BOLS
On pourra toujours distinguer aisément les bols et terres bolaires des argiles pures, et même des terres glaiseuses, par des propriétés évidentes : les bols et terres bolaires se gonflent très-sensiblement dans l’eau, tandis que les argiles s’imbibent sans gonflement apparent; ils
* Voyez l’article du Cristal de roche.
se boursouflent et augmentent de volume au feu : l’argile au contraire fait retraite , et diminue dans toutes ses dimensions; les bols enfin se fondent et se convertissent en verre au même degré de feu qui ne fait que cuire et durcir les argiles. Ce sont là les différences essentielles qui distinguent les terres limoneuses des terres argileuses : leurs autres caractères pourraient être équivoques ; car les bols se pétrissent dans l’eau comme les argiles ; ils sont de même composés de molécules spongieuses; leur cassure et leur grain, lorsqu’ils sont desséchés, sont aussi les mêmes; leur ductilité est à peu près égale, et tout ceci doit s’entendre des bols comparés aux argiles pures et fines; les glaises ou argiles grossières ne peuvent être confondues avec les bols, dont le grain est toujours très-fin. Mais ces ressemblances des argiles avec les bols n’empêchent pas que leur origine et leur nature ne soient réellement et essentiellement différentes ; les argiles, les glaises, les schistes, les ardoises ne sont que les détriments des matières vitreuses décomposées, et plus ou moins humides ou desséchées; au lieu que les bols sout les produits ultérieurs de la destruction des animaux et des végétaux , dont la substance désorganisée fait le fond de la terre végétale qui, peu à peu, se convertit en limon dont les parties les plus atténuées et les plus ductiles forment les bols.
Comme cette terre végétale et limoneuse couvre la surface entière du globe, les bols sont assez communs dans toutes les parties du monde; ils sont tous de la même essence, et ne diffèrent que par les couleurs ou la finesse du grain. Le bol blanc paraît être le plus pur de tous on peut mettre au nombre de ces bols blancs la terre de Patna , dont on fait au Mogol des vases très-minces et très-légers 2 : il y a même en Eu-
4 îl y a des bols blancs qui se trouvent en Moscovie, à Strie* gaw ; d’autres en Allemagne, à Goldberg ; en Italie, à Florence, etc. Ce bol est le plus pur. et d’autant meilleur qu’il est plus blanc : on l'appelle bol occidental; on en fait quelquefoisMes vases et des figures. Minéralogie de Bomare, tome I, page 63.
2 La terre de Patna est une terre admirable dont on fait, dans le Mogol, des espèces de pots, de vases, de bouteilles et de carafes, si minces et d’une légèreté si grande, que le vent les emporte facilement : ces vases n’ont pas plus d’épaisseur qu’une carte à jouer ; on ne saurait rien voir en ce genre ou la dextérité et l’adresse de l’ouvrier paraissent davantage- .l’en ai apporté plusieurs des Indes, et surtout de ces bouteilles qu’on appelle gargoulettes; et nos curieux sont ravis d'étonnement de voir des bouteilles de terre, qui tiennent une pinte de Paris, qu’on pourrait presque souffler comme les bouteille» de savon que font les petits enfants. On se sert de la gargoulette pour mettre rafraîchir l’eau : quand l’eau y a été un pwi de
DES MINÉRAUX
rope, de ees bols blancs assez chargés de particules organiques et nutritives pourenfairedu pain , en les mêlant avec de la farine 1 ; enfin , Ion peut mettre au nombre de ces bols blancs plusieurs sortes de terres qui nous sont indiquées sous différents noms , la plupart anciens, et que souvent on confond les unes avec les autres 2.
Le bol rouge tire sa couleur du fer en rouille dont il est plus ou moins mélangé 3 ; c’est avec ce bol qu’on prépare la terre sigillée, si fameuse chez les anciens , et de laquelle on faisait grand usage dans la médecine. Cette terre sigillée nous vient aujourd’hui des pays orientaux , en pastilles ou en pains convexes d’un côté et aplatis de l’autre, avec l’empreinte d’un cachet que chaque souverain du lieu où il se trouve aujour-
temps, elle prend le goût et l’odeur de la terre de Patna , et devient délicieuse à boire ; et ce qui est de plus ravissant, c’est fjue le vase s humecte , et qu’après avoir bu l’eau , on mange avec plaisir la bouteille. Les femmes des Indes, quand elles sont grosses, n y apportent pas tant de façon ; elles aiment à la fureur cette terre de Patna, et si on ne les observait pas làdessus, il n’y a point de femme grosse qui en peu de jours ne grugeât tous les pots, plats, coupes , etc., tant elles sont friandes de cette terre. Curiosités de la nature et de l'art ; Paris ,
* 0n trouve dans la seigneurie de Moscou , en la haute Lusace, une sorte de terre blanche dont les pauvres font du pain : on la prend dans un grand coteau où l’on travaillait autrefois du salpêtre. Quand le soleil a un peu échauffé cette terre, elle se fend, et il en sort de petites boules blanches comme de la farine. Cette terre ne fermente point seule, mais elle fermente lorsqu’elle est mêlée avec delà farine. M. de Sarlitz, gentilhomme saxon, a vu des personnes qui s’en sont nourries pendant quelque temps : il a fait faire du pain de cette terre seule, et de différents mélanges de terre et de farine ; il a même conservé ce pain pendant six ans. Un Espagnol lui a dit qu'on trouvait aussi de cette terre près de Gironne, en Catalogne. Collection académique, tome 1 , parti-e étrangère, page 278.
2 II y a deux sortes de terres appelées érilria, l’une trèsblanche, et l’autre cendrée; la dernière est la meilleure ; on l’éprouve en la frottant sur du cuivre poli , où elle laisse une tache violette. Cette terre est astringente et rafraîchissante, et a la vertu de réunir les plaies récentes.
5 La terre de Samos est blanche, légère, friable et onctueuse, ce qui fait quelle 3’attache aisément à la langue : il y en a une espèce appelée aster , qui est couverte d’une croûte et dure comme une pierre.
La terre de Chio est blanche, tirant un peu sur le cendré : elle ressemble à celle de Samos; mais entre autres vertus elle a celle d’êt^r les rides du visage, et de lui donner en même temps beaucoup de fraîcheur et d’éclat.
La terre selinusa fait le même effet : la meilleure est celle qui est fort brillante, blanche et friable, et qui se dissout promptement dans l’eau.
La terre pingite est presque delà couleur de la terre éritria, mais on la tire de la mine en plus grands morceaux; elle eM froide au toucher, et s’attache à la langue.
La terre melia ressemble beaucoup par sa couleur cendrée à l 'érilria; elle est rude au toucher, et fait du bruit entre les doigts comme la pierre ponce; elle tient quelque chose de la vertu de l’alun , comme on le reconnaît au goût. Métallurgie d Alphonse Barba, traduit de l’espagnol, t. I, pages 13 et 14. i
d hui de ees sortes de terres y fait apposer moyennant un tribut; ce qui leur fait donner le nom de tari es scellées ou sigillées .* on leur a aussi donné les noms de terre de Lemnos, terre bénite de Saint-Paul , terre de Malte , terre de Constantinople . On peut voir dans les anciens historiens avec quelles cérémonies superstitieuses on tirait ces bols de leurs minières du temps d’IIomère , d’Hérodote , de Dioscoride et de Galien 1 ; on peut voir dans les observations de Belon les différences de ces terres sigillées, et ce qui se pratiquait de son temps pour les extraire et les travailler 2.
* Minéralogie de Bomare, tome I, page 64.
