DIAMANT
J’ai cru pouvoir avancer et même assurer, quelque temps avant qu’on en eut fait l’épreu ve1,
4 Voyez, dans cette Histoire naturelle, l'article de la Lumière, de la Chaleur et du Feu.
! que le diamant était une substance combustible ; ma présomption était fondée sur ce qu’il n’y a que les matières inflammables qui donnent une réfraction plus forte que les autres re- ! lativement à leur densité respective. La réfraction de l’eau , du verre et des autres matières transparentes solides ou liquides , est toujours,
! et dans toutes , proportionnelle à leur densité ;
tandis que dans le diamant , les huiles , l’espritj de-vin , et les autres substances solides ou li- ! quides qui sont inflammables ou combustibles, la réfraction est toujours beaucoup plus grande j relativement à leur densité. Mon opinion, au sujet de la nature du diamant , quoique fondée sur une analogie aussi démonstrative, a été contredite jusqu’à ce que l’on ait vu le diamant brûler et ■ sc consumer en entier au foyer du miroir ar- | dent. La main n’a donc fait ici que confirmer ce que la vue de l’esprit avait aperçu ; et ceux qui ne croient que ce qu’ils voient seront dorénavant convaincus qu’on peut deviner les faits par l’analogie; et que le diamant, comme toutes les ; autres matières transparentes, solides ou liquides, dont la réfraction est, relativement à leur densité, plus grande qu’elle ne doit être, sont j réel lement des substances inflammables ou com î bustibles.
En considérant ces rapports de la réfraction j et de la densité, nous verrons que la réfraction de l’air, qui de toutes est la moindre, ne laisse pas que d’être trop grande relativement à la densité de cet élément; et cet excès ne peut provenir que de la quantité de matière combustible qui s’y trouve mêlée , et à laquelle on a donné dans ces derniers temps la dénomination d'air inflammable : c’est en effet cette portion de substance inflammable mêlée dans l’air de l’atmosphère qui lui donne cette réfraction plus forte relativement à sa densité. C’est aussi cet air inflammable qui produit souvent dans l’atmosphère des phénomènes de feu. On peut employer cet air inflammable pour rendre nos feux plus actifs ; et quoiqu'il ne réside qu’en très-petite quantité dans l’air atmosphérique , cette petite quantité suffit pour que la réfraction en soit plus grande qu’elle ne le serait si l’atmosphère était privée de cette portion de matière combustible.
On a d’abord cru que le diamant exposé à l’action d’un feu violent se dissipait et se volatilisait sans souffrir une combustion réelle ; mais des expériences bien faites et très-multipliées
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ont démontré que ce n'est pas en se dispersant ou se volatilisant, mais en brûlant comme toute autre matière inflammable, que le diamant se détruit au feu libre et animé par le contact de l’air
On n’a pas fait sur le rubis , la topaze et le saphir autant d’épreuves que sur les diamants. Ces pierres doivent être moins combustibles , puisque leur réfraction est moins forte que celle du diamant, quoique relativement à leur densité cette réfraction soit plus grande , comme dans les autres corps inflammables ou combustibles : et en effet, on a brûlé le rubis au foyer du miroir ardent. On ne peut guère douter que la topaze et le saphir, qui sont de la même essence , ne soient également combustibles. Ces pierres précieuses sont , comme les diamants , des produits de la terre limoneuse, puisqu’elles 11e se trouvent, comme le diamant, que dans les climats chauds, et qu’attendu leur grande densité et leur dureté, elles ne peuvent provenir des matières vitreuses, calcaires et métalliques; que de plus, elles iront de même qu’une simple réfraction trop forte relativement à leur densité ; et qu’il faut seulement leur appliquer un feu encore plus violent qu’au diamant pour opérer leur combustion ; car leur force réfractive n’étant que de 15, tandis que celle du diamant est de 30, et leur densité étant plus grande d’environ un septième que celle du diamant, elles doivent contenir proportionnellement moins de parties combustibles, et résister plus longtemps et plus puissaîhment à l’action du feu, et brûler moins complètement que le diamant qui ne laisse aucun résidu après sa combustion.
On sentira la justesse de ces raisonnements,
* J'ai composé , en 1770, le premier volume de mes Suppléments*. Comme je ne m’occupais pas alors de l’histoire naturelle des pierres, et que je n’avais pas fait de recherches historiques sur cet objet, j’ignorais que dès le temps de Boyle ou avait fait en Angleterre des expériences sur la combustion du diamant, et qu’ensuite on les avait répétées avec succès en Italie, et en Allemagne : mais MM. Macquer, Dareet et quelques autres savants chimistes , qui doutaient encore du fait, s'en sont convaincus. MM. de Lavoisier, Cadet et Mitouard ont donné sur ce sujetfln très-bon Mémoire en 1 772 'lans lequel on verra que des diamants de toutes couleurs, mis dans un vaisseau parfaitement clos , ne souffrent aucune perte ni diminution de poids, ni par conséquent aucun effet de la combustion , quoique le vaisseau qui les renferme fut exposé à l'action du feu le plus violent** ; ainsi le diamant ne se décompose ni ne se volatilise en vaisseaux clos, et il faut l’action de l’air libre pour opérer sa combustion.
