PIERRE ARMÉNIENNE
Je mets la pierre arménienne au nombre des concrétions du cuivre , et je le sépare du lapis lazuli, auquel elle ne ressemble que par la couleur : on l’a nommée pierre arménienne , parce qu’elle nous venait autrefois d’Arménie; mais on en a trouvé en Allemagne et dans plusieurs autres contrées de l’Europe. Elle n’est pas aussi dure que le lapis , et sa couleur bleue est mêlée de verdâtre, et quelquefois tachée de rouge. La pierre arménienne se trouve dans les mines de cuivre 4 , et a reçu sa teinture par ce métal , tandis que le lapis lazuli a été teint par le fer.
La pierre arménienne diffère encore du lapis lazuli en ce qu’elle est d’une couleur bleue moins intense, moins décidée et moins fixe; car cette couleur s’évanouit au feu, tandis que celle du lapis n’en souffre aucune altération : aussi c’est avec le lapis qu’on fait le beau bleu d’outremer qui entre dans les émaux; et c’est de la pierre arménienne que l’on fait l’azur ordinaire des peintres , qui perd peu à peu sa couleur et devient vert en assez peu de temps.
Dans la pierre arménienne, le grain n’est pas à beaucoup près aussi fin que dans le lapis , et elle ne peut recevoir un aussi beau poli ; elle entre en fusion sans intermède , et résiste beau-
4 M. Ilill se trompe sur la nature du vrai lapis qu’il regarde, ainsi que la piene arménienne , comme des mines de cuivre, et il parait même les confondre dans la description qu’il en donne : « Le lapis lazuli d’Allemagne se trouve, dit-il , non- « seulement dans ce royaume, mais aussi en Espagne, en lta- « lie, dans des mines de différents métaux, et particulière- « ment dans celles de cuivre ; la couleur qu’on en tire eslsu- « jette à changer par plusieurs accidents, et par la suite des n temps elle devient verte ; quel que soit l’endroit ou cette « pierre se trouve, elle a toujours la même figure et la même « apparence, excepté que l’orientale est plus dure quelesau-
* tresespèces ; elle est toujours composée de trois substances, « qui se trouvent quelquefois mêlées à nue quatrième, laquelle « est une espèce de ntarcassite d’un jaune brillant , qui se su- « blime durant la calcination, laissant une odeur de soufre
i « comme celle des pyrites. Les trois autres substances dont « elle est constamment composée sont de beaux spaths crist tallins et durs, souillés de particules de cuivre, qui leur don-
* nent une belle couleur bleue foncée: ce sont donc ces spaths « qui en font la base , et qui sont comme marbrés ou me- « langés d’une matière cristalline blanche et d’un talc jaune « foliacé; mais les écailles en sont si petites que le tout pu* « rait en forme de poudre. » Ilill, page Ht.
DES MINÉRAUX
oup moins que le lapis à l’action du feu ; elle y ierd sa couleur, même avant de se fondre ; enfin n peut en tirer une certaine quantité de cuivre, tinsi cette pierre arménienne doit être mise au lombre des mines de ce métal 1 , et même on rouve quelquefois de la malachite et de la pierre rménienne dans le même morceau2. Cette pierre t’est donc pas de la nature du jaspe, comme l’a lit un de nos savants chimistes 3, puisqu’elle est teaucoup moins dure qu’aucun jaspe, et même ûoins que le lapis-lazuli; et comme elle entre en usion d’elle-même, je crois qu’on doit la mettre iu nombre des concrétions de cuivre mêlées de larties vitreuses et de parties calcaires et fornées par l’intermède de l’eau.
Au reste , les concrétions les plus riches du :uivre se présentent quelquefois , comme celles le l’argent, en ramifications, en végétations et
4 On ne remarque dans la pierre arménienne aucune paricule de pyrites ni d’or; on la vend quelquefois pour du rai lapis : cependant elle en diffère en ce qu’elle se calcine u feu, qu’elle y entre facilement en fusion, et que sa couleur •y détruit : la poudre bleue qu’on en retire est encore bien nférieure en beauté et en dureté à 1 outremer, mais elle est i pierre colorée en bleu dont on retire le plus abondamment u cuivre, et de la meilleure espèce , en ce qu’elle est, pour insidire, privée de fer, d’arsenic et de soufre. C’est avec ette pierre qu'on fait le bleu de montagne artificiel des bouiques.
On s’en sert aussi en peinture et en teinture, après qu elle i été préparée sous le nom de cvudre v&vtc, pour suppléer iux vraies ocres bleues de montagnes. Sa préparation se fait iomme celle de l’outremer. Minéralogie de Bomare , tome I , jage 282 et suivantes.
2 La pierre arménienne est de couleur de bleu céleste, bien mie, friable néanmoins, ce qui la distingue du lazuli; elle n a joint de taches d’or, et perd sa couleur au feu , et sa couleur ,leue tire un peu sur le vert ; elle n a pas la dureté du lazuli , ît même sa substance paraît être grenue comme du sable ; elle ressemble à la chrysocolle , elle a seulement un peu plus de îouleur, et on les trouve souyeut ensemble, et 1 ou voit souvent de l’une et de l’autre dans le même morceau. On la trouve in différentes contrées , comme dans le Tyrol et autres lieux où se trouvent ces mines de cuivre, d argent, etc.; et aussi en Hongrie, en Transylvanie, etc. ; quelquefois on trouve de la malachite et de la pierre arménienne dans le même morceau. Pour faire durer la couleur que l’on tire de la p:erre arménienne, les peintres ne se servent pas d huile de lin, mais de pétrole ; et lorsque sa couleur estbelle et semblable à celle de l'outremer, l'once ne se vend cependant qu un demi-thalei ou un ihaler. Boëce de Boot, pages 294 et 293. (4 ojez , pour la manière de tirer la couleur de cette pierre , le même auteur, page 296.)
5 La pierre arménienne est un jaspe dont la couleui bleue , souvent mêlée de taches vertes et blanches, est 1 effet de l uzui de cuivre , plus ou moins altéré , qui s y trouve interposé , outre que la couleur bleue de ce jaspe est rarement aussi belle que celle du lapis-lazuli . les taches vertes dont elle est mêlée , et que l’azur de cuivre produit en passant à l'etat de
malachite, suffisent pour empêcher de confondre ces deux
pierres : quant aux taches blanches, elles indiquent les parties de ce quartz où la matière colorante ne s'est point insinuée. Lettres de M. Dt meste, tome I, page 462. n.
en filets déliés et de métal pur; mais comme le cuivre est plus susceptible d’altération que l’argent, ces mines en filets et en cheveux sont bien plus rares que celles de l’argeot et ont la même forme.