2 Après avoir retiré plusieurs sceaux, et différentes espèces de terres scellées que nous pûmes recouvrer, nous nous proposâmes de passer en Lemnos pour en savoir la vérité, et pour apprendre à d scerner les vraies des fausses, et les décrivîmes comme s’ensuit. Le plus antique sceau , au récit des Grecs et des Turcs , est d’une sorte qui n’est guère plus large que le pouce, et n’a que quatre lettres en tout, dont celles qui sont à côté sont comme deux crochets, et les deux autres lettres du milieu fort entortillées , comme serait le caractère qui vaut autant à dire comme une once médicinale; et par le milieu du sceau, entre toutes les lettres , il y a quatre points, duquel sceau la terre est si grasse, qu’elle semble être du suif, et obéit aux dents quand on la mâche , et n'est guère sablonneuse; sa couleur est de pâle en rougissant sur l’obscur; il y en a encore d’une autre sorte qui est en petits pains de la grandeur de la susdite; mais les caractères du sceau sont un peu plus grands , et il n’y a que trois lettres en tout avec sept petits points , dont la terre est un peu plus rougissante que la première, et a quelque aigreur au goût, et quand on la mâche, on y trouve quelques petites pierres sablonneuses; elle est plus maigre que la susdite, mais elle est autant estimée en bonté. Il y a encore une autre sorte de petits grains ou pastilles de terre scellée, de la même grandeur des susdites, mais les lettres sont différentes , car elle a comme un crochet ressemblant. à un haim à prendre le poisson , qui est entre deux autres lettres ressemblant au chiffre d’une once qui est le 3; et sa couleur e^t différente aux deux autres des susdites , car elle est mouchetée de petites taches de terre blanche mêlée avec la rouge ; la quatrième espèce est-plus claire en rougeur, et plus pâle que nulle des autres , de laquelle nous avons observé trois différences de sceaux en même terre. La terre scellée, plus commune à Constantinople, est pour la plupart fab sifiée , et est formée de plus grands tourteaux que ne sont les autres, aussi est d'autre couleur, car les autres tirent sur le rouge , mais celle-là est de jaune paillé , et ainsi comme elle est fausse , aussi l’on en trouve en plus grande quantité; encore en trouve-t-on de deux autres espèces différentes , tant en forme qu’en lettres, lesquelles on estime être du nombre des plus vraies et n’ont différence, sinon que l’une est plus chargée de sablon que n’est l'autre, et ont quasi une même saveur ; aussi sont-elles rares. L’on en trouve encore une autre espèce qui est falsifiée avec du bolus armenius détrempé , et puis scellée, et d’un sceau de caractères différents aux deux derniers , mais de même grandeur, et n’a que deux lettres en tout qui sont fort retorses. Il y en a encore d'une autre sorte , formée en pains mal bâtis, qui sont plus ronds que nuis des autres , et sont de la grosseur d'une noix, qui seraient quasi comme le jarret , n’était qu’ils sont quelque peu aplatis en les scellant; nous les avons trouvés être des plus nets que nuis autres. Encore est une autre espèce de sceau peu commun par les boutiques , lequel avons seulement trouvé en deux boutique» à Constautinople; aussi son prix est plus haut que nul des
HISTOIRE NATURELLE
La terre de Guatimala, dont on fait des va ses en Amérique *, est aussi un bol rougeâtre; il est assez commun dans plusieurs contrées de ce continent, dont lesanciens habitants en avaient fait des poteries de toutes sortes : les Espagnols ont donné à cette terre cuite le nom de boucaro. Il en est de même du bol d’Arménie et de laterre étrusque , dont on a fait anciennement de beaux ouvrages en Italie. On trouve aussi de ces bols plus ou moins colorés de rouge en Allemagne 2;
il y en a même en France 1 , qu’on pourrait peut* être également travailler.
Ces bols blancs, rouges et jaunes, sont les plus communs ; mais il y a aussi des bols verdâtres ; tels que la terre de Vérone, qui paraissent avoir reçu du cuivre cette teinture verte; il s’en trouve de cette même couleur en Allemagne, dans le margraviat de Bareith , et les voyageurs en ont rencontré de toutes couleurs en Perse et; en Turquie 2.
autres, et est de saveur plus aromatique, tellement qu'on dirait, à l’éprouver au goût, que l’on y ait ajouté quelque chose qui lui donne une telle saveur ; mais c’est le naturel de la terre qui est telle; c’est l’un des sceaux où il y a le plus de caractères en l’impression; la terre en est quelque peu sablonneuse, de couleur rougissante en obscur. Voilà donc que toutes les terres scellées ne sont pas d’une même couleur; car souvent advient qu'on les trouve dès sa veine de plus blanche couleur, l’autre fois plus rouge, et quelquefois mêlée des deux. Ceux qui éprouvent la terre scellée au goût en ont plus certain jugement, la trouvant aromatique en la bouche, et quelque peu sablonneuse , que les autres qui essaient de la faire prendre à la langue; toutes lesquelles différences écrivîmes et mîmes en peinture étant à Constantinople, et les portâmes à l’île de Lemnos, où est le lieu et veine d’où l’on tire icelle terre. Mais l’on n’a point accoutumé d’en tirer, sinon à un seul jour de l’année, qui est le sixième jour du mois d’août; or avant que de partir de Constantinople nous enquîmes de tous les mariniers d'une barque qui était arrivée de Lemnos, s’ds avaient apporté de la terre ; tous répondirent qu’il était impossible d’en recouvrer, sinon par les mains de celui qui est Soubachi de Lemnos, et que si nous voulions l’avoir naturelle, il convenait d'y aller en personne , car il est défendu aux habitants , sous peine de perdre la tête, d’en transporter; ils disaient davantage, que si quelqu’un des habitants en avait seulement vendu un petit tourtelet, ou qu'il fût trouvé en avoir en sa maison sans le sceau de son gouverneur, il serait jugé à payer une grande connue d’argent; car il n'est permis d’en départir, sinon audit Soubachi qui tient l’arrangement de l’ile, et en paie le tribut au Turc. Observations de Pierre Belon. Paris , 1555, liv. I, cliap. 23, pages 23 et 24.
4 Thomas Gage parle d une terre qui se trouve au village de Mixco, près de Guatimala , de laquelle on fait de fort beaux vases et toutes sortes de vaisselles, comme des cruches, des pots à l'eau , des p’ats , des assiettes et autres ustensiles de ménage, en quoi les Indiens montrent . « dit il , qu'ils ont beau- • coup d’esprit, et les savent fort bien peindre ou vernir de « rouge , de blanc et d'autres couleurs mêlées , et les en- « voient vendre à Guatimala et ailleurs, dans les villages voi- < si ns.
« Les femmes créoles mangent de cette terre à pleines mains,
« sans se soucier d’altérer leur santé et de mettre leur vie en « danger, pourvu que par ce moyen-là elles puissent paraître f blanches et pâles de visage » Voyages de Thomas Gage, traduit de l'anglais. Paris, 1676, tome III, page 58.
a Le bol rouge s’appelle aussi bol d’Arménie , et se trouve en Bohème près d’Annaberg et d’Eisleben, et dans le Wirtemberg.On n’appelle bolde Capi adoce ou d'Arménie que celui dont la couleur est d’un rouge safrané , quelquefois gras, luisant, très-poreux, toujours compacte, pesant et happant fortement à la langue: ou s’en sert pour nettoyer des étoffes rouges gâtées de suif. On peut travailler cette espèce de terre avec de l’eau , et en former sur le tour des ustensiles qui , mis à cuire dans un four de potier de terre , n'imitent pas mal les vases de Boucaro. C'est aussi avec cette terre qu’on fait ces vases si communs dans l’Amérique espagnole. Minéralogie de Bomare, tome l, page 64.
La terre de Lemnos 3, si célèbre chez les an-
1 Bol jaune. Celui qui se rencontre en France près de Blois et de Saumur, et qui sert aux doreurs à faire leur assiette est de cette espèce : il est que'qucfois un peu plus coloré. Minéralogie de Bomare, tome I, page 64.