^Renfermant les articles sur les hléments. Desm., <827.
"Mémoires de M M. Lavoisier et Cadet. Académie des Science année 1772.
eu sc sou\ enaut que la puissance réfractive des corps transparents devient d’autant plus grande qu’ils ont plus d’affinité avec la lumière; et l’on ne doit pas douter que ces corps ne contractent cette plus forte affinité par la plus grande quantité de feu qu’ils contiennent; car ce feu fixe agit sur le feu libre de la lumière, et rend la réfraction des substances combustibles d’autant plus lorte qu’il réside en plus grande quantité dans ces mêmes substances.
On trouve les diamants dans les contrées les pius chaudes de l’un et de l’autre continent; ils sont égalementcombustibles. Les uns et les autres n’offrent qu’une simple et très-forte réfraction; cependant la densité et la dureté du diamant d Oiient surpassent un peu celles du diamant d’Amérique4. Sa réfraction paraît aussi plus forte et son éclat plus vif; il se cristallise en octaèdre, et celui du Brésil en dodécaèdre : ces difféi ences doivent en produire dans leur éclat , et je suis persuadé qu’un œil bien exercé pourrait les distinguer2.
M. Dufay, savant physicien, de l'Académie des Sciences , et mon très-digne prédécesseur au Jardin du Roi , ayant fait un grand nombre d expéiiences sur des diamants de toutes couleurs, a reconnu que tous n’avaient qu’une simple réfraction à peu près égale ; il a vu que leurs couleurs , quoique produites par une matière métallique, n’étaient pas fixes, mais volatiles,
J La pesanteur spécifique du diamant blanc orienb.1 oc
roserdeeS3S3ieo5pM; CCUe dU diamant orie,ltal coule>11’ d rose, de 35310 et la pesanteur spécifique du diamant dodé
Mèdre du Bresd n est que de 34441. 'fables de M. Brisson.-
i o a. Celte estimation ne s’accorde pas avec celle que M El
bcot a donnée dans les Transactions philosophiques, annéi
* Y0’ n 1/6 La pesafntenr spécifique du diamant d’Orien
s®. lui ’ d? 3347 ; et cel|e du diamant du Brésil , d< 3d13, différence si petite, qu’on pouvait la regarder contint nulle : mais connaissant l’exactitude de M. Brisson. et la pré. csion avec laquelle il fait ses expériences, je crois que nous devons nous en tenir à sa détermination; cependant on doit croire qu’il y a, tant en Orient qu’au Brésil, des diamants spécifiquement plus pesants les uns que les autres , et nue probablement M. Ellicot aura composé le poids spécifique
d’ Orient * ? PeSa“tS d" BrésiI aveo un de* moins pesants
2 Le diamant d’Orient cristallise en octaèdres parfaits, quelquefois tronqués légèrement . soit dans les angles, soit dans leurs bords.... Le diamant du Brésil se rapporte beaucoup par la cristallisation au grenat dodécaèdre : cette forme semble indiquer que le diamant du Brésil n’est pas combiné aussi parfaitement que celui d’Orient, aussi est-il moins dur, moins pesant, moins parfait. Lettres de M. Demeste, tome I , page 407. — Les diamants orientaux ont plus de dureté, de vivacité et de jeu que ceux du Brésil; un œil exercé ne s'y méprend presquejamais. Note communiquéepar M. iiofut, commis d ambassade de Sa Majesté Impériale , apostolique , amateur et connaisseur très-exercé.
DLS MIINLKÀLX.
parce que ces couleurs disparaissent en faisant chauffer fortement ces diamants colorés dans une pâte de porcelaine. 11 s’est aussi assuré sur un grand nombre de diamants que les uns conservaient plus longtemps et rendaient plus vivement que les autres la lumière dont ils s’imbibent , lorsqu'on les expose aux rayons du soleil ou meme à la lumière du jour. Ces faits sont certains ; mais je me rappelle que, m’ayant communiqué ses observations, il m’assura positivement que les diamants naturels qu’on appelle pointes naïves ou natives , et qui n’ont pas été taillés, sont tous cristallisés en cubes. Je n’imagine pas comment il a pu se tromper sur cela , car personne n’a peut-être manié autant de diamants taillés ou bruts; il avait emprunté les diamants de la couronne et ceux de nos princes pour ses expériences ; et d’après cette assertion de M. Dufay , je doute encore que les diamants de l’ancien continent soient tous octaèdres , et ceux du Brésil tous dodécaèdres. Cette différence de forme n’est probablement pas la seule, et semble nous indiquer assez qu’il peut se trouver dans les diamants d’autres formes de cristallisation dont M. Dufay assurait que la cubique était la plus commune. M. Daubenton, de l’Académie des Sciences, et garde du Cabinet du Roi , a bien voulu me communiquer les recherches ingénieuses qu’il a faites sur la structure du diamant ; il a reconnu que les huit faces triangulaires du diamant octaèdre brut sont partagées par des arêtes, en sorte que ces faces triangulaires sont convexes à leur surface1. Ce
A On «perçoit, sur chacune des huit faces du diamant brut, trois lignes qui sont renflées comme de petites veines, et qui s’étendent chacune depuis l'un des angles du triangle jusqu’au milieu des côtés opposés, ce qui forme six petits triangles dans le grand, en sortequ’il y a quarante-huit compartiments sur la surface entière du diamant brut , que l'on peut réduire à vingt-quatre, parce que les compartiments (pii sont de chaque côté des arêtes du diamant brut ne sont pas séparés l’un de l’autre par une pareille arête , mais simplement par une veine : ces veines sont les jointures de l’extrémité des lames dont le diamant est composé. Le diamant est en effet formé de lames qui se séparent et s’exfolient par l’action du feu.
