DU CHARBON DE TERRE
Nous avons vu, dans l’ordre successif des grands travaux de la nature , que les roches vitreuses ont été les premières produites par le feu primitif; qu’ensuite les grès, les argiles et les schistes, se sont formés des débris et de la détérioration de ces mêmes roches vitreuses, par
HISTOIRE NATURELLE
l’action de ces éléments humides, dès les premieis temps après la chute des eaux et leur établissement sur le globe; qu’alors les coquillages mai ins ont pris naissance et se sont multipliés en innombrable quantité, avant et durant la retraite de ces mêmes eaux; que cet abaissement des mers s’est fait successivement, par l’affaissement des cavernes et grandes boursouflures de la terre qui s’éta-ient formées au moment de sa consolidation , par le premier refroidissement ; qu’ensuite, à mesure que les eaux laissaient en s’abaissant les parties hautes du globe à découvert, ces terrains élevés se couvraient d’arbres et d’autres végétaux, lesquels, abandonnés à la seule nature, ne croissaient et ne se multipliaient que pour périr de vétusté et pourrir sur la terre , ou pour être entraînés par les eaux courantes au fond des mers; qu’enfin ces mêmes végétaux, ainsi que leurs détriments en terreau et en limon , ont formé les dépôts en amas ou en veines, que nous retrouvons aujourd’hui dans le sein de la terre sous la forme de charbon ; nom assez impropre , parce qu’il parait supposer que cette matière végétale a été attaquée et cuite par le feu , tandis qu’elle n’a subi qu’un plus ou moins grand degré de décomposition par l’humidité , et qu’elle s’est conservée au moyen de son huile convertie par les acides en bitume.
Les débris et résidus de ces immenses forêts et de ce nombre infini de végétaux , nés plusieurs centaines de siècles avant l’homme , et chaque jour augmentés , multipliés sans déperdition, ont couvert la surface de la terre de couches limoneuses, qui de même ont été entraînées par les eaux, et ont formé en mille et mille endroits des dépôts en masse et des couches d’une très-grande étendue sur le fond de la mer ancienne ; et ce sont ces mêmes couches de matière végétale que nous retrouvons aujourd’hui à d’assez grandes profondeurs dans les argiles, les schistes, les grès et autres matières de seconde formation qui ont été également transportées et déposées par les eaux : la formation de ces veines de charbon est donc bien postérieure à celle des matières primitives, puisqu’on ne les trouve qu’avec leurs détriments et dans les couches déposées par les eaux , et que jamais on n’a vu une seule veine de ce charbon dans les masses primitives de quartz ou de granit.
Comme la masse entière des couches ou vei¬
nes de charbon a été roulée, transportée et déposée par les eaux en même temps et de même manière que toutes les autres matières calcaires ou vitreuses réduites en poudre , la substance du charbon se trouve presque toujours mélangée de matières hétérogènes , et selon qu’elle est plus pure , elle devient plus utile et plus propre à la préparation qu’elle doit subir pour pouvoir remplacer comme combustible tous les usages du bois : il y a de ces charbons qui sont si mêlés de poudre de pierre calcaire 1 qu’on ne peut en faire que de la chaux, soit qu’on les brûle en grandes ou en petites masses ; il y en a d’autres qui contiennent une si grande quantité degrés queleur résidu, après la combustion, n’est qu’une espèce de sable vitreux ; plusieurs autres sont mélangés de matière pyriteuse ; mais tous , sans exception , tirent leur origine des matières végétales et animales , dont les huiles et les graisses se sont converties en bitume 2.
4 A Alais et dans plusieurs autres endroits du Languedoc , on fait de la chaux avec le charbon même, sans autre pierre ni matières calcaires que celles qu'il contient, et aussi sans autre substance combustible que son propre bitume, qui, après s’être consumé , laisse à nu la base calcaire que le charbon contenait en grande quantité.
2 M. de Gensanne distingue cinq espèces de charbon de terre, qui sont, 1° la houille; 2° le charbon de terre cubique, qu'on appelle aussi carré ; 3° le charbon à facettes ou ardoisé ; 4° le charbon jayct ; 5° le bois fossile. (Nota. Je dois observer que M. de Gensanne est le seul des minéralogistes qui ait présenté cette division des charbons de terre, dans laquelle le bois lossile ne doit pas être compris tant qu’il n’est pas bitumineux.’)
La houille est une terre noire, bitumineuse et combustible; elle se trouve toujours fort près de la surface de la terre et
voisine des véritables veines de charbon . Le charbon de
terre cubique a ses parties constituantes disposées par cubes arrangés les uns contre les autres, de sorte qu’en les pilant , même très-menues , ces mêmes parties conservent toujours une configuration cubique : il est fort luisant à la vue ; il s'en trouve qui représentent les plus belles couleurs de l’iris, qui ne sont que l’effet d’une légère efflorescence de soufre .... Le charbon à facettes ou ardoisé ne diffère du charbon cubique que par la configuration de ses parties constituantes, et qu’en ce qu’il est plus sujet que le précédent à renfermer des grains de pyrites qui détériorent sa qualité : on distingue à la vue simple qu’il est composé de petites lames entassées les unes sur les autres, dont l’ensemble forme de petits corps irréguliers, rangés les unes à côté des autres.... Le charbon jayet est une substance bitumineuse plus ou moins compacte, lisse et fort luisante ; il est plus pesant que les charbons précédents ; sa dureté est fort variable ; il y en a qui est si dur, qu’il prend un assez beau poli, et qu’on le taille comme les pierres; on en fait dans bien des endroits des boutons d’habits , des colliers et d’autres menus ouvrages de crtte espèce. Il y en a d'autre qui est si mou qu’on le pelote dans la main, et toutes ces différences ne viennent que du plus ou moins de substance huileuse que ce fossile renferme : car il est bon de remarquer qu’il n’est point de charbon de terre, de quelque espèce qu il soit, qu’il ne contienne une portion plus ou moins considérable d’une huile connue sous le nom de Pétrole ou â' asphalte. Histoire naturelle du Languedoc, par M. de Gen-
DES MINÉRAUX
Il y a donc beaucoup de charbons de terre trop impurs, pour pouvoir être préparés et substitués aux mêmes usages que le charbon de bois; celui qu’on pourrait appeler pur ne serait, pour ainsi dire, que du bitume comme le jayet qui me paraît faire la nuance entre les bitumes et le charbon de terre : mais, dans les meilleurs charbons , il se trouve toujours quelques-unes des matières étrangères dont nous venons de parler, et qu’il est difficile d’en séparer ; la qualité du charbon est souvent détériorée par l’efflorescence des pyrites martiales occasionnée par l’humidité de la terre : comme cette efflorescence ne se fait point sans mouvement et sans chaleur, c’est toujours aux dépens du charbon, parce que souvent cette chaleur le pénètre, le consume et le dessèche. Et lorsqu’on lui fait subir une demi-combustion semblable à celle du bois qu’on cuit en charbon , l’on ne fait que lui enlever et convertir en vapeurs de soufre les parties pyriteuses, qui souvent y sont trop abondantes.
Mais avant de parler de la préparation et des usages infiniment utiles de ce charbon, il faut d’abord en considérer la substance dans son état de nature ; il me paraît certain , comme je viens de le dire, que la matière qui en fait le fond est entièrement végétale. J’ai cité 1 les faits par lesquels il est prouvé qu’au-dessus du toit et dans la couverture de la tête de toutes les veines de charbon il se trouve des bois fossiles et d’autres végétaux dont l’organisation est encore reconnaissable , et que souvent même on y rencontre des couches de bois à demi-charbonifié *!; on reconnaît les vestiges des végétaux
sanne, tome I, page 49 et suiv. — Nota. Le jayet n’est pas , comme ledit M. de Gensanne plus pesant que les charbons de terre, il est au contraire plus léger; car les charbons de terre ordinaires ne surnagent point dans l’eau, au lieu que le jayet y surnage, et c’est même par cette propriété qu’on peut le distinguer du charbon.
4 Voyez les Époques de la nature, tomes III et IV.
’ Outre les impressions de plantes assez communes dans le toit de ces mines , on rencontre fréquemment , dans leur voisinage ou dans les fouilles qu’entraîne leur exploitation , des portions de bois , ét même des arbres entiers.
M. l'abbé de Sauvages fait mention , dans les Mémoires de l'Académie des Sciences (année 1745, page 413 , de fragments de bois pierreux fortement incrustés, du côté de l’écorce, d’un ou deux pouces de charbon de terre, dans lequel s’était faite cette pétrification.
Il est très - ordinaire de trouver au-dessus des mines de houille du bois qui n’est point du tout décomposé ; mais à mesure qu’on le trouve enfoui plus profondément, il est sensiblement plus altéré.
^ A Bull , près de Cologne et de Bonn , M. de Bury, fameux -outlleur de Liège , en faisant fouiller dans un vallon , trouva
non-seulement dans la substance du charbon , mais encore dans les terres et les schistes dont ils sont environnés : il est donc évident que tous les charbons de terre tirent leur origine du détriment des végétaux.
De même, on ne peut pas nier que le charbon de terre ne contienne du bitume , puisqu’il en répand l’odeur et l’épaisse fumée au moment qu’on le brûle. Or le bitume n’étant que de l’huile végétale ou de la graisse animale imprégnée d’acide , la substance entière du charbon de terre n’est donc formée que de la réunion des débris solides et de l’huile liquide des végétaux , qui se sont ensuite durcis par le mélange des acides. Cette vérité, fondée sur ces faits particuliers, se prouve encore parle principe général qu’aucune substance dans lanature n’est combustible qu’en raison de la quantité de matière végétale ou animale qu’elle contient , puisque avant la naissance des animaux et des végétaux, la terre entière a non-seulement été brûlée , mais fondue et liquéfiée par le feu ; en sorte que toute matière purement brute ne peut brûler une seconde fois.
Et l’on aurait tort de confondre ici le soufre avec les bitumes , par la raison qu’ils se trouvent souvent ensemble dans le charbon de terre. Le soufre ne provient que de la combustion des pyrites formées elles-mêmes de l’acide et du feu
une espèce de terre houille, qui n’était autre chose que du bois qui avait été couvert par une montagne de terre.
Il y a plusieurs mines dans lesquelles on ne peut méconnaître des troncs et des branches d’arbres qui ont conservé leur texture fibreuse, compacte, comme on en trouve à Querfurt, dont la couleur est d’un brun jaunâtre. M. Bar cet a vu dans la mine de Wentorcastle un tronc de la grosseur d’un mât de petit vaisseau qui était implanté dans l’argile , tout à fait à l’extrémité et hors de la mine : la partie supérieure était du vrai charbon de terre absolument semblable à celui de la mine, tandis que la partie de dessous de ce même tronc était encore du bois, et ne sautait pas en éclat comme celle du dessus; mais elle se fendait, et la hache y était retenue comme elle a coutume de s’arrêter dans le bois.
Outre ces troncs d’arbres épars, ces débris de bois, il est des endroits où on ne connaît pas de mines de charbon de terre , et où l’on rencontre à une grande profondeur, des amas de bois fossiles, disposés par bancs séparés les uns des autres par des lits terreux, et qui présentent en tout des soupçons raisonnables d’un passage de la nature ligneuse à celle de la houille, d’une vraie transmutation de bois en charbon de terre. Du Charbon de terre, par M. Morand , pages 5 et 6. — M. de Gensanne cite lui-mème quelques mines de charbon de terre dont les têtes sont composées de bois fossiles. « Nous « avons trouvé, dit-il, près le moulin de Puziols (diocèse de « Narbonne), deux veines de charbon de terre, dont les têtes « renferment beaucoup de bois fossiles semblables à ceux « de Cazarets , près de Saint-Jean-ile-Coucules , diocèse de « Montpellier. » Histoire Naturelle du Languedoc, tome II, page 177.
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fixe contenus dans les substances organisées , au lieu que les bitumes ne sont que leurs huiles grossières imprégnées d’acide : aussi les bitumes ne contiennent point de soufre, et les soufres ne contiennent point de bitume. Ces deux combinaisons opposées dans des matières qui , toutes deux proviennent du détriment des corps organisés , indiquent assez que les moyens employés par la nature pour les former sont différents l’un de l’autre, puisque ces deux produits ne se réunissent ni ne se rencontrent ensemble. En effet le soufre est formé par l’action du feu, et le bitume par celle de l’acide sur l’huile. Le soufre se produit par la combinaison du feu fixe 1 , contenu dans les substances organisées lorsqu’il est saisi par l’acide vitriolique; les bitumes, au contraire, ne sont que les huiles mêmes des végétaux décomposés par l’eau et mêlés avec les acides : aussi l’odeur du soufre et celle du bitume sont-elles très-différentes dans la combustion ; et l’un des plus grands défauts que puisse avoir le charbon de terre , surtout pour les usages de la métallurgie , c’est d’être trop mêlé de matière pyriteuse, parce que dans la combustion, les pyrites donnent une grande quantité de soufre : l’excellente qualité du charbon vient au contraire de la pureté de la matière végétale et de l’intimité de son union avec le bitume2; néanmoins les charbons trop bitu-
4 Si l’on objecte qu’il se produit du soufre non-seulement parle feu, mais sans feu, et parce que l’on appelle la voie humide, comme dans les voiries et les fosses d'aisances, je répondrai que ce passage ou changement ne se fait que par une effervescence accompagnée d’une chaleur qui fait ici le même effet que le feu.
2 « Les charbons de terre brûlent d’autant plus longtemps « qu’ilsprennent difficilement le feu;ils se consument d'autant « plus promptement qu’ils s’emflamment plus aisément; ces « circons'ances sont plus ou moins marquées , selon que les * charbons sont purs , bitumineux et compactes ; ainsi celui « qui s’allume difficilement en donnant une belle flamme , « claire et brillante, comme fait le charbon de bois, est réputé
« de la meilleure espèce . Si au contraire le charbon de
« terre se décompose ou se désunit facilement , s’il se con- « sume aussi aisément qu'il prend flamme, il est d’une qua- « lité inférieure.
« Une des propriétés du charbon de terre est de s’étendre « en s’enflammant comme l’huile . le suif, la cire, la poix, le « soufre, le bois et autres matières inflammables : on doit en « général juger avantageusement d'un charbon qui au feu se « déforme d’abord en se grillant , et qui acquiert ensuite de t la solidité : les uns. et ce sont les meilleurs, comme la c houille grasse, le charbon dit maréchal , flambent , se li- « quéfient plus ou moins en brûlant comme la poix , se gon- « fient, se collent ensemble dans les vaisseaux fermés ; il' se « réduisent entièrement en liquescence. On remarque (pie « cette espèce ne se dissout , ni dans l’eau , ni dans les huiles , c ni dans l’esprit de vin. Les autres enfin s’embrasent sans « donner ces phénomènes, » Nota. Il serait à désirer que
milieux ont peu de chaleur et donnent une flamme trop passagère ; et il paraît que la parfaite qualité du charbon vient de la parfaite union du bitume avec la base terreuse, qui ne permet que successivement les progrès et le développement du feu.
Or, les matières végétales se sont accumulées en masses, en couches, en veines, en filons, ou se sont dispersées en petits volumes, suivant les différentes circonstances ; et lorsque ces grandes masses , composées de végétaux et de bitume, se sont trouvées voisines de quelques feux souterrains, elles ont produit, par une espèce de distillation naturelle, les sources de pétrole, d’asphalte et des autres bitumes liquides que l’on voit couler quelquefois à la surface de la terre, mais plus ordinairement à de certaines profondeurs dans son intérieur , et même au fond des lacs 1 et de quelques plages de la mer 2.
M. Morand eût indiqué où se trouvent ces charbons qui se rédirsent entièrement en liquescence dans les vaisseaux fermés; nous n’en connaissons point de cette espèce : j'observerai de plus qu'il n’y a point de charbon de terre que l’esprit-de-vin n’attaque plus ou moins.
« Le charbon de terre est encore de bonne espèce quand U « donne peu de fumée, ou lorsque la fumée qu’il répand est « noire ; quand son exhalaison est plutôt résineuse quesulfn- « reuse, et qu’elle n’est point incommode.
« Toutes ces circonstances, tant dans la manière dont il « brûle que dans les phénomènes résultant du feu surtout, « dépendent, comme de raison , de la qualité plus ou moins « bitumineuse , ou plus ou moins pyriteuse du charbon.
a Un charbon qui est en grande partie ou en totalité bitu- « milieux, brûle fort vile en donnant une odeur de naphte ; « celui qui l’est peu ne se soutient pas facilement en masse « quand le leu l’attaque à un certain degré ; il en est qui est « d'assez bonne durée ; mais le feu dissipant promptement la « portion dégraissé qui y était alliée, les petites alvéoles ou « loges dans lesquelles elle était renfermée se désunissent, se
« séparent par petites parcelles, quelquefois assez grandes .