3 Je vous envoie de trois sortes de terres qui se trouvent dans Bagdad, et dont on fait une lessive qui sert à polir et embellir le teint et les cheveux, ayant à peu près la même vertu que celles que les Latins appellent terra Chia et terre de cheveux, de laquelle Belon fait mention, quoiqu’il avoue néanmoins n’en avoir vu que d’une seule espèce. La première de ces trois dont je vous fais part, et que l’on estime davantage ici, est celle de Basra , d'une couleur qui tire sur le vert ; la seconde espère , de moindre valeur que cette pre mière, est ceile de couleur rougeâtre, à peu près comme le bol d’Arménie ou la terre sigillée. Elle vient du pays des Cardes, que les Turcs nomment Curdistan, et comme c’est leur coutume de donner à plusieurs choses les noms des lieux d'où elles viennent , ils appellent cette espèce de terre Gurclislan ghili, c’est-à-dire terre de Curdistan , qui a , aus-i bien que la première , la vertu d’embellir et d’adoucir le teint et les cheveux; outre cela elle a encore, comme je l’ai éprouvé, un effet particulier qui me plaît davantage, c’est qu’étant appliquée aux endroits du corps où l’un a fait passer le dépilatoire pour en ôter le poil , elle adoucit extrêmement la peau , et si l’instrument y avait fait quelque excoriation, elle y sert d'un souverain remède.
Les personnes de condition ne vont jamais au bain sans porter de ces deux espèces de terre, et certainement on les y emploie avec satisfaction. Pour se servir de l une et de l’antre, il suffit de les faire dissoudre dans l'eau chaude; m fis ceux qui \eulent quelque chose de mieux et de plus galant en font faire une pâte avec des roses pulvérisées, un mélange d'autres parfums et d’eaux de senteur dont on façonne de petites boules comme des savonetles; et quand elles sont assez desséchée , on les fait dissoudre pour l’usage du bain , qui en devient irèsagréable; la troisième, qui est la moindre, se tire du territoire de Bagdad même, vers les bords du Tigre, à cause de quoi elle s appelle, en arabe, tout simplement tin essciat . c’est-à-dire terre de rivière ; son usage est semblable à celui des deux autres. Voyages de Pietro délia Valle en Turquie, etc. Bouen . 1745 , tome II , page 308 et suivantes.
3 L'ile de Lemnos, appelée aujourd’hui Staiimèneou Limio, est encore estimée , comme elle l’a été de tout temps parmi les médecins, à cause d’une certaine terre sigillée qu’on en retire.
On pratiquait anciennement diverses cérémonies pour aller
tirer des entrailles de la terre , et pour former cette terre sigillée de Lemnos , sur laquelle on a imprimé diverses marques et figures, suivant les différentes circonstances des siècles où on en a vu paraître dans le monde. Du temps de D.oscoride. qui a vécu longtemps avant Galien, on avait accoutumé de mêler du sang de bouc dans les petits pains qu'on en formait, et d'imprimer dessus la figure d’une chèvre; mais cette coutume n'était plus en usage du temps de Galien, comme il 'éprouva lui-même lorsqu'il alla à Lemnos pour s en éclaircir : on avait alors une autre manière de préparer cette terre
DES MINÉRAUX
eieus peuples du Levant , par ses propriétés et vertus médicinales , n’était, comme nous venons (le l'indiquer, qu’un bol d’un rouge assez foncé et d’un grain très-fin, et l’on peut croire qu’ils l’épuraient encore , et le travaillaient avant d'en faire usage : le bol qu’on nous envoie sous la dénomination de bol d’ Arménie y ressemble assez à cette terre de Lemnos * . Il se trouve aussi en Perse des bols blancs et gris , et l’on en fait des vases pour rafraîchir les liqueurs qu’ils con-
et d’en former des petits pains; car, avant toutes choses, le prêtre montait sur une colline, où après avoir épandu une certaine mesure de blé et d’orge, et pratiqué quelques autres cérémonies suivant la coutume du pays, il chargeait un pleio chariot de cette terre qu’il faisait conduire à la ville d’IIéphaestia, où on la préparait ensuite d’une manière bien différente de la précédente. Cependant il y a plusieurs siècles que ces cérémonies ne sont plus en usage, et qu’elles ont été entièrement abolies; mais en leur place on en a introduit d’autres, qui sont les suivantes :
Tous les principaux de l'ile, tant Turcs qu’ecclésiastiques ou prêtres grecs, qu’on nomme communément des caloyers, s’assemblent précisément le sixième jour du mois d août, dans la chapelle deSotira, où étant arrivés, les Grecs, après avoir lu leur liturgie et fait des prières, montent tous ensemble, accompagnés des Turcs, vers la colline sous mentionnée (où l’on va par des degrés^qu'on a faits pour y monter plus commodément, et qui est située à la portée de deux traits de la chapelle); étant parvenus au plus haut, cinquante ou soixante hommes se mettent à creuser jusqu’à ce qu’ils aient découvert la veine de terre qu’ils cherchent, dont les caloyers remplissent quelques sacs faits de poil de bête, et les baillent aux principaux des Turcs établis pour le gouvernement de l’île, comme sont les Soubachi ou le Waivode, qui sont là présents.
Quand ils ont tiré de cette terre autant qu’ils jugent suffisant pour toute l’année, ils en font recouvrir la veine par les mêmes ouvriers, qui la referment avec d’autre terre : cependant le Soubachi fait porter à Constantinople et présenter au grand- seigneur une grande partie de ce qu’on en a tiré, et vend le reste à des marchands.
Suivant le rapport des plus anciens habitants de l’ile, cette coutume de choisir un certain jour de l’année pour tirer cette terre de sa veine a été introduite par les Vénitiens, qui commencèrent à la mettre en pratique lorsqu’ils étaient en possession de cette île.
Quand cette terre est hors de sa veine, on en fait de petits pains ronds du poids d’environ deux dragmes, les uns plus, les autres moins, sur lesquels on voit seulement ces deux mots turcs et arabes : Tin imachlon , c’cst-à-dire, terre sigillée; cependant ces lettres et ces caractères ne sont pas semblables dans tous les petits pains de cette terre...
Autrement la terre sigillée n’est pas toujours d’une même couleur : car il arrive souvent que dans une même veine elle est plus blanche, quelquefois un peu plus ronge, et d’autres fois d’une couleur qui pariieipe également du rouge et du blanc. Description de l’Archipel, etc., par Dapper. Amsterdam, 1703, page 246 et suivantes.
4 Le bol d’Arménie, ainsi nommé parce qu’on croit qu’il vient d’Arménie, ressemble à la terre de Lemnos, et sa couleur est rougeâtre : il y en a de fort bon et en grande quantité dans les mines du Pérou, parliculièrement dans les riches collines du Potosi et dans les mines d’Éruto. Plusieurs natu- j ralistes croient que ce bol est la rubrica sinopica de Diosooride, et que ce bol arménien d’Orient est la vraie terre de ! bemnos. Métallurgie d’Alphonse Barba j
tiennent '. Enfin les voyageurs ont aussi reconnu des bols de différentes couleurs à Madagascai - , et je suis persuadé que partout où la terre limoneuse se trouve accumulée et en repos pendant plusieurs siècles, ses parties les plus fines forment en se rassemblant des bols dont les couleurs ne sont dues qu’au fer dissous dang cette terre ^ et c’est , à mon avis , de la concrétion endurcie de ces bols que se forment les matières pierreuses dont nous allons parler.
SPATHS PESANTS.
Les pyrites, les spaths pesants, les diamants et les pierres précieuses , sont tous des corps ignés qui tirent leur origine de la terre végétale et limoneuse, c’est-à-dire du détriment des corps organisés, lesquels seuls contiennent la substance du feu en assez grande quantité pour être combustibles ou phosphoriques. L’ordrede densité ou de pesanteur spécifique dans les matières terrestres commence par les métaux et descend immédiatement aux pyrites qui sont encore métalliques, et des pyrites passe aux spaths pesants et aux pierres précieuses 3. Dans les marcassites et pyrites , la substance du feu est unie aux acides , et a pour base une terre métallique; dans les spaths pesants, cette substance du feu est en même temps unie à l’acide et à l’alkali , et a pour base une terre bolaire
On trouve à Corn, ville rte Perse, une terre blanche dont on fait des vases où leau se rafraîchit merveilleusement en passant à ti avers ; un quarteau d eau mis dans un de ces vases passe en six heures. Il genio vagante de! conte Aurelio degli anzi in Parma, 1691, tome I, page 177.