Le fil du diamant est le sens dans lequel il faut le frotter pour le polir; si on le bottait à contre-sens , les lames qui sont superposées les unes sur les autres , comme les feuillets d’un livre , se replieraient ou s’égrèneraient , parce qu'elles ne seraient pas frottées dans le sens qu’elles sont couchées les unes sur les autres.
Pour polir le diamant , il ne suffit pas de suivre le sens des lames superposées les unes sur les autres, en les frottant du haut en bas ; mais il faut encore suivre la direction des fibres dont ces mêmes lames sont composées : la direction de ces fibres est parallèle a la base de chaque triangle , en sorte oue lorsqu'on veut polir à la fois deux triangles des quarantehuit dont nous avons parlé, et suivre en même temps le fil
savant naturaliste a aussi observé que la précision géométrique de la ligure ne se trouve pas plus dans l’octaèdre du diamant que dans les autres cristallisations, et qu’il y a plus de diamants irréguliers que de régulièrement octaèdres, et que non seulement la figure extérieure de la plupart des diamants est sujette à varier, mais qu’il y a aussi des diamants dont la structure intérieure est irrégulière '.
Les caractères que l’on voudrait tirer des formes de la cristallisation seront donc toujours équivoques , fautifs, et nous devons nous en tenir à ceux de la densité , de la dureté, de l’homogénéité, de la fusibilité et de la combustibilité, qui sont non-seulement les vrais caractères, mais même les propriétés essentielles de toute substance, sans négliger néanmoins les qualités accidentelles , comme celles de se cristalliser plus ordinairement sous telle ou telle forme, de s’imbiber de la lumière, de perdre ou d’acquérir la couleur par l’action du feu , etc.
Le diamant, quoique moins dense que le rubis, la topaze et le saphir 2, est néanmoins plus dur; il agit aussi plus puissamment sur la lumière qu’il reçoit, réfracte et réfléchit beaucoup plus fortement : exposé à la lumière du soleil ou du jour, il s’imbibe de cette lumière et la conserve pendant quelque temps; il devient aussi lumineux lorsqu’on le chauffe ou qu’on le frotte contre toute autre matière 3 ; il acquiert
du diamant , il faut diriger le frottement en deux seps contraires , et toujours parallèlement à la base de chaque triangle.
Chaque laine est pliée en deux parties égales pour former une arête de l’octaèdre : et par leur superposition des unes sur les autres, ces lames ne peuvent recevoir le poli que dans le sens où le frottement se fait de liant en bas du triangle, c’est-à-dire en passant successivement d’une lame plus cou rte à une lame plus longue. ISote communiquée par M. Daubenton.
1 Lorsque cette irrégularité est grande , les diamantaires ne peuvent suivre aucune règle pour les polir, et c'est ce qu'ils appellent diamants de nature qu'ils ne font qu'user et échauffer sans les polir, parce que les lames étant irrégulièrement superposées les unes sur les autres, elles ne présentent aucun sens continu dans lequel on puisse les frotter. — On ne peut juger les diamants que lorsque leurs surface# sont naturellement brillantes, ou lorsqu’on les a polis par l'art. Suite de la note communiquée par M. Daubenton.
2 La pesanteur spécifique du rubis d'Orient est de 428, "3 colle de la vermeille est de 42299 ; celle de la topaze d'Orient de 40106 ; celle du saphir d'Orient bleu , de 399'M ; du saphir blanc , 39911 , et la pesanteur spécifique du diamant oriental n’est que de 33212.
5 Si l'on frotte légèrement le diamant dans l’obscurité avec le doigt ou un morceau d’étoffe de laine ou de soie, tout son corps paraît lumineux : bien plus, si après l’avoir frotté on le présente à l’œil . il conserve sa lumière pendant quelque temps. Dictionnaire encyclopédique de Chambers , article Diamant.