« Ces sortes de charbons ne peuvent tenir ausoufflet, le veut « les enlève , et ils sont très-peu profitables au feu : d’antres « au contraire qui ét dent friables sontd’un bon usage , leurs t parties se réunissant et se collant au feu.
« De même que le bitume est dans quelques charbons , le « seul principe inflammable , il s'en trouve d’autres |U; doi- « vent à la pyrite presque seule leur inllainmabilité, » ^ Nota j. Je ne sais si cette assertion est bien fondée ; car tous les charbons de terre que nous connaissons donnent du bitume ou ne brûlent pas, « C’est ainsi que les charbons , selon qu’ils « sont plus ou moins chargés de pyrites, se consument plus « ou moins lentement : celui de Newcastle, est long à se con- « sumer;mais celui de Suntherland , au comté de Durham, « qui est très-pyriteux, brûle plus longtemps encore jusqu'à « ce qu'il se réduise en cendres. » Du Charbon de terre, etc., par M. Morand, pages 1152 et 1153.
4 L’asphalte est en très-grande quantité dans la mer Morte de Judée, à laquelle on a même donné le nom de lac Asphaltique, ce bitume s’élève à la surface de l’eau, et les voyageurs ont remarqué dans les plaines voisines de ce lac, plusieurs pierres ou mottes de terre bitumineuse. Voyage de Pietro délia Valle , tome II , page 70.
2 Flacourt dit avoir vu entre le cap Vet t et le cap de Bonne-
DES MINÉRAUX
Ainsi, toutes les huiles qu’on appelle terrestres , et qu’on regarde vulgairement comme des huiles minérales , sont des bitumes qui tirent leur origine des corps organisés et qui appartiennent encore au règne végétal ou animal ; leur inflammabilité, Inconstance etladurée de leur flamme, la quantité très-petite de cendres , ou plutôt de matières charbonneuses qu’ils laissent après la combustion , démontrent assez que ce ne sont que des huiles plus ou moins dénaturées par les sels de la terre , qui leur donnent en même temps la propriété de se durcir et de faire ciment dans la plupart des matières où ils se trouvent incorporés.
Mais pour nous en tenir à la seule considération du charbon de terre dans son état de nature , nous observerons d’abord qu’on peut passer par degrés de la tourbe récente et sans mélange de bitume à des tourbes plus anciennes devenues bitumineuses , du bois carbonifié aux véritables charbons de terre , et que par conséquent on ne peut guère douter , indépendamment des preuves rapportées ci-devant , que ces charbons ne soient de véritables végétaux que le bitume a conservés. Ce qui me fait insister sur ce point , c’est qu’il y a des observateurs qui donnent à ces charbons une toute autre origine : par exemple M. Genneté prétend que le charbon de terre est produit par un certain roc ou grès auquel il donne le nom d ’agas 1 ; et M. de Gensanne , l’un de nos plus savants minéralogistes , veut que la substance de ce charbon ne soit que de l’argile. La première opinion n’est fondée que sur ce que M. Genneté a vu des veines de charbon sous des bancs de grès ou dagas, lesquelles veines paraissent s’augmenter ou se régénérer dans les endroits vides dont on a tiré le charbon quelques années auparavant : il dit positivement que le roc agas est la matrice du charbon 2 : que dans le pays de Liège ,
Espérance , un espace de mer qui avait une teinture jaune , :omme d'une huile ou bitume qui surnageait , et qui , venait 1 se fiSer par succession de temps , durcit ainsi que l’ambre aune ou succin. Voyage à Madagascar, tome I, page 337.
' « La matrice dans laquelle s'arrangent les veines de t houilleest une sorte de grès dur comme du fer, dans l’int térieur de la terre, mais qui se réduit en poussière lorsqu’il ■ est exposé à l'air : les houilleurs nomment cette pierre (ujas. » Genneté, Connaissance des veines de houille, etc., *age 24. Nota. J’ai vu de ces pierres pyriteuses , qui sont en ffet très-dures dans l’intérieur de la terre, et dont on ne peut .ercer les bancs qu’a force de poudre , et qui se décomposent
j r'!r; elles se trouvent assez souvent au-dessus des veines le charbon.
3 Conuai8sance des veines de houille. < te , page 25.
la masse de ce roc est à celle du charbon comme vingt-cinq sont à un ; en sorte qu’il y a vingtcinq pieds cubiques de roc pour un pied cube de charbon , et qu’il est étonnant que ces vingtcinq pieds de roc suffisent pour fournir le suc nécessaire à la formation d’un pied cube de charbon L Il assure qu’il se reproduit dans ces mêmes veines trente ou quarante ans après qu’elles ont été vidées, et que ce charbon nouvellement produit les remplit dans ce même espace de temps2. « On voit, ajoute-t-il, que la houille « est formée d’un suc bitumineux qui distille « du roc , s’y arrange en veines d’une grande « régularité , s’y durcit comme la pierre ; et « voilà aussi sans doute pourquoi elle se repro- « duit. Mais pendant mille ans qu’une veine de « houille demeure entre les bancs de roc qui la « soutiennent et la couvrent, sans aucun vide, et « sans que cette veine augmente en épaisseur, « non plus qu’en long et en large, et encore sans « qu’elle fasse de dépôt ailleurs , autant qu’on « sache , que devient donc le suc bitumineux « qui, dans quarante ans, peut reproduire et « produit en effet une semblable veine? Je ne « sais, continue-t-il, s’il est possible de dévoiler « ce mystère3. »
M. Genneté est peut-être , de tous nos minéralogistes, celui qui a donné les meilleurs renseignements pour l’exploitation des mines de charbon, et je rends bien volontiers justice au mérite de cet habile homme , qui a joint à une excellente pratique de très-bonnes remarques ; mais sa théorie, que je viens d’exposer, ne me parait tirée que d’un fait particulier dont il ne fallait pas faire un principe général. 11 est certain, et je l’ai vu rnoi-même, qu’il se forme dans quelques circonstances des charbons nouveaux par la stillation des eaux, de la même manière qu’il se forme de nouvelles pierres, des albâtres et des marbres nouveaux dans tous les endroits vides qui se trouvent au-dessous des matières de même espèce : ainsi dans une veine de charbon , tranchée verticalement et abandonnée depuis du temps, on voit sur les parois et entre les petits lits de l’ancien charbon, une concrétion ordinairement brune et quelquefois blanchâtre , qui n’est qu’une véritable stalactite ou concrétion de la même nature que le charbon dont elle tire son origine par la filtration de
* Connaissance des veines de houille, etc., page 25.
2 Idem , page 123.
3 Idem , page 124.
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l’eau. Ces incrustations charbonneuses peuvent augmenter avec le temps, et peut-être remplir dans une longue succession d’années une fente de quelques pouces, ou , si l’on veut , de quelques pieds de largeur : mais pour que cet effet soit produit , il est nécessaire qu’il y ait audessus ou autour de la fente ou cavité qui se remplit une masse de charbon, laquelle puisse fournir non-seulement le bitume, mais encore les autres parties composantes de ce charbon qui se forme, c’est-à-dire la partie végétale, sans quoi ce nouveau charbon ne ressemblerait pas à l’autre; et s’il ne découlait que du bitume, la stillation ne formerait que du bitume pur et non pas du charbon. Or M. Genneté convient et même affirme que les veines anciennement vidées se remplissent , en quarante ans , de charbon tout semblable à celui qu’elles contenaient, et que cela ne se fait que par le suintement du bitume fourni par le roc voisin de cette veine ; dès lors il faut qu’il convienne aussi que cette veine ne pourrait parce moyen être remplie d’autre chose que de bitume et non pas de charbon. 11 faut de même qu’il fasse attention à une chose très-naturelle et très-possible : c’est qu’il y a certaines pierres, agas ou autres, qui non-seulement sont bitumineuses , mais encore mélangées par lits ou par filons de vraie matière de charbon , et que très-probablement les veines qu’il dit s’ètre remplies de nouveau étaient environnées et couvertes de cette espèce de roche à demi-charbonneuse ; et dès lors ce mystère qu’il ne croit pas possible de dévoiler est un effet très-simple et très-ordinaire dans la nature. Il me semble qu’il n’est pas nécessaire d’en dire davantage pour qu’on soit bien convaincu que jamais , ni le grès , ni l’agas , ni aucune autre roche , n’ont été les matrices d’aucun charbon de terre, à moins qu’ils n’en soient eux-mêmes mélangés en très-grande quantité.
L’opinion de M. de Gensanne est beaucoup mieux appuyée, et ne me paraît s’éloigner de la vérité que par un point sur lequel il était assez facile de se méprendre, c’est de regarder l’argile et le limon , ou, pour mieux dire, la terre argileuse et la terre limoneuse , comme n étant qu’une seule et même chose. Le charbon de terre, selon M. de Gensanne , est une terre argileuse , mêlée d’assez de bitume et de soufre pour qu’elle soit combustible : « A la vérité , « dit-il , ce charbon , dans son état naturel , ne
« contient aucun soufre formé, mais il enreu- « ferme tous les principes , qui , dans le moment « de la combustion , se développent , se combi- « nent ensemble et font un véritable soufre L »
Il me semble que ce savant auteur n’aurait pas dû faire entrer le soufre dans sa définition du charbon de terre , puisqu’il avoue que le soufre ne se forme que dans sa combustion. 11 ne fait donc pas partie réelle de la composition naturelle du charbon ; et en effet , l’on connaît plusieurs de ces charbons qui ne donnent point de soufre à la combustion. Ainsi l’on ne doit point compter le soufre dans les matières dont tout charbon de terre est essentiellement composé , ni dire avec M. de Gensanne , qu on doit regarder les veines de charbon de terre comme de vraies mines de soufre 2. « Et ce qui prou\ e « évidemment que dans le charbon pur il n’y a « point de soufre formé , c’est qu’en rafinant « le cuivre, le plomb et l’argent avec du char- « bon pur , on n’observe pas la moindre décom- « position du métal; point de malle , point de « plackmall , même après plusieurs heures de « chauffe 3. » Mais un autre point bien plus important , c’est l’assertion positive que le fond du charbon de terre n’est que de l’argile4 ; en sorte que , suivant ce physicien , tous les naturalistes se sont trompés , lorsqu’ils ont dit que ces charbons étaient des débris de forêts et d’autres végétaux ensevelis par des bouleversements quelconques 5 : « Il est vrai, continue-t-il,
« que la mer Baltique charrie tous les printemps « une quantité de bois qu’elle amène du nord , « et qu’elle arrange par couches sur les côtes « de la Prusse, qui sont successivement recou- « vertes par les sables : mais ces bois ne devien- « draient jamais charbon de terre , s’il n’y sur- « venait pas une abondance bitumineuse qui se « combine avec eux pour leur donner cette qua- « lité ; sans cette combinaison ils se pourriront « et deviendront terre. » Ceci m’arrête une seconde fois ; car l’auteur convenant que le char bon de terre peut se former de bois et de bitume,
< Histoire Naturelle du Languedoc , par M. de Gensanne, tomel, page 12.
2 Histoire Naturelle du Languedoc , par M. de Gensaune, tome I , page 13.
5 Note communiquée par M. le Camus de Limare, le 3 juillet 1780.
4 Histoire Naturelle du Languedoc, par M. de Gensanne, tome I , page 23.
* Histoire Naturelle du Languedoc , par M. de Gensanne, tome I , page 24.
DES MK
pourquoi veut-il que tous les charbons soient composés de terre argileuse? et ne suffit-il pas de dire que partout où les bois et autres débris de végétaux se seront bituminisés par le mélange de l’acide , ils seront devenus charbons de terre? Et pourquoi composer cette matière combustible d’une matière qui ne peut brûler? N’y a-t-il pas nombre de charbons qui brûlent en entier , et ne laissent après la combustion que des cendres meme encore plus douces et plus fines que celles du bois 1 ? Il est donc trèscertain que ces charbons qui brûlent en entier ne contiennent pas plus d’argile que le bois ; et ceux qui se boursouflent dans la combustion et laissent une sorte de scorie semblable à du mâche-fer léger n’offrent ce résidu que parce qu’ils sont en effet mêlés , non pas d’argile, mais de limon , c’est-à-dire de terre végétale , dans laquelle toutes les parties fixes du bois se sont rassemblées : or j’ai démontré en plusieurs endroits de cet ouvrage , et surtout dans les Mémoires de la partie expérimentale , que l’origine du mâche-fer ne doit point être attribuée au fer, puisqu’on trouve le même mâche-fer dans le feu de l’orfèvre , comme dans celui du forgeron , et que j’ai fait moi-même du mâchefer en grande quantité avec du charbon de bois seul et sans addition d’aucun minéral : dès lors le charbon de terre doit en produire comme le charbon de bois : et lorsqu’il en donne en plus grande quantité, c’est que sous le même volume il contient plus de parties fixes que le charbon de bois. J’ai encore prouvé dans ces mêmes Mémoires et dans l’article précédent , que le limon ou la terre végétale est le dernier résidu des végétaux décomposés , qui d’abord se réduisent en terreau , et par succession de temps en limon ; j’ai de même averti qu’il ne fallait pas confondre cette terre végétale ou limoneuse avec l’argile dont l’origine et les quali-
* « A Birmingham , on emploie , dans les cheminées , une « autre espèce de charbon qui est plus cher que le charbon de « terre ordinaire; on l’appelle fiew-coat ; la mine est située à « sept milles au nord de Birmingham, à Wedgbury near Wart sar in Stat'Fordshire : on le tire par gi’os morceaux qui ont « beaucoup de consistance , et il se vend trois pences and « penny le cent , du poids de cent douze livres, faisant à peu « près le quintal poids de marc. Ce charbon s’allume avec du « papier comme du bois de sapin ; sa flamme est blanche et < claire; son feu, très-ardent : il est d'ailleurs sans odeur, et « il se réduit en une cendre blanche aussi légère que celle du « bois. Cette espèce de charbon n’a pas été décrite dans « M. Morand , ni dans aucun autre ouvrage de ma connais- « sance. » Note communiquée par M. le Camus de Limare, le 6 juillet 1780.
ÉRAUX. 151
tés sont toutes différentes, même à l’égard des effets du feu, puisque l’argile s’y resserre et que le limon se boursoufle; et cela seul prouverait qu’il n’y a jamais d’argile, du moins en quantité sensible, dans le charbon de terre, et que dans ceux qui laissent, après la combustion, une scorie boursouflée, il y a toujours une quantité considérable de ce limon formé des parties fixes des végétaux : ainsi tout charbon de terre pur n’est réellement composé que de matières provenant plus ou moins immédiatement des végétaux.
Pour mieux entendre la génération primitive du charbon de terre et développer sa composition, il faut se rappeler tous les degrés, et même tâcher de suivre les nuances de la décomposition des végétaux , soit à l’air , soit dans l’eau : les feuilles, les herbes et les bois abandonnés et gisant sur la terre , commencent par fermenter ; et s’ils sont accumulés en masses, cette effervescence est assez forte pour les échauffer au point qu’ils brûlent ou s’enflamment d’eux-mêmes : l’effervescence développe donc toutes les parties du feu fixe que les végétaux contiennent, et ces parties ignées étant une fois enlevées, le terreau produit par la décomposition de ces végétaux n’est qu’une espèce de terre qui n’est plus combustible, parce qu’elle a perdu, et pour ainsi dire exhalé dans l’air les principes de sa combustibilité. Dans l’eau , la décomposition est infiniment plus lente, l’effervescence insensible, et ces mêmes végétaux conservent très-longtemps, et peut-être à jamais, les principes combustibles qu’ils auraient en très-peu de temps perdus dans l’air. Les tourbes nous représentent cette première décomposition des végétaux dans l’eau ; la plupart ne contiennent pas de bitume et ne laissent pas de brûler. Il en est de même de tous ces bois fossiles noirs et luisants qui sont décomposés au point de ne pouvoir en reconnaître les espèces, et qui cependant ont conservé assez de leurs principes inflammables pour brûler, et qui ne donnent en brûlant aucune odeur de bitume : mais lorsque ces bois ont été longtemps enfouis ou submergés, ils se sont bituminisés d’eux-mêmes par le mélange de leur huile avec les acides; et quand ces mêmes bois se sont trouvés sous des couches de terres mêlées de pyrites ou abreuvées de sucs vitrioliques, ils sont devenus pyriteux, et dans cet état ils donnent en brûlant une forte odeur de soufre.
