RUBIS ET VERMEILLE
Quoique la densité du rubis soit de près d’un sixième plus grande que celle du diamant, et qu il îésiste plus fortement et plus longtemps à I action du feu , sa dureté et son homogénéité ne sont pas à beaucoup près égales à celles de cette pierre unique en son genre et la plus parfaite de toutes. Le rubis contient moins de feu fixe que le diamant ; il est moins combustible ; et sa substance, quoique simple, puisqu’il ne donne qu une seule refraction , est néanmoins tissue de parties plus terreuses et moins ignées que celles du diamant. JNous avons dit que les couleurs étaient une sorte d’imperfection dans l’essence des pierres transparentes, et même dans celle des diamants : le rubis, dont le rouge est très-intense , a donc cette imperfection au plus haut degré; et l’on pourrait croire que les parties métalliques qui se sont uniformément distribuées dans sa substance lui ont donné non-seulement cette forte couleur, mais encore ce grand excès de densité sur celle du diamant , et, que ces parties métalliques n’étant point inflammables ni parfaitement homogènes avec la matière transparente qui fait le fond de la substance du rubis , elles l’ont rendu plus pesant, et en même temps moins combustible et moins dur que le diamant. Mais l’analyse chimique a démontré que le rubis ne contient point de parties métalliques fixes en quantité sensible; elles ne pourraient en effet manquer de se présenter en particules massives si elles produisaient cet excès de densité : il me semble donc que ce n’est point au mélange des parties métalliques qu’on doit attribuer cette forte densité du rubis , et qu’elle peut provenir, comme celle des spaths pesants, de la seule réunion plus intime des molécules de la terre bolaire ou limoneuse.
L ordre de dureté, dans les pierres précieuses,
ne suit pas celui de densité ; le diamant , quoique moins dense , est beaucoup plus dur que le rubis, la topaze et le saphir, dont la dureté parait être à très-peu près la même. La forme dé cristallisation de ces trois pierres est aussi la même; mais la densité du rubis surpasse encore celle de la topaze et du saphir L Je ne parle ici que du vrai rubis; car il y a deux autres pierres transparentes, l’une d’un rouge foncé et l’autre d’un rouge clair, auxquelles on a donné les noms de rubis spinelte et de rubis balais, mais dont la densité, la dureté et la forme de cristallisation sont différentes de celles du vrai rubis. Voici ce que m’écrit à ce sujet M. Brisson, de l’Académie des Sciences, auquel nous sommes redevables de la connaissance des pesanteurs spécifiques de tous les minéraux 2: « Le rubis balais paraît n’ètre au-
' La pesanteur spécifique du rubis d'Orient est de 42833 celle de la topize d’Orient, de 40I0G; celle du saphir d’O-
A On appelle diamants de nature ceux qui sont cristallisés ^ en forme curv iligue et presque globuleuse ; leur plus grande dureté se trouve au point d’interseciion des lignes circulaires; ! ws diamants de nature prennent difficilement le poli. Crisbiographie de M. Ruiné de Lisle, tome U ,nge (98. 1
lient, de 39941. Tables de M. Brisson.
2 Ce travail de M. Brisson est un des plus utiles pour la physique; on peut même dire qu'il était nécessaire pour avoir la connaissance des rapports et des différences des minéraux ; et comme il n’est point encore imprimé, je crois devoir citer ici d’avance ce que l’auteur m’écrit à ce sujet: « Il y a vingt ans, dit M. Brisson, que je travaille à mon oie « vrage sur la pesanteur spécifique des corps; dans les coni- « mencements, le travail a été lent, parce qu’il a fallu du « temps pour se procurer les différentes substances, et pour « savoir où l’on pourrait trouver toutes celles que je désirais
* en^rer dans cet ouvrage ; mais, depuis cinq ans, j'y ai
* travaillé sans relâche. L’on n'en sera pas étonné, lorsqu’on « verra, dans mon Discours préliminaire, tous les soins et « toutes les attentions qu’il m’a fallu avoir pour obtenir des « résultats satisfaisants.
* Ie,n.a* ^ait enlrer dans cet ouvrage que les substances « que j ai éprouvées moi-même avec le plus grand soin, et « a\ec les meilleurs instruments faits exprès pour cela : tou*
* tes ces substances ont été éprouvées à la température de « 14 cegrés de mon thermomètre, et dans un lieu qui était, « à très-peu de chose près, à la même température, afin « qu elle ne variât pas pendant l’épreuve, qui, quelquefois,
* prenait beaucoup de temps.
