‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 167 sur 235 · ET DES LAITIERS VOLCANIQUES · texte numérisé non relu

ET DES LAITIERS VOLCANIQUES

Comme M. Faujas de Saint-Fond est de tous les naturalistes celui qui a observé avec le plus d’attention et de discernement les différents produits volcaniques, nous ne pouvons mieux faire que de donner ici par extrait les principaux résultats de ces observations. « Le basalte, dit- « il, se présente sous la forme d’une pierre plus « ou moins noire , dure , compacte , pesante ,

* La teinte violette de ces cristaux est souvent très-légère ; il y en a de verdâtres auxquels orl pourrait donner le nom de chrysolithes.... J’ai vu un morceau p.ovenant des éruptions du Vésuve , lequel , outre un grand nombre d’hyacinthes volcaniques d’un brun noirâtre , contient aussi des prismes hexaèdres tronqués net aux deux extrémités; ce sont des améthystes basaltiques décolorées par l’action du feu; elles sont blanches , presque opaques , et même étonnées; il y en a une qui est tronquée de manière à former un prisme à douze pans irréguliers. Lettres du docteur Demeste au docteur Bernard , tome 1 , pages 428 et 429.

HISTOIRE NATURELLE

« attirable à l’aimant, susceptible de recevoir « le poli, fusible par elle-même sans addition, « donnant plus ou moins d’étincelles avec le « briquet, et ne faisant aucune effervescence « avec les acides.

« Il y a des balsates de forme régulière en « prisme, depuis le triangle jusqu’à l’octogone , « qui forment des colonnes articulées ou non « articulées, et il y en a d’autres en forme ir- « régulière. On en voit de grandes masses en « tables , en murs plus ou moins inclinés, en « rochers plus ou moins pointus, et quelquefois « isolés, en remparts escarpés, et en bloc ou « fragments raboteux et irréguliers. Les basalte tes à cinq, six et sept faces, se trouvent plus « communément que ceux à trois , quatre ou « huit faces , ils sont tous de forme prismatique, « et la grandeur de ces prismes varie prodigieu- « sement; car il y en a qui n’ont que quatre à « cinq lignes de diamètre sur un pouce et demi « ou deux pouces de longueur, tandis que d’au- « très ont plusieurs pouces de diamètre sur une « longueur de plusieurs pieds.

« La couleur des basaltes est communément « noire ; mais il y en a d’un noir d’ébène, d au- « très d’un noir bleuâtre, et d’autres plutôt gris « que noirs; d’autres verdâtres, d’autres rougeâ- « très ou d’un jaune d’ocre. Les différents degrés « d’alteration de la matière ferrugineuse qu’ils « contiennent leur donnent ces différentes cou- « leurs ; mais en général, lorsqu’ils sont décom- « posés , leur poudre est d’un gris blanchâtre.

« 1 1 y a de grandes masses de basalte en tables « ou lits horizontaux. Ces tables sont de diffé- « rentes épaisseurs : les unes ont plusieurs « pieds, et d’autres seulement quelques pouces « d’épais; il y en a même d’assez minces pour « qu’on puisse s’en servir à couvrir les maisons.

« C’est des tables les plus épaisses que les Égyp- « tiens, et après eux les Romains, ont fait des « statues dans lesquelles on remarque partiv< culièrement celles de basalte verdâtre L

« Les laves diffèrent des basaltes parplusieurs « caractères, et particulièrement en ce qu’elles « n’ont pas la forme prismatique; et on doit les « distinguer en laves compactes et en laves po- « reuses. La plupart contiennent des matières « étrangères, telles que des quartz, des cristaux « defeld-spath, deschorl, de mica, ainsi que

4 Minéralogie des volcans, par M. Faujas de Saint-Fond , Paris, in-8°, chap. {, 10 et H

« des zéolithes, des granits, des chrysolithes « dont quelques-unes sont, comme les basaltes « susceptibles de poli. Elles contiennent aussi « du grès, du tripoli, des pierres à rasoir, des « marbres et autres matières calcaires.

« Le granit qui se trouve dans les laves po- « reuses a subi quelquefois une si violente ac* « tion du feu, qu’il se trouve converti en un « émail blanc.