En suivant cette décomposition des végétaux
sur la terre, nous verrons que les herbes, les roseaux et même les bois légers et tendres, tels que les peupliers , les saules , donnent en se pourrissant, un terreau noir tout semblable à la terre que l’on trouve souvent par petits lits ti èsminces au-dessus des mines de charbon; tandis que les bois solides, tels que le chêne, le hêtre, conservent de la solidité, même en se décomposant, et forment ces couches de bois fossiles qui se trouvent aussi très-souvent au-dessus des mines de charbon. Enfin le terreau par succession de temps se change en limon ou terre végétale qui est le dernier résidu de la décomposition de tous les êtres organisés. L’observation m’a encore démontré cette vérité 1 mais tout le tei 1 eau dont la décomposition se sera faite lentement, et qui, ne s’étant pas trouvé accumulé en grandes masses, n’aura par conséquent pas perdu la totalité de ses principes combustibles par une prompte fermentation , et le limon , qui n est que le terreau même seulement plus atténué, aura aussi conservé une partie de ces mêmes principes. Le terreau, en se changeant en limon, de noir devient jaune ou roux par la dissolution
noires et combustibles qui se trouvent souvent au-dessus , et quelquefois au-dessous des veines de charbon , et qui sont l’un des plus sûrs indices de la présence de ce fossile ; et ces houilles ne sont autre chose que nos terreaux 1 purs ou mêlés d’une petite quantité de bitume. La vase qui se dépose dans la mer par couches inclinées , suivant la pente du terrain, et s’étend souvent à plusieurs lieues du rivage , comme à la Guiane , n’est autre chose que le terreau des arbres ou autres végétaux qui , trop accumulés sur ces terres inhabitées , sont entraînés par les eaux courantes ; et les huiles végétales de cette vase, saisies par les acides de la mer, deviendront avec le temps de véritables houilles bitumineuses , mais toujours légères et friables , comme le terreau dont elles tirent leur origine, j tandis que les végétaux eux-mêmes moins décomposés , étant de même entraînés et déposés par les eaux , ont formé les véritables veines de charbon de terre dont les caractères distinctifs et différents de ceux de la houille se reconnaissent à la pesanteur du charbon , toujours plus compacte que la bouille , et au gonflement qu’il prend au feu en s’y boursouflant comme le lien donnant de même une scorie plus ou moins poreuse.
grisâtres , mais plus graveleuses que celles du bois; son feu est trop ardent, et elle est trop grasse pour que les maréchaux puissent s’en servir : le feu de la houille maigre est plus faillie , elle est presque généralement en usage pour les feux domestiques... Elle dure plus longtemps au feu ; et lorsque son peu de bitume est consumé , elle se réduit en braise qu’on allume, sans qu’elle donne de l’odeur ni presque de fumée. Les charbons forts sont d'une couleur noire plus décidée et plus frappante que les charbons faibles ; ils sont gras au toucher et comme onctueux par la grande quantité de bitume qu'ils contiennent : ces charbons forts sont excellents dans tous les cas où il faut un feu d’une grande violence comme dans les plus grosses forges ; il pénètrent également les parties du fer , les rendent propres à recevoir toutes sortes d'impressions , réunissent même les parties qui ne seraient pas assez liées ; mais par-sa trop grande ardeur , ce charbon fort ne convient pas plus aux maréchaux que la houille grasse.
Le charbon faible est toujours un charbon qui se trouve aux extrémités d’une veine ; il donne beaucoup moins de chaleur que le charbon fort, et ne peut servir qu’aux cloutiers, aux maréchaux et aux petites forges, pour lesquelles on a besoin d’un feu plus doux . Son usage ordinaire est pour les
briquetiers ou tuiliers, et pour les fours à chaux, où le feu trop violent des charbons forts pénétrerait trop précipitamment les parties de la terre et de la pierre , les diviserait et les détruirait... Les charbons faibles se trouvent aussi dans les veines très-minces ; ils sont toujours menus, et souvent en poussière. Du charbon de terre , etc. , page 77 et suiv.
* « C’est dans une pareille terre que j'ai trouvé , à huit « pieds de profondeur , des racines encore très-reconnais- « sables , environnées de terreau où l'on aperçoit déjà quel- « ques couches de petits cubes de charbon. » IN ote communiquée par M. de Morveau.
du fer qu’il contient, il devient aussi onctueux j et périssable par le développement de son huile j mon, et végétale : dès lors tout terreau et même toutli- ’ mon, n’étant que les résidus des substances végétales, ont également retenu plus ou moins de leurs principes combustibles ; et ce sont les couches anciennes de ces mêmes bois, terreaux et
limons, lesquelles seprésententaujourd’hui sous
la forme de tourbe , de bois fossile, de houille et de charbon ; car il est encore nécessaire, pour éviter toute confusion, de distinguer ici ces deux dernières matières, quoique la plupart des écrivains aient employé leurs noms comme synonymes : mais nous n’adopterons, avec M. de Gensanne, celui de houille 2 que pour ces terres
4 Voyez l'article précédent , qui a pour titre : De la terre végétale.
1 « Les charbons de pierre s’annoncent souvent par des vci- « nés d'une terre noire combustible, que nous avons ci-devant « désignée par le nom de houille , et qui forme ordinairement « la tête des véritables veines de charbons. » Histoire Naturelle du Languedoc, tome I, page 31 . — M. Morand , de l’Académie des Sciences, qui a fait un très-grand et bon ouvrage sur le charbon de terre, a regardé, avec la plupart des minéralogistes. les noms de houille e t d e char bon de terre comme synonymes : il dit que dans le pays de Liège, on distingue les matières combustibles des mines, en houille grasse, eu houille maigre , en charbons forts et en charbons faibles... Cette houille grasse s’emploie à Liège dans les foyers; elle se colle aisément au feu, elle rend plus de chaleur que la houille mai- j gre... Elle se réduit , pour la plus grande partie, eu cendres I
Ainsi je crois pouvoir conclure de ces réflexions et observations, que l’argile n’entre que peu ou point dans la composition du charbon de terre ; que le soufre n’y entre que sous la forme de matière pyriteuse qui se combine avec la substance végétale; de sorte que l’essence du charbon est entièrement de matière végétale , tant sous la forme de bitume que sous celle du végétal même. Les impressions si multipliées des différentes plantes qu’on voit dans tous les schistes limoneux qui servent de toits aux veines de charbon, sont des témoins qu’on ne peut récuser, et qui démontrent que c’est aux végétaux qu’est due la substance combustible que ces schistes contiennent.
Mais , dira-t-on , ces schistes qui non-seulement couvrent , mais accompagnent et enveloppent de tous côtés et en tous lieux les veines de charbon , sont eux-mêmes des argiles durcies et qui ne laissent pas d’être combustibles. A cela je réponds que la méprise est ici la même : ces schistes combustibles qui accompagnent la veine du charbon sont , comme l’on voit, mêlés de la substance des végétaux dont ils portent les impressions; la même matière végétale qui a fait le fonds de la substance du charbon a dû se mêler aussi avec le schiste voisin ; et dès lors ce n’est plus du schiste pur ou de la simple argile durcie, mais un composé de matière végétale et d’argile , un schiste limoneux imprégné de bitume , et qui dès lors a la propriété de brûler. Il en est de même de toutes les autres terres combustibles que l’on pourrait citer ; car il ne faut pas perdre de vue le principe général que nous avons établi , savoir, que rien n’est combustible que ce qui provient des corps organisés.
Après avoir considéré la nature du charbon de terre , recherché son origine , et montré que sa formation est postérieure à la naissance des végétaux , et même encore postérieure à leur destruction et à leur accumulation dans le sein de la terre, il faut maintenant examiner la direction , la situation et l’étendue des veines de cette matière, qui, quoique originaire de la surface de la terre , ne laisse pas de se trouver enfoncée à de grandes profondeurs; elle occupe même des espaces très-considérables et se rencontre dans toutes les parties du globe1. Nous
• • La trace de charbon de terre qui m'est la mieux con- « nue, dit SI. Genneté, est celle qui file d’Aix-la-Chapelle par
sommesassurés par desobservations constantes, que la direction la plus générale des veines de charbon est du levant au couchant 1 , et que , quand cette allure (comme disent les ouvriers) est interrompue par un e faille2, qu’ils appellent
« Liège , Hui , Namur , Charleroi , Mons et Tournai jusqu’en « Angleterre , en passant sous l’Océan , et qui d’Aix-la-Cha- « pelle traverse l’Allemagne , la Bohême , la Hongrie... Cette « traînée de veines est d’une lieue et demie à deux lieues de « largeur, tantôt plus et tantôt moins; elle s’étend sous terre « dans les plaines comme dans les montagnes. » Connaissance des veines de houille , etc. , page 36.
4 « Cette loi, quoique assez générale , est sujette à quelques « exceptions : la mine de Litry , en Normandie , va du nord- « est au sud-est sur dix heures ; celle de Languin, en Breta- « gne, marche sur la même direction ; elle s'incline au cou- « chant sur quarante-cinq degrés : celle de Montrelais, dans « la même province , suit la même direction. » Notecommu- « niquée par M. Grignon.— « Celle d’Épinac , en Bourgogne ,
« va du levant au couchant , inclinant au nord de trente à « trente-cinq degrés. L’épaisseur commune est de sept à huit « pieds , souvent de quatre , et quelquefois de douze et de « quinze: la veine principale qu’on exploite est bien réglée et « très-abondante : mais elle est entrecoupée de nerfs. Le char- « bon ardoisé et pyriteux , peu propre par conséquent pour « la forge, à cause de l’acide sulfureux qui se dégage des py- « rites dans la combustion, et qui corrode le fer dans les dif- « férentes chauffes qu'on lui donne. » Note communiquée par M. deLimare.
2 « Les houilleurs du pays de Liège , appellent faille ou « voile, un grand banc de pierre qui passe à travers les veine*
« de houille qu’il rencontre en couvrant les unes, et coupant « ou dévoyant les autres , depuis le sommet d'une montagne « jusqu’au plus profond... Ces failles sont tontes inclinées..., « Une faille aura depuis quarante-deux jusqu’à cent soixante- « quinze pieds d’épaisseur dans son sommet, c'est-à-dire au « haut de la terre, et quatre cent vingt pieds d’épaisseur à la « p- ofondeur de trois mille cent quatre-vingt- deux pieds : les « veines qui sont coupées par les failles s'y perdent en s’y « continuant, par de très-petits filets déiournés, ou enfin elles « sautent par derrière au-dessus ou au-dessous de leur position « naturelle et jamais en droiture... Quelquefois en sortant « des failles , les veines se relèvent ou descendent contre « elles avant de reprendre leur direction. » Connaissance des veines de houille , etc. , pages 39 et 40. — Nota. Je dois observer que M. Morand a raison, et fait une critique juste de ce que M. Genneté dit au sujet des failles , dont en effet il ne parait guère possible de déterminer les dimensions d une manière aussi précise que l’a fait cet observateur. Voyez l’ouvrage de M. Morand sur le charbon de terre , page 868 — « Cette critique de ce que dit M. Genneté est d’autant plus « juste que , par la planche 3 de son Traité , il ne paraît pas « qu’aucune de ces trois failles qui y sont figurées aient été « traversées ni mêmes reconnues à différentes profondeurs , « comme cela doit être pour déterminer sûrement les diffé- « rentes épaisseurs et qualités des failles.
« il en est de même des cinq veines cotées 57, 58, 59, 60 et « 61 , dont il n’est pas possible de fixer aussi précisément « les courbures et les profondeurs, quand ou ne les a recon- « nues que dans un seul point, comme 1 indique (fig. 7. table 3) « le plan qu’il en donne sans échelle; encore ces cinq veines « n’ont-elles été reconnues qu à peu de distance de la super- « ficie. Il ne dit pas non plus si l’on a remarqué, par les diffé- * rents travaux des figures 1. 2, 3. 4. 5 et 6, table 3, que les « épaisseurs et qualités des bancs de rochers qui séparent les « autresveines et les dimensions decesmêmes veines aient été
« si exactement analogues dans les deux extrémités de cesou- » vraies , qu'on a dû en conclure le parallélisme parfait, dé-
HISTOIRE NATURELLE
caprice de pierre , la veine que cet obstacle fait tourner au nord ou au midi reprend bientôt sa première direction du levant au couchant. Cette direction commune au plus grand nombre des veines de charbon est un effet particulier, dépendant de l’effet général du mouvement qui a dirigé toutes les matières transportées par les eaux de la mer, et qui a rendu les pentes de tous les terrains plus rapides du côté du couchant *. Les charbons de terre ont donc suivi la loi générale imprimée par le mouvement des eaux à toutes les matières qu’elles pouvaient transporter, et en même temps elles ont pris l’inclinaison de la pente du terrain sur lequel ils ont été déposés, et sur lequel ils sont disposés toujours parallèlement à cette pente ; en sorte que les veines de charbon , même les plus étendues, courent presque toutes du levant au couchant, et ont leur inclinaison au nord en même temps qu’elles sont pi us ou moins inclinées dans chaque endroit, suivant la pente du terrain sur lequel elles ont été déposées2 ; il y en a même qui approchent de la perpendiculaire : mais cette
« eritdans cette même table 3. » Note communiquée par M. le Camus deLimare, le 3 juillet 1780.
4 Voyez les Époques de la nature, tome I.
2 « La conformité , dit M. deGensanne, que j’ai toujours j « remarquée entre la configuration du fond de la mer et celles « des couches de charbon de terre , est si frappante, que je la « regarde comme une preuve de fait , qui équivaut à une dé- « monstration de tout ce que nous avons dit sur son origine : a les bords de la mer , dans la plupart de ces parages , coin- « mencent d’abord par une pente plus ou moins rapide , qui « prend successivement une position qui approche toujours t de plus en plus de l'horizontale, à mesure que le terrain s’a- « vance au-dessous des eaux de la mer ; la même chose arrive « aux veines de charbon de terre ; leur tète, qui est près de la « surface du terrain , conserve toujours une certaine pente ,
« souvent assez rapide, jusqu’à une certaine profondeur, après « quoi elles prennent une position qui est presque horizon- « taie : et l’épaisseur de ces veines est, pour l’ordinaire, d’au- « tant plus forte qu’elles approchent davantage de cette der- « nière position. Il y a d’autres parages où les bords de la mer « sont fort escarpés jusqu'à une forte profondeur au-dessous « des eaux ; il arrive également qu’on rencontre des veines « ou couches de charbon dont la situation est presque per- « pendiculaire ; mais cela est très-rare, et cela doit être, parce » que , dans les endroits où les bords de la mer sont fort es- « oarpés , il y a toujours des courants qui ne permettent que « difficilement aux vases de s'y reposer. Enfin on remarque « souvent au fond de la mer des filous ou amas de sable con- « nus sous le nom de bancs-, ceux qui connaissent les mines « de charbon, me sont témoins qu’elles forment aussi quelque- « fois des courbures ou dos-d’àue fort analogues à ces bancs :
« lorsque ces dépôts de vases se forment dans des anses de la « mer, qui, par la retraite des eaux , deviennent des vallées ,
« les veines de charbon y ont deux têtes , une de chaque côté t delà vallée dont elles coupent le fond; en sorte que la coupe « verticale de ces veines forme une anse de panier renversée, « dont les extrémités s’appuient contre les montagnes : telles « sont les veines de charbon des environs de Liège. » Histoire naturelle du Languedoc, tome I, page 33 et suiv.
grande différence dans leur inclinaison n empêche pas qu’en général cette inclinaison n’approche, dans chaque veine, de plus en plus de la ligne horizontale , à mesure que l’on descend plus profondément; c’est alors l’endroit que les ouvriers appellent 1 ç, plateur de la mine , c’està-dire le lieu plat et horizontal auquel aboutit la partie inclinée de la veine. Souvent, en suivant ce plateur fort loin , on trouve que la veine se relève et remonte non-seulement dans la même direction du levant au couchant, mais encore sous le même degré à très-peu près d’inclinaison qu’elle avait avant d’arriver au plateur ; mais ceci n’est qu’un effet particulier, et qui n a été encore reconnu que dans quelques contrées , telles que le pays de Liège : il dépend de la forme primitive du terrain, comme nous l’expliquerons tout à l’heure; d’ordinaire, lorsque les veines inclinées sont arrivées à la ligne de niveau , elles ne descendent plus et ne remontent pas de l’autre côté de cette ligne L
A cette disposition générale des veines il faut ajouter un fait tout aussi général , c’est que la même veine va en augmentant d’épaisseur, à mesure qu’elle s’enfonce plus profondément, et que nulle part son épaisseur n’est plus grande que tout au fond , lorsqu’on est arrivé au plateur ou ligne horizontale. Il est donc évident que ces couches ou veines de charbon, qui dans leur inclinaison suivent la pente du terrain, et qui deviennent en même temps d’autant plus épaisses que la pente est plus douce, et encore plus épaisses dès qu’il n’y a plus de pente , suivent en cela la même loi que toutes les autres matières transportées par les eaux et déposées sur des terrains inclinés. Ces dépôts faits par alluvion sur ces terrains en pente ne sont pas
4 « L’inclinaison des veines de charbon, ditM.de Gensanne, « n’affecte pas une aire de vent déterminée ; il y en a qui pente .client vers le levant, d’autres vers le couchant, et ainsi des « autres points de l’horizon : elles n’ont rien de commun non « plus avec le penchant des montagnes dans lesquelles elles « se trouvent. » Nota . Je dois observer que ce rapport de l’inclinaison des veines avec le penchant des montagnes a existé anciennement et nécessairement , et l’observation de M de Gens mne doit être particularisée pour les terrains qui ont suivi des changements depuis le temps du dépôt des veines Voyez ci-après. « Quelquefois , continue-t-il, les veines « sont inclinées dans le même sens que le penchant delà mon- « tagne; d’autres fois elles entrent directement dans l'inté- « rieur de la montagne et penchent vers sa base ou vers son « centre ; mais aussi , lorsqu’une veine a pris sa direction , « elle s'en écarte rarement; elle peut bien former quelque in- « flexion, mais elle reprend ensuite sa direction ordinaire. » Histoire naturelle de Languedoc, parM. deGensanne, tome I,
DES MINERAUX
seulement composés de veines de charbon, mais encore de matières de toute espèce , comme de schistes, de grès , d’argile , de sable , de craie, de pierre calcaire, de pyrites ; et dans cet amas de matières étrangères qui séparent les veines, il s’en trouve souvent qui sont en grandes masses dures et en bancs inclinés , toujours parallèlement aux veines de charbon.