« .1 ai donc fait entrer dans cet ouvrage toutes les matières “ susceptibles d être mises à l’épreuve, et que jai pu me pro- « curer; savoir, dans le règne minéral, tous les métaux, et « dans tous les états dans lesquels ils sont en usage dans le « commerce et dans les arts; les différentes matières métal- « liques ; toutes les pierres dures et lendres, en un mot, de-
* puis le diamant jusqu’à la pierre à bâtir ; les matières vol -
* caniques et les matières inflammables; tout cela comprend « huit cent trente espèces ou variété»; toute» les pierres sus- « ceptibles de cristallisation, je les ai éprouvées autant que «jai pu, sous la forme cristalline, afin d’être plus sfir de leur « nature.
« Ensuite j’ai éprouvé les fluides et liqueurs, et j’ai déter- « miné la pesanteur de cent soixante-douze espèces ou va- « riétés.
« J’ai ajouté à cela la pesanteur de quelques matières vé- « gétaleset animales dont l’état est constant, tels que les ré - « sines, les gomme», les sucs épaissis, les cires elles graisse*,
« et j'en ai éprouvé.soixante-douze espèces ou variétés.
DES M li\ EK AUX.
t tre chose qu’une variété du rubis spinelle. Les i pesanteurs de ces deux pierres sont à peu près « semblables; celle du rubis balais est un peu « moindrequecelledu spinelle, sans doute parce « que sa couleur est moins foncée. De plus, ces « deux pierres cristallisent précisément de la « même manière ; leurs cristaux sont des oc- « taèdres réguliers , composés des deux pyra- « mides à quatre faces triangulaires équilaté- « raies opposées l’une à l’autre par leur base.
« Le rubis d’Orient diffère beaucoup de cespier- « res, non-seulement par sa pesanteur, mais « encore par sa forme ; ses cristaux sont formés « de deux pyramides hexaèdres fort allongées ,
« opposées l’une à l’autre par leur base, et dont << les six faces de chacune sont des triangles iso- « cèles. Voici les pesanteurs spécifiques de ces « trois pierres : rubis d’Orient, 42833 ; rubis « spinelle, 37,600; rubisbalais, 38,45s1 . » C’est aussi le sentiment d’un de nos plus grands connaisseurs eu pierres précieuses. L’essence du rubis spinelle et du rubis balais paraît donc être la même à la couleur près ; leur texture est semblable, et quoique je les aie compris dans ma Table méthodique [ en ce volume , page 505), comme des variétés du rubis d’Orient, on doit les regarder comme des pierres dont la texture est différente.
Le rouge du rubis d’Orient est très-intense , et d’un feu très-vif ; l’incarnat , le ponceau et le pourpre y sont souvent mêlés , et le rouge foncé s’y trouve quelquefois teint par nuances
« Toutes ces substances ont été éprouvées sur les plus « grands volumes possibles , afin que les petites erreurs , « souvent inévitables dans la manipulation devinssent insen-
* sibles , et pussent être négligées.
« J’ai eu soin de donner la description de toutes les pièces « qui ont servi à mes épreuves , et de dire de quel endroit je « les ai tirées , afin qu’on puisse , si on le juge à propos , ré- « péter mes expériences, et vérifier les résultats. » Note envoyée à M. de Buffon, par M. Br sson, le 6 décembre 1785.
4 Extrait de la lettre de M. Brisson à M. le comte de Buffon, datée de Paris, 16 novembre 1785.
2 Voici ce que M. Hoppé m’a fait l'honneur de m’écrire à ce sujet: « Je prendrai, m msieur le comte, la liberté devons ob-
* sevverque le rubis spinelle est d’une na’ure entièrement diffé- « renie du rubis d'Orient ; ils sont, comme vous le savez, cris- « tallisés différemment, et le premier est infiniment moins « dur que le second. Bans le rubis d’Orient , comme dans le « saphir et la topaze de la même contrée, la couleur est étran- « gère et infiltrée, au lieu qu’elle est partie constituante de » la matière dans le rubis spinelle. Le ri ibis spinelle, loin d’être
* d'un rouge pou rpre, c’est-à-dire mêlé de bleu, est au con-
* traire d’un rouge très-chargé de jaune ou écarlate, cou- « leur que n’a jamais le rubis d'Orient dont le rouge n appro-
* che que t ès-rarement du ponceau, mais qui d'un autre côté « prend assez fortement le bleu pour devenir entièrement ‘violet, ce qui forme alors l' améthyste .
de ccs deux ou trois couleurs ; et lorsque le rouge est mêle d’orangé , on lui donne le nom de vermeille, Dans les observations que M. Hoppé a eu la bonté de me communiquer, il regarde la vermeille et le rubis balais , comme des variétés du rubis spinelle. Cependant la vermeille dont je parle , étant à très-peu près de la même pesanteur spécifique que le rubis d’Orient, on ne peut guère douter qu’elle ne soit de la même essence 1 .