HISTOIRE NATURELLE
plus de vertu électrique par le frottement que les autres pierres transparentes : mais chacune de ces propriétés ou qualités varie du plus au moins dans les diamants comme dans toutes les autres productions de la nature, dont aucune qualité particulière n’est absolue. Il y a des diamants, des rubis, etc., plus durs les uns que les autres; il s’en trouve de plus ou moins phosphoriques, de plus ou moins électriques; et quoique le diamant soit la pierre la plus parfaite de toutes , il ne laisse pas d’être sujet, comme les autres, à un grand nombre d’imperfections et même de défauts.
La première de ces imperfections est la couleur ; car, quoique à cause de la rareté on fasse cas des diamants colorés, ils ont tous moins de feu , de dureté , et devraient être d’un moindre prix que les blancs dont l’eau est pure et vive 1 . Ceux néanmoins qui ont une couleur décidée de rose, d’orangé, de jaune, de vert et de bleu, réfléchissent ces couleurs avec plus de vivacité que n’en ont les rubis balais, vermeilles, topazes et saphirs , et sont toujours d’un plus grand prix que ces pierres 2 : mais ceux dont les couleurs sontbrouillées, brunes ou noirâtres, n’ont que peu de valeur. Ces diamants de couleur obscure sont sans comparaison plus communs que les autres; il y en a même de noirs 3,
* Les diamants de couleur sont un peu moins durs que les blancs. Note communiquée par AJ. Iloppé.
2 Les diamants s’imprègnent de tontes les couleurs qui brillent dans les autres pierres précieuses (excepté la violette ou la pourpre); mais ces couleurs sont toujours très-claires , c’est-à-dire qu’un diamant rouge est couleur de rose , etc. ; il n y a que le jaune dont les diamants se chargent assez fortement pour égaler quelquefois .et même surpasser une topaze d’Orient.
C’est la couleur bleue dont le diamant se charge le plus après le jaune : en général, les diamans colorés purement sont extrêmement rares, la couleur qu'ils prennent le plus communément est un jaune sale , enfumé ou roussâtre , et alors ils diminuent beaucoup de leur valeur ; mais lorsque les couleurs sont franches et nettes , leur prix augmente du double, du triple, et souvent même du quadruple.
Le bleu pur est la couleur la plus rare à rencontrer dans un diamant ; car les diamants bleus ont presque toujours un ton d’acier : le roi en possède un de cette couleur d’un volume très-considérable; cette pierre est regardée par les amateurs comme une des productions les plus étonnantes et les plus parfaites de la nature.
Les diamants rouges, ou plutôt roses, ont rarement de la Vivacité et du jeu , ils ont ordinairement un ton savonneux : les verts sont les plus recherchés des diamants de couleur parce qu’ils joignent à la rareté et au mérite de la couleur la vivacité et le jeu que n’ont pas toujours les autres diamants colorés. Il y a des diamants très-blancs et très-purs, qui n’ont cependant pas plus de jeu qu’un cristal de roche; ceux-là viennent ordinairement du Brésil. Note communiquée par M. Iloppé.
* M* Dutens dit avoir vu un diamant noir dans la collection du prince do Lichtenstein, à vienne.
et presque opaques, qui ressemblent au premier coup d’oeil à la pyrite martiale *. Tous ees diamants n’ont de valeur que par la singularité.
Des défauts encore très-communs dans les diamants blancs et colorés sont les glaces et les points rougeâtres, bruns et noirs : les glaces proviennent d’un manque de continuité et d’un vide entre les lames dont le diamant est composé; et les points, de quelque couleur qu’ils soient , sont des particules de matière hétérogène qui sont mêlées dans sa substance. Il est difficile de juger des défauts, et encore moins de la beauté des diamants bruts , même après les avoir décroütés. Les Orientaux les examinent à la lumière d’une lampe, et prétendent qu on en jugemieux qu’à celle du jour. La belle eau des diamants consiste dans la netteté de leur transparence, et dans la vivacité de la lumière blanche qu’ils renvoient à l’œil; et dans les diamants bruts , on ne peut connaître cette eau et ce reflet que sur ceux dont les faces extérieures ont été polies par la nature ; et comme ces diamants à laces polies sont fort rares , il faut en général avoir recours à l’art et les polir pour pouvoir en juger. Lorsque leur eau et leur i effet ne sont pas d’un blanc éclatant et pur, et qu’on y aperçoit une nuance de gris ou de bleuâtre , c’est une imperfection , qui seule diminue piodigieusement la valeur du diamant, quand même il n’aurait pas d’autres défauts. Les Orientaux prétendent encore que ce n’est qu’à l’ombre d’un arbre touffu qu’on peut juger de l’eau des diamants 2. Enfin ce n’est pas toujours par le volume ou le poids qu’on doit estimer les diamants ; il est vrai que les gros sont sans comparaison plus rares et bien plus précieux que les petits , mais dans tous la proportion des dimensions fait plus que le volume, et ils sont d autant plus chers qu’ils ont plus de hauteur, de fond ou d’épaisseur relativement à leurs autres dimensions 3.