11 y a ordinairement plusieurs couches de charbon les unes au-dessus des autres et séparées par une épaisseur de plusieurs pieds et même de plusieurs toises de ces matières étrangères. Les veines de charbon s’écartent rarement de leur direction : elles peuvent, comme nous venons de le dire, former quelque inflexion, mais elles reprennent ensuite leur première direction. Il n’en est pas absolument de même de leur inclinaison : par exemple, si la veine la plus extérieure de charbon a son inclinaison de dix degrés, la seconde veine, jusqu’à vingt ou trente pieds plus bas que la première , aura dans le même endroit la même inclinaison d’environ dix degrés, et si en fouillant profondément il se trouve une troisième, une quatrième veine, etc., elles auront encore à peu près le même degré d’inclinaison , mais ce n’est qne quand elles ne sont séparées que par des couches d’une médiocre épaisseur ; car si la seconde veine , par exemple, se trouve éloignée de la première par une épaisseur très-considérable, comme de cent cinquante ou deux cents pieds perpendiculaires, alors cette veine , qui est à deux cents pieds au-dessous de la première , est moins inclinée, parce qu’elle prend plus d’épaisseur à mesure qu’elle descend, et qu’il en est de même de la masse intermédiaire de matières étrangères , qui sont aussi toujours plus épaisses à une plus grande profondeur.
Pour rendre ceei plus sensible, supposons un terrain en forme d’entonnoir, c’est-à-dire une plaine environnée de collines dont les pentes soient à peu près égales : si cet entonnoir vient a se remplir par des alluvions successives, il est certain que l’eau déposera ses sédiments , tant sur les pentes que sur le fond : et dans ce cas les couches déposées se trouveront également épaisses en descendant d’un côté et en remontant de l’autre ; mais ce dépôt formera sur le plan du fond une couche plus épaisse que sur les pentes , et cette couche du fond augmentera encore d’épaisseur par les matières qui pourront descendre de la pente : aussi les veines du charbon
sont-elles , comme nous venons de le dire , toujours plus épaisses sur leur plateur que dans le cours de leur inclinaison ; les lits qui les séparent sont aussi plus épais par la même raison. Maintenant , si dans ce même terrain en entonnoir il se fait un second dépôt de la même matière de charbon, il est évident que, comme l’entonnoir est rétréci et les pentes adoucies par le premier dépôt, cette seconde veine, plus extérieure que la première , sera un peu moins inclinée , et n’aura qu’une moindre étendue dans son plateur; en sorte que s’il s’est formé de cette même manière plusieurs veines les unes au-dessus des autres, et chacune séparée par de grandes épaisseurs de matières étrangères , ces veines et ces matières auront d’autant plus d inclinaison qu’elles seront plus intérieures, c’està-dire plus voisines du terrain sur lequel s’est fait le premier dépôt ; mais comme cette différence d’inclinaison n’est pas fort sensible dans les veines qui ne sont pas à de grandes distances les unes des autres en profondeur , les minéralogistes se sont accordés à dire que toutes les veines de charbon sont parfaitement parallèles : cependant il est sur que cela n’est exactement vrai que quand les veines ne sont séparées que par des lits de médiocre ou petite épaisseur ; car celles qui sont séparées par de grandes épaisseurs ne peuvent pas avoir la même inclinaison , à moins qu’on ne suppose un entonnoir d’un diamètre immense, c’est-à-dire une contrée entière comme le pays de Liège , dont tout le sol est composé de veines de charbon jusqu’à une très-grande profondeur.
M. Genneté a donné l’énumération1 de tou-
1 « Pour donner, dit-il, l’idée la plus complète de la marche « variée des veines qui garnissent un même terrain, j ai choisi « la montagne de Saint-Gilles, près de Liège, qui est presque « dans le milieu de la trace où ces veines tilent du levant au « couchant, et où le penchant de la montagne tait découvrir « le plus grand nombre de veines avec les plus grandes pro-
« fondeurs auxquelles on puisse les atteindre . LC diamètre
« du plateau (de cette montagne) est d’environ mille pieds;
« c'est aussi la longueur de la première veine . qui s'étend
« de tous côtés , tant en longueur qu’en largeur, ainsi que « toutes les autres qui suivent. »
Distance du gazon à la première veine . ,
Épaisseur de cette première .
Cette première veine n a partout qu un seul lit ou épaisseur uniforme : elle a un doigt d’épaisseur de houage (terre noire, meuble, qui se trouve dessous
Épaisseur
Distance
des
entre les
Veines.
Veines.
1 pi. 3 p.
21 pi.
tes les couches ou veines de charbon de la montagne de Saint-Gilles au pays de Liège, et j’ai cru devoir en donner ici le tableau, quoiqu’il y
HISTOIRE NATURELLE
ait beaucoup plus de fictif et de conjectural que de réel dans son exposition. Il prétend que ces veines sont au nombre de soixante-une , et que
ou entre les bancs de houille), en dessous , ce qui la rend très-facile à l’exploitation.
Dilance de la première à la seconde veine.
Épaisseur de la seconde veine .
Elle est séparée en deux lits, par un doigt d’épaisseur de houage.
Distance de la deuxième à la troisième veine .
Épaisseur de la troisième veine .
Cette troisième veine est quelquefois séparée en deux , par un ou deux pieds de roc ; et, à prendre la chose en général , on peut compter depuis un pied jusqu’à une , et même deux toises de distance entre ces deux lits de houille qui ne font cependant qu’une seule veine.
Distancede la troisième à la quatrième. . .
Épaisseur de la quatrième veine .
Elle a trois pouces de houage en bas ; sa houille est. bonne , et brûle comme le charbon du meilleur bois.
Distance de la quatrième à la cinquième veine .
Épaisseur de la cinquième veine .
Cette cinquième veine est mêlée de pierres qui prennent la moitié de son épaisseur, et la réduisent à sept ou' huit pouces, divisée en trois couches : elle renferme quelquefois des pyrites sulfureuses, qui lui donnent une odeur désagréable en brûlant.
Distance de la cinquième à la sixième veine .
Epaisseur de la sixième veine .
Distance de la sixième à la septième veine.
Épaisseur de cette septième veine .
La houille de cette veine est de bonne qualité ; c’est à cette veine que commence à toucher la grande faille qui coupe ensuite toutes celles qui sont au-dessous.
Distance de la septième à la huitième
Épaisseur de la huitième veine .
Elle est séparée en deux, par une épaisseur de deux à trois pouces de pierres, et a en dessous environ trois pouces de houage.
Distance de la huitième à la neuvième veine .
Épaisseur de la neuvième veine.
Elle est séparée en trois branches par deux lits de pierres, qui font qu’elle ne vaut presque rien.
Distance de la neuvième à la dixième veine.
Épaisseur de cette dixième veine .
Elle est de bonne qualité, quoique difficile à exploiter.
Distance de la dixième à la onzième veine.
Épaisseur de cette onzième veine .
Elle a au-dessous deux ou trois doigts
Epaisseur
des
Veines.
t pi. 7 p.
Distance entre les Veines
d’épaisseur de houage, et est excellente.
Distance de la onzième à la douzième
Épaisseur de cette douzième veine .
La houille de cette veine répand une mauvaise odeur en brûlant, parce quelle renferme des boutures ou pyrites sulfureuses ; exposée à l’air pendant les pluies, celle qui est émiettée fermente et s’enflamme d’elle-même, et c’est pour cela qu’on ne peut exploiter cette veine pendant l’hiver, puisque la houille ne pourrait se conserver en tas à l’air libre pour la vente, sans accidents.
Distance de la douzième à la treizième veine .
Épaisseur de cette treizième veine .
Elle est divisée en trois bancs, par deux lits de pierres, d’un à deux doigts d’épaisseur, et a en dessous un demidoigt de houage.
Distance de la treizième à la quatorzième veine .
Épaisseur de cette quatorzième veine .... Elle est séparée en deux branches presque égales, par un banc de pierres noires et de veine mitoyenne (ou fausse veine terreuse , qui n’est ni de vraie houille, ni proprement terre, ni véritable pierre, mais un composé des trois fondues ensemble), le tout d’un pied d’épaisseur ; et a en dessous deux ou trois doigts d’épaisseur de houage.
Distance de la quatorzième à la quinzième
Epaisseur
des
Veines.
1 pi. 2 p.
Epaisseur de cette quinzième veine . .
Elle est quelquefois séparée en deux par un lit de pierre et de matière bitumineuse , ce qui n’empêche pas que la veine ne soit excellente.
Distance de la quinzième à la seizième
veine .
Épaisseur de cette seizième veine .
Elle est quelquefois d’une seule pièce, et d’autres fois elle a trois couches, alors celle de dessus et celle de dessous sont les plus épaisses ; souvent il y a uu peu de houage, et souvent il n’y en a point.
Distance de la seizième à la dix-septième
veine .
Épaisseur de cette dix-septième veine. . . . 11 y a un lit de deux doigts d’épaisseur qui la divise en deux brandies, c’est encore ici une veine d’élite : il y a depuis deux jusqu’à cinq doigts d’épaisseur de houage sous cette veine. Distance de la dix-septième à la dix-huitième veine .
> Épaisseur de cette dix-huitième veine. . . .
Distance entre les Veines.
DES MINEKAUX.
la dernière est à quatre mille cent vingt-cinq i de la montagne de Saint-Gilles ne sont parvepieds liégeois de profondeur, tandis que dans la nus qu’à la vingt-troisième veine, laquelle ne se réalité et de fait, les travaux les plus profonds trouve qu’à douze cent quatre-vingt-huit pieds
Epaisseur
des
Veines.
Distance entre les Veines
Cette Yeine est bonne; elle est tantôt d'une seule pièce , et tantôt de deux couches : elle a quelquefois du liouage, et d’autres fois elle n'en a point.
Distance de la dix-huitième à la dix-neuvième veine .
Épaisseur de cette dix-neuvième veine. . . Elle a un lit de pierres qui la divise en deux branches , et ce lit n'étant que d'un pied en quelques endroits , se trouve de plusieurs pieds d’épaisseur en d'autres s il y a un demi pied de liouage sous la dernière couche du bas ; la veine a quelquefois des pyrites sulfureuses.
Distance de la dix-neuvième à la vingtième
veine .
Épaisseur de cette vingtième veine. . .
Elle est quelquefois d'uue seule pièce , et d’autres fois de deux couches , qui sont séparées par un doigt de liouage Distance de la vingtième à la vingt-unième
5 pi. 6 p.
veme .
Épaisseur de cette vingt-unième veine.
Elle est souvent séparée en deux couches, par un lit de sept à huit pouces de roc : celle de dessus est la plus épaisse, et est quelquefois divisée par deux doigts de houage.
Distance de la vingt-unième à la vingt-
deux ème veine .
Épaisseur de cette vingt-deuxième veine.
C’est la meilleure de toutes les veines, cependant il s’y trouve quelquefois des pyrites, mais aisées à séparer : elle a deux doigts de houage.
Distance de la vingt-deuxième à la vingt-
troisième veine .
Épaisseur de cette vingt-troisième veine. La houille donne au feu un peu de mauvaise odeur; elle a irois couches; celle d'en bas et celle d’en haut sont les plus épaisses : il y a un doigt de houage sous celle du milieu ; la veine contient souvent des pyrites.
Distance de la vingt-troisième à lu vingt-
quatrième veine .
Épaisseur de cette vingt-quatrièrne veine. Il y a un demi-pied de houage en dessous.
Distance de la vingt-quatrième à la vingt-
cinquième veine .
Épaisseur de celte vingt-cinquième veine. Elle contient beaucoup de pyrites sulfureuses, et est divisée en deux couches.
Distance de la vingt-cinquième â la vingt-
sixième veine .
Épaisseur de cette vingt-sixième veine. . . . Elle est aussi divisée en deux couches, et a depuis deux jusqu’à trois pouces de houage en dessous.
Distance de la vingt-sixième à la vingt-
87 pi.
septième veine .
Épaisseur de cette vingt-septième veine., Cette veine est bonne et toute d'une pièce.
Distance de la vingt-septième à la vingt-
huitième veine .
Épaisseur de cette vingt-huitième veine.
Cette veine est bonne et aussi d’ui seule pièce ; elle a deux doigts < houage.
neuvième veme .
Épaisseur de cette vingt-neuvième veine Il y a deux lits de pierres qui divisent la veine en trois; l’un de ces lits de pierres a trois pouces, et l’autre un pied d’épaisseur; elle est mise au nombre des meilleures veines et a un pouce de houage au milieu.
Distance de la vingt-neuvième à la trentième veine .
Épaisseur de cette trentième veine .
Elle est divisée en deux couches ; il y a quelquefois du houage et toujours des pyrites sulfureuses.
Distance delà trentième à la trente-unième
veine .
Épaisseur de cette trente-unième veine.
Il y a deux lits de pierres qui la divisent en trois branches , et qui ont chacun sept à huit pouces d’épaisseur: ces trois branches donnent de la houille qui est peu estimée.
Distance de la trente-unième à la trente
deuxième veine .
Épaisseur de cette trente-deuxième veine C’est ici une bonne veine divisée en deux couches par uue épaisseur de
Épaisseur
des
Veines.
Distance
entre les
Veines.
2 pi. 3 p.
deux doigts de houage.
et la
Distance entre la trente-deuxième
trente- troisième veine .
Épaisseur de cette trente- troisième veine Il y a un lit de pierres de sept pouces d é paisseur, qui la divise en deux bran ches à peu près égales ; la houille de celte veine est un peu moins noire que celle des autres veines ; il y a trois doigts de houage au-dessous.
Distance de la trente-troisième à la trente
quatrième veine .
Épaisseur de cette trente-quatrième veine ny a encore ici trois couches de houille dont la supérieure est la plus épaisse avec un demi-doigt de houage au-des sous.
Distance de la trente-quatrième à la trente
cinquième veine .
Épaisseur de cette trente-cinquième veine Cette trente-cinquième veine est bonne elle a deux doigts de houage au-des sous,
Distance de la ti ente-cinquième à la trente sixièmeveine .
HISTOIRE NATURELLE
liégeois, c’est-à-dire à mille soixante-treize pieds
de Paris de profondeur, suivant le calcul même
Épaisseur de cette trente-sixième veine. .
II y a deux lits de pierres , chacun de quatre à cinq pouces d’épaisseur, qui séparent la veine en trois branches :
cette veine porte sur deux doigts de houage , et renferme quelquefois des pyrites sulfureuses.
Distance de la trente-sixième à la trente-
Épaisseur
des
Veines.
Épaisseur de cette trente-septième veine..
Il y a un lit de pierres qui divise la veine en deux branches, dont la supérieure a un demi-doigt de houage ; cette veine renferme quelques pyrites.
Distance de la trente-septième à la trente-
hnifiAmp vpinp .
Épaisseur de cette trente-huitième veine.
Souvent cette veine est d’une seule pièce, et souvent elle est divisée en deux couches, dont l’inférieure porte sur une épaisseur de deux doigts de houage.
Distance de la trente-huitième à la trente-
Tl p 1 1 v i p m P vpinp .
Épaisseur de cette trente-neuvième veine. Cette veine a deux couches ; celle de dessus est la plus épaisse, et porte sur un doigt de houage.
Distance de la trente-neuvième à la quarantième veine . . .
Épaisseur de cette quarantième veine. . . . Distance de la quarantième à la quaranteunième veine . . .
Épaisseurde cette quarante-unième veine.
Cette veine est composée de deux couches ; celle de dessous est la plus épaisse , et porte sur deux doigts de houage.
Distance de la quarante-unième à la quarante-deuxième veine .
Épaisseur de cette quarante - deuxième veine .
Il y a un lit de pierres de deux doigts d’épaisseur, qui divise la veine en deux branches ; celle de dessus est la plus forte , et celle de dessous a trois doigts de houage.