2 II y a à Madagascar diverses sortes d'excellent bol ou de la vraie terre sigillée, aussi bonne que celle de l’île de Lemnos, et le bol est aussi fin que celui d’Arménie.
Il y a une terre blanche comme de la craie, qui est très-excellenle à dégraisser et savonner le linge. Elle est aussi bonne que le savon ; elle est grasse et argileuse, et semblable à la terre de Malte que l’on vend en France. Voyages de Flaccourt. Paris, 1666, page 149.
3 L’étain, qui est le plus léger des métaux, pèse spécifiquement 72914 ; le mispickel ou pyrite arsénicale, qui est la plus pesante des pyrites, pèse 63223; la pyrite ou marcassite de Dauphiné, dont on fait des bijoux, des colliers, etc., pèse 49339; la marcassite cubique, 47016; la pyrite g obuleuse martiale de Picardie pèse 41006; et la pyrite martiale cubique de Bourgogne ne pèse que 39000.
La pierre de Bologne, qui est le plus dense des spaths pesants, pèse 44409; le spath pesant blanc 44300 ; et le spath pesant trouvé en Bourgogne, à Thôtes, près de Semur, ne pèse que 42687.
Le rubis d'Orient, la plus dense des pierres précieuses, pèse 42838 ; et le diamant, quoique la plus dure, est en même temps la plus légère de toutes les pierres précieuses, et ne pèse que 33242. Voyez les Tables de M. Brisson.
HISTOIRE NATURELLE
ou limoneuse. La présence de l’alkali combiné avec les principes du soufre se manifeste par l’odeur qu’exhalent ces spaths pesants Lorsqu’on les soumet à l’action du feu ; enfin le diamant et les pierres précieuses sont les extraits les plus purs de la terre limoneuse qui leur sert de base, et de laquelle ces pierres tirent leur phosphorescence et leur combustibilité.
Il ne me paraît pas nécessaire de supposer, comme l’ont fait nos chimistes récents, une terre particulière plus pesante que les autres terres, pour définir la nature des spaths pesants : ce n’est point expliquer leur essence ni leur formation , c'est les supposer données et toutes faites; c’est dire simplement et fort inutilement que ces spaths sont plus pesants que les autres spaths , parce que leur terre est plus pesante que les autres terres; c’est éluder et reculer la question , au lieu de la résoudre ; car ne doit-on pas demander pourquoi cette terre est plus pesante, puisque de l’aveu de ces chimistes elle ne contient point de parties métalliques? Ils seront donc toujours obligés de rechercher avec nous quelles peuvent être les combinaisons des éléments qui rendent ces spaths plus pesants que toutes les autres pierres.
Or, pour se bien conduire dans une recherche de cette espèce , et arriver à un résultat conséquent et plausible, il faut d’abord examiner les propriétés absolues et relatives de cette matière pierreuse plus pesante qu’aucune autre pierre ; il faut tâcher de reconnaître si cette matière est simple ou composée, car en la supposant mêlée de parties métalliques , sa pesanteur ne serait qu’un effet nécessaire de ce mélange : mais de quelque manière qu’on ait traité ces spaths pesants, on n’en a pas tiré un seul atome de métal ; dès lors leur grande densité ne provient pas de la mixtion d’aucune matière métallique : on a seulement reconnu que les spaths pesants ne sont ni vitreux , ni calcaires, ni g.ypseux, et comme, après les matières vitreuses , calcaires et métalliques, il n’existe dans la natur e qu une quatrième matière qui est la terre limoneuse , on peut déjà présumer que la substance de ces spaths pesants est formée de cette dernièr e ten e, puisqu’ils diffèrent trop des autres terres et pierres pour en provenir ni leur appartenir.
Les spaths pesants , quoique fusibles à un feu violent , ne doivent pas être confondus a^c le fcld-spath, non plus qu’avec les spaths auxquels ou a donné les dénominations impropres de
spaths vitreux ou fusibles , c’est-à-dire avec les spaths fluors qui se trouvent assez souvent dans les minss métalliques : les spaths pesants et les fluors n’étincellent pas sous le briquet comme le feld-spath ; mais ils différent entre eux, tant par la dureté que par la densité : la pesanteur spécifique de ces spaths fluors n’est que de trente à trente-un mille, tandis que celle des spaths pesants est de quarante-quatre à quarante-cinq mille.
La substance des spaths pesants est une terre alkaline ; et comme elle n’est pas calcaire , elle ne peut être que limoneuse et bol aire : de plus cette substance pesante a autant , et peut-être plus d’affinité que l’alkali même avec l’acide vitriolique; car les seules matières inflammables ont plus d’affinité que cette terre avec cet acide.
On trouve assez souvent ces spaths pesants
sous une forme cristallisée; on reconnaît alors aisément que leur texture est lamelleuse : mais ils se présentent aussi en cristallisation confuse, et même en masses informes 1 . Ils ne font point partie des roches vitreuses et calcaires, ils n’en tirent pas leur origine ; on les trouve toujours à la superficie de la terre végétale, ou aune assez petite profondeur, souvent en petits morceaux isolés , et quelquefois en petites veines comme les pyrites.
En faisant calciner ces spaths pesants, on n’obtient ni de la chaux ni du plâtre; ils acquièrent seulement la propriété de luire dans les ténèbres, et pendant la calcination ils exhalent une forte odeur de foie de soufre , preuve évidente que leur substance contient de l’alkali uni au feu fixe du soufre : ils diffèrent en cela des pyrites dans lesquelles le feu fixe n’est point uni à î’alkali, maisàl’acide. L’essence des spaths pesants est donc une terre alkaline très-fortement chargée de la substance du feu; et comme la terre formée du détriment des animaux et
4 11 y a beaucoup de spaths pesants cr stallisës, et d’autres qui ne le sont pas ; et la va: iété qui se trouve dans la forme di
leur cristallisation est très-grande.
Le spath pesant se trouve aussi sous toutes sortes de
formes :
1° En arbrisseaux ou végétât ons formées de lames cristal linos opaques et blanchâtres, implantées confusément les unes sur les autres ;
2° En masses protnbérancécs on mamelonnées, blancha.re*
on jaunâtres; .
30 On en voit anssi sous la forme de stalagmites ou ctepo
ondulés, susceptibles d’un poli plus ou moins vif;
40 En stalactites cylindriques rayonnées du centre à la Circonférence. Cristallographie de M.Romé de Lisle, tome » page (112 et suiv.
DKS MlXÉIWtX.
végétaux, est celle qui contient l’alkali et la substance du feu en plus grande quantité , on doit encore en inférer que ces spaths tirent leur origine de la terre limoneuse ou bolaire, dont les parties les plus fines, entraînées par la stillation des eaux , auront formé cette sorte de stalactite qui aura pris de la consistance et de la densité par la réunion de ces mêmes parties rapprochées de plus près que dans les stalactites vitreuses ou calcaires.
La texture des spaths pesants est Iamelleuse comme celle des pierres précieuses; ils ne font de même aucune effervescence avec les acides: ils se présentent rarement en cristallisations isolées ; ce sont ordinairement des groupes de cristaux très- étroitement unis, et assez irrégulièrement les uns avec les autres.
Le spath auquel on adonné la dénomination de spath perlé, parce qu’il est luisant et d’un blanc de perle, a été mis mal à propos au nombre des spaths pesants par quelques naturalistes récents; car ce n'est qu’un spath calcaire qui diffère des spaths pesants par toutes ses propriétés : il fait effervescence avec les acides. La densité de ce spath perlé esta peu près égale cà celle des autres spaths calcaires 1 , et d’un tiers au-dessous de celle des spaths pesants; de plus sa forme de cristallisation est semblable à celle j du spath calcaire ; il se convertit de même en chaux . il n est donc pas douteux que ce spath perlé ne doive être séparé des spaths pesants et réuni aux autres spaths calcaires.
