‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 137 sur 235 · MELANGEES DE MATIERES CALCAIRES · texte numérisé non relu

MELANGEES DE MATIERES CALCAIRES

Après les stalactites et concrétions puremeDt calcaires, nous devons présenter celles qui sont mélangées de matières vitreuses et de substances calcaires, et nous observerons d’abord que la plupart des matières vitreuses de seconde formation ne sont pas absolument pures : les unes , et c’est le plus grand nombre , doivent leur couleur à des vapeurs métalliques ; dans

DES MINÉRAUX

plusieurs autres le métal , et le fer en particulier, est entré comme partie massive et eonsti tuante, et leur a donné non-seulement la couleur, mais une densité plus grande que celle d’aucun verre primitif, et qu’on ne peut attribuer qu’au métal : enfin d’autres sont mélangées de parties calcaires en plus ou moins grande quantité. La zéolite, le lapis-lazuli , les pierres à fusil, la pierre meulière, et même les spaths fluors, sont tous mélangés en plus ou moins grande quantité de substances calcaires , et de matière vitreuse souvent chargée de parties métalliques , et chacune de ces pierres a des propriétés particulières, par lesquelles on doit les distinguer les unes des autres.

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ZÉOLITE,

Les anciens n’ont fait aucune mention de cette pierre , et les naturalistes modernes l’ont confondue avec les spaths auxquels la zéolite ressemble en effet par quelques caractères apparents. M. Cronstedt est le premier qui l’en ait distinguée , et qui nous ait fait connaître quelques-unes de ses propriétés particulières *. MM. Swab, Bucquet , Bergmann et quelques autres ont ensuite essayé d’en faire l’analyse par la chimie : mais de tous les naturalistes et chimistes récents , M. Pelletier est celui qui a travaillé sur cet objet avec le plus de succès.

Cette pierre se trouve en grande quantité dans file de Féroë , et c’est de là qu’elle s’est d’abord répandue en Allemagne et en France : c’est cette même zéolite de Féroë , que M. Pelletier a choisie de préférence pour faire ses expériences , après l’avoir distinguée d’une autre pierre à laquelle on a donné lç nom de zéolite veloutée, et qui n’est pas une zéolite , mais une pierre calaminaire.

M. Pelletier a reconnu que la substance de la vraie zéolite est un composé de matière vitreuse ou argileuse et de substance calcaire 2 : et comme la quantité de la matière vitreuse y est

4 Voyez dans les Mémoires de l'Académie de Suède , année 5756. l'écrit de M. Cronstedt, sur la Zéolite.

2 « La substance de la zéolite, dit M. Pelletier, est un composé

* naturel de vingt parties de terre argileuse bien calcinée, de

* huit parties de terre calcaire d ns le même état, de cinq « autres par.ies de terre quartzeuse ou de silex , et de vingt-

* deux part es de flegme ou d'humidilé ; » sur quoi je dois observer que l’argile n 'étant qu'un quartz décomposé, M. Pelletier aurait pu réunir les vingt parties argileuses aux cinq • ini ties quarizeuses, ce qui fait vingt-cinq parties vitreuses et î hnit parties calcaires dans la zéolite.

plus grande que celle de la substance calcaire , cette pierre ne fait pas d’abord effervescence avec les acides , mais elle ne leur oppose qu’une faible résistance; car les acides vitriolique et nitreux l’entament et la dissolvent en assez peu de temps. La dissolution se présente en consistance de gelée, et ce caractère qu’on avait donné comme spécial et particulier à la zéolite est néanmoins commun à toutes les pierres qui sont mélangées de parties vitreuses et calcaires; car leur dissolution est toujours plus ou moins gélatineuse, et celle de la zéolite est presque solide et tremblotante , comme la gelée de corne de cerf.

