TRIPOLI
Le tripoli est une terre brûlée par le feu d( volcans , et cette terre est une argile très-fine mêlée de particules de grès tout aussi fines , ( qui lui donne la propriété de mordre assez si les métaux pour les polir. Cette terre est très sèche, et se présente en masses plus ou moir compactes, mais toujours friables et s’égrenai aussi facilement que le grès le plus tendre. S couleur jaune ou rougeâtre, ou brune et noi râtre, démontre qu’elle est teinte et peut-êti mêlée de fer. Cette terre déjà cuite par les feu souterrains se recuit encore lorsqu’on lui fa subir l’action du feu ; car elle y prend , comm toutes les autres argiles , plus de couleur et d dureté, s’émaillant de même à la surface, et s vitrifiant à un feu très-violent.
Cette terre a tiré son nom de Tripoli en Bai barie, d’où elle nous était envoyée avant qu’oi en eût découvert en Europe : mais il s’en es trouvé en Allemagne et en France 1 . M. Gardei nous a donné la description de la carrière d tripoli qui se trouve en Bretagne, à Polignyprè
* On trouve le tripoli dans ces carrières , à Menât en Au vergne , et en Basse-Navarre , en Allemagne , à Tripoli ei Afrique , etc., par lits ou couches dont la position est indétei minée; il est alors tendre ; mais à mesure qu il se sèche, i prend une espèce d*" solidité qui est quelquefois susceptibl du poli... Il y en a de différentes couleurs , de blanc , de gris de jaunâtre , de rouge , de noirâtre, de veiné, etc. Le nieil leur, au jugement des lapidaires . des orfèvres et des ohau dronniers, est celui qui a une couleur jaunâtre isabelle; i polit et blanchit mieux leurs ouvrages. Minéralogie de Bo mare , tome 1 , page 60 et suivantes.
* Rennes ; mais cet observateur s’est trompé r la nature de cette terre, qu’il a cru devoir atbuer à la décomposition des végétaux 1 . D’aues observateurs2, et en particulier MM. Guet-
La carrière de tripoli, du village de Poligny , se trouve . |a route de Nantes, à cinq lieues de Rennes, c'est-à dire rois lieues au-delà de Pompéan , où il y a une excellente ne de plomb submergée depuis 1750 : cette mine de plomb dans un pays schisteux.
En entrant dans des espèces de puits qu’on a creusés sur le teau de la montagne, qui est d’environ cinq cents pieds de ut, M. Gardeil vit que le tripoli qu'on en tire n est que du is fossile qui a souffert dans l'intérieur de la terre une al- •ation propre à le rendre tel ; car en jetant les yeux sur le id de ces puits, on ne voit que de grands troncs d’arbres icés à côté les uns des autres , et formant comme le plan m bûcher qui a la même inclinaison que le penchant de la lline... La colline qui renferme le bois fossile et le tripoli toute couverte de grès, ce qui peut faire croire qu elle doit formation aux eaux; il se trouve dans ce grès de grandes uches de quartz.
\.u reste, il paraît que la longue colline où se trouve le trili est remuée depuis un grand nombre de siècles , pour en er cette matière : on y a creusé plusieurs puits qui se rnent tous à une médiocre profondeur, qui est sans doute fin du bois fossile; il est même arrivé souvent qu’en creuît de nouveaux puits, on n’a trouvé que des terres reîées et non du tripoli ; et les ouvriers assurent que cette itière manque dans les deux tiers de la colline , ce qui ouve l’antiquité de ces travaux. Extrait d une lettre sur le poli à M. de Jussieu , par M. Gardeil , dans les Mémoires s Savants étrangers, tome III, page i9et suiv.
' Voici un passage de M. Grangier de Verdière , conseiller présidial de Riom , rapporté par M. Guettard , au sujet s carrières de tripoli de Menât.
< Les carrières de tripoli , dit M. Grangier, sont près de Menât, village à sept lieues de Riom , et à une lieue et demie de Pouzol... A l’issue de quelques gorges , il se présente une colline où est situé le village de Menât ; pour y monter il faut passer un ruisseau appelé Ruisseau de la mer, qui coule d’orient à l’occident... Les bords de ce ruisseau sont entièrement composés de ce tripoli ; celui qui est rouge a des bancs qui ont à peu près dix-huit pouces d épaisseur, et qui sont divisés par feuillets; ils forment en totalité une élévation au-dessus de l'eau d’environ quinze ou seize pieds; ils sont tous inclinés selon le courant de l’eau, c’est-à-dire de l’orient à l’occident... Ces bancs ne paraissent séparés que par des teintes plus ou moins rouges ; au-dessus des plus élevés , il y a encore une douzaine de pieds de hauteur en terrain cultivé et portant blé. Ce terrain participe à la couleur des bancs de tripoli, mais moins foncée: ils parcourent une étendue d’environ cent pieds de longueur en descendant le ruisseau, depuis l’eudroit où ils
commencent jusqu'à un pont où ils finissent.
« En remontant le ruisseau , depuis 1 endroit ou commencent ces bancs, on trouve une autre sorte de tripoli, qui est noir, semblable au rouge, quant à lepaisseur des bancs et à leur inclinaison. Les bancs d’une troisième sorte, de couleur grise, sont isolés, ou plutôt ils coupent quelquefois les bancs de tripoli noir, et forment ainsi différents intervalles dans la masse totale de ce dernier tripoli. Ces deux dernières sortes sont, de même que les iouges , sous un terrain qui paraît avoir quinze pieds de haut , et sépare du tripoli par une bande de terre jaune épaisse de quatre a i cinq pouces.