Le diamant, le rubis, la vermeille, la topaze, le saphir et le girasol , sont les seules pierres précieuses du premier rang ; on peut y ajouter les rubis spinelle et balais, qui en diffèrent par la texture et par la densité; toutes ces pierres et ces pierres seules avec les spaths pesants n’ont qu’une seule réfraction. Toutes les autres substances transparentes, dequelque naturequ’elles soient , sont certainement moins homogènes , puisque toutes donnent de doubles rétractions.
Mais on pourrait réduire dans le réel ces huit espèces nominales à trois , savoir : le diamant, la pierre d’Orient et le rubis spinelle ; car nous verrons que l’essence du rubis d’Orient, de la vermeille, de la topaze , du saphir et du girasol est la même, et que ces pierres ne diffèrent que par des qualités extérieures.
Ces pierres précieuses ne se trouvent que dans les régions les plus chaudes des deux continents; en Asie dans les îles et presqu’îles des
* Ayant communiqué cette réflexion à M. Hoppé, voici ce qu’il a eu la bonté de me répondre à ce sujet, par sa lettre du 6 décembre de cette année 1785 : « Je suis enchanté de voir « que mes sentiments sur la nature de la pierre d’ Orient et « du rubis spinelle aient obtenu votre approbation; et si votre « avis diffère du mien au sujet de la vermeille , c’est lautc de « m’être expliqué assez exactement dans ma lettre du 2 mai « 1785, et d'avoir su que c’est au rubis d'Orient ponceau que « vous donnez le nom de vermeille : je n’entends sous cette « dénomination que le grenat ponceau de Bohème (qui est, « selon les amateurs, la vermeille par excellence), elle rubis « spinelle écarlate en cabochon, que l’on qualifie alors,
« faussement à la vérité, de vermeille d'Orient. De celte. « manière, monsieur le comte, j’ai la satislaciion de vous a trouver, pour le fond , entièrement d accord avec moi , et « cela doit nécessairement flatter mon amour-propre.
« J’aurai l'honneur devons observer encore que la plupart « des joailliers s’obstinent aussi à appeler vermeille le gre- « nul rouge jaune de Ceylan , et le Hiacinlo guarnacinc « des Italiens , lorsqu’ils sont pareillement taillés en cabo- « chon ; mais ces deux pierres ne peuvent point entrer en « comparaison pour la beauté a^c la vermeille d'Orient. » Je n’ajouterai qu’un mot à cette note instructive de M. Hoppé , c’est qu’il sera toujours aisé de distinguer la véritable vermeille d Orient de toutes ces autres pierres auxquelles ou donne sou nom, par sa plus grande pesanteur spécifique , qui est presque, égale à celle du rubis d'orient.
iUSTOIlU: iAaTLHLLLL
Indes orientales1; en Afrique à Madagascar ; et en Amérique dans les terres du Brésil.
Les voyageurs conviennent unanimement que les rubis d’un volume considérable, et particulièrement les rubis balais , se trouvent dans les terres et les rivières du royaume de Pégu 2, de Camboye, de Visapour, de Golconde, deSiam, de feaor 3, ainsi que dans quelques autres contrées des Indes méridionales ; et quoiqu’ils ne citent en Afrique que les pierres précieuses de Madagascar % il est plus que probable qu’il en existe, ainsi que des diamants dans le continent de cette partie du monde, puisqu’on a trouvé des diamants en Amérique, au Brésil, où la terre est moins chaude que dans les parties équatoriales de l’Afrique.