( Il y a des diamants qui approchent beaucoup des pyrites martiales par leur couleur noire et brillante comme de l'acier. Lettre de M. Demeste, tome I. page 409.
2 Voyez l’article du Diamant dans le Dictionnaire encyclopédique de Cbambers.
3 l'remièrement il faut savoir combien pèse le diamant , et puis voir s’il est parfait; si c'est une pierre épaisse, bien carrée, et qui ait tous ses coins; si elle est d’uneeau blanche et vive, sans points et sans glaces; si c’est une pierre taillée à facettes , et que d'ordinaire on appelle une rose, il faut prendre garde si la forme est bien ronde ou ovale, si la pierre est de belle étendue , et enfin qu’elle ait la même eau , et quelle soit sans points et sans glaces , comme j'ai dit de la pierre
DKS MLNÊRAÜX.
Pline nous apprend que le diamant était si rare autrefois 1 que son prix excessif ne permettait qu'aux rois les plus puissants d’en avoir : ,| dit que les anciens se persuadaient qu’il ne s’en trouvait qu’en Ethiopie , mais que de son temps l’on en tirait de l’Inde, de l’Arabie, de la Macédoine et de l’ile de Chypre ; néanmoins je lois observer que les habitants de l’ile de Chypre, de la Macédoine , de l’Arabie , et même le l’Éthiopie, ne les trouvaient pas dans leur pays , et que ce rapport de Pline ne doit s’enendre que du commerce que ces peuples faisaient dans les Indes orientales, d’où ils tiraient les diamants que l’on portait ensuite en Italie. On doit aussi modifier , et même se refuser à •roire ce que le naturaliste romain nous dit des vertus sympathiques et antipathiques des dianants, de leur dissolution dans le sang de bouc, t de la propriété qu’ils ont de détruire l’action le l’aimant sur le fer.
On employait autrefois Jes diamants bruts et els qu ils sortaient de la terre : ce n’est que dans e quinzième siècle qu’on a trouvé en Europe art de les tailler ; et l’on ne connaissait encore dors que ceux qui nous venaient des Indes orienalcs : « En 1678, dit un illustre voyageur , il y avait, dans le royaume de Golconde , vingt mines de diamants ouvertes , et quinze dans celui de Visapour. Ils sont très-abondants dans ces deux royaumes : mais les princes qui y régnent ne permettent d’ouvrir qu’un certain nombre de mines , et se réservent tous les diamants d’un certain poids; c’est pour cela qu’ils sont rares, et qu’on en voit très-peu de gros. Il y a aussi des diamants dans beaucoup d’autres lieux de l’Inde, et particulièrement dans le royaume de Pégu ; mais le roi se contente des autres pierres précieuses et de diverses productions utiles que fournit son pays, et ne souffre pas qu’on fasse aucune recherche pour y trouver de nouveaux trésors, dans la crainte d’exciter la cupidité de quelque puissance voisine. Dans les royaumes de Golconde et de A isapour, les diamants se trouvent ordinairement épars dans la terre, à une médiocre profondeur, au pied des hautes montagnes, formées en partie par différents lits de roc vif, blanc et très-dur : mais cependant, dans certaines mines qui dépendent de Gol-
!>'"sse. Voyages de Tavernier, tome IV, livre II , nage Si et
«vantes.
* Histoire naturelle, livre XXX vu , chapitre IV.
« coude, on est obligé de creuser en quelques « lieux à la profondeur de quarante ou cinquante « brasses, au travers du rocher et d’une sorte « de pierre minérale assez semblable à certaines « mines de fer, jusqu’à ce qu’on soit parvenu à « une couche de terre dans laquelle se trouvent « les diamants. Cette terre est rouge comme « celle de la plupart des autres mines de dia- « mants; il y en a cependant quelques-unes « dont la terre est jaune ou orangée, et celle de « la seule mine de Worthor est noire1. » Ce sont là les principaux faits que l’on peut recueillir du Mémoire qui fut présenté sur la fin du siècle dernier, à la Société royalede Londres par le grand maréchal d’Angleterre , touchant les mines de diamants de l’Inde, qu’il dit avoir vues et examinées.
De tous les autres voyageurs, Tavernier est presque le seul qui nous ait indiqué d’une manière un peu précise les différents lieux où se trouvent les diamants dans l’ancien continent ; il donne aussi le nom de mines de diamants aux endroits dont on les tire , et tous ceux qui ont écrit après lui ont adopté cette expression, tandis que, par leurs propies descriptions , il est évident que non-seulement les diamants ne se trouvent pas en mines comme les métaux, mais que même ils ne sont jamais attachés aux rochers comme lesontles cristaux. Qnen trouve à la vérité datais les fentes plus ou moins étroites de quelques rochers , et quelquefois à d’assez grandes profondeurs , lorsque ces fentes sont remplies de terre limoneuse 2 , dans laquelle le diamant se trouve isolé, et n’a pas d’autre matrice que cette même terre. Ceux que l’on trouve à cinq journées de Golconde, et à huit ou neuf de Visapour, sont dans des veines de cette terre entre les rochers ; etcommeces veines sont souvent obliques ou tortueuses , les ouvriers sont obligés de casser le rocher , afin de suivre la