« Ayant fait déchausser avec des pioches plusieurs bancs de tripoli , j’ai trouvé dans l’intérieur une espèce de mai i cassite fort pesante, dure, brillante, et jetant une odeur de i soufre... On trouve de ces mêmes marcassites dans les bancs f sur lesquels le ruisseau coule.
tard , Fougeroux de Bondaroy et Faujas de Saint-Fond , ont relevé cette erreur, et ont démontré que les végétaux n’ont aucune part à la formation du tripoli { . Us ont observé avec
* En continuant de fouiller dans le tripoli noir, à cinq ou « six pieds de hauteur au-dessous de l’eau , et ayant tiré de « leur place plusieurs feuillets sans les renverser, j’y ai t trouvé un sel assez piquant qui en couvrait toute la super- « ficie , et sur quelques autres une cristallisation en forme « d’étoiles, enfin sur quelques autres une espèce de touille de < couleur jaune.
« L’étendue de tous ces bancs peut avoir eu longueur « trois cenis pieds depuis l’endroit où ils commencent jusqu’à « leur jonction avec les rouges. Sur le terrain qui couvre « ces derniers , et parmi les morceaux qui en sont détachés ,
« on trouve une espèce de mâchefer : les cailloux qui s*y « rencontrent sont de la même qualité que ceux des environs, « dont on se sert pour bâtir à Menât ; ils sont pour la plupart « feuilletés et remplis de paillettes brillantes ; on n’y en trouve « aucun nblong ni aplati par les côtés.
a Les carrières qui bordent le côté gauche du ruisseau en « remontant sont beaucoup moins abondantes que celles qui « sont à droite.
« En général, il y a parmi les pierres dont parle M. Gran- « gier, dit M. Guettard, des pierres de volcan , des quartz, « du granit, des pierres talqueuses et du schis'e. » Mémoires de l'Académie des Sciences , année 1730, page 477 et suivantes.
4 On est assuré que le tripoli n'est point un bois fossile altéré , et que les bois fossiles des tripolières de Poligny en Bretagne se sont trouvés accidentellement dans une terre de tripoli qui les a pénétrés, tout comme ils auraient pu être ensevelis sous des terres argileuses ou calcaires. Il y a des carrières de tripoli à Menât , à sept lieues de Riom en Auvergne , qui prouvent que cette matière est absolument étrangère au bois fossile. On trouve le tripoli ordinairement disposé par lits : il est très-léger, sec et grenu au toucher, absorbant l’eau avec brait , sans perdre de sa consistance , durcissant lorsqu’on l’expose à un feu violent , et ne faisant point d'effervescence avec les acides. Le tripoli est en général d’une couleur qui tire un peu sur le rouge ; il varie cependant par sa couleur et par sa dureté ; il y en a du noir, du gris, du blanc, du rougeâtre. On trouve, parmi les cailloux roulés de Montélimart , un très-beau tripoli rougeâtre, qui a été arrondi par les eaux ; on trouve quelquefois dans ces cailloux de tripoli des corps marins. On voit dans le cabinet de M. le marquis de Grollier, au Pont-Din , non loin de Lyon , un bel oursin changé en tripoli , dans une pierre roulée de la même matière , que nous trouvâmes en examinant ensemble les cailloux roulés des environs de Montélimart, parmi lesquelles on voit des masses très-curieuses de basalte , qu'une irruption diluvienne a transportées du Vivarais, éloigné d’une lieue de là, de l’autre côté du Rhône. Recherches sur les volcans éteints, par M. Faujas de Saint- Fond, page 262. — « Les pierres des environs de Menât , dit « M. de Bondaroy, celles de Poligné près des carrières où se t trouve le tripoli, sont schisteuses et plus ou moins rouges* « Ces pierres, particulièrement dans la carrière de Poligné , « annoncent le feu qui y a passé; elles sont réduites en écume « plus ou moins légère , ce sont de vraies pierres brûlées s
< rien ne peut laisser d’incertitude sur le feu qui a été aux
< environs de cette carrière ; des pierres ont été fondues, et « on ne trouve le tripoli qu’aux environs de l’endroit où la « présence du volcan est la plus apparente. A Poligné , la « partie de la carrière qu’on a choisie de préférence pour
< l’usage semble à la vérité avoir élé lavée par les* aux , et « s’être formée du dépôt des parties les plus légères et les « plus fondues. C’est aussi le sentiment de M. Guettard, « mais c'est la même pierre qui a souffert, comme les voi- « sines, la chaleur du fçu sqp terrain, Outre les pierres brû*
HISTOIRE NATURELLE
soin les carrières de tripoli à Menât en Auvergne. M. de Saint -Fond en a aussi reconnu des morceaux parmi les cailloux roulés par le Rhône, près de Montélimart, dont les plus gros sont des masses de basalte entraînées , comme les morceaux de tripoli, par le mouvement des eaux.
Par cet exposé, et d’après les faits observés par MM. Faujas de Saint-Fond et Fougeroux de Bondaroy , on ne peut guère douter que le tripoli ne doive son origine à la décomposition des pierres quartzeuses ou roches vitreuses, mêlées de fer, par l’action des éléments humides qui les auront divisées,sansôteràces particules vitreuses leur entière dureté.