Les spaths pesants sont plus souvent opaques que transparents; et comme je soupçonnais, par leurs autres rapports avec les pierres précieuses, qu ils ne devaient offrir qu’une simple réfraction, j’ai priéM. l’abbé Rochon d’en faire I expérience , et il a en effet reconnu que ces spaths n’ont point de double réfraction; leur essence est donc homogène et simple comme celle du diamant et des pierres précieuses qui n offrent aussi qu’une simple réfraction : les spaths pesants leur ressemblent par cette propriété qui leur est commune et qui n’appartient a aucune autre pierre transparente; ils en appiochent aussi par leur densité, qui néanmoins est encore un peu plus grande que celle du ru-
‘ '? pesanteur spécifique du spath calcaire rhomboïdal, d islande , est de 27151; celle du spath perlé, de ‘ j * tendis que la pesanteur spécifique du spath pesant oc- * . est de 44712; et celle du spath pesant, dit pierre de Dolûgne est de 44709. Voyez les Tables de M. Brissnn.
bis ; mais avec cette homogénéité eteptte grande
densité , les spaths pesants n’ont pas à beaucoup pi ès autant de dureté que les pierres précieuses.
Les spaths pesants opaques ou transparents sont ordinairement d’un blanc mat; cependant il s’en trouve quelques-uns qui ont des teintes d’un rouge ou d’un jaune léger, et d’autres qui sont verdâtres ou bleuâtres; ces différentes couleurs proviennent, comme dans les autres pierres
colorées, des vapeurs ou dissolutions métalliques , qui, dans de certains lieux , ont pénétré I la terre limoneuse et teint les stalactites qu’elle produit.
Le spath pesant le plus anciennement connu est la pierre de Bologne 1 ; elle se présente sou-
« La pierre de Bologne, dit SI. le comte Marsigli, se « trouve sur les monts Paferno et Piedalbino, qui élèvent * leurs sommets stériles aux environs de Bologne... C’est sur « le Paterno que ces pierres abondent le plus; les terres qui « couvrent l’une et l’autre montagnes sont de diverses cou- « leurs; il y en a de cendrées, de blanches et de rouges : on « trouve dans ces dernières du bol de même couleur qui est « astringent et qui s’attache à la langue... La terre dans la- « quelle sont dispersées les pierres dont on lait le phosphore « est aride, dense, obscure, parsemée de particules brillantes « assez semblables au gypse, et peu différentes par leur forme « des parties constituantes des phosphores : à la profondeur « de deux palmes, cette terre est de couleur ferrugineuse et " verdâtre, parsemée aussi de ces mêmes particules brillan- « tes, mais plus petites; à la profondeur de trois palmes, elle « est peu différente de la première couche, si ce n’est que les « particules brillantes sont si petites, qu’on ne les voit pas ai- « sèment à l’œil simple...
« La figure des pierres de phosphore n’est point régulière;
« il y en a de planes, de cylindriques, d’ovales, de sphéri- « ques et d’autres qui se lèvent par lames ; les sphériques sont « les plus grosses de toutes, et n’excèdent pas la grosseur « d’une peche : celles qui se lèvent par lames ont de chaque « côté une cavité ou un enfoncement semblable à l’impres- « sion de deux doigts, ce sont les meilleures pour faire du « phosphore. Le poids de ces pierres est ordinairement d’une « à deux livres ; mais il s’en trouve qui pèsent jusqu’à huit li- « vies; au reste, les plus grosses et les plus pesantes ne sont “ pas les meilleures... Celles qui ont la couleur du plomb sont « les moins bonnes ; celles de couleur argentée valent mieux...
« les meilleures sont celles qui ressemblent à la calcédoine « cendrée, et qui approchent de l’éclat du succiu... Ces « pierres sont revêtues extérieurement d’une espèce de « croûte, et c’est dans cette croûte que l'action du feu « chasse les parties propres à recevoir la lumière ; car la « croûte séparée de la pierre s’imbibe de lumière, au lieu que « la pierre dépouillée de cette croule demeure tout à fait « obscure.
« Pour préparer le phosphore, on prend des pierres de « grosseur médiocre, et après les avoir bien lavées dans l'eau ,
« on hs brosse, et même on les lime pour en ôter les inégali- « tés; on les plonge ensuite dans l’esprit-de-vin bien rectifié,
« puis on les roule dans de la poudre faite aussi avec des « pierres de phosphore et bien criblée, ce qui leur fait une « espèce de croûte qui les couvre en entier; ensuite on met « dans un fourneau à vent un gril de fer, et sur ce gril des « charbons gros comme des noix, dont on fait un lit haut de
iilSTOlKE NATLKKLLE
vent en forme globuleuse, et quelquefois aplatie ou allongée comme un cylindre : son tissu lamclleux la rend chatoyante à sa surface; dans cet état on ne peut guère la distinguer des autres pierres feuilletées que par sa forte pesanteur 4 . Le comte Marsigli et Mentzelius ont fait sur cette pierre de bonnes observations, et ils ont indiqué les premiers la manière de la préparer pour en faire des phosphores qui conservent la lumière et la rendent au dehors pendant plusieurs heures 2.
Tous les spaths pesants ont la même propriété,
« quatre doigts, sur lequel on étend les pierres à la distance « d’un travers de doigt les unes des autres ; sur ces pierres a on fait un autre lit de charbon, et l’on remplit ainsi le four- « neau, puis on le bouche, soit avec un couvercle de fer où « il y a une ouverture faite en croix, soit avec des briques i entre lesquelles on laisse les ouvertures nécessaires. On al- « lume le feu et l’on attend que le charbon soit consumé, ce « qui est l'affaire d’une heure, et que les pierres soient re- « froidies ; après cela on enlève la croûte que la poussière de « pierre imbibée d’eau-de-vie a faite à ces pierres, et qui s'en « sépare aisément : l'on fait tomber toute cette poussière, k qui est un très-bon phosphore, et l'on réduit les pierres en « une poudre dont on peut former diverses figures ; pour « cela on dessine d’abord ces figures avec du blanc d’œuf * mêlé de sucre, ou de la gomme adragant, et on les couvre » de cette poussière : on peut même donner à ces figures di- « verses couleurs, sans détruire la vertu du phosphore. 11 « est évident que la propriété de s'imbiber de lumière n'est « point dans ces pierres un effet de leur structure ou de « la configuration de leurs parties, puisque cette propriété « subsiste lorsque la pierre est réduite en poudre. » Collection académique, partie étrangère, tome VI, page 473 et suiv.
La pierre de Bologne, après avoir été calcinée un certain temps, devient lumineuse; le célèbre Marcgraff, de Berlin, nous a donné un fort bon traité sur cette piei re et autres de la même nature : un des concierges de l’Institut de Bologne prépare avec la poudre de cette pierre, au moyen de la gomme Ir agaça ntha, des étoiles qui luisent d ms l’obscurité. Cette pierre se trouve en gros et petits morceaux de couleur d eau, opaque et souvent transparente, entièrement solide ou en boules, du centre desquelles parlent des rayons en forme de coin; on la tire du monte Paterno, à trois milles d’Italie de Bologne, où elle est dispersée en morceaux détachés dans l’argile et la marne : on la découvre très-facilement lorsque le terrain a été lavé par l’eau de la pluie. Lettres sur la Minéralogie, par M. Ferher, traduites par M. le baron de Dietrich.
* Lettres de M. Demeste, tomel, page 508. Ce savant naturaliste ajoute que, quoique Linnée dise que ce spath est subeffervescent, il n'a point aperçu d’effervescence sensible dans les divers échantillons de pierre de Bologne qu’il a soumis à l'action des acides... On se sert de cette pierre, continue-t-il, pour préparer une espèce de phosphore qui porte le nom de Phosphore de Bologne. Ibid., page 509.
2 « Toutes les pierres de Bologne, dit Mentzelius, ne sont « pas propres également à faire des phosphores ; les unes, « après avoir été calcinées, sont beaucoup plus lumineuses « que les autres: il y en a de différentes espèces; les pre- « mières et les meilleures sont de forme oblongue, et en « même temps elles sont dures, pesantes, transparentes, un « peu aplaties comme une lentille, se levant facilement par « écailles, extérieurement pâles, brillantes, sans aucune im- « pureté, sans aucun sillon, intérieurement d'un bleu foncé. » Idem, tome IV, pages 108 et suiv.
et cette phosphorescence les approche encore de* diamants et des pierres précieuses qui reçoivent, conservent et rendent dans les ténèbres la lumière du soleil, et même celle du jour, dontune partie paraît se fixer pour un petit temps dans leur substance, et les rend phosphoriques pendant plusieurs heures 4 .