« U y a des basaltes et des laves qui sont « évidemment changés en terre argileuse , dans « laquelle il se trouve quelquefois des chryso- « lithes qui ont perdu leur brillant et Ieurdu- « reté, et qui commencent elles-mêmes à se con- « ver tir en argile.

« On trouve de même dans les laves, des gre- « nats décolorés et qui commencent à sedéeom- « poser quoiqu’ils aient encore la cassure vi- « treuse et qu’ils aient conservé leur forme ; « d’autres sont très-friables et approchent de « l’argile blanche.

« Les hyacinthes accompagnent souvent les « grenats dans ces mêmes laves , et quelquefois « on y rencontre des géodes de calcédoine qui « contiennent de l’eau , et d’autres agates ou « calcédoines sans eau , des silex ou pierres à « fusil, et des jaspes de diverses couleurs : enfin « on a rencontré dans les laves d’Expailly, près « du Puy en Velay, des saphirs qui semblent « être de la même nature que les saphirs d’O- « rient. On trouve aussi dans les laves du fer « cristallisé en octaèdre, du fer en mine spécu- « laire, en hématite, etc.

« Il y a des laves poreuses qui sont si légères « quelles se soutiennent sur l’eau, et d’autres « qui , quoique poreuses , sont fort pesantes : « la lave plus légère que l’eau est assez « rare i . »

Après les basaltes et les laves , se présentent les laitiers des volcans : ce sont des verres ou des espèces d’émaux qui peuvent être imités par l’art ; car en tenant les laves à un feu capable de les fondre , on en obtient bientôt un verre noir , luisant et tranchant dans sa cassure . on vient même , dit M. Faujas , de tirer parti en France du basalte, en le convertissant en verre. L’on a établi dans les environs de Montpellier une verrerie où l’on fait , avec ce basalte fondu , de très-bonnes bouteilles.

4 Minéralogie des volcans, par M. Faujas de Saint- Food. Paris , in -8°, chap. 13 et 14.

DES MINERAUX

Nous avons déjà dit qu’on appelle pierre de lallinace, au Pérou, le laitier noir des volcans ;

•e nom est tiré de celui de l’oiseau gallinazo, lont le plumage est d’un beau noir : on trouve le ce laitier ou verre noir , non-seulement dans es volcans des Cordilières en Amérique , mais >n Europe , dans ceux de Lipari , de Volcano , le même qu’au Vésuve et en Islande, où il est ;n grande abondance.

Le laitier blanc des volcans est bien plus rare pie le noir. M. Faujas en a seulement trouvé (uelques morceaux dans le volcan éteint du ^ouerouen Vivarais , et en dernier lieuàStaffa , ’une des lies Hébrides ; et d’autres observateurs ;n ont rencontré dans les matières volcaniques ;n Allemagne près de Saxenhausen, aussi bien [u’en Islande et dans les îles Féroé. Ce verre )lanc est transparent, et le noir le devient lors- [u’il est réduit à une petite épaisseur ; et quand es éléments humides ont agi pendant longtemps sur ces verres , ils s’irisent commes nos verres àctices , ce qui les rend chatoyants 1 .

M. de Troïl dit qu’indépendamment du verre loir (fausse agate d’Islande), on trouve aussi en Islande des verres blancs et transparents , et i’autres d’un assez beau bleu, qui sont les plus •ares de tous. Il ajoute qu’il y en a qui ressem- }lent , par leur couleur verdâtre et par leur pâte grossière , à notre verre à bouteilles 2.

Ces laitiers des volcans , et surtout le laitier aoir, sont compactes, homogènes, et assez durs pour donner des étincelles avec l’acier; on peut les tailler et leur donner un beau poli, et l’on en fait d’excellentes pierres de touche en les dégrossissant, sans leur donner le dernier poli 3.

Lorsque les laves et les basaltes sont réduits en débris et remaniés par le feu du volcan ,ils forment avec les nouvelles laves des blocs qu’on peut appeler poudingues volcaniques : il y en a de plus ou moins durs ; et si les fragments qui composent ces poudingues sont de forme irrégulière , on peut les appeler des brèches volcaniques. M. Faujas a observé que l’église cathédrale du Puy en Velay a été construite d’une pierre dont le fond est une brèche volcanique noire dans un ciment jaunâtre 4.

