’Argile.

» Lettres du docteur Demeste , tome 1 , pages 314 et 313

HISTOIRE NATURELLE

« composition des molécules quartzeuses a de « l’onctuosité et de la ténacité , tandis que celle « qui est produite par la décomposition du feld- « spath, et que l’on nomme kaolin à la Chine , « tout onctueuse et douce au toucher qu’elle « puisse être , n’a presque aucune ténacité , et « qu’elle contient une très-grande quantité de « terre absorbante invitrifiable qui la rend très- « propre à entrer dans la composition de la por- « celai ne 1 ?» Il me semble que de tous les verres primitifs , et même de toutes les matières vitreuses qui en proviennent , le mica et le talc sont celles qui ont le plus d’onctuosité; que d'ailleurs le feld-spath se fondant aisément, l’argile qui résulte de sa décomposition doit être moins invitrifiable que celle qui provient de la décomposition du quartz , et même de celle du mica.

Quoi qu’il en soit , comme nous avons traité ci-devant des argiles et des glaises , ainsi que des schistes et des ardoises qui sont les grandes masses primitives produites par la décomposition des matières vitreuses , il nous reste à parler des concrétions secondaires qui se forment par sécrétion dans ces grandes masses de schiste ou d’argile.

AMPÉL1TE.

La première de ces concrétions est l’ampélite, crayon noir ou pierre noire dont se servent les ouvriers pour tracer des lignes sur les bois et les pierres qu’ils travaillent : son nom n’a nul rapport à cet usage, mais il vient de celui qu’en faisaient les anciens contre les insectes et les vers qui rongeaient les feuilles et fruits naissants des vignes 2; ils la pulvérisaient , la mêlaient avec de l’huile, et en frottaient la tige et les bourgeons des vignes qu’ils voulaient préserver : ils en faisaient aussi une pommade dont ils se servaient pour noircir les sourcils et les cheveux 3.

Le fonds de cette pierre est une argile noire

4 Lettres de M. Demeste, tome 1 , pages 517 et 518.

* On trouvait , dans l’ile de Rhodes , une terre bitumineuse appelée par les anciens amp dites , qui était fort propre à faire mourir les vers qui rongeaient les vignes , en la détrempant avec de l'huile , dont on frottait ensuite les ceps ; ce qui tuait ces vers avant qu’ils fussent montés de la racine jusqu’aux bourgeons ou pampres. Description des îles de l'Archipel , traduite du flamand. D. O. Dapper. Amsterdam , 1703, page 128.

5 Dictionnaire encyclopédique de Chambers , article Ampélite.

ou un schiste, plus ou moins dur : mais elle est toujours mélangée d’une assez grande quantité de parties pyriteuses, car çlle s’effleurit à l’air , elle contient aussi une certaine quantité de bitume , puisqu’on en sent l’odeur lorsqu’on jette la poudre de cette pierre sur les charbons ardents.

Quelques-uns de nos minéralogistes récents ont prétendu que l’ampélite était mêlée de sable quartzeux 4 5 : mais ce qui prouve que ce sable, toujours aigre et rude au toucher, n’entre pas en quantité sensible dans cette pierre, c’est qu’elle est douce au toucher, qu’elle ne présente pas des grains dans sa cassure , et qu’elle tache de noir les doigts sans les offenser ; on peut même s’en servir surle papier commel’on se sert de la sanguine ou crayon rouge. L’ampélite fait un peu d’effervescence avec les acides , et elle contient certainement plus de fer que de quartz : c’est de la décomposition des parties ferrugineuses que provient sa couleur noire ; on peut faire de l’encre avec cette pierre , car elle noircit profondément la décoction de noix de galle.

Au reste, l’ampélitene se trouve pas dans tous les schistes ou argiles desséchées ; elle paraît, comme l’ardoise , affecter des lieux particuliers. Il y en a des minières en France, près d’Alençon , d’autres en Champagne , dans le Maine, etc. : mais les ampélites de ces provinces, dont on ne laisse pas de faire usage , ne sont pas aussi bonnes que celles qui nous viennent de l’Italie et du Portugal. Cependant on en a découvert depuis peu une très-belle minière près du bourg d’Oisan en Dauphiné, dans laquelle il se trouve des veines d’ampélite de la même qualité que celle d’Italie , sous le nom de laquelle on la fait souvent passer dans le commerce,

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