Les pierres précieuses et les spaths pesants ont donc tant de rapport et de propriétés communes, qu’on ne peut guère douter que le fonds de leur essence ne soit de la même nature ; la densité, la simple réfraction ou l’homogénéité, la phosphorescence, leur formation et leur gisement dans la terre limoneuse, sont des caractères et des circonstances qui semblent démontrer leur origine commune, et les séparer en même temps de toutes les matières vitreuses, calcaires et métalliques.
4 La phosphorescence du diamant et celle de la pierre de Bologne paraissent avoir une même cause, et cette cause est la lumière du jour aidée de la chaleur : l’auteur a démontré cette assertion par l’expérienAe.
Il a placé dans une chambre obscure, arrangée convenablement pour ses expériences, un diamant sur lequel il faisait tomber les rayons solaire-; par le moyen d’un prisme et d’un appareil fait à dessein ; il a vu que ce diamant ne devenait point phosphorique lorsqu’il n'avait reçu que des rayons rouges, mais qu’un autre diamant placé dans le foyer de1-- rayon? bleus rendit une lumière d’un blanc jaunâtre très-agréable à l’œil, lorsqu’on l’eut privé de toute lumière : il a reconnu à peu près la même chose dans les expériences qu’il a faites sur la pierre de Bologne. Ces deux pierres brillent dans le vide; la chaleur et même le feu électrique leur donnent de l’éclat : la plus grande différence qu’il y ait entre elles, c’est que la pierre de Bologne donne une lumière couleur de feu, semblable à celle d’un charbon enflammé, tandis que cel'e du diamant est d’un blanc tirant sur le jaune. Cette différence démontre que le diamant n’absorbe pas les rayons rouges, et que la rencontre des rayons bleus ne les lui fait point perdre; une seconde différence qui se trouve entre le diamant et la pierre de Bologne, c’est que le diamant exposé à une lumière rouge ou jaune ne brille pas, soit que celte lumière frappe te diamant, à l'/iide d’un spectre de couleur, soit que passant à travers des verres colorés, elle se réunisse au foyer de la 1 ntille. Un rayon bleu ne fait rendre aucun éclat au diamant, à moins que, rassemblé par la lentille, il ne tombe sur lui en très-grande quantité : cette seconde différence ne prouve rhn autre chose, sinon que les mêmes causes produisent les mêmes effets sur l’intensité de la lunvère, beaucoup moindre dans le diamant que dans la pierre de Bologne; ce qu'il y a de sûr, c'est que dans les jours nébuleux, où la lumière de. soleil est plus faible, les effets de l'intensité de la lumière sont les mêmes sur le diamant que sur le phosphore de Bologne : ajoutons à cela que les mêmes effets prouvent non* seulement 1 idéalité des causes de la phosphorescence dans le diamant et dans la pierre de Bologne, mais qu’ils demc-ù • trent que la lumière qui tombe sur le diamant est différente de celle qu’il rend dans l'obscurité. Expériences de Michel deCrosser; Journal de Physique, oetobie »>.tge2/tfcl suiv.
l’I ERRES PRÉCIEUSES.
Les caractères par lesquels ou doit distinguer les v 1 aies pierres précieuses de toutes les autres pierres transparentes sont la densité , la dureté, 1 infusibilité, l’homogénéité et la combustibilité; elles n ont qu’une simple réfraction , tandis que toutes les autres, sans aucune exception, ont au moins une double réfraction , et quelquefois une triple , quadruple , etc. Ces pierres précieuses sont en très-petit nombre ; elles sont spécifiquement plus pesantes, plus homogènes, et beaucoup plus dures que tous les cristaux et les spaths; leur réfraction simple démontre qu’elles ne sont composées que d’une seule substance , d’égale densité dans toutes ses parties , au lieu que les cristaux et tous les autres extraits des verres primitifs et des matières calcaires , pures ou mélangées, ayant une double réfraction, sont évidemment composés de lames ou couches alternatives de différente densité : nous avons donc exclu du nombre des pierres précieuses les améthystes, les topazes de Saxe et du Brésil, les émeraudes et péridots qu'on a jusqu’ici regardés comme telles , parce que l’on ignorait la différence de leur origine et de leurs propriétés. Nous avons démontré que toutes ces pierres ne sont que des cristaux et des produits des verres primitifs dont elles conservent les propriétés essentielles : les vraies pierres précieuses , telles que le diamant , le rubis , la topaze et le saphir d Orient, n’ayant qu’une seule réfraction , sont évidemment homogènes dans toutes leurs parties, et en même temps elles sont beaucoup plus dures et plus denses que toutes ces pierres qui tirent leur origine des matières vitreuses.
On savait que le diamant est de toutes les matières transparentes celle dont la réfraction est la plus forte, et M. l’abbé Rochon, que j’ai déjà eu occasion de citer avec éloge, a observé qu’il en est de même des rubis, de la topaze et du saphir d’Orient ; ces pierres , quoique plus denses que le diamant, sont néanmoins également homogènes , puisqu'elles ne donnent qu’une simple réfraction. D’après ces caractères qu’on n’avait pas saisis , quoique très-essentiels , et mettant pour un moment le diamant à part , nous nous croyons fondé à réduire les vraies pierres précieuses aux variétés suivantes, savoir ; le rubis proprement dit , le rubis-balais , le rubis spinelle , la vermeille, la topaze , le sa¬
phir et le girasol; ces pierres sont les seules qui n offrent qu’une simple réfraction. Le balais n est qu un rubis d’un rouge plus clair, et le spinelle un rubis d’un rouge plus foncé : la vermeille n’est aussi qu’un rubis dont le rouge est mêlé d’orangé , et le girasol un saphir dont la transparence est nébuleuse , et la couleur bleue teinte d’une nuance de rouge : ainsi les rubis , topazes et saphirs n’ayant qu’une simple réfraction , et étant en même temps d’une densité beaucoup plus grande que les extraits des verres primitifs , on doit les séparer des matières transparentes vitreuses, et leur donner une tout autre origine.
Et quoique le grenat et l’hyacinthe approchent des pierres précieuses par leur densité , nous n’avons pas cru devoir les admettre dans leur nombre , parce que ces pierres sont fusibles , et qu’elles ont une double réfraction assez sensible pour démontrer que leur substance n’est point homogène, et qu’elles sont composées de deux matières d’une densité différente ; leur substance paraît aussi être mêlée de parties métalliques. On pourra me dire que les rubis , topazes, saphirs, et même les diamants colorés ne sont teints, comme le grenat et l’hyacinthe, que par les parties métalliques qui sont entrées dans leur composition ; mais nous avons déjà démontré que ces molécules métalliques qui colorent les cristaux et autres pierres transparentes sont en si petite quantité , que la densité de ces pierres n’en est point augmentée. Il en est de même des diamants de couleur : leur densité est la même que celle des diamants blancs ; et ce qui prouve que dans les hyacinthes et les grenats , les parties hétérogènes et métalliques sont en bien plus grande quantité que dans ces pierres précieuses, c’est qu’ils donnent une double réfraction : ces pierres sont donc réellement composées de deux matières de densité différente , et elles auront reçu non-seulement leur teinture comme les autres pierres de couleur, mais aussi leur densité et leur double réfraction par le mélange d’une grande quantité de particules métalliques. Nos pierres précieuses blanches ou colorées n’ont au contraire qu’une seule réfraction : preuve évidente que la couleur n’altère pas sensiblement la simplicité de leur essence. La substance de ces pierres est homogène dans toutes ses parties; elle n’est pas composée de couches alternatives de matière plus ou moins dense , comme celle des autres pierres transpa-
HISTOIRE NATURELLE
rentes , qui toutes donnent une double réfraction.