Les unes de ces brèches volcaniques ont été

* Minéralogie des volcans , par M. Faujas de Saint-Fond ; Paris, in-8°, chap. 16.

* Lettres sur l lslande , page 337.

1 Cette matière a été indiquée par Pline , sous le nom de iapis lydius.

* Minéralogie des volcans, chap. 16.

formées par la seule action du feu sur les anciennes laves ; d’autres ont été produites par l’intermède de l’eau , et dans des éruptions que M. Faujas appelle érup lions boueuses ou aqueuses : elles sont souvent mélangées de plusieurs matières très-différentes , de jaspe rouge , de schorl noir , de granit rose et gris , de pierre à fusil , de spath et pierre calcaire , et même de substances végétales réduites en une sorte de charbon.

Toutes ces matières volcaniques , basaltes , laves et laitiers , étant en grande partie d’une essence vitreuse , se décomposent par l’ impression des éléments humides, et même par la seule action de l’acide aérien. Les matières autrefois volcaniques, maintenant argileuses, dit M. Ferber, molles comme de la cire, ou endurcies et pierreuses, sont blanches pour la plupart; mais on en trouve aussi de rouges , de grises cendrées , de bleuâtres et de noires : on rencontre des laves argileuses dans presque tous les volcans agissants et éteints ; et cette altération des laves peut s’opérer de plusieurs manières. Il y a de ces laves altérées par l’acide sulfureux du feu des volcans , qui sont presque aussi rouges que 1 o minium ; il y en a d’autres d’un rouge pâle, d’un rouge pourpre, de jaunes , de brunes , de grises , de verdâtres, etc.

M. Faujas divise les produits volcaniques altérés :

En laves compactes ou poreuses qui ont perdu simplement leur dureté en conservant leurs parties constituantes, à l’exception du phlogistique du fer qui a disparu ;

Et en laves amollies et décolorées par les acides qui ont formé , en se combinant avec les diverses matières qui constituent ces mêmes laves, différents produits salins ou minéraux , dont l’origine nous serait inconnue si nous n’avions pas la facilité de suivre la nature dans cette opération.

Il en décrit plusieurs variétés de l’une et l’autre sortes ; il présente dans la première de ces deux divisions des basaltes et des laves , qui ayant conservé leur forme , leur nature et leur dureté sur une de leurs faces, sont entièrement décomposés sur l’autre , et convertis en une substance terreuse, molle au point de se laisser aisément entamer, et l’on peut suivre cette décomposition jusqu'à l’entière conversion du basalte en terre argileuse.

11 y a des basaltes devenus argileux, qui sont

HISTOIRE NATURELLE

d’un gris plus ou moins foncé ; d’autres d’une r vert : en s’unissant donc dans de certaines cirteinte jaunâtre et comme rouillés; d’autres dont constances à la terre ferrugineuse des laves il la surface est convertie en argile blanche, grise, pourra produire ce vitriol, pourvu qu’il soitafjaunâtre, violette, rouge. Plusieurs de ces ba- faibli par les vapeurs aqueuses; et cette combisaltes décomposés contiennent des prismes de naison est assez rare, et ne se trouve que dans schorl qui ne sont point altérés ; ce qui prouve les lieux où il y a des sources bouillantes. On en que les schorls résistent bien plus que les ba- voit sur les parois de la grotte de l’ile de Volsaltes les plus durs aux causes qui produisent cano, où il y a une mare d’eau bouillante sulleur décomposition. fureuse et salée.

Ce savant naturaliste a aussi reconnu des la- On trouve aussi du sel marin en grumeaux ves décomposées en une argile verte, savon- adhérents à de la lave altérée ou à du sable vomi lieuse , et qui exhalait une forte odeur terreuse ; par les volcans : ce sel marin ne se présente pas et enfin, il a vu de ces laves qui renfermaient sous forme cubique, parce qu’il n’a pas eu le de la chrysolithe et du schorl qui n’était pas dé- temps de se cristalliser dans l’eau marine reje-

composé, tandisque la chrysolithe était, comme tée par les volcans. Il se trouve de même de l’alla lave, réduite en argile, ce qui semble prou- kali fixe blanc dans les cavités de quelques laver que le quartz résiste moins que le schorl à ves nouvelles ; et comme on trouve encore du la décomposition. sel ammoniac dans les volcans, cela prouve que