Distance de la quarante-deuxième à la quarante-troisième veine .
Épaisseur de cette quarante - troisième vpinf* .
Distance de la quarante-troisième à la quarante-quatrième veine .
Épaisseur de cette quarante-quatrième veine . . .
Distance de la quarante-quatrième à la quarante-cinquième veine .
Epaisseur de cette quarante-cinquième veine .
Elle est divisée en deux couches ; celle de dessous a deux doigts de houage.
Distance delà quarante-cinquième à la quarante-sixième veine .
Épaisseur de cette quarante-sixième veine. Distance de la quarante-sixième à la quarante-septième veine .
Distance entre les Veines.
Épaisseur
Distance
des
entre les
Épaisseur de cette quarante-septième veine .
Elle est composée de deux couches; celle d'en bas a un doigt d’épaisseur de houage.
Distance de la quarante-septième à la quarante-huitième veine .
Épaisseur de cette quarante-huitième veine .
Distance de la quarante-huitième à la quarante-neuvième veine .
Épaisseur de cette quarante - neuvième
veine .
Distance de la quarante-neuvième à la cin-
^ quantième veine .
Épaisseur de cette cinquantième veine.. . . Distance de la cinquantième à la cinquante- unième veine .
Épaisseur de cette cinquante-unième veine .
Distance de la cinquante-unième à la cinquante-deuxième veine .
Épaisseur delà cinquante-deuxième veine. Elle est divisée en deux couches; celle de dessous a quatre pouces de houage.
Distance de la cinquante - deuxième à la
cinquante-troisième veine .
Épaisseur de cette cinquante - troisième
veine .
Il y a un lit de pierres d’un pied d’épaisseur, qui divise la veine en deux branches ; celle d’en bas a un pied de houage.
Distance de la cinquante-troisième à la
cinquante-quatrième veine .
Épaisseur de cette cinquante - quatrième
veine .
Elle est difficile à exploiter à cause des pierres qui s’y trouvent mêlées.
Distance de la cinquante-quatrième à la
cinquante-cinquième veine .
Épaisseur de cette cinquante-cinquième
veine .
Cette veine est bonne, facile à exploiter, avec trois pouces de houage en dessous.
Distance de la cinquante-cinquième à la
cinquante-sixième veine .
Épaisseurde cette cinquante-sixième veine. Elle est divisée en deux couches; celle de dessus est la plus épaisse , et porte sur un doigt d’épaisseur de houage : il y a ici une faille dont on a déjà parlé , qui a quatre cent vingt pieds d’épaisseur, et qui sépare la cinquantesixième veine de la cinquante-septième.
Veines.
Distance de la cinquante-sixième à la cin-
, quante-septième veine .
Épaisseur de cette cinquante -septième
11 y a un lit de pierres qui , depuis trois pouces, s’élargit jusqu’à vingt et vingtun pieds, et divise ainsi la veine en deux branches.
Distance de la cinquante septième à la cin-
Veincs.
DES MINERAUX. 139
des distances rapportées par cet auteur 1 . Les autres travaux des environs ne sont pas aussi profonds2. M. Gennetéa donc eu tort de faire entendre que les mines du pays de Liège ont été foui liées jusqu’à quatre mille cent vingt- cinq pieds de profondeur; tout ce qu’il aurait pu dire, c’est que si l’on voulait exploiter par le sommet de la montagne de Saint-Gilles sa soixante-unième veine, il faudrait creuser jusqu’à quatre mille cent vingt-cinq pieds de profondeur perpendiculaire, c’est-à-dire à trois mille quatre cent trente-huit pieds de Paris, si toutefois cette veine conserve la même courbure qu’il lui suppose. Rejetant donc comme conjecturales et peut-être imaginaires, toutes les veines supposées par M. Genneté au delà de la vingt-troisième, qui est la plus profonde de toutes celles qui ont été fouillées , et n’en comptant en effet que vingt-troisau lieu de soixante-une, on verra, par la comparaison entre elles de ces veines de charbon, toutes situées les unes au-dessous des autres, que leur épaisseur n’est pas relative à la profondeur où elles gisent; car dans le nombre des veines supérieures, de celles du milieu et des inférieures , il s’en trouve qui sont à peu près également épaisses ou minces , sans aucune règle ni aucun rapport avec leur situation en profondeur.
Épaisseur
des
Veines.
Distance
entre les
Veines.
quante-huitième veine .
Epaisseur de cette cinquante-huitième
Distance de la cinquante-huitième à la cinquante-neuvième veine .
Epaisseur de cette cinquante-neuvième veine .
Elle est divisée en deux couches par deux doigts d’épaisseur de houage, et contient beaucoup de pyrites.
Distance de la cinquante-neuvième à la soixantième veine .
Épaisseur de cette soixantième veine. . . . Distance de la soixantième à la soixanteuuième veine. . . .
Épaisseur de cette soixante-unième et dernière veine .
Cette veine est d’élite ; elle porte sur trois pouces de houage, et est divisée en deux couches.
M. Genneté ajoute que lehouage se trouve toujours sous les veines ou bien entre elles, et que toutes celles où il y a de cette espèce de terre sont plus faciles à exploiter que les autres, parce que l’on y fait entrer aisément les coins de fer pour détacher la houille et l'enlever en morceaux. Connaissance des veines de houille, etc,, page 47 jusqu’à la page 81.
4 Voyez la planche III, figure 1, de M. Genneté.
3 Note communiquée par M. le Camus de Liinare.
On verra aussi que l’épaisseur plus ou moins grande des matières étrangères interposées entre les veines du charbon n’influe pas sur leur épaisseur propre.
Il en est encore de même de la bonne ou mauvaise qualité des charbons; elle n’a nul rapport ici avec les différentes profondeurs d’où on les tire : car on voit par le tableau que le meilleur charbon de ces vingt-trois veines est celui qui s’esttrouvédans les quatrième, septième, dixième, onzième, quinzième, dix-septième, dixhuitième et vingt-deuxième veines ; en sorte que dans les veines les plus basses, ainsi que dans celles du milieu, et dans les plus extérieures, il se trouve également du très-bon , du médiocre et du mauvais charbon. Cela prouve encore que c’est une même matière amenée et déposée par les mêmes moyens, qui a formé les unes et les autres de ces différentes veines , et qu’un séjour plus ou moins long dans le sein de la terre n’a pas changé leur nature ni même leur qualité , puisque les plus profondes , et par conséquent les plus anciennement déposées, sont absolument de la même essence et qualité que les plus modernes; mais cela n’empêche pas qu’ici, comme ailleurs, la partie du milieu et le fond de la veine ne soient toujours celles où se trouve le meilleur charbon : celui de la partie supérieure est toujours plus maigre et plus léger, et à mesure que les rameaux de la veine approchent plus de la surface de la terre , le charbon en est moins compacte, et il paraît avoir été altéré par la stillation des eaux *.
Dans ces vingt-trois veines, il y en a huit de très-bon charbon , dix de médiocre qualité , et cinq qui donnent une très-mauvaise odeur par la grande quantité des pyrites qu’elles contiennent; et comme l’une de ces veines pyriteuses se trouve être la dernière, c’est-à-dire la vingttroisième , on voit que 1 es pyrites qui ne se forment ordinairement qu’à de médiocres profondeurs , ne laissent pas de se trouver à plus de douze
* « Il y a deux espèces de charbon, le premier gras, com- « pacte, luisant et lent à s’enflammer , mais qui , l'étant une « fois, donne un feu vif, une flamme blanche, et jette une f u- « mée épaisse.... Cette espèce est la meilleure , et est appelée « charbon de pierre.... On ne trouve ce charbon que dans « la profondeur, où il conserve une portion plus considérable « de bitume, qui le rend plus compacte et plus onctueux. . . . « La seconde espèce de charbon est tendre, friable et sujette « à se décomposer à l’air; il s’allume facilement; mais sa « chaleur est faible.... Sa situation superficielle est cause qu’il « a perdu la partie la plus subtile de son bitume. » Mémoire sur le charbon minerai, par M. de Tilly, pages 5 et 6.
HISTOIRE NATURELLE
cent quatre-vingts pieds liégeois dans l’intérieur de la terre , ou mille soixante-treize pieds de Paris ; ce qui démontre qu’elles y ont été déposées en même temps que la matière végétale qui fait le fond de la substance du charbon.
On voit encore, en comparant les épaisseurs de ces différentes veines, qu’elles varientdepuis sept pouces jusqu’à cinq pieds et demi , et que celle des lits qui les séparent, varie depuis vingtun pieds jusqu’à quatre-vingt-dix-huit, mais sans aucune proportion ni relation des unes aux autres. Les veines les plus épaisses sont les troisième, quatorzième, dix-neuvième, vingtdeuxième et la plus mince est la sixième.
Au reste dans une même montagne, et souvent dans une contrée tout entière , les veines de charbon ne varient pas beaucoup par leur épaisseur, et l’on peut juger dès la première veine de ce qu’on peut attendre des suivantes ; car si cette veine est mince, toutes les autres le seront aussi. Au contraire si la première veine qu’on découvre se trouve épaisse, on peut présumer avec fondement que celles qui sont audessous ont de même une forte épaisseur.
Dans les différents pays, quoique la direction des veines soit partout assez constante et toujours du levant au couchant, leur situation varie autant que leur inclinaison. On vient de voir que dans celui de Liège elles se trouvent pour ainsi dire à toutes profondeurs . Dans le Hainaut, aux villages d’Anzin, de Fresnes, etc,, elles sont fort inclinées avant d’arriver à leur plateur, et se trouvent à trente ou trente-quatre toises audessous de la surface du terrain ; tandis que dans le Forez elles sont presque horizontales et à fleur de terre, c’est à-dire à deux ou trois pieds au-dessous de sa surface. Il en est à peu près de même en Bourgogne, à Mont-Cenis, Épinac, etc . , où les premières veines ne sont qu’à quelques pieds. Dans le Bourbonnais, à Fins, elles se trouvent à deux , trois ou quatre toises et sont peu inclinées; tandis qu’en Anjou, à Saint- George , Châtel-Oison et Concourson , où elles remontent à la surface, c’est-à-dire à deux, trois et quatre pieds, elles ont dans leur commencement une si forte inclinaison qu’elles approchent delà perpendiculaire ; et ces veines presque verticales à leur origine, ne font plateur qu’à sept cents pieds de profondeur.
Nous avons dit 1 que les mines d’ardoise et
celles de charbon de terre , avaient bien des rapports entre elles par leur situation et leur formation; ceci nous en fournit une nouvelle preuve de fait, puisqu’en Anjou où les ardoises sont posées presque perpendiculairement, les charbons se trouvent souvent de même dans cette situation perpendiculaire. Dans l’Albigeois , à Carmeaux, la veine de charbon ne se trouve qu’à deux cents pieds, et elle fait son plateur à quatre cents pieds 1 .
L’épaisseur des veines est aussi très-différente dans les différents lieux. On vient de voir que toutes celles du pays de Liège sont très-minces, puisque les plus fortes n’ont que cinq pieds et demi d’épaisseur dans la montagne de Saint- Gilles, et sept pieds dans quelques autres contrées de ce même pays. Mais il y a deux manières dont les charbons ont été déposés : la première en veines étendues sur des terrains en pente, et la seconde en masses sur le fond des vallées ; et ces dépôts en masses seront toujours plus épais que les veines en pentes. Il y a de ces masses de charbon qui ont jusqu’à dix toises d’épaisseur. Or si les veines étaient partout très-minces, on pourrait imaginer avec M. Genneté, qu’elles ne sont en effet produites que par le suintement des bitumes des grosses couches intermédiaires. Mais comment concevoir qu’une masse de dix toises d’épaisseur ait pu se produire par cette voie? On ne peut donc pas douter que ces masses si épaisses ne soient des dépôts de matière végétale accumulée l’une sur l’autre quelquefois jusqu’à soixante pieds d’épaisseur.
Quoique les veines soient à peu près parallèles les unes au-dessus des autres, cependant il arrive souvent qu’elles s’approchent ou s’éloignent beaucoup , en laissant entre elles de plus ou moins grandes distances en hauteur; et ces intervalles sont toujours remplis de matières étrangères, dont les épaisseurs sont aussi variables et toujours beaucoup plus fortes que celle des couches de charbon : celles-ci sont en général assez minces, et communément elles sont d’un pied, deux pieds jusqu’à six ou sept d’épaisseur ; celles qui sont beaucoup plus épaisses, ne sont pas des couches ou veines qui se prolongent régulièrement , mais plutôt , comme nous venons de l’exposer , des amas ou masses
{ Mémoire sur le charbon minéral, par M. deTilly pag. 13 et suiv.
* Époques de la nature, tome l.
Ui
DES MINÉRAUX
en dépôts qui ne se trouvent que dans quelques endroits , et dont l’étendue n’est pas considérable.
Les mines de charbon les plus profondes que l’on connaisse en Europe sont celles du comté de Namur, qu’on assure être fouillées jusqu’à deux mille quatre cents pieds du pays1, ce qui revient à peu près à deux mille pieds de France ; celles de Liège, où l’on est descendu à mille soixante-treize pieds ; celle de Whitehaven près de Moresby, qui passe pour être la plus profonde de toute la Grande-Bretagne, n’a que cent trente brasses , c’est-à-dire six cent quatrevingt-treize de nos pieds ; on y compte vingt couches ou veines de charbon les unes au-dessous des autres.
Dans toutes les mines de charbon et dans quelque pays que ce soit , les surfaces du banc de charbon par lesquelles il est appliqué au toit et au sol sont lisses , luisantes et polies , et on trouve souvent de petits lits durs et pierreux dans la veine même de charbon, lesquels la traversent et la suivent horizontalement. Le cours des veines est aussi assez fréquemment gêné ou interrompu par des bancs de pierre qu’on appelle des creins : ils n’ont ordinairement que peu d’étendue ; mais ils sont souvent d’une matière si dure , qu’ils résistent à tous les instruments. Ces creins partent du toit ou du sol de la veine et quelquefois de tous les deux ; ils sont de la même nature que le banc inférieur ou supérieur auquel ils sont attachés. Les failles dont nous avons parlé sont d’une étendue bien plus considérable que les creins, et souvent elles terminent la veine ou du moins l’interrompent entièrement et dans une grande longueur ; elles partent de la plus grande profondeur , traversent toutes les veines et autres matières intermédiaires, et montent quelquefois jusqu’à la surface du terrain. Dans le pays de Liège, elles ont pour la plupart quinze ou vingt toises d’épaisseur sans aucune direction ni inclinaison réglées : il y en a de verticales , d’obliques et d’horizontales en tout sens : elles ne sont pas de la même substance dans toute leur étendue ; ce ne sont que d’énormes fragments de schiste, de roche, de grès ou d’autres matières pierreuses superposées irrégulièrement, qui semblent s’être éboulées dans les vides de la terre 2.
4 Du Charbon de terre, etc., par M. Morand , page 133.
* Du Charbon de terre , etc., par M. Morand , page 39 et
8UÎV.
Les schistes qui couvrent et enveloppent les veines sont souvent mêlés de terre limoneuse et presque toujours imprégnés de bitumes et de matières pyriteuses; ils contiennent aussi des parties ferrugineuses et deviennent rouges par l’action du feu : plusieurs de ces schistes sont combustibles. On a des exemples de bonnes veines de charbon qui se sont trouvées audessous d’une mine de fer, et dans lesquelles le schiste qui sert de toit au charbon est plus ferrugineux que les autres schistes ; il y en a qui sont presque entièrement pyriteux , et les charbons qu’ils recouvrent ont un enduit doré et varié d’autres couleurs luisantes. Ces charbons pyriteux conservent même ces couleurs après avoir subi l’action du feu ; mais ils les perdent bientôt s’ils demeurent exposés aux injures de l’air; car il n’y a pas de soufre en nature dans les charbons de terre, mais seulement de la pyrite plus ou moins décomposée; et comme le fer est bien plus abondant que le cuivre dans le sein de la terre, la quantité des pyrites ferrugineuses ou martiales étant beaucoup plus grande que celle des pyrites cuivreuses , presque toutes les veines de charbon sont mêlées de pyrites martiales, et ce n’est qu’en trèspeu d’endroits où il s’en trouve de mélangées avec les pyrites cuivreuses.
Lors donc qu’il se trouve du soufre en nature dans quelques mines de charbon comme dans celle de Whitehaven en Angleterre, où le schiste qui fait l’enveloppe de la veine de charbon est entièrement incrusté de soufre 1 , cet effet ne provient que du feu accidentel qui s’est allumé dans ces mines par l’effervescence des pyrites et l’inflammation de leurs vapeurs. Les mines de charbon dans lesquelles il ne s’est fait aucun incendie ne contiennent point de soufre naturel, quoique presque toutes soient mêlées d’une plus ou moins grande quantité de parties pyriteuses.