La densité de l’hyacinthe , quoique moindre que celle du grenat , surpasse encore la densité du diamant; on pourrait donc mettre l’hyacinthe au rang des pierres précieuses, si sa réfraction était simple et aussi forte que celle de ces pierres ; mais elle est double et faible , et d’ailleurs sa couleur n’est pas franche : ainsi ces imperfections indiquent assez que son essence n’est pas pure. On doit observer aussi que l’hyacinthe ne brille qu’cà sa surface et par la réflexion de la lumière, tandis que les vraies pierres précieuses brillent encore plus par la réfraction intérieure que par le reflet extérieur de la lumière. En général , dès que- les pierres sont nuageuses et. même chatoyantes , leurs reflets de couleurs ne sont pas purs , et l’intensité de leur lumière réfléchie ou réfractée est toujours faible, parce qu’elle est plutôt dispersée que rassemblée.
On peut donc assurer que le premier caractère des vraies pierres précieuses est la simplicité de leur essence , ou l’homogénéité de leur substance qui se démontre par leur réfraction toujours simple , et que les deux autres caractères qu’on doit réunir au premier sont leur densite et leur dureté, beaucoup plus grandes que celles d’aucun des verres ou matières vitreuses produites par la nature : on ne peut donc pas soutenir que ces pierres précieuses tirent leur origine, comme les cristaux, de la décomposition de ces verres primitifs, ni qu’elles en soient des extraits; et certainement elles proviennent encore moins de la décomposition des spaths calcaires dont la densité est à peu près la même que celle des verres primitifs ', et qui d’ailleurs se réduisent en chaux , au lieu de se tondre ou de brûler. Ces pierres précieuses ne peuvent de même provenir de la décomposition des spaths fluors , dont la pesanteur spécifique est à peu près égale à celle des schorls2, et je ne vois dans la nature que les spaths pesants dont la densité puisse se comparer à celle des pierres précieuses : la plus dense de toutes est
* pesanteurs spécifiques du quarlz sont de 26546; du feld-spath , 2 (466; du mica blanc, 270M ; et la pesanteur spécifique du spath calcaire (cristal d'Islande) est de 27131 ; et celie du spath perlé, de 38378. Tables de M. Brisson.
2 La pesanteur spécifique du spath phosphorique cubique blanc est de 31533; celle du spath phosphorique cubique yolid , de 31757 ; du spath phosphorique d’Auvergne, do bi)943 ; et la pesanteur spécifique du schorl cristallisé est de 20936 ; du schorl violet de Dauphiné, de 32936. Idem, ibid.
îe rubis d'Orient, dont la pesanteur spécifique est de 42833 ; et celle du spath pesant , appelé pierre de Bologne , est de 44409 ; celle du spath pesant octaèdre est de 44712 1 : on doit donc croire que les pierres précieuses ont quelque rapport d’origine avec ces spaths pesants , d’autant mieux qu’elles s’imbibent de lumière et qu’elles la conservent pendant quelque temps comme les spaths pesants. Mais ce qui démontre invinciblement que ni les verres primitifs, ni les substances calcaires, ni les spaths fluors, ni même les spaths pesants n’ont produit les pierres précieuses , c’est que toutes ces matières se trouvent a peu près également dans toutes les régions du globe ; tandis que les diamants et les pierres précieuses ne se rencontrent que dans les climats les plus chauds : preuve certaine que de quelque matière qu’elles tirent leur origine , cet excès de chaleur est nécessaire à leur production.
Mais la chaleur réelle de chaque climat est composée de la chaleur propre du globe et de l’accessiou de la chaleur envoyée par le soleil ;
1 une et 1 autre sont plus grandes entre les tropiques que dans les zones tempérées et froides : la chaleur propre du globe y est plus forte , parce que le globe étant plus épais à l’équateur qu’aux pôles , cette partie de la terre a conservé plus de chaleur, puisque la déperdition de cette chaleur propre du globe s’est faite , comme celle de tous les autres corps chauds , en raison inverse de leui épaisseur. D’autre part , la chaleur qui arrive du soleil avec la lumière est, comme l’on sai*t , considérablement plus grande sous cette zone torride que dans tous les autres climats; et c’est de la somme de ces deux chaleurs toujours réunies qu’est composée la chaleur locale de chaque région. Les terres sous l’équateur jusqu’aux deux tropiques souffrent par ces deux causes un excès de chaleur qui influe non-seulement sur la uature des animaux , des végétaux et de tous les êtres organisés , mais agit même sur les matières brutes , particulièrement sur la terre végétale, qui est la couche la plus extérieure du globe : aussi les diamants , rubis , topazes et saphirs ne se trouvent qu’à la surface ou à de très-petites profondeurs dans le terrain de ces climats très-chauds ; il ne s’en rencontre dans aucune autre région de la terre. Le seul exemple contraire à cette exclusion générale
4 Voyez 1rs mêmes Tables de M. Brisson.
est le saphir du Puy-en-Velay, qui est spécifiquement aussi et même un peu plus pesant que le saphird’Orient 1 , et qui prend, dit-on, un aussi beau poli ; mais j’ignore s’il n’a de même qu’une simple rétraction, et par conséquent si l’on doit l 'admettre au rang des vraies pierres précieuses dont la plus brillante propriété est de réfracter puissamment la lumière et d’en offrir les couleurs dans toute leur intensité : la double réfraction décolore les objets et diminue par conséquent plus ou moins cette intensité dans les couleurs, et dès lors toutes les matières transparentes qui donnent une double réfraction ne peuvent avoir autant d’éclat que les pierres précieuses dont la substauce ainsi que la réfraction sont simples.
Car il faut distinguer dans la lumière réfractée par les corps transparents deux effets différents, celui de la réfraction et celui de la dispersion de cette même lumière : ces deux effets ne suivent pas la même loi, et paraissent même être en raison inverse l’un à l’autre; car la plus petite réfraction se trouve accompagnée de la plus grande dispersion, tandis que la plus grande réfraction ne donne que la plus petite dispersion. Le jeu des couleurs qui provient de cette dispersion de la lumière est plus varié dans les stras , verres de plomb ou d’antimoine, que dans le diamant ; mais ces couleurs des stras n ont que très-peu d’intensité, en comparaison de celles qui sont produites par la réfraction du diamant.
La puissance réfractive- est beaucoup plus grande dans le diamant que dans aucun autre corps transparent : avec des prismes dont l’angle est de 20 degrés, la réfraction du verre blanc est d’environ 10 celle du flint-glass de 11 | ; celle du cristal déroché n’est tout au plus que de loi; celle du spath d’Islande d’environ i li ; celle du péridotde 11 ; tandis que la réfraction du saphir d’Orient est entre 14 et 15 , et que celle du diamant est au moins de 30. M. l’abbé Rochon, qui a fait ces observations, présume que la réfraction du rubis et de la topaze d’Orient est aussi entre 14 et 15, comme celle du saphir ; mais il me semble que ces deux premières pierres ayant plus d'éclat que la dernière, on peut penser qu’elles ont aussi une réfraction plus forte et un peu moins éloignée de celle du
1 La pesanteur spécifique du saphir d'Orieut bleu est de Stmt ; du saphir d’Orient blanc, de 3991 1 ; la pesanteur spécifique du saphir du ruy est de 40769. Table* deM. Frisson.
diamant : cette grande force de réfraction pro* duit la vivacité, ou, pour mieux dire, la forte intensité des couleurs dans le spectre du diamant, et c est précisément parce que ces couleurs conservent toute leur intensité que leur dispersion est moindre. Le fait confirme ici la théorie, car il est aisé de s’assurer que la dispersion de la lumière est bien plus petite dans le diamant que dans aucune autre matière transparente.
