‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 169 sur 235 · PIERRES PONCES · texte numérisé non relu

PIERRES PONCES

M. Daubenton a remarqué et reconnu le premier que les pierres ponces étaient composées de filets d’un verre presque parfait , et M. le chevalier de Dolomieu a fait de très-bonnes observations sur l’origine et la nature de cette production volcanique : il a observé dans ses voyages , que l’île de Lipari est l’immense magasin qui fournit les pierres ponces à toute l’Europe; que plusieurs montagnes de cette île en sont entièrement composées. Il dit qu’on les trouve en morceaux isolés dans une poudre blanche, farineuse, et qui n’est elle-même qu’une ponce pulvérulente.

La substance de ces pierres, surtout des plus légères, est dans un état de fritte très-rapproché d’un verre parfait : leur tissu est fibreux , leur grain rude et sec; elles paraissent luisantes et soyeuses, et elles sont beaucoup plus légères que les laves poreuses ou cellulaires.

Cet illustre observateur distingue quatre espèces de ponces qui diffèrent entre elles par le grain plus ou moins serré, par la pesanteur, par la contexture , et par la disposition des pores.

« Les pierres ponces, dit-il, paraissent avoir « coulé à la manière des laves , avoir formé ,

« lées qui dénotent l’effet des feux souterrains, M. Grangier « a retiré, du tripoli de Menât en Auvergne, du soufre et du « fer. J’ai obtenu, de celui de Poligné, du soufre et de l'alun,

« que Ion sait être des produits de volcans. » Sur la pierre appelée Tripoli , par M. Fougeroux de Bondaroy, Académie des Sciences, année 1769, page 272 eUuiv.

« comme elles , de grands courants que l’on re a trouve à différentes profondeurs, les uns au- « dessus des autres, autour du groupe des mon-

« tagnes du centre de Lipari . Les pierres

« ponces pesantes occupent la partie inférieure « des courants ou massifs ; les pierres légères « sont au-dessus ; et il en est de même des laves « dont les plus poreuses et les plus légères oc « cupent toujours la partie supérieure 1 . »

Il observe que les îles de Lipari et de Volcanc sont les seuls volcans de l’Europe qui produisent en grande quantité des pierres ponces ; que l’Etna n’en donne point, et le Vésuve très-peu; qu’on n’en trouve pas dans les volcans éteints de la Sicile , de l’Italie, de la France , de l’Espagne et du Portugal. Cependant M. Faujas de Saint-Fond en a reconnu de bien caractérisées en Auvergne , sur la montagne de Polagnae, à trois lieues de Clermont , route de Rochefort.

En examinant avec soin les différentes sortes de pierres ponces, M. le chevalier de Dolomieu a observé que les plus pesantes avaient le grain, les écailles luisantes, et l’apparence fissile du schiste micacé blanchâtre.... Il a trouvé dans quelques-unes des restes de granit, qui en présentaient encore les trois parties constituantes, le quartz, le feld-spath et le mica. On sait d’ailleurs que le granit se fond en une espèce d’émail blanc et boursouflé. « J’ai vu, dit-il , ces « granits acquérir par degrés le tissu lâche et « fibreux , et la consistance de la ponce; je ne « puis donc douter que la roche feuilletée gra- « niteuse et micacée, et le granit lui-même, ne « soient les matières premières, à l’altération « desquelles on doit attribuer la formation des « pierres ponces. » Et il ajoute avec raison, que la rareté des pierres ponces vient de ce qu il y a très-peu de volcans qui soient situés dans les granits ; qu’ils se trouvent presque toujours dans les schistes et les ardoises , matières qui, travaillées par le feu et beaucoup moins dénaturées qu’on ne le suppose, servent de base aux laves ferrugineuses noires et rouges , que l’on rencontre dans tous les volcans. M. de Dolomieu observe, 1° que pour qu’il y ait production de pierres ponces , il faut que le granit soit d’une nature très-fusible, c’est-à-dire mêlé de beaucoup de feld-spath, et que le feu du volcan soit plus vif et plus actif qu’il ne l’est communément. On reconnaît , dit-il , que la fusion a toujours

^ 4 Voyages aux Iles de Lipari ; Paris, in-4<>;

DES MINÉRAUX

jmmencé par le feld-spath , et que le premier Yet du feu sur le quartz a été de le gercer et de rendre presque pulvérulent; 2° que cette proaction peut s’opérer dans les roches granitiues, qui renferment entre leurs bancs des roîes feuilletées, micacées, noires et blanches, et es granits fissiles ou gneiss , dont la base est n feld-spath très-fusible , tel qu’il l’a observé ans les granits qui sont en face de Lipari et ai s’étendent jusqu’à Melazzo 4.

Au reste, les pierres ponces les plus légères ; de la meilleure qualité sont si abondantes à île de Lipari , que plusieurs navires viennent aaque année en faire leur approvisionnement our les transporter dans différentes parties de Europe.

M. Faujas de Saint-Fond ayant examiné les ifférentes sortes de pierres ponces qui lui ont ;é données par M. le chevalier de Dolomieu, lit mention de plusieurs variétés de ces pierres2, jnt les unes sont compactes et granitoïdes ,

; indiquent le premier passage du granit à la ierre ponce ; d’autres qui , quoique compactes, >nt composées de filets vitreux , et tiennent lus de la nature de la pierre ponce que du grait; d’autres légères, blanches et poreuses avec es stries soyeuses, et ce sont les pierres ponces arfaites qui se soutiennent et nagent sur l’eau ; sur grain est sec, fin et rude, et elles servent, ans les arts , à dégrossir et même à polir pluieurs ouvrages. Tous les filets vitreux de ces ierres sont très-fragiles , et n’ont aucune forme îgulière ; il y en a de cylindriques , de comrimés , de tortueux , de gros à la base , et apillaires à l’extrémité. On trouve assez souent , dans ces pierres , des vides occasionés par des soufflures; et c’est dans ces caités que l’on voit des filets déliés et si fins qu’ils essemblent à de la soie. D’autres enfin sont cès-légères, farineuses et friables; celles-ci sont i tendres et ont si peu de consistance, qu’elles ie sont d aucun usage dans les arts : cette sorte e ponce a été surcalcinée , et s’est réduite en •oudre. On a donné mal à propos à cette poutre le nom de cendres , dont elle n’a que la coueur et les apparences extérieures. On la trouve u très-grande abondance à l’ile de Lipari , à .elle de Yolcano, et dans différents autres ieux.

4 Voyages aux îles de Lipari. Paris, in-8°. a Minéralogie des Volcans, chap. XV, page 268 et suiv.

M. Faujas de Saint-Fond présume avec fondement que, toutes les fois que le granit contiendra du feld-spath en grande quantité, l’ac tion du feu pourra le convertir en pierre ponce, et qu’il en sera de même de toutes les pierres et terres où la matière quartzeuse se trouvera mêlée de feld-spath en assez grande quantité pour la rendre très-fusible. On peut même croire que le basalte remanié par le feu formera de la pierre ponce noire ou noirâtre, et que les grès et schistes mêlés de matières calcaires qui les rendent fusibles pourront aussi se convertir en pierres ponces de diverses couleurs.

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