Ces charbons pyriteux sont donc imprégnés de l’acide vitriolique et des terres minérales et végétales qui servent de base à l’acide pour la composition de la pyrite. Ces charbons se décomposent à l’air, et très-souvent il se produit à leur surface des filets d’alun par leur efflorescence ; par exemple , les eaux qui sortent des mines de Montcenis en Bourgogne sont trèsalumineuses, et il n’est pas même rare de trou-
4 Transactions philosophiques , année 1733.
HISTOIRE NATURELLE
ver des terres alumineuses près des charbons de terre. On tire aussi quelquefois de l’alun de la substance même du charbon; on en a des exemples dans la mine de Laval en France *, dans celle de Nordhausen en Allemagne 2, et dans celle du pays de Liège, où M. Morand 3 a trouvé une grande quantité d’alun formé en cristaux sur les pierres schisteuses du toit des veines de charbon : « Le territoire de ce pays, dit-il ,
« ouvert pour les mines de houille, l’est égale- « ment pour des terres d’alun dont les mines « sont appelées alunières. »
L’alun n’est pas le seul sel qui se trouve dans les charbons de terre; il y a certaines mines de charbon, comme celle deNicolaïen Silésie, qui contiennent du sel marin , et dont on tire des pierres quelquefois recouvertes d’une grande quantité de sel gemme. En général tout ce qui entre dans la composition des pyrites et de la terre végétale doit se trouver dans les charbons de terre; car la décomposition de ces substances végétales et pyriteuses y répand tous les sels formés de l’union des acides avec les terres végétales et ferrugineuses.
Quoique nous ayons dit que les veines de charbon étaient ordinairement couvertes et enveloppées par un schiste plus ou moins mêlé de terre végétale ou limoneuse, ce n’est cependant pas une règle sans exception; car il y a quelques mines où le toit et le sol de la veine de charbon sont de grès , et même de pierre calcaire plus ou moins dure; on en a des exemples dans les mines des territoires de Mons, de Juliers, et dans certains endroits de l’Allemagne, cités par le savant chimiste M. Lehmann. On peut voir dans le troisième volumede ses Essais sur l’Histoire naturelle des couches de la terre tous les lits qui surmontent et accompagnent les veines de charbon de terre en Misnie , près de Vettin et d e Loébegin; en Thuringe dans le comté de Hohenstein , dans tout le terrain qui environne le Hartz jusqu’auprès du comté de Mansfeld ; et encore les mines du duché de Brunswick près de Helmstadt. On voit dans le tableau que M. Lehmann donne de ces différents lits, que les veines de charbon se trouvent également sous le schiste, sur une matière spatheuse, sous des pierres feuilletées composées
1 Essai sur les mines , par M. Hellot , de l’Académie des Sciences.
J Bruckmann , Epist. itinera , cap. xx , n° 13.
5 Ou Charbon de terre , etc , par M. Morand , page 23.
d’argile et d’un peu de pierre calcaire , etc. ; et l’on peut observer que dans les lits qui séparent les différentes veines de charbon , il n’y a ni ordre de matières , ni suite régulière , et que ces lits sont , dans tous les autres terrains à charbon, comme jetés au hasard, l’argile sur la marne, la pierre calcaire sur le schiste, les substances spathiques sur les sables argileux, etc.
Dans l’immense quantité de décombres et de débris de toute espèce qui surmontent et accompagnent les veines de charbon de terre , il se trouve quelquefois des métaux, des demimétaux , ou minéraux métalliques ; le fer y est abondamment répandu sous la forme d’ocre, et quelquefois en grains de mine 1 ; le cuivre et l’argent s’y trouvent plus rarement, et l’on doit regarder comme chose extraordinaire ce que l’on raconte de la mine de charbon de Chemnitz en Saxe qui contient un très-beau vert-de-gris, et produit dans certains essais trente livres de bon cuivre de rosette et cinq onces et demie d’argent par quintal : il me paraît évident que cette quantité de cuivre et d’argent ne se trouve pas dans un quintal de charbon , et qu’on doit regarder cette mine de cuivre comme isolée et séparée de celle du charbon. Il en esta peu près de même des mines de calamine, qui sont assez fréquentes dans le pays de Liège. Toutes les mines métalliques de seconde formation peuvent se trouver comme celles de charbon dans les couches de la terre qui sont elles-mêmes d’une formation secondaire. Il peut, par cette même raison, se trouver quelques filets ou grains de métal charriés et déposés par la stillation des eaux dans le charbon de terre, qui se seront formés dans cette matière de la même manière qu’ils se forment dans toutes les autres couches de la terre. Ces mines métalliques secondaires et parasites tirent leur origine des anciens filons et n’en sont que des particules détachées par l’eau ou déposées dans le sein de la terre parla décomposition des anciens filons métalliques ; et ce n’est que par ce moyen qu’il peut se trouver quelquefois dans le charbon de terre , comme dans
1 « En Angleterre, à Bilston et à Brosley sur la Saverne , Je « toit des veines de charbon est rempli de cailloux arrondis « plus ou moins gros , qui sont de la vraie mine de fer ; c’est « une pierre compacte fort dure, sans cependant faire feu « avec l’acier, et de couleur d'ardoise plus ou moins foncée; « elle est quelquefois mêlée de petitesveinesdecristallisalions « calcaires: il faut la griller une etdeuxfois à l’air libre, avant « de la fondre avec du coak dans les hauts fourneaux ordi- < naires, » Note communiquée par M. le Camus de Limare.
DES MINE K AUX
toute autre matière , de petites portions de métaux. M. Kurellaen donne quelques exemples; il cite un morceau de charbon de terre qui laissait apercevoir une mine d’argent pur 1 , et ce morceau venait apparemment des mines de Hesse, dans le charbon desquelles on trouve en effet un peu d’argent assez pur; celle de Richenffein en Silésie contient de l’or ; une de celles du comté de Buckingham dans la Grande-Bretagne donne du plomb, et M. Morand dit que l’étain se trouve aussi quelquefois dans le charbon de terre2. Tous les métaux peuvent donc s’y trouver, mais en parcelles et en débris , comme toutes les autres matières qui sont de formation secondaire.
Nous devons encore observer au sujet des veines , des couches et des masses de charbon , qu’il s’en trouve très-souvent de grands amas qui ne se prolongent pas au loin en veines régulières , et qui néanmoins occupent des espaces assez grands. Ces amas ont dù se former toutes les fois que les arbres et autres matières végétales se sont trouvés amoncelés sur des fonds creux environnés d’éminences : ainsi ces amas n’ont point de communication entre eux , et ne sont pas disposés par veines dirigées du levant au couchant. Ces mines en masses sont bien plus faciles à exploiter que les mines en veines; elles sont ordinairement plus épaisses et situées moins profondément. Dans le Bourbonnais, l’Auvergne, le Forez et la Bourgogne, et dans plusieurs autres provinces de France, les mines dont on tire le plus de charbon sont en amas et non pas en veines prolongées ; elles ont ordinairement huit et dix pieds d’épaisseur de charbon et souvent beaucoup plus.
Mais, comme nous l’avons dit, toutes les mines de charbon , soit en veines ou en amas , ne se trouvent que dans les couches de seconde formation , dont les matières ont été amenées et déposées par les eaux de la mer ; on n’en a jamais trouvé dans les grandes masses vitreuses de première formation, telles que les quartz , les jaspes et les granits ; c’est toujours dans les collines et montagnes du second ordre , et surtout dans celles dont la construction par bancs est la plus irrégulière, que gisent ces amas et ces veines de charbon ; et la plus grande partie de la masse de ces montagnes est d'ordinaire un schiste ou une argile différemment modifiée , souvent
4 Essais ei expériences chimiques , in-8®.
* Du Charbon de terre , etc., parM. Morand , page 138.
aussi ce sont ou des grès plus décomposés , ou des pierres calcaires plus ou moins dures , ou des terres presque toujours imprégnées de matières pyriteuses qui leur donnent plus depesan* teur et une grande dureté. M. Lehmann dit avec quelque raison que le schiste qui sert presque toujours d’assise et de plancher au charbon de terre n’est qu’une argile durcie , feuilletée, sulfureuse, alumineuse et bitumineuse. Mais je ne vois pas comment on peut en conclure avec lui que ce schiste est bitumineux , lorsque sa portion argileuse a été imprégnée d’acide vitriol ique, et qu’il est fétide, lorsque cette même portion argileuse a été imprégnée d’acide marin 1 . Car le bitume ne se forme pas par le mélange de la terre argileuse avec l’acide vitriolique; mais par celui de ce même acide avecl huile des végétaux, à moins que cet habile chimiste n ait, comme M. de Gensanne, pris le limon ou la terre limoneuse pour de l’argile. Il ajoute que des observations réitérées ont fait connaître que
ces schistes, ardoises ou pierres feuilletées , occupent la partie du milieu du terrain sur lequel les mines de charbon sont portées , et que ces mines occupent toujours la partie la plus basse : ce qui n’est pas encore exactement vrai , puisque l’on trouve souvent des couches de schiste au-dessous des veines de charbon.
Les mines de charbon les plus aisées à exploiter ne sont pas celles qui sont dans les plaines ou dans le fond des vallons ; ce sont au contraire celles qui gisent en montagne, et desquelles on peut tirer les eaux par des galeries latérales, tandis que dans les plaines il faut des pompes ou d’autres machines pour élever les eaux, qui sont quelquefois en telle abondance, qu’on est obligé d’abandonner les travaux et de renoncer à l'exploitation de ces mines noyées; et ces eaux, lorsqu’elles ont croupi , prennent souvent une qualité funeste ; l’air s’y corrompt aussi dès qu’il n’a pas une libre circulation. Les accidents causés par les vapeurs qui s’élèvent de ces mines sont peut-être aussi fréquents que dans les mines métalliques. Le docteur Lister est le premier qui ait observé la nature de ces vapeurs ; il en distingue quatre sortes. La première, qu’il nomme exhalaison fleur s-de-pois , parce quelle a l’odeur de cette fleur, n’est pas mortelle, et ne se fait guère sentir qu’en été. La seconde, qu’il
< Voyez l’ouvrage de M. Lehmann, sur les Couches de la terre, tome III, page 287.
HISTOIRE NATURELLE
appelle exhalaison fulminante , produit en effet | un éclair et une forte détonation, en prenant feu à l’approche d’une chandelle; et l’on a remarqué qu’elle ne s’enflammait pas par les étincelles du briquet, en sorte que, pour éclairer les ouvriers dans ces profondeurs entièrement obscures , on s’est quelquefois servi d’une meule, qui, frottée continuellement contre des morceaux d’acier , produisait assez d’étincelles pour leur donner de la lumière sans courir le risque d’enflammer la vapeur. La troisième, qu’il regarde comme l’exhalaison commune et ordinaire dans toutes ces mines , est un mauvais air qu’on a peine à respirer : on reconnaît la présence de cette exha- j laison à la flamme d’une chandelle qui commence par tourner et diminuer jusqu’à extinction ; il en serait de même de la vie, si l’on s’obstinait à demeurer dans cet air qui paraît avoir perdu partie de son élasticité. Enfin la quatrième vapeur est celleque Lister nomme exhalaison globuleuse : c’est un amas de ce même mauvais air qui s’attache à la voûte de la mine en forme d’un ballon, dont l’enveloppe n’est pas plus épaisse qu’une toile d’araignée ; lorsque ce ballon vient à s’ouvrir , la vapeur qui en sort suffoque, étouffe ceux qui la respirent. Je crois, avec M. Morand, qu’on peut réduire ces quatre sortes de vapeurs à deux. L’une n’est qu’un simple brouillard de mauvais air, auquel nous donnerons le nom de mouffette ou pousse 1 ; cet air, qui éteint les lumières et fait périr les hommes, s est l’acide aérien ou air fixe, aujourd’hui bien connu, qui existe plus ou moins dans tout air , j et qui n’a pu être encore ni composé ni décomposé par l’art ; les ventilateurs et le feu lui-même ne le purifient pas et ne font que le déplacer : il faut donc entretenir une libre circulation dans les mines. Cette vapeur devient plus abondante lorsque les travaux ont été interrompus pendant quelques jours , et dans les grandes chaleurs de l’été, lebrouillard est quelquefois si fort, qu’on est obligé de cesser les ouvrages : il se condense souvent en filets qui voltigent ; et ce sont apparemment ces filets réunis qui forment les globes dont parle Lister. La seconde exhalaison est la vapeur qui s’enflamme et qu’on appelle/ew grieux 2 ; c’est vraiment de l’air inflam-
4 L’action de la mouffette ou pousse est telle, quelle éteint la chandelle, et qu’ensuite cette chandelle éteinte ne donne pas la moindre fumée, et qu’un charbon ardent qui a été soumis à la mouffette revient sans aucun vestige de chaleur. l)u Charbon de terre , par M. Morand , pages 34 et 137.
* On connaît plusieurs mines dans lesquelles le feu grieux
mable tout pareil à celui qui sort des marais et de toutes les eaux croupies : cet air siffle et pétille dans certains charbons , surtout lorsqu’ils sont amoncelés; ils s’enflamment quelquefois d’euxmêmes comme le feraient des pyrites entassées. Les ouvriers savent reconnaître qu’ils sont menacés de cette exhalaison, et qu’elle va s’allumer par l’effet très-naturel qu’elle produit de repousser l’air de l’endroit d’où elle vient; aussi dès qu’ils s’en aperçoivent, ils se hâtent d’éteindre leurs chandelles : ils sont encore avertis par les étincelles bleuâtres que la flamme de ces chandelles jette alors en assez grande quantité1.
Les mauvais effets de toutes ces exhalaisons peuvent être prévenus en purifiant l’air par le feu, et surtout en lui donnant une grande et libre circulation. Souvent les ventilateurs et les puits d’air ne suffisent pas; il faut établir dans les mines des fourneaux d’aspiration. Au reste , ce n’est guère que dans les mines où le charbon est très-pyriteux que ce feu grieux s’allume ; et l’on a observé qu’il est plus fréquent dans celles où les eaux croupissent : mais dans les mines de charbon purement bitumineux ou peu mélangé de parties pyriteuses, cette vapeur inflammable ne se manifeste point et n’existe peut-être pas.
Comme il y a plusieurs charbons de terre qui sont extrêmement pyriteux , les embrasements spontanés sont assez fréquents dans leurs mines; et quand une fois le feu s’est allumé, il est nonseulement durable, mais perpétuel; on en a plusieurs exemples, et l’on a vainement tenté d’arrêter le progrès de cet incendie souterrain, dont l'effet peu violent n’est pas accompagné de fortes explosions , et n’est nuisible que par la perte du charbon qu’il consume. Souvent ces mines ont été enflammées par les vapeurs mêmes qu’elles exhalent, et qui prennent feu à l’approche des chandelles allumées pour éclairer les ouvriers2.
se conserve depuis longtemps... Dans la mine de Mulhein (à une lieue de Cologne)... L’odeur qui accompagne ce feu ressemble à celle de la poudre à canon enflammée. Du Charbon de terre , par M. Morand , page 930.
4 Idem , ibidem , pag. 34 et suiv.
2 La vapeur sulfureuse qui s’élève de certaines mines de charbon , loin de concentrer la flamme des chandelles et de l’éteindre , l’augmente et l’étend à une hauteur marquée ; la flamme de cette chandelle fait alors l’effet d’une mèche qui allume toute la partie de la mine où cette vapeur était rassemblée : à Pensneth-Chasen le feu a pris de cette manière par une chandelle dans une carrière de charbon, et depuis ce temps on en voit sortir la flamme et la fumée. Voyez sur ce sujet, Transactions philosophiques, n° V29 ; et aussi les nos 109»
DES MENÉ R AUX
Dans le travail des mines de charbon de terre, l’on est toujours plus ou moins incommodé par les eaux ; les unes y coulent en sources vives , les autres n’y tombent qu’en suintant par les fentes des rochers et des terres supérieures , et j ies mineurs les plus expérimentés assurent que plus ils creusent , plus les eaux diminuent , et | qu’elles sont plus abondantes vers la superficie. Cette observation est conforme aux idées qu’on doit avoir de la quantité des eaux souterraines, qui , ne tirant leur origine que des eaux pluviales , sont d’autant plus abondantes qu’elles ont moins d’épaisseur de terre à traverser ; et ce ne doit être que quand on laisse tomber les eaux des excavations supérieures dans les travaux inférieurs, qu’elles paraissent être en plus grande quantité à cette profondeur plus grande. Enfin on a aussi observé que l’étendue superficielle et la direction des suintements et du volume des sources souterraines varient selon les différen-
ficie, puisqu’en perçant la terre jusqu’à cette profondeur avec des tarières , on se procure des eaux jaillissantes à la surface ; mais lorsqu’au lieu de former un siphon dans la terre , comme l’on fait avec la tarière , on y perce de larges puits et des galeries , l’eau s’épanche au lieu de remonter, et se ramasse en si grande quantité, que l’épuisement en est quelquefois au-dessus ! de toutes nos forces et des ressources de l’art.