La zéolite de Féroë entre d’elle-même en fusion , comme toutes les autres matières mélangées de parties vitreuses et calcaires , et le verre qui en résulte est transparent et d’un beau blanc; ce qui prouve qu’elle ne contient point de parties métalliques qui ne manqueraient pas de donner de la couleur à ce verre , dont la transparence démontre aussi qife la matière vitreuse est dans cette zéolite en bien plus grande quantité que la substance calcaire; car le verre serait nuageux ou même opaque , si cette substance calcaire y était en quantité égale ou plus grande que la matière vitreuse. La zéolite d’Islande contient, selon M. Bergmann1, quarante-huit centièmes de silex, vingt-deux d'argile, et douze à quatorze de matière calcaire. L’argile et le silex de M. Bergmann étant des matières vitreuses , il y aurait dans cette zéolite d’Islande beaucoup moins de parties calcaires et plus de parties vitreuses que dans la zéolite de Féroë. Ce chimiste ajoute que ces nombres quarantehuit , vingt-deux et quatorze , additionnés ensemble , et ajoutés à ce qu’il y a d’eau , donnent un total qui excède le nombre de cent. Cet excédant, dit-il, provient de ce que la chaux entre dans les zéolites sans air fixe, dont elle s’imprègne ensuite par la précipitation. D’autres zéolites contiennent les mêmes matières , mais dans des proportions différentes. Nous devons observer, an reste, que ce n’est qu’avec la zéolite la plus blanche et la plus pure , telle que. celle de Féroë, que l’on peut obtenir un verre blanc et transparent : toutes les autres zéolites donnent un émail coloré , spongieux et friable , qui ne devient consistant et dur qu en

4 Lettre (le M. Bergmann à M. de Troil, dans les Lettres de ’ ce dernier sur l'Islande, page 427 et suiv.

HISTOIRE NATURELLE

continuant le feu , et même l’augmentant après la fusion. M. Pott a observé que la zéolite fournissait une assez grande quantité d’eau ; ce qui prouve encore le mélange de la matière qui , comme on le sait, donne toujours de l’eau quand on la traite au feu. M. Bergmann a fait la même observation , et ce savant chimiste en conclut avec raison que cette pierre n’a pas été produite par le feu , comme certains minéralogistes l’ont prétendu , parce qu’on 11e l’a jusqu’ici trouvée que dans les terrains voJcanisés. M. Faujas de Saint-Fond , qui connaît mieux que personne les matières produites par le feu des volcans , loin d’y comprendre la zéolite , dit au contraire expressément que toutes les zéolites contenues clans les laves ont été saisies par ces verres en fusion , qu’elles existaient auparavant telles que nous les y voyons , et qu’elles n’y sont que plus ou moins altérées par le feu , qui néanmoins n’était pas assez violent pour les fondre L

La zéolite de Féroë est communément blanche , et quelquefois rougeâtre lorsqu’elle est couverte et mélangée de parties ferrugineuses réduites en rouille. Cette zéolite blanche est plus dure que le spath ; et cependant elle ne l’est pas assez pour étinceler sous le choc de l’acier : elle est ordinairement cristallisée en rayons divergents , et paraît être la plus pure de toutes les pierres de cette sorte ; car il s’en trouve d’autres en plus gros volume et plus grande quantité, qui ne sont pas cristallisées régulièrement , et dont les formes sont très-différentes , globuleuses, cylindriques, coniques, lisses ou mamelonnées ; mais presque toutes ont le caractère commun de présenter dans leur texture des rayons qui tendent du centre à la circonférence. Je dis presque toutes , parce que j’ai vu entre lesmainsde M. Faujas de Saint-Fond unezéolite cristallisée en cube , qui paraît être composée de filets ou de petites lames parallèles. Ce savant et infatigable observateur a trouvé cette zéolite cubique à File de Staffa, dans la grotte de Fingal. On sait que cette île, ainsi que toutes les autres îles Hébrides , au nord de l’Ecosse , sont , comme l’Islande , presque entièrement couvertes de produits volcaniques ; et c’est surtout dans l’ile de Mull que les zéolites sont en plus grande abondance ; et comme jusqu’ici on n’a rencontré ces pierres que dans les terrains

4 Minéralogie des volcans , par M. Faujas de Saint-Fond ; in-8", Paris, 1784, page 178 et suiv.

vulcanisés1, on paraissait fondé à les regarder comme des produits du feu. 11 en a ramassé plusieurs autres dansles terrains volcanisés qu’il a parcourus; et dans tous les échantillons qu’il m’en a montrés, on peut reconnaître clairement que cette pierre n’a pas été produite par le feu , et qu’elle a seulement été saisie par les laves en fusion dans lesquelles elle est incorporée, comme les agates , cornalines , calcédoines , et même les spaths calcaires qui s’y trouvent tels que la nature les avait produits avant d’avoir été saisis par le basalte ou la lave qui les recèle.

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