Le diamant , les pierres précieuses et toutes les substances inflammables ont plus de puissance réfractive que les autres corps transparents, parce qu’elles ont plus d’affinité avec la lumière; et par la même raison il y a moins de dispersion dans leur réfraction, puisque leur plus grande affinité avec la lumière doit en réunir les rayons de plus près. Le verre d’antimoine peut ici nous servir d’exemple ; sa réfraction n’est que d’environ 1 1 tandis que sa dispersion est encore plus grande que celle du stras ou d’aucune autre matière connue , en sorte qu’on pourrait égaler et peut-être surpasser le diamant pour le jeu des couleurs avec le verred’antimoine : mais ces couleurs ne seraient que des bluettes encore plus faibles que celles du stras ou verre de plomb; et d’ailleurs ce verre d’antimoine est trop tendre pour pouvoir conserver longtemps son poli.
Cette homogénéité dans la substance du diamant et des pierres précieuses, qui nous est démontrée par leur réfraction toujours simple, cette grande densité que nous leur connaissons par la comparaison de leurs poids spécifiques ; enfin leur très-grande dureté qui nous est également démontrée par leur résistance au frottement de la lime, sont des propriétés essentielles qui nous présentent des caractères tirés de la nature, et qui sont bien plus certains que tous ceux par lesquels on a voulu désigner et distinguer ces pierres : ils nous indiquent leur essence, et nous démontrent en même temps qu’elles ne peuvent provenir des matières vitreuses, calcaires ou métalliques, et qu’il ne reste que la terre végétale ou limoneuse dont le diamant et les vraies pierres précieuses aient pu tirer leur origine. Cette présomption très-bien fondée acquerra le titre de vérité lorsqu’on réfléchira sur deux faits généraux également certains : le premier, que ces pierres ne se trouvent que dans les climats les plus chauds, et que ce? excès de chaleur est par conséquent nécessaire à leur formation ; le second , qu’on ne les rejv
HISTOIRE NATURELLE
contre qu’à la surface ou dans la première couche de la terre et dans le sable des rivières, où elles ne sont qu’en petites masses isolées, et souvent recouvertes d’une terre limoneuse ou bolaire, mais jamais attachées aux rochers, comme le sont les cristaux des autres pierres vitreuses ou calcaires.
D’autres faits particuliers viendront à l’appui de ces faits généraux , et l’on ne pourra guère se refuser à croire que les diamants et autres pierres précieuses ne soient en effet des produits de la terre limoneuse, qui, conservant plus qu’aucune autre matière la substance du feu des corps organisés dont elle recueille les détriments, doit produire et produit réellement partout des concrétions combustibles et phosphoriques, telles que les pyrites, les spaths pesants, et peut par conséquent former des diamants également phosphoriques et combustibles dans les lieux où le feu fixe contenu dans cette terre est encore aidé par la plus grande chaleur du globe et du soleil.
Pour répondre d'avance aux objections qu’on pourrait faire contre cette opinion, nous conviendrons volontiers que ces saphirs trouvés au Puy-en-Velay, dont la densité est égale à celle du saphir d’Orient, semblent prouver qu’il se rencontre au moins quelqu’une des pierres que j’appelle 'précieuses, dans les climats tempérés ; mais ne devons-nous pas en meme temps observer que, quand il y a eu des volcans dans cette région tempérée, le terrain peut en être pendant longtemps aussi chaud que celui des régions du midi? Le Velay en particulier est un terrain volcanisé, et je ne suis pas éloigné de penser qu’il peut se former dans ces terrains, par leur excès dechaleur, des pierres précieuses de la même qualité que celles qui se forment par le même excès de chaleur dans les climats voisins de l’équateur, pourvu néanmoins que cet excès de chaleur dans les terrains volcanisés soit constant , ou du moins assez durable et assez uniformément soutenu pour donner le temps nécessaire à la formation de ces pierres. En général leur dureté nous indique que leur formation exige beaucoup de temps ; et les terres volcanisées ne conservant pas leur excès de chaleur pendant plusieurs siècles, il ne doit pas s’y foi mer des diamants, qui de toutes les pierres sont les plus dures, tandis qu'il peut s’y former des pierres transparentes moins dures. Ce n’est donc que dans le cas très-particulier où la terre
végétale conserverait cet excès de chaleur pendant une longue suite de temps, qu’elle pourrait produire ces stalactites précieuses dans un climat tempéré ou froid, et ce cas est infiniment rare, et ne s’est jusqu'ici présenté qu'avec le saphir du Puy.
On pourra me faire une autre objection. D’après votre système, me dira-t-on , toutes les parties du globe ont joui de la même chaleur dont jouissent aujourd’hui les régions voisines de l’équateur; il a donc dû se former des diamants et autres pierres précieuses dans toutes les régions de la terre, et l’on devrait y trouver quelques-unes de ces anciennes pierres, qui par leur essence résistent aux injures de tous les éléments; néanmoins onn’anullepart, de temps immémorial, ni vu ni rencontré un seul diamant dans aucune des contrées froides ou tempérées. Je réponds en convenant qu’il a dû se former en effet des diamants dans toutes les régions du globe lorsqu’elles jouissaient de la chaleur nécessaire à cette production ; mais comme ils ne se trouvent que dans la première couche de la terre et jamais à de grandes profondeurs, il est plus que probable que les diamants et les autres pierres précieuses ont été successivement recueillis par les hommes, delà même manière qu’ils ont recueilli les pépites d’or et d’argent, et même les blocs du cuivre primitif, lesquels ne se trouvent plus dans les pays habités, parce que toutes ces matières brillantes ou utiles ont été recherchées ou consommées par les anciens habitants de ces mêmes contrées.
Maiscesobjections et les doutes qu’elles pourraient faire naître doivent également disparaître à la vue des faits et des raisons qui démontrent que les diamants, les rubis, topazes et saphirs ne se trouvent qu’entre les tropiques, dans la première et la plus chaude couche de la terre, et que ces mêmes pierres étant d’une densité plus grande et d’une essence plus simple que toutes les autres pierres transparentes, vitreuses ou calcaires , on ne peut leur donner d’autre origine , d’autre matrice que la terre limoneuse qui, rassemblant les débris des autres matières , et n’étant principalement composée que du détriment des êtres organisés, a pu seule tormer des corps pleins de feu, tels que les pyrites, les spaths pesants, les diamants et autres concrétions phosphoriques, brillantes et précieuses ; et ce qui vient victorieusement à l’appui de cette vérité , c’est le fait bien avéré du
DES MINERAUX
phosphorisme et de la combustion du diamant. Toute matière combustible ne provient que des corps organisés ou de leurs détriments, et dès lors lediamantqui s’imbibe de lumière, et qu’on a été forcé de mettre au nombre des substances combustibles, ne peut provenir que de la terre végétale, qui seule contient les débris combustibles des corps organisés.
J’avoue que la terre végétale et limoneuse est encore plus impure et moins simple que les matières vitreuses, calcaires et métalliques; j’avoue qu’elle est le réceptacle général et commun des poussières de l’air , de l’égout des eaux et de tous les détriments des métaux et des autres matières dont nous faisons usage : mais le fonds principal qui constitue son essence n’est ni métallique, ni vitreux, ni calcaire , il est plutôt igné ; c’est le résidu, ce sont les détriments des animaux et des végétaux dont sa substance est spécialement composée : elle contient donc plus de feu fixe qu’aucune autre matière. Les bitumes, les huiles , les graisses, toutes les parties des animaux et des végétaux qui se sont converties en tourbe, en charbon, en limon, sont combustibles, parce qu’elles proviennent des corps organisés. Le diamant, qui de meme est combustible, ne peut donc provenir que de cette même terre végétale, d’abord animée de son propre feu , et ensuite aidée d’un surplus de chaleur qui n’existe actuellement que dans les terres de la zone torride.
Les diamants, le rubis, la topaze et le saphir sont les seules vraies pierres précieuses , puisque leur substance est parfaitement homogène, et qu’elles sont en même temps plus dures et plus denses que toutes les autres pierres transparentes; elles seules , par toutes ces qualités réunies, méritent cette dénomination. Elles ne peuvent provenir des matières vitreuses, et encore moins des substances calcaires ou métalliques ; d’où l’on doit conclure par exclusion et indépendamment de toutes nos preuves positives, qu elles ne doivent leur origine qu’à la terre limoneuse , puisque toutes les autres matières n’ont pu les produire.