Au reste, les pierres connues sous le nom de rubis au Brésil ne sont, comme nous l’avons dit, que des cristaux vitreux produits par le scliorl ; il en est de même des topazes , émeraudes et saphirs de cette contrée : nous devons
1 II y a dans le royaume de Ceita-Vaca, de Candy, d'Uvaet de Cotta, beaucoup de mines très-riches ; on en tire des rubis, des saphirs, des topazes d’une grandeur considérable , et on en a trouvé quelques-uns qui ont été vendus vingt mille crusades. Histoire de Ceylan, par le capitaine ïtibeyro, Trévoux , 1701 ; page 17. — Il y a dans l’île de Ceylan quelques rivières où l’on trouve plusieurs pierres précieuses (pie les torrents entraînent; les Maures mettent des filets dans le courant des eaux pour les arrêter, et ordinairement quand ils les îetirent ils trouvent des topazes, des rubis et des saphirs qu'ils envoient en Perse, en échange d’autres marchandises. On trouve dans les terres de petits diamants, mais non pas en si grande quantité ni de si haut prix qu’au royaume de Golconde , qui n'est pas beaucoup éloigné de Ceylan. Voyage d’Inigo de lîiervillas à la côte Malabar, Paris , 1736 , première partie , page IGG.
2 Edouard Barbosa , qui nous a donné un traité de ce qu’il a remarqué de plus considérable dans les Indes et de plus grand commerce, s’arrête particulièrement à décrire les différentes pierreries que l’on tire de ce pays-là ; il donne le moyen de les connaître, il marque les lieux où on les trouve, et la valeur de chacune : il commence par les rnbis , et il préiend que les meilleurs et les plus lins se trouvent dans la rivière de Pégu; il dit qu'un rubis de Pégu fin et parfait, pesant 12 karats, ne valait pas de son temps plus de 130 écus d’or; et il estime ceux de Ceylan, de même poids, 200 écus d’or; et il y en a à Ceylan, pesant 1 6 karats, qu’il prise 600 écus d’or : il ne marque pas qu’il y en ait de ce poids dans le Pégu , mais il paraît que les beaux rnbis ne se trouvent pas si communément dans l'ile de Ceylan. Voici comme on les éprouve: lorsqu’on a apporté un rubis d'une grosseur considérable au roi, il fait venir les joailliers , qui lui disent que ce rubis peut souffrir le feu à tel degré, et tant de temps, selon la bonté dont il est , car ces joailliers ne se trompent guère : onia jette dans le feu, on l'y laisse le temps qu’ils ont marqué, et lorsqu’on le retire, a il a bien souffert le feu , et s’il a une couleur plus vive , on l’estime beaucoup plus que ceux du Pégu. Histoire de Ceylan, par Jean Ribeyro. Trévoux, 1701, page 164 et suiv.
'Histoire du Japon, par Kœmpfer, tome I , page 23. — Histoire du royaume deSiam, par Nicolas Gervaise, page 293.
- v,)yan^ à Madagascar, parFlaconrt. page 44.
encore observer que les Asiatiques donnent le même nom aux rubis, aux topazes et aux saphirs d’Orient qu’ils appellent rubis rouges, rubis jaunes et rubis bleus *, sans les distinguer par aucune autre dénomination particulière, ce qui vient à l’appui de ce que nous avons dit au sujet de l’essence de ces trois pierres, qui est en effet la même.
Ces pierres, ainsi que les diamants, sont produites par la terre limoneuse dans les seuls climats chauds, et je regarde comme plus que suspect le fait rapporté par Tavernier 2, sur des rubis trouvés en Bohème dans l’intérieur des cailloux creux : ces rubis n’étaient sans doute que des grenats ou des cristaux de schorl , teints d’un rouge assez vif pour ressembler par leur couleur aux rubis; il en est probablement de ees prétendus rubis trouvés en Bohême, comme de ceux de Perse, qui ne sont aussi que des cristaux tendres et très-différents des vrais rubis.
Au reste, ce n’est pas sans raisons suffisantes
* Mais ce qui augmente encore plus les richesses de ce royaume, qu’on estimait avant la guerre cruelle que les Péguansont faite au roi d’Aracan et de Siam , sont les pierres précieuses, comme les rubis, les topazes , les saphirs, etc., que l’on y comprend sous le nom généial de rubis, et que l’on ne distingue que par la couleur, en appelant un saphir, un rubis bleu; une topaze, un rubis jaune, ainsi des autres. La pierre qui porte proprement le nom de rubis est une pierre transparente, d’un rouge éclatant, et qui, dans son extrémité ou près de sa surface , paraît avoir quelques chose du violet de l’améthyste.
Ou distingue quatre sorlesde rnbis: le rubte, le rubicelle, le balais et le spinelle : le premier est plus estimé que les trois autres, lis sont ordinairement ronds ou ovales, et l’on n’en trouve guère qui aient des angles ; leur valeur augmente â proportion de leur poids connue dans les diamants : le poids dont on se sert pour les estimer s’appelle ratis , il est de 3 grains ~ ou de g de harats ; un rubis qui n’en pèse qu’un se vend 20 pagodes; un de trois 183; un de quatre, 430; un de cinq, 323 ; un de six et demi, 920 mais s’il passe ce poids, et qu’il soit parfait, il n’a pas de valeur fixe. Voyages de Jean Owington. Paris, 1723, tome II, page 223 et suiv.