I Les machines les plus puissantes que l’on em- ! ploie dans les mines de charbon sont les pompes à feu, dont ordinairement on peut augmenter les effets autant qu’il est nécessaire pour se ; débarrasser des eaux , et sans qu’il en coûte | d’autres frais que ceux de la construction de la ! machine, puisque c’est le charbon même de la ! mine qui sert d’aliment au feu , dont l’action, | par le moyen des vapeurs de l’eau bouillante , fait mouvoir les pistons de la pompe 1 ; mais
tes couches des matières où elles se trouvent’.
Tout le monde sait que l’eau qui ne peut se répandre remonte à la même hauteur dont elle est descendue ; rien ne démontre mieux que des eaux souterraines , même les plus profondes , proviennent uniquement des eaux de la super-
282 et 442. Nota. Je dois observer que les auteurs qui ont avancé, comme on le voit ici , que c’est la vapeur sulfureuse j qui s’enflamme , se sont trompés ; cette vapeur sulfureuse , loin de s’allumer, éteint au contraire les chandelles allumées: c’est donc à l’air inflammable et non à la vapeur sulfureuse qu’il faut attribuer l’inflammation dans les mines de charbon. Mais la cause la plus commune de l’embrasement des mines ; de charbon est l’inflammation des pyrites par l’humidité de la terre lorsqu’elle est abreuvée d’eau ; on ne peut parvenir à étouffer ce feu qu'en inondant pendant un certain temps toute la mine incendiée. Ces accidents sont très-fréquents dans les mines de charbon qui ont été exploitées sans ordre par les paysans : la quantité de puits et d'ouvertures qu’ils ont laissés sur la direction des veines sont autant de réceptacles aux eaux de pluie , qui , venant à rencontrer des pyrites , causent des incendies.
* Dans les substances molles et dans les lits profondément j enfouis , les fentes sont assez éloignées les unes des autres et ; plus étroites : dans les matières calcaires elles sont perpendi- ; culaires à l’horizon ; dans les bancs de grès et de roc vif, elles ; sont obliques et irrégulièrement placées ; dans quelques matières compactes , comme marbres , pierres dures et dans les premières couches , elles sont plus multipliées et plus larges ; souvent elles descendent depuis le sommet des masses jusqu’à leur base; d’autres fois elles pénètrent jusque dans les lits inférieurs : les unes vont en diminuant de largeur , d'autres ont dans toute leur étendue les mêmes dimensions. Pour ce qui j est des temps auxquels ont doit s’attendre davantage à la rencontre embarrassante des eaux , il est d observation qu elles , sont en général plus abondantes en hiver, suivant l’espèce ! de température et suivant les pluies : c’est ordinairement en mars qu'elles donnent davantage, à cause des fontes de neiges ; on les a vues quelquefois très-basses à Noël. Du Charbon de terre , par M. Morand, page 873.
* « Les machines ou pompes1 à feu sont particulièrement « appliquées à ces grands épuisements dans quantité de mi-
< nés de charbon de la Grande-Bretagne... La plus considé- « rable est celle de Walker , où les eaux ramassées à cent « toises de profondeur s’élèvent à quatre-vingt-neuf toises « jusqu’à un percement ou aqueduc de quatre pieds de haut « et de deux cent cinquante toises de long : sa puissance est de « trente-quatre mille quatre cent seize livres, elle a d’effort « trois mille quatre-vingt-seize... On se sert aussi d'une
< pompe à feu dans la mine de charbon de Frênes , proche « Condé, de laquelle M. Morand donne la description. * Du Charbon de terre, pages 404, 405 et 468... « Il y a dix pom-
< pes à feu dans la seule mine d’ Anzin ; il y en a une à Mon- * trelais, en Bretagne, et l’on en monte actuellement (septem- « bre 1779J une d’une puissance supérieure à lamine d’ Anzin, « pour remplacer l'ancienne , qui était défectueuse. # Note communiquée par M. le chevalier de Grignon... M. le Camus de Limare m'a informé qu’on a trouvé nouvellement en Angleterre les moyens de donner à ces machines à feu un degré de perfection qui produit un beaucoup plus grand effet avec une moindre consommation de matière combustible : voici la notice que M. de Limare a eu la bonté de me communiquer à ce sujet. « La nouvelle machine à feu que MM. Boulton et « Watt viennent d'établir en Angleterre avec le plus grand « succès , en vertu d’un arrêt du Parlement qui leur en ac- « corde le privilège exclusif , est infiniment supérieure aux « anciennes machines pour l’effet et pour l'économie.
« Ce n’est plus le poids de l’atmosphère qui donne le mou- « vement au piston, c est 1 action seule de la vapeui qui agit , « et sa condensation se fait dans un vaisseau qu’ils appellent « le condonsoi)' , et qui est distinct du cylindi e où agitlepis- « ton. Ce condensoir est toujours au même degré de chaleur « que la vapeur même , sans que 1 injection de 1 eau froide le « refroidisse en aucune façon; la vapeur étant introduite dans « la capacité d'une roue qui contient une matière fluide, elle « donne à cette roue un mouvement circulaireavec une force « relative à la capacité de la roue et à la quantité de vapeur « qu elle peut recevoir. Quoiqu’on nei puisse bien juger de ce « mécanisme dont on tient le jeu caché , sou effet est considé- « rable, et l’expérience l’a confirmé :1a même machine chan- « gée et disposée sur les principes ci-dessus , donne un effet « presque double et consomme infiniment moins de charbon « <iue par l'ancienne méthode , ce qui a fait adopter la nou- „ vellepar toute l’Angleterre, où MM. Boulton et Watt en ont
HISTOIRE NATURELLE
quand la profondeur est très-grande , et que les eaux sont trop abondantes , cette machine , la meilleure de toutes, n’a pas encore assez de puissance pour les épuiser.
Les eaux qui coulent dans les terres voisines des mines de charbon sont de qualités différentes : il y en a de très-pures et bonnes à boire ; mais ce ne sont que celles qui viennent des terres situées au-dessus des charbons : celles qui se trouvent dans le fond de leur mine sont quelquefois bitumineuses, et plus souvent vitrioliques et alumineuses ; l’alun ou le vitriol martial qu’elles tiennent en dissolution sont eux-mêmes très-souvent altérés par différents mélanges 1 ; mais de quelque qualité que soient les eaux , celles qui croupissent dans la profondeur des mines les rendent souvent inarbordables par les vapeurs funestes qu’elles produisent. L’air et l’eau ont également besoin d’être agités sans cesse pour conserver leur salubrité ; l’état de stagnation dans ces deux éléments est bientôt suivi de la corruption , et l’on ne saurait donner trop d’attention dans les travaux des mines à la liberté de mouvement et de circulation toujours nécessaire à ces deux éléments.
Après avoir exposé les faits qui ont rapport à la nature des charbons de terre , à leur formation , leur gisement , la direction , l’étendue, l’épaisseur de leurs veines en général , il est bon d’entrer dans le détail particulier des différentes mines qui ont été et qui sont encore travaillées avec succès , tant en France que dans les pays étrangers , et de montrer que cette matière se trouve partout où l’on sait la chercher; après quoi nous donnerons les moyens qu’il faut em-
déjk établi plusieurs avec beaucoup d’avantage pour eux et pour les propriétaires.
« Pour juger de l’effet étonnant de cette machine, il suffit de savoir qu’avec le feu de cent livres de charbon de terre de bonne qualité , elle élève « A la hauteur de 1 pied. . . . 500000
* A cclle ^ 10 Piods; . 50000 ) pieds cubes d'eau.
« A celle de 100 pieds . 5000
« A celle de 1000 pieds . 500
« Quant aux conditions, MM. Boulton et Watt se font donner, pour toute chose , le tiers du bénéfice que produit annuellement leur nouvelle machine comparée à l’effet et à la dépense d’une ancienne machine de pareille force qui i aurait à élever le même volume d’eau d’une profondeur t égale : ce tiers doit leur appartenir pendant les quatorze t années de la durée de leur privilège; plusieurs entreprei neurs des mines d’étain de Cornouailles , assurés par leur « propre expérience du succès constant de cette nouvelle i machine, ont racheté , pour une somme comptant, celte in- « deinnité annuelle qu’ils doivent payer pendant quatorze « ans à MM. Boulton et Watt. « Paris, le 5 juillet 1780.
* Du charbon de terre , etc., par M. Morand, page 29.
ployer pour en faire usage , et la substituer sans inconvénient au bois et au charbon de bois dans nos fourneaux , nos poêles et nos cheminées.
Il v a dans la seule étendue du royaume de France plus de quatre cents mines de charbon de terre en pleine exploitation ; et ce nombre , quoique très-considérable , ne fait peut-être pas la dixième partie de celles qu’on pourrait y trouver. Dans toutes ou presque toutes ces mines , il y a trois ou quatre sortes de charbon : le charbon pur, qui est ordinairement au centre de la veine; le charbon pierreux, communément mêlé de plus ou moins de matières calcaires ou de grès; le charbon schisteux et le charbon pyriteux. Ceux qui contiennent du schiste sont les plus rares de tous ; et cela seul prouverait que la substance principale du charbon ne peut être de l’argile, puisque le vrai schiste n’est luimême qu’une argile durcie. 11 y a des charbons qui se trouvent pyriteux dans toute l’épaisseur et l’étendue de leur veine ; ce sont les moins propres de tous aux travaux de la métallurgie : mais comme on peut les épurer en les faisant cuire, et qu’ordinairement ils contiennent moins de bitume que les autres, ils donnent aussi moins de fumée , et conviennent souvent mieux pour l’usage des cheminées que les charbons trop chargés de bitume. La grande quantité de soufre qui se forme par la combustion des premiers ne peut qu’altérer les métaux, surtout le fer, que la plus petite quantité d’acide sulfureux suffit pour rendre aigre et cassant. Le charbon pierreux ne se trouve pas dans le centre des veines , à moins qu’elles ne soient fort minces ; il est ordinairement situé le long des parois et sur le fond des bancs pierreux qui forment le toit et le sol de la veine. Les charbons schisteux sont de même situés sur le sol ou sous le toit schisteux de la veine. Ces charbons pierreux ou schisteux ne sont pas d’un meilleur usage que le charbon pyriteux , et ils ont encore le désavantage de ne pouvoir être épurés à cause de la grande quantité de leurs parties pierreuses ou schisteuses : il ne reste donc à vrai dire que le charbon de la première sorte, c’est-à-dire le charbon pur, dont on puisse faire une matière avantageusement combustible, et propre à remplacer le charbon de bois dans tous les emplois qu’on en peut faire.
Et dans ce charbon de la première sorte et le meilleur de tous, on distingue encore celui qui se tire en gros blocs , que l’on appelle charbon
DES MINÉRAUX
pérat, dont la qualité est néanmoins la même que celle du charbon plus menu 4 , qui se nomme charbon maréchal. Le charbon pérat a pris ce nom aux mines de Rive-de-Gier, et il n’est ainsi appelé que quand il est en gros morceaux : c’est par cette seule raison de son gros volume qu’il est plus estimé pour les grilles des teintures et des fourneaux ; mais il n'est pas pour cela d’une qualité supérieure au charbon maréchal , car l’un et l’autre se tirent de la même veine, et l’on distingue par le volume trois sortes de charbon :
1 c pérat est celui qui arrive à la superficie du terrain en gros morceaux et sans être brisé; le second, qui est en morceaux de médiocre grosseur, se nomme charbon grêle; et ce n’est que celui qui est émietté ou qui est composé des débris des deux autres qu’on appelle charbonmaréchal. Le bon charbon pèse de cinquante-cinq à soixante livres le pied cube ; mais cette estimation est difficile à faire avec précision, surtout pour le charbon qui se brise en le tirant. Les charbons les plus pesants sont souvent les plus mauvais, parce que leur grande pesanteur ne vient que de la grande quantité de parties pyriteuses, terreuses ou schisteuses qu’ils contiennent. Les charbons trop légers pèchent par un autre défaut ; c’est de ne donner que peu de chaleur en brûlant et de se consumer trop vite. Pour que la qualité du charbon soit parfaite, il faut que la matière végétale qui en fait le fond ait été bituminiséedans son premier état de décomposition, c’est-à-dire avant que cette substance ait été décomposée par la pourriture ; car quand le végétal est trop détruit, l'acide ne peut en bituminiser l’huile qui n’y existe plus. Cette matière végétale qui n’a subi que les premiers effets de la décomposition aura dès lors conservé toutes ses parties combustibles ; et le bitume, qui par lui-même est une huile inflammable, couvrant et pénétrant cette substance végétale, le composé de ces deux matières doit contenir sous le même volume, beaucoup plus de parties combustibles que le bois : aussi la chaleur du charbon de terre est-elle bien plus forte et plus durable que celle du charbon végétal.
Ce que je viens de dire au sujet de la décomposition plus ou moins grande de la matière végétale dans les charbons de terre peut se démontrer par les faits. On trouve au-dessus de
* Charbon pérat est une dénomination locale qui signifie char bon pierreux ou charbon de pierre.
quelques mines de charbon des bois fossiles , dans lesquels l’organisation est presque aussi apparente que dans les arbres de nos forêts; ensuite on trouve très-communément des veines d’autres bois qui ne diffèrent guère des premiers que par le bitume qu’ils contiennent , et dans lesquels l’organisation est encore très-reconnaissable : mais à mesure qu’on descend, les traits de cette organisation s’oblitèrent, et il n’en reste que peu ou point d’indices dans la suite de la veine. Il arrive souvent que cette bonne veine porte sur une autre veine de mauvais charbon terreux et pourri , parce que sa substance végétale, s’étant pourrie trop promptement , n’a pu s’imprégner d’une assez grande quantité de bitume pour se conserver. On doit donc ajouter cette cinquième sorte de charbon aux quatre premières sous le nom de charbon terreux , parce qu’en effet sa substance n’est qu’un terreau pourri. Enfin une sixième sorte est le charbon le plus compacte, que l’on pourrait appeler charbon de pierre à cause de sa dureté; il contient une grande quantité de bitume, et le fond paraît en être de terre limoneuse , parce qu’il laisse après la combustion une scorie vitreuse et boursouflée. Et lorsque le limon ou le terreau se trouve en trop grande quantité ou avec trop peu de bitume , ces charbons ainsi composés ne sont pas de bonne qualité : ils donnent également beaucoup de scories ou mâchefer par la combustion ; mais tous deux sont très-bons lorsqu’ils ne contiennent qu’une petite quantité de terre et beaucoup de bitume.
On trouve donc dans ces immenses dépôts accumulés par les eaux la matière végétale dans tous ses états de décomposition; et cela seul suffirait pour qu’il y eût des charbons de qualités très-différentes. La quantité de cette matière anciennement accumulée dans les entrailles de la terre est si considérable , qu’on ne peut en faire l’estimation autrement que pai comparaison. Or une bonne mine de charbon fournit seule plus de matière combustible que les plus vastes forêts ; et il n’est pas à craindre que l’on épuise jamais ces trésors de feu, quand même l’homme , venant à manquer de bois , y substituerait le charbon de terre pour tous les usages de sa consommation.
Les meilleurs charbons de France sont ceux du Bourbonnais , de la Bourgogne , de la Franche-Comté et du Hainault; on en trouve aussi d’assez bons dans le Lyonnais , l’Auvergne, le
HISTOIRE NATURELLE
Limosin et le Languedoc ; ceux qu’on connaît en Dauphiné ne sont que de médiocre qualité 1 . Nous croyons devoir donner ici les notices que nous avons recueillies sur quelques-unes des mines principales qui sont actuellement en exploitation.
On tire d’assez bon charbon de la mine d’Epinac, qui est située en Bourgogne près du village de Résille, à quatre lieues d’Autun : on y connaît plusieurs veines qui se dirigent toutes de l’est à l’ouest, s’inclinant au nord de trente à trente-cinq degrés 2. Celle qu’on exploite actuellement n’a pas d’épaisseur réglée : elle a ordinairement sept à huit pieds , quelquefois douze à quinze; d’autres fois elle n’en a que quatre. Son mur a toute la consistance nécessaire; mais le toit, composé d’un schiste friable
4 « On m’a envoyé du Dauphiné une caisse remplie de c mauvais charbon provenant d’une fouille près de Saint- « Jean, à deux ou trois lieues de Grenoble, qui est du bois de ■ hêtre très-reconnaissable, imparfaitement bituminisé. » Note communiquée par M. de Morveau, le 24 septembre 1779. — « Je connais les différentes espèces de charbon de Dauc phiné . elles sont toutes mauvaises et ne peuvent soutenir « la préparation : j’en ai fait une épreuve de trois mille cinq « cents livres qui m’a prouvé cette vérité. Celui que j’ai em- « ployé était de Voreppe : ce n’est qu’une pierre à chaux ira- « bue de bitume et de soufre très-volatil : celui de la Motte ne t vaut guère mieux. J’en ai vu une autre mine près de la c grande Chartreuse, qui annonce une meilleure qualité; c mais elle ne montre que des veinules et des mouches qui se
< coupent et se perdent dans le rocher ; celui que l'on ma « apporté des montagnes d'Alvard ne vaut rien du tout. » Lettre de M. le chevalier de Grignon à M. de Buffon , datée d'Alvard le 21 septembre 1778... Voyez néanmoins ci-après, page 150.