1 Transactions philosophiques, année 1678.
2 Les hommes fouillent cette terre , les femmes et les enfants la portent dans une place préparée , où l'on jette de l’eau par-dessns pour la détremper; on fait écouler cette eau, ensuite on en jette de la nouvelle jusqu’à ce que toute la terre soit entraînée , et qu’il ne reste plus que le sable qu’on laisse sécher et que l'on vanne, comme si c’était du blé pour faire en aller la poussière : cette terre ou sable étant ainsi vannée , on l’étend avec un râteau pour la tendre unie autant qu'il est possible ; on la bat avec de gros billots ou pilons de bois, puis on l'étend encore , et enfin on se met à un des bords de
| cette terre , et on y cherche le diamant avec la main , en préj sencc de ceux qui sont commis à la garde des ouvriers.
] Voyages de Tavernier. tome IV, livre II, page 19 et. miv.
HISTOIRE NATURELLE
veine dont ils tirent la terre avec un instrument crochu, et c’est en délayant à l’eau cette terre qu’ils en séparent les diamants. On en trouve aussi dans la première couche de la terre de ces mêmes lieux, à très-peu de profondeur, et c’est même dans cette couche de terre limoneuse qu’on rencontre les diamants les plus nets et les plus blancs; ceux que l’on tire des fentes des rochers ont souvent des glaces qui ne sont pas des défauts de nature, mais des fêlures qui proviennent des chocs que les ouvriers, avec leurs outils de fer, donnent aux diamants en les recherchant dans ces fentes de rocher *.
Tavernier cite quelques autres endroits où l’on trouve des diamants : « L’un est situé à « sept journées de Golconde , en tirant droit au « levant , dans une petite plaine voisine des « montagnes , et près d’un gros bourg sur la « rivière qui en découle. On rencontre d’autant « plus de diamants qu’on approche de plus « près delà montagne, et néanmoins on n’y en « trouve plus aucun dès qu’on monte trop haut. « Les diamants se trouvent en ce lieu presque à « la surface de la terre2. » Il dit aussi que le
' C'est ce qui fait qu'on trouve à cette mine quantité de pierres faibles; car dés que 1rs mineurs voient une pierre où la glace est un peu grande , ils se mettent à la cliver, c’tst-àd ire à la fendre, à quoi ils sont beaucoup plus stylés que nous : ce sont les pierres que nous appelons faibles , et qui sont d'une grande montre ; si la pierre est nette, ils ne font (lue la passer dessus et dessous sur la roue , et ne s'amusent point à lui donner de forme , de peur de lui ôter de son poids: que s’il y a quelques petites glaces ou quelques points ou quelque petit sable noir ou rouge , ils couvrent cela de l'arête de de l’une de* facettes ; mais il faut remarquer que le marchand aimant mieux un point noir dans une pierre qu'un point rouge , quand il y a un point rouge , on chauffe la pierre , et il devient noir. Cette adresse me fut enfin si connue, que lorsque je voyais une partie des pierres qui venaient de la mine , et qu'il y avait des facettes à quelques-unes , j'étais assuré qu’il y avait dans la pierre quelque petit point ou quelque petite glace. Voyages de Tavernier, tome IV, livre II, page 2 et suiv.
2 11 n’y a qu'environ cent ans que cette mine a été découverte , et ce fut par un pauvre homme , qui , bêchant un bout de terre où il voula t semer du millet , trouva une pointe naïve p' suit à peu près 23 karats; cette sorte de pierre lui étant inconnue, et lui voyant quelque éclat , il la porta à Golconde , et par bonheur pour lui , il la porta à une personne qui faisait négoce de diamants. C# négociant ayant su du paysan le lieu où il avait trouvé la pierre fut tout surpris de voir un diamant d'un tel poids , vu qu’auparavant les plus grands que l'on voyait étaient au plus de 10 à 12 karats. Le bruit de cette nouvelle découverte se répandit bientôt dans tout le pays, et quelques-uns du bourg, qui avaient bonne bourse , commencèrent à faire fouiller dans la terre , où ils trouvèrent et où I on trouve enc re de grandes pierres en plus grande quantité que dans aucune autre mine : il se trouve , dis-je , à présent en celle-ci quantité de pierres depuis 10 jusqu'à 40 karats, et même quelquefois de bien plus grandes ; entre autres le grand diamant qui pesait 90 karais avant que d’être taillé, dont Mirgimola fit présent à
lieu où l’on a le plus anciennement trouvé de: diamants est au royaume de Bengale, auprès du bourg de Soonelpour , situé sur la rivière dt Gouil, et que c’est dans le limon et les sables dt cette rivière que l’on recueille ces pierres précieuses; on ne fouille ce sable qu’à la profon deur de deux pieds ; et néanmoins c’est de cetù rivière que viennent les diamants de la plus bellt eau : ils sont assez petits, et il est rare qu’on 5 entrouve d’un grand volume. Il aobservéqu’ei général les diamants colorés tirent leur teinturt du sol qui les produit.