Dans la seconde division, c’est-à-dire dans l’alkali volatil s’y trouve aussi, sans parler du les laves amollies et décolorées par les acides , soufre qui, comme l’on sait , est le premier des qui ont formé différents produits salins ou mi- produits volcaniques , et qui n’est que la manéraux, M. Faujas présente aussi plusieurs va- tière du feu saisie par l’acide vitriolique. riétés dans lesquelles il se trouve du sel alumi- Quelquefois le soufre s’unit dans les volcans neux, lorsque l’acide vitriolique s’unit à la terre à la matière arsenicale, et alors de jaune il deargileuse; ce même acide produit le gypse avec vient d’un rouge vif et brillant : mais , comme la terre calcaire, le vitriol vert avec la chaux nous l’avons dit , le soufre se produit aussi par de fer , et le soufre avec la matière du feu. la voie humide ; on en a plusieurs preuves . et Les variétés de cette sorte, citées par M. Fau- les beaux cristaux qu’on a trouvés dans la soujas % sont : frière de Conilla , à quatre lieues de Cadix , et

1° Un basalte d’un rouge violet, ayant la cas- qui étaient renfermés dans des géodes de spath sure de la pierre calcaire la plus dure, quoique calcaire , ne laissent aucun doute à ce sujet. Il ce basalte soit une véritable lave et d’une nature en existe d’ailleurs de pareils dans divers autres très-différente de toute matière calcaire 2 ; lieux, tantôt unis à la sélénite gypseuse, tantôt 2° Une lave d’un blanc nuancé de rouge ; à l’argile, ou renfermés dans des cailloux; nous 3° Une lave dont une partie est changée en I savons même qu’on a trouvé, il y a six ou sept une piei re blanche tendre, tandis que l’autre ans, du soufre bien cristallisé et formé par la paitie, qui est dure, et d’un rouge foncé, a con- voie humide dans 1 ancien égout du faubourg seivé toute sa chaux ferrugineuse changée en Saint-Antoine : ces cristaux de soufre étaient eolcothar ; adhérents à des matières végétales et animales,

4° Une lave décomposée , comme la précé- telles que des cordages et des cuirs.

dente , avec une enveloppe de gypse blanc et

demi-transparent ;

5° Une lave poreuse d’un blanc jaunâtre avec PIERRE DE TOUCHE.

des grains de sélénite : la terre argileuse qui

forme cette lave se trouve convertie en vérita- Pierre de touche sur laquelle on frotte les

ble alun natif. L’acide vitriolique uni à la terre ra^taux> Pour *es reconnaître à la couleur de la argileuse produit , comme nous venons de le trace laissent à sa surface, est un basalte dire, le sel alumineux et le véritable alun natif; pIus dur que l or’ l’argenU ,e cuivre, et dont k lorsqu’il s’unit à la base du fer, il forme le vitriol suPerficie> quoique lisse en apparence, est néan-

* Minéralogie (les volcans, chapitre 17. m°illS llérissée et assez rude P<>Ur les entamer

* Minéralogie des volcans , chapitre 19, variété XX , page ' et retenir les particules métalliques que le früt-

* tement a détachées. Le quartz et le jaspe, quoi-

DES MINÉRAUX

;e plus durs que ce basalte, et par conséquent aucoup plus durs que ces métaux , ne nous a’ent pas le même effet, parce que la surface ces verres primitifs étant plus lisse que celle basalte, laisse glisser le métal sans l’entamer sans en recevoir la trace. Les acides peuvent lever cette impression métallique , parce que basalte ou pierre de touche , sur lesquels on >tte le métal , sont d’une substance vitreuse i résiste à l’action des acides auxquels les 3taux ne résistent pas.