2 II y a aussi en Europe deux endroits d’où l’on tire des pierres de couleur; à savoir, dans la Bohême et dans la Hongrie : en Bohême , il y a une mine où l’on trouve de certains cailloux de différente grosseur, les uns comme des œufs, d’autres comme le poing, et en les rompant, on trouve dans quelques-uns des rubis qui sont aussi beaux et aussi dursqueceux du Pégu. Je me souviens qu’étant un jour à Prague avec le vice-roi de Hongrie, avec qui j’étais alors , comme il allait avec le général Walleinstein pour se mettre à table, il vit, à la main de ce général , un rubis dont il loua la beauté; mais il l’admira bien plus quand Walleinstein lui eut dit que la mine de ces pierres était en Bohême; et de fait, au départ du viceroi , il lui fit présent d’environ nue centaine de ces cailloux dans une corbeille : quand nous fûmes de retour en Hongrie, le vice-roi les fit tous rompre, et de tous ces cailloux, il n’y en eut que deux dans chacun desquels on trouva un rubis: l’un assez grand qui pouvait peser près de cinq karats , et l’autre d’un karat ou environ, Tavernier, tome IV, page 41,
DES MINERAUX
que nous avons mis la vermeille au nombre des vrais rubis, puisqu’elle n’en diffère que par la teinte orangée de son rouge, que sa dureté et sa densité*sont les mêmes que celles du rubis d’Orient1, et qu’elle n’a aussi qu’une seule réfraction : cependant plusieurs naturalistes ont mis ensemble la vermeille avec l’hyacinte et le grenat ; mais nous croyons être fondés à la séparer de ces deux pierres vitreuses , non-seulement par sa densité et par sa dureté plus grandes, mais encore parce qu’elle résiste au feu comme le rubis, au lieu que l’hyacinthe et le grenat s’v fondent.
Le rubis spinelle et le rubis balais doivent aussi ; êtremisau nombre des pierres précieuses, quoique leur densité soit moindre que celle du vrai rubis ; on les trouve les uns et les autres dans ; les mêmes lieux, toujours isolés et jamais attachés au rochers : ainsi l’on ne peut regarder ces pierres comme des cristaux vitreux, d’autant qu’elles n’ont, comme le diamant et le vrai rubis, qu’une simple réfraction ; elles ont seulement moins de densité, et ressemblent à cet égard au diamant, dont la pesanteur spécifique est moindre que celle de ces cinq pierres précieuses du premier rang, et même au-dessous du rubis spinelle et du rubis balais. Le diamant et les pierres précieuses que nous venons d’indiquer sont composés de lames très-minces, appliquées les unes sur les autres plus ou moins régulièrement, et c’est encore un caractère qui distingue ces pierres des cristaux, dont la texture n’est jamais lamelleuse.
Nous avons déjà observé que des trois couleurs rouge, jaune et bleue dont sont teintes les pierres précieuses , le rouge est la plus fixe: aussi le rubis spinelle, qui est d'un rouge profond, ne per.d pas plus sa couleur au feu que le vrai rubis tandis qu’un moindre degré de chaleur fait disparaître le jaune des topazes , et
surtout le bleu des saphirs.
Les rubis balais se trouvent quelquefois en assez gros volume ; j’en ai vu trois, en 1742, dans le garde-meuble du roi, qui étaient d une forme quadragulaire et qui avaient près d un pouce en carré sur sept à huit lignes d épaisseur. Robert de Berquen en cite un qui était encore plus gros2. Ces rubis, quoique très-trans-
« La pesanteur spécifique de la vermeille est de 42299 : celle du rubis d’Orient . de 42838. Tables de M. Brisson.
5 On tient que le rubis naît dans l île de Ceylan , et que ce sont les plus grands ; et quant aux plus petits ans Calicut ,
parents, n’ont point de figure déterminée : cependant leur cristallisation est assez régulière ; ils sont, comme le diamant, cristallisés en octaèdre : mais soit qu’ils se présentent en gros ou en petit volume , il est aisé de reconnaître qu’ils ont été frottés fortement et longtemps dans les sables des torrents et des rivières où on les trouve ; car ils sont presque toujours en masses assez irrégulières , avec les angles émoussés et les arêtes arrondies.