Dans un autre lieu du royaume de Golconde on a trouvé des diamants en grande quantité : mais comme ils étaient tous roux, bruns ou noirs, la recherche en a été négligée et mêrrn défendue. On trouve encore de beaux diamant* dans lelimond’une rivière de l’ilede Bornéo ; ils ont le même éclat que ceux de la rivière de Gouil, ou des autres qu’on tire de la terre au Bengale et à Golconde 1 .
On comptait, en 1678 , vingt-trois mines, c’est-à-dire vingt-trois lieux différents d’où l’on tire des diamants au seul royaume deGolcoude; et dans tous, la terre où ils se trouvent est jaunâtre ou rougeâtre , comme notre terre limoneuse : les diamants y sont isolés et très-rare-l ment groupés deux ou trois ensemble. Ils n’ont point de gangue ou matrice particulière, et sont seulement environnés de cette terre : il en est de même dans tous les autres lieux où l’on tire des diamants, au Malabar, à Visapour, au Ben-i gale , etc. : c’est toujours dans les sables des rivières ou dans la première couche du terrain, ainsi que dans les fentes des rochers remplies de terre limoneuse, que gisent les diamants, tous isolés et jamais attachés , comme les cristaux , à la surface du rocher; quelquefois ces veines de terre limoneuse qui remplissent les fentes des
Aurangzcb , comme jo l'ai dit ailleurs , avait été tiré de cette mine.
Mais si cette mine de Coolouxest considérable pour la quan tilé des grandes pierres «pie l'on y trouve , le mal est que d'or dinaire ces pierres ne sont pas nettes, et que leurs eau: tiennent de la qualité du terroir où elles se trouvent : si c< terroir est marécageux et humide , la pierre tire sur le noir s il est rougeâtre , elle tire sur le rouge , et ainsi des autre endroits, tantôt sur le vert, tantôt sur le jaune , d'autan que du bourg à la montagne il y a diver.-ité de terroirs : sui la p'upart de ces pierres , après qu’elles sont taillées, il pa raît toujours comme une espèce de graisse , qui fait qu'or porte incessamment la main au mouchoir pour l’essuyer ' oyages de Tavernier, tome IV, liv. Il , page 17 et suiv.
4 Voyages de Tavernier, tome IV, liv II, page 17 et sur vantes.
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s oehers descendent à une profondeur de pi usieurs toises, comme nous le voyons dans nos rochers calcaires ou même dans ceux de grès, et dans les glaises dont la surface extérieure est couverte de terre végétale. On suit donc ces veines perpendiculaires de terre limoneuse qui produisent des diamants , jusqu’à cette profondeur; et l’on a observé que dès qu’on trouve l'eau il n’y a plus de diamants , parce que la veine de terre limoneuse se termine à cette profondeur.
On ne connaissait , jusqu’au commencement de ce siècle, que les diamants qui nous venaient des presqu’îles ou des îles de lînde orientale; Golconde , Visapour , Bengale , Pégu , Siam 1 , Malabar, Ceylan et Bornéo 2, étaient les seules contrées qui en fournissaient; mais en 1728, on en a trouvé dans le sable de deux rivières au Brésil ; ils y sont en si grande quantité , que le gouvernement de Portugal fait garder soigneusement les avenues de ces lieux , pour qu’on ne puisse y recueillir de diamants qu’autant que le commerce peut en faire débiter sans diminution de prix 3.
' On assura La Loubère que divers particuliers siamois ayant présenté aux officiers du roi de Siam quelques diamants qu’ils avaient tirés des mines de ce royaume, s’étaient retirés au Pégu, dans le chagrin de n’avoir reçu aucune récompense. Histoire générale des Voyages, tome IX, page 308.
3 P. y a des diamants à Sukkademia, dans l’ile de Bornéo. Les diamants que cette ville fournit en abondance, et qui passent pour les meilleurs de l’univers, se pêchent dans la rivière de Lavi, en plongeant, comme on fait pour les perles; on y en trouve dans tous les temps de l’année, mais surtout aux mois de janvier, avril, juillet et octobre : on trouve encore à se procurer des diamants à Benjusmarsin, dans la même Ile; on y en compte de quatre sortes qui sont distinguées par leur eau, que les Indiens appellent Verna; verna ambon est le blanc, verna lond le vert, verna sakkar le jaune, et verna bessi une couleur entre le vert et le jaune. Histoire générale des Voyages, tomeï, page 665, et tome II, page 188. — Les plus fins et les meilleurs des diamants viennent en quantité du royaume de Bellagatta ; il s’en trouve bien au Pégu et ailleurs, mais non de tel prix. Voyages de François Pyrard de Laval. Paris, 1619, tome II, page 144.