Il paraît que le basalte dont on se sert comme >rre de touche est la pierre de Lydie des anus : les Égyptiens et les autres peuples du Lent connaissaient assez ces basaltes pour les iployer à plusieurs ouvrages , et l’on trouve core aujourd’hui des figures et des morceaux ce basalte1, pierre de Lydie, dont la texture ; feuilletée et la couleur brune ou noire. Au ;te il ne faut pas confondre ce basalte , vraie •rre de touche, avec la pierre décrite par Pott2, à laquelle il donne ce même nom;

’ cette pierre de M. Pott n’est pas un basalte, iis un schiste dur, mélangé d’un sable fin de ;s : seulement on doit dire qu’il y a plus d’une te de pierre dont on se sert pour toucher les taux ; et en effet, il suffit pour l’usage qu’on fait que ces pierres soient plus dures que le ital, et que leur surface ne soit pas assez popour le laisser glisser sans l’entamer.

La pierre de touche est un basalte feuilleté noir, assez dur ir recevoir le poli ; lorsqu’on frotte cette pierre avec un tal, il y laisse un trait coloré qui cède à l'action de l'acide

•eux , si ce métal n'est pas de l’or ou de la platine . Les

’ptiens s’en sont servis pour faire des vases et des statues ; i ai vu plusieurs à Rome , qui m’ont paru de la plus ude dureté ; cependant lorsqu'on laisse ces pierres expo- 5 aux injures de l’air, elles se couvrent d’une espèce de issière ou rouille qui détruit insensiblement leur poli.

a en Suède un basalte cendré ou noirâtre et feuilleté, mné saxum trçrpezum, parce que dans sa fracture il revente quelquefois les marches d'un escalier ( trapp , en dois, veut dire escalier); il m’a paru d’un grain moins que la vraie pierre de louche. Lettres de M. Demeste , ne I , page 375.

: La pierre de touche a été mal à propos nommée marbre r : c'est, selon M. Pott, un schiste d'un noir luisant, dont tissu est assez lin , composé de couches comme l’ardoise , faisant point d’effervescence avec les acides , ne donnant nt d'étincelles avec l’acier, ni ne se réduisant en chaux is le feu : cette pierre entre parfaitement en fusion , sans lition , par l’action d’un feu violent , et produit un verre manière de scories , d’un brun foncé, quelquefois verdâtre , -lquefois noirâtre; on en trouve en Bohême , en Saxe , en -sie. Minéralogie de Bomare , tome I , page 133 et suiv.

PIERRE VARIOLITHE.

Ces pierres sont ainsi dénommées, parcequ’elles présentent à leur surface de petits tubercules assez semblables aux grains et pustules de la petite vérole. On trouve de ces pierres en grande quantité dans la Durance ; elles viennent des montagnes au-dessus de la vallée de Servières, à deux lieues de Briançon, d’où elles sont entraînées par les eaux en morceaux plus ou moins gros ; elles se trouvent aussi en masses assez considérables dans cette même vallée1 . M. le docteur Demeste dit que ces pierres variolithes de la Durance 2 sont des galets ou masses roulées d’un basalte grisâtre ou d’un vert brun, lequel est souvent entremêlé de quelques veines quartzeuses et parsemé de petites éminences formées par des globules verdâtres , qui sont aussi du basalte, mais beaucoup plus dur que la gangue grisâtre, puisque ces globules, moins usés que le reste en roulant ., forment les éminences superficielles qui ont fait donner à cette pierre le nom de vciriolithe. Ces petites éminences, dont le centre offre d’ordinaire un point rouge, imitent en effet assez bien les pustules de la petite vérole.

Nous devons observer ici que cet habile chimiste suivait la nomenclature des Allemands et des Suédois , qui donnaient alors le nom de basalte au schorl, par la seule raison qu’il était souvent configuré en prismes comme le véritable basalte : mais les naturalistes ont rejeté cette dénomination équivoque, depuis qu’ils ont re-

4 C’est à deux lieues de Briançon que MM. Guettard et Faujas ont découvert, dans la vallée de Servières , la source des pierres variolithes qu’on rencontre dans la Durance : on sait combien cette pierre est rare , et on ne la connaissait jusqu’à présent qu’en cailloux roulés; mais ces messieurs l'ont trouvée par grandes masses et en rochers: il s’en détache, dans les fortes gelées , des pièces qui sont entraînées par le ruisseau de Servières, dans la Durance , qui les roule et les arrondit. Journal de Physique de 31. I abbé Rozier; mois de décembre 1735 , page 517.