2 La mine de Champagney, près de Béfort, en Alsace, est inclinée de quarante-cinq degrés ; plus les terrains sont bas , moins généralement les veines de charbon de terre sont inclinées; elles sont même horizontales dans les pays de plaine , et ce n’est que dans les montagnes où elles sont violemment inclinées; au reste, l’inclinaison des mines n’est nulle part aussi marquée et aussi singulière que dans le pays de Liège. « Les veines de charbon de terre sont communément « inclinées à l’horizon , dit M. Morand ; tantôt elles s'appro-
< chent delà ligne perpendiculaire, et elles se nomment alors « pendagc de roisse ; tantôt elles sont presque horizontales,
• et on les désigne alors par le nom de pcndage de plature.
* Toutes ces veines prennent leur origine au jour, c’est-à- « dire à la surface de la terre ; elles descendent ensuite dans « la même direction jusqu’à une certaine profondeur; alors « elles forment à une distance plus ou moins grande diffé-
< rents angles, qui les rapprochent insensiblement de la ligne « horizontale; elles remontent ensuite à la surface de la t terre, en formant une ligure symétrique fort régulière : il « y a donc apparence, d’après ces observations, que les pen- « dages de i-oisse deviennent pendages de plature dans toutes « les veines du pays de Liège, et qu’elles redeviennent ensuite « pendages de roisse. Ce qu’on observe encore de très-singu- « lier, c’est que presque jamais les veines ne marchent seu- « les; elles sont toujours accompagnées d’autres veines qui mar- « chent parallèlement avec elles , qui se fléchissent sous les « mêmes angles, et qui toutes ensemble forment un figure « presque régulière. » Journal de Physique, etc,, mois de juillet 1773, page 69.
et d’une terre limoneuse que l’eau dissout facilement, s’écroulerait bientôt si on ne l’étayait par de bons boisages et par des massifs pris dans la veine même. Le charbon de cette mine est très-pyriteux : aussi n’est-il nullement propre aux usages des forges, la quantité de soufre que produisent les pyrites devant corroder et détruire le fer ; cependant il se trouve dans l’épaisseur de la veine de petits lits de très-bon charbon qui serait propre à la forge, s’il était
extrait et trié avec soin.
La mine de Montcenis , ainsi que celle de Blanzy et autres des environs, sont dirigées de l’est à l’ouest, et s’inclinent vers le nord de vingtcinq ou trente degrés. On exploite deux veines principales, dont les épaisseurs varient depuis dix jusqu’à quarante-cinq pieds. La première extraction , comme celle de la plupart de nos mines de France, a été mal conduite; on l’a commencée par la tête de la veine, en sorte que les ouvriers sont souvent exposés à percer dans les ouvrages supérieurs , et à y éprouver des éboulements. Le lit de cette mine de Montcenis est un schiste très-dur et pyriteux , d’un pied d’épaisseur, dans lequel on voit des empreintes de plantes en grand nombre. Le charbon de la tête de cette mine est fort pyriteux, mais celui qui se tire plus profondément l’est beaucoup moins; et en général ce charbon a le défaut de s’émietter à l’air : il faut donc l’employer au sortir de la minière ; car on ne peut le transporter au loin sans qu’il subisse une grande altération et ne tombe en détriments. Dans cet état de décomposition il ne donne que très-peu de chaleur et se consume en peu de temps, au lieu que dans son premier état, au sortir de la mine, il fait un feu durable.
Les mines de Rive-de-Gier, dans le Lyonnais, sont en grande et pleine exploitation. Il y a actuellement , dit M. de Grignon, plus de huit cents ouvriers occupés à l’extraction du charbon par vingt-deux puits qui communiquent aux galeries de différentes minières, dont les plus profondes sont à quatre cents pieds. On tire de ces mines, comme de presque toutes les autres, trois sortes de charbon : le pérat en trèsgros blocs et de la meilleure qualité ; le maréchal qui est menu et qui est séparé du banc de pérat par une couche de mauvais charbon mou; et enfin un charbon dur , compacte et terreux , qui est voisin du toit et des lisières de la mine. Ce toit est un schiste rougeâtre et limoneux qui
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brunit et noircit à mesure qu’il est plus voisin du charbon, et dans cette partie il porte un grand nombre d’empreintes de végétaux. Le charbon de ces mines deRive-de-Gier est plus compacte et plus pesant que celui de Montcenis, son feu est plus âpre et plus durable ; il donne une flamme vive , rouge et abondante ; il n’est que peu pyriteux, mais très-bitumineux.
La plupart des mines du Forez 1 , du Bourbonnais 2, de l’Auvergne3 , sont en amas et non pas en veines ; elles sont donc plus faciles à exploiter : aussi l’on en tire une très-grande quantité de charbon , dont il y en a de très-bonne
4 Les mines de charbon se trouvent dans le haut Forez ; elles sont en montagnes, et par conséquent aisées à exploiter, en tirant les eaux par des galeries latérales : les charbons se trouvent presque à la superficie dans les fonds; ces mines sont très-abondantes autour de Saint-Étienne, dont le territoire peut être regardé comme le centre de toutes les mines de cette province; elles embrassent une longueur d environ six lieues du levant au couchant, occupant un vallon dont la plusgrande largeur du midi au nord n’est pas d’une demi-lieue. Du Charbon de terre, etc., par M. Morand, page 160.
1 La mine du Bourbonnais, qui fournit Paris depuis plus d’un siècle, est dans la terre de Finis, paroisse de Cliâtillon, à quatre lieues environ de Moulins. 11 y a une autre mine à trois lieues et demie de Moulins , sur la route de Limoges, dans le territoire de Noyan : le charbon de cette mine ouverte depuis quelque temps, est en beaux morceaux très-solides, séparés seulement de distance en distance par des leuillets considérables d'un très-beau spath. La seconde veine a souvent sept à huit pieds d’épaisseur, la première n en a que trois et demi sur quatre à cinq toises de largeur. Du Charbon de terre, etc., par M. Morand, page 161 .
5 C’e>t particulièrement dans la Limagne ou basse Auvergne, que les mines de charbon sont très-abondantes. Elles n’y sont pas par veines, mais par assez grandes masses, traversées de temps en temps par di s bandes schisteuses qui ne se continuent pas ; les endroits remarquables par leurs mines de charbon sont Sauxillanges, à sept lieues de Clermont, Salverre. Charbonnière , Sainte-Fleurine, Lande-sur- Alagnon , Frugère, Anson, Bois-Gros , Gros-Ménil, Fosse, la Brosse et Brassager. Idem, ibidem, page 156. — C’est au-dessous de Brioude, entre les rivières d* Alagnon et d'Allier, que se trouve la plus grande partie des fouilles, et la mine la plus abondante e^t dans le territoire de Sainte-Fleurine ; le charbon s’y trouve à une médiocre profondeur. Le centre de ces mines est le champ appelé la Fosse , d’où on a autrefois tiré du charbon réputé le meilleur de tout ce quartier; les autres ne sont que des rameaux qui partent de ce champ ou qui viennent s'y rendre, mais séparés par des rocs : les charbons provenant de ces branches sont tous d’une qualité bien inférieure à celle de la maîtresse-mine . Le bon charbon de
cette mine est au-dessous d’un roc grisâtre très-dur, de sept à huit toises d’épaisseur : c’est d’abord une terre noire, sensiblement bitumineuse, puis un schiste qui fait le toit de la veine dans laquelle on distingue trois membres : le premier charbon peut avoir depuis quinze jusqu'à vingt-cinq pieds d’épaisseur ; il est séparé du second par un roc noir, argileux et imprégné de bitume charbonneux : le second membre de charbon est à peu près de la même épaisseur que le premier : il est aussi placé sur un roc qui sert de toit au troisième membre, qui renferme le meilleur charbon appelé puceau, et qui porte encore sur un lit de roc.... Dans ces mines le charbon se présente quelquefois en tas. Du Charbon de terre, etc., par M. Morand, page 588.
qualité. Dans le Nivernois près de Decize, il se trouve des mines en amas et d’autres en veines. On y connaît quatre ou cinq couches ou veines régulières les unes au-dessus des autres courant parallèlement , étant depuis dix jusqu’à vingt toises de distance les unes des autres latéralement. Le charbon de ces veines ne commence à être bon qu’à quatre toises et plus de profonj deur ; elles ont depuis deux pieds jusqu’à cinq pieds d’épaisseur ; leur toit est un schiste avec des impressions de plantes , et le lit est un grès à demi décomposé. Les mines en amas du même canton sont mêlées de schiste et de grès ; mais en général tout ce charbon est pyriteux, et quelquefois il prend feu de lui-même , lorsqu’après l’extraction on le laisse exposé à l’air.
Il y a des mines de charbon dans le Querci aux environs de Montauban; il y en a dans le Rouergue, où le territoire de Cransac, qui est | d’une grande étendue , n’est , pour ainsi dire , qu’une mine de charbon ; il y en a uneautre mine à Severac-le-Castel sur une montagne, dont le i charbon est pyriteux et sensiblement chargé de vitriol ; une autre à Mas-de-Bannac , élection de Milhaud. On en a aussi découvert dans le bas Limosin à une lieue de Bourganeuf , dans les | environs d’Argental , dans ceux de Maynac et ! dans le territoire de Varets , à peu de distance de Brives 4 . Dans toute l’étendue du terrain , depuis la rive du Lot , qui est en face de Lévignac, jusqu'à Firmi, on ne peut pas faire un pas qu’on ne trouve du charbon : dans beaucoup d’endroits on n’a pas besoin de creuser pour le tirer. Dans ce même canton il y a une masse très-étendue de ce charbon qui est minée par un embrasement souterrain ; la première époque de cet incendie n’est point connue : on voit sortir une fumée fort épaisse des crevasses de cette minière enflammée2. Il y a aussi en Bourgogne, au canton de la Gachère , près de Saint-Berain , une mine de charbon enflammée qui donne de la fumée et une forte odeur d’acide sulfureux; on ne peut pas toucher sans se brûler un bâton qu’on y a plongé seulement pendant une minute : ce n’est qu’une inflammation pyriteuse produite par l’eau qui séjourne dans cet endroit, et qu’on pourrait éteindre en le desséchant 3. Il y a encore près de Saint-Étienne en Forez une
4 nu Charbon de terre, etc., par M. Morand, page 135.
2 Idem, page 534.
* Note communiquée par M. de Morveau , le 4 septembre 1779.
HISTOIRE NATURELLE
mine de charbon qui brûle depuis plus de cinq cents ans , auprès de laquelle on avait établi une manufacture pour tirer de l’alun des récréments de cette mine brûlée : et enfin une autre auprès de Saint-Chaumont, qui brûle très-lentement et profondément.
En Languedoc il y a aussi beaucoup de charbon de terre. M. l’abbé de Sauvages , très-bon observateur , assure qu’il en existe différentes mines dans la chaîne des collines , qui s’étend depuis Anduse jusqu’à Villefort; ce qui fait une étendue d’environ dix lieues de longueur L Dans le Lyonnais , les principaux endroits où l’on trouve du charbon de terre sont le territoire de Gravenand , celui du Mouillon , ceux de Saint-Genis-Terrenoire , qui tous trois sont dans la même montague , située à un demi-quart de lieue de Rive-de-Gier , et les eaux de leurs galeries s’écoulent dans le Gier. Les terrains de Saint-Martin-la-Plaine, Saint-Paul-en-Yaretz , Rive-de-Gier , et Saint-Chaumont , contiennent aussi des mines de charbon. M. de la Tourette , secrétaire de l’Académie des Sciences de Lyon, et correspondant de celle de Paris , a donné une description détaillée des matières qui se trou-
* Les principales , et celles qui en fournissent à presque tout le Languedoc . sont , dit-il , aux environs d’Alais et-du Château des Portes : elles affectent toujours les endroits dont le terrain ou les rochers sont une espèce de grès d’un grain quartzeux, grisâtre, irrégulier dans sa forme et sa grosseur.... Les mines d’Alais sont ordinairement par veines, resserrées au fond d’un rocher.... Le charbon y paraît entassé sans aucune distinction de lits ; lorsque les veines aboutissent à la superficie, le charbon est altéré dans sa couleur et dans sa consistance jusqu’à une toise de profondeur; on ne tire d abord que de la terre noirâtre : à mesure que l’on creuse, le grain devient plus ferme, d’un noir plus foncé et plus luisant; c’est le charbon dont on se sert pour les fours à chaux.
Ces mines sont toujours accompagnées de deux espèces de schistes connus parmi les mineurs du pays, sous le nom de fisse.... La première espèce de fisse, qu’on appelle les gardes du charbon, parce qu’elle lui est immédiatement appliquée, et qu’elle l’accompagne partout, est une pierre bitumineuse, mince, tendre et noire; elle ne diffère de l’ampelitis ordinaire que parce qu elle est pliée ou ondée, et qu’elle a souventle poli et le luisant du jayet travaillé.
Au-dessous de cette première fisse, on en trouve une autre dont les couches sont plus nombreuses et plus aplaties ; c est une ardoise feuilletée, tantôt noire, tantôt rousse, et toujours fort grossière : elle se distingue principalement de la première par des empreintes végétales.
Quoique nos mines de charbon soient à l’abri des eaux pluviales, elles ne laissent pas quelquefois d’être humectées par des sources bitumineuses aussi anciennes peut-être que i les mines, et qui sont plus fréquentes à mesure que les mines | sont plus profondes : les ouvriers en sont incommodés ; mais , ils assurent qu’en revanche, il n'y a pas de meilleur charbon : que celui qui est voisin de ces sources. Observations Litholo- 1 giques, etc., dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1747, page 700.
vent au-dessus d’une de ces mines du Lyonnais, par laquelle il paraît que le bon charbon ne se trouve qu’à cent pieds dans certains endroits, et à cent cinquante environ dans d’autres. Il y a deux veines l’une au-dessus de l’autre, dont la plus extérieure a depuis huit jusqu’à dix-huit pieds d’épaisseur d’un charbon propre aux maréchaux. La seconde veine n’est sépaiée de la première que par un lit de grès dut et d un grain fin , de six à neuf pouces d’épaisseur ; ce grès sert de toit à la seconde veine qui a dix à quinze pieds d’épaisseur , et dont le charbon est plus compacte que celui de la première veine ,
mais encore plus pyriteux.
Il y a du charbon de terre en Dauphiné, près de Briançon , et entre Sésanne et Sertriches , dans le même endroit où l’on tire la craie de Briançon, et àTernay, élection de Vienne. Les charbons de Voreppe, de Saint-Laurent, de la montagne de Soyers, ainsi que ceux du village de la Motte et du Val-des-Charbonniers, qui tous se tirent pour l’usage des maréchaux, ne sont pas de bien bonne qualité. On en trouve en Provence près d’Aubagne, à Pépin, route de Marocelle ; mais ce charbon de la mine de Pépin iépand longtemps après avoir été tiré de la mine une odeur particulière et désagréable.
En Franche-Comté, la rninede Champagney, à deux lieues de Béfort, est très-abondante, et le charbon en est de fort bonne qualité : la veine a souvent huit pieds d’épaisseur, et elle est partout d’une égale bonté; elle paraît s’étendre dans toute la base du monticule qui la renferme. Il y a plusieurs autres mines de charbon dans les environs de Champagney et dans quelques autres endroits de cette province Ml y en a aussi quelques mines en Lorraine; mais l’exploitation n’en a pas encore été assez suivie , pour qu’on
1 Les mines de Ronchamp , en Franche-Comté, présentent un phénomène bien singulier et que je n’ai vu nulle part. Dans les masses de charbon, immédiatement sous les lamts de pyrites plus particulièrement que dans les couches de puis charbons, il se trouve une couche légère de charbon de bois bien caractérisé par le brillant, la couleur , le tissu fibreux, une consistance pulvérulente , noircissant les doigls, et lorsqu’un morceau de houille contenant des lames de ce charbon de bois est épuré, qu’il est encore rouge et que l’on souffle dessus, le charbon de terre s’éteint et celui de bois s'embrase de plus en plus.
L'on trouve fréquemment à la toiture de ces mines, parmi le grand nombre d’impressions de plantes de toute espèce, des roseaux (bambous) de trois à quatre pouces de diamètre, aplatis, qui ne sont poiut détruits ni carbonifiés. Lettres de M. le chevalier de Grignon à M. de Buffon, Besançon, le 27 mai 1781.
juge de la qualité de ces charbons. En Alsace, il s'en trouve près de Schelestat 