s En 1728, on découvrit sur quelques branches de la rivière des Caravelas et à Serro de Frio, dans la province de Minas Geraes, au Brésil, de véritables diamants; on les prit d’abord pour des cailloux inutiles; mais en 1730, ils furent reconnus pour de très-beaux diamants, et les Portugais en ramassèrent avec tant de diligence, qu il en vint 1 1 46 onces par la flotte de Rio-Janeiro : cette abondance en fit baisser le prix considérablement ; mais les mesures prises par un ministre attentif les ramenèrent bientôt à leur première valeur.. Aujourd’hui la cour de Portugal jette dans le commerce 60000 karats de diamants; c’est un seul négociant qui s’en saisit, et qui donne 3120000 livres, à raison de 23 livies le karat : si la fraude s'élève à un dixième, comme le pensent tous les gens instruits, ce sera 312000 livres qu il faudra ajouter à la somme touchée par le gouvernement... Les diamants du Brésil ne sont pas tirés d’une carrière : ils sont la plupart • pars dans des rivières dont on détourne plus ou moins souvent le cours... et on les trouve en plus grand nombre dans
11 est plus que probable que si Von faisait des recherches dans les climats les plus chauds de l’Afrique , on y trouverait des diamants , comme il s'en trouve dans les climats les plus chauds de l’Asie et de l’Amérique 1 : quelques relateurs assurent qu'il s’en trouve en Arabie, et même à la Chine ; mais ces faits me semblent trèsdouteux, et n’ont été confirmés par aucun de nos voyageurs récents.
Les diamants bruts, quoique bien lavés, n’ont que très-peu d’éclat , et ils n’en prennent que par le poli, qu’on ne peut leur donner qu’en employant une matière aussi dure, c’est-à-dire de la poudre de diamant; toute autre substance ne fait sur ces pierres aucune impression sensible, et l'art de les tailler est aussi moderne qu’il était difficile 2 ; il y a même des diamants qui, quoique de la même essence que les autres,
la saison des pluies et après de grands orages. Histoire philosophique et politique des deux Indes.
A On trouve dans la rivière de Sestos, sur la côte de Malaguelte, en Afrique, une sorte de cailloux semblables à ceux de Médoc, mais plus durs, plus clairs et d’un plus beau lustre ; ils coupent mieux que le diamant, et n’ont guère moins d’éclat lorsqu’ils sont bien taillés. Histoire générale des Voyages, tome III, page 609.
2 Auparavant qu’on eût jamais pensé de pouvoir tailler les diamants, lassé qu’on était d’avoir essayé plusieurs manières pour en venir à bout, on était contraint de les mettre en œuvre tels qu’on les rencontrait aux Indes ; c’est, à savoir, des pointes naïves qui se trouvent au fond des torrents quand les eaux se sont retirées, et dans les sables tout à fait bruts, sans ordre et sans grâce, sinon quelques faces au hasard, irrégulières et mal polies, tels enfin que la natu; e les produit, et qu’ils se voient encore aujourd’hui sur les vieilles châsses et reliquaires de nos églises. Ce fut dans le quinzième siècle que Louis de Berquen, natif de Bruges, trouva la manière de polir les diamants; d’abord il mit deux diamants sur le ciment, et après les avoir esgruisés l’un contre l’autre, il vit manifestement que, par le moyen de la poudre qui en tombait, et l’aide du moulin avec certaines roues de fer qu’il avait inventées, il pourrait venir à bout de les polir parfaitement, même dé les tailler en telle manière qu’d voudrait. En effet, il l'exécuta si heureusement depuis, que cette invention, dès sa naissance, eut tout le crédit qu’elle a eu depuis, qui est l’unique que nous ayons aujourd’hui.
Au même temps, Charles, dernier duc de Bourgogne, à qui on en avait fait récit, lui mit trois gros diamants entre les mains pour les tailler. Il les tailla dès aussitôt l’un épais, l’autre faible, et le troisième en triangle, et il y réussit si bien, que le duc, ravi de cette invention, lui donna trois mille ducats de récompense : puis ce prince, comme il les trouvait tout à fait beaux et rares, fit présent de celui qui était faible au pape Sixte IV, et de celui en forme d’un triangle et d’un cœur réduit dans un anneau, et tenu de deux mains, pour symbole de foi, au roi Louis XI, duquel il recherchait alors la bonne intelligence; et quant au troisième, qui était la pierre épaisse, il le garda pour sol, et le porta toujours au doigt, en sorte qu’il l’y avait encore quand il fut tué devant Nancy, un an après qu’il les eut fait tailler, savoir, est en l’année 1477. Merveilles des Indes orientales et occidentales, par Robert de Berquen, article Marnant, chap.II. page 12 et suivantes.
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ne peuvent être polis et taillés que très-difficilement ; on leur donne le nom de diamants de nature ; leur texture par lames courbes fait qu ils ne présentent aucun sens dans lequel on puisse les entamer régulièrement '.