2 Lettres du docteur Demeste, tome I, page 377 et suiv. — Il me semble que l’on doit rapporter aux pierres variolithes le passage suivant : « J’ai vu , dit M. Demeste , dans différents « cabinets , des basaltes en galets qui ne sont que des mor- « ceaux de basalte roulés et arrondis par les eaux; ils étaient « composés d’un basaltre grisâtre , parsemé de taches brunes, « qui sont de petites portions globuleuses d’un basalte brun . « d'une formation peut-être antérieure à celle du basalte « grisâtre qui leur sert de gangue. Ces morceaux , trouvés « dans l’ile de Corse , ont beaucoup d'analogie avec certains « basaltes volcaniques . et pourraient bien n'êtie qu’un pro- « duit du feu ; il faudrait dans ce cas les ranger parmi les « produits de volcan. » Tome I , pa§e 377 et suiv.

620 HISTOIRE NATURELLE

connu, avec M. Faujas de Saint-Fond , que le nom d'e basalte ne devait être donné spécifiquement et exclusivement qu’aux laves prismatiques, connues sous le nom de basaltes , tels que ceux de Stolp en Misnie, d’Antrim , en Irlande, et ceux du Vivarais, du Velay, de l’Auvergne , etc.

Pour éclaircir cette nomenclature, M. Faujas de Saint-Fond a observé que Wallerius , qui a nommé cette pierre lapis variolarum ou va riolithes , l’avait mise au nombre des basaltes, sans spécifier si c’était un basalte volcanique, et que sans autre examen , cette dénomination équivoque a étéadoptée par Linnæus, par M. le baron de Born , et par plusieurs de nos naturalistes français. M. Faujas de Saint-Fond a donc pensé qu’il fallait désigner cette pierre par des caractères plus précis, et il l’a dénommée lapis variolühes viridis verus, afin de la distinguer de plusieurs autres pierres couvertes également de taches et relevées de tubercules, et qui cependant sont très-différentes de celle-ci.

Les Romains ont connu la véritable pierre variolithe. « J’en ai vu une très-belle, dit M. Faujas « de Saint-Fond, entourée d’un cercle d’or, qui « fut trouvée en Dauphiné , dans un tombeau « antique, entre Suze et Saint -Paul-Trois-Châ- « teaux ; elle avait été regardée probablement « comme une espèce d’amulette propre à ga- « rantir de la maladie avec laquelle elle a une « sorte de ressemblance. Quelques peuplades des « Indes occidentales, ayant la même croyance,

« portent cette pierre suspendue à leur cou; ils « Innomment gamaïcou. »

Cette pierre est particulièrement connue en Europe sous le nom de variolithe de la Durance , parce qu’elle est abondante dans cette rivière; les torrents la détachent des hautes Alpes dauphinoises , dans une étroite et profonde vallée, entre Servières et Briançon.

La vraie variolithe est d’un vert plus ou moins foncé ; sa pâte est fine, dure, et susceptible de recevoir un beau poli , quoique un peu gras , particulièrement sur les taches.

Les plus gros boutons et protubérances de la variolithe n’excèdent pas six à sept lignes de diamètre , et les plus petits ne sont que d’une demi-ligne.

L’on a reconnu dans la variolithe quelques points et des linéaments de pyrite et même d’argent natif, mais en très-petite quantité. L’analyse de cette pierre, faite avec beaucoup desoin

par M. Faujas de Saint-Fond , tend à prouvi qu’elle est composée de quartz, d’argile, de m gnésie, de terre calcaire, et d’un peu de fer qi a produit sa couleur verte, et que les taches qi forment ces protubérances singulières sur li varioîithes roulées sont dues à des globules i schorl plus durs que la pierre même qui li renferme.

Cette pierre composée de tous ces élémen est beaucoup moins commune que les autri pierres, puisqu’on ne l’a jusqu’à présent trouv< que dans quelques endroits de la vallée de Sei vièresen Dauphiné, dans un seul autre endro en Suisse, et en dernier lieu dans file deCorsi Don Ulloa et M. Valmont de Bomare diseï qu’elle se trouve aussi en Amérique, mais noi n’en avons reçu aucun échantillon par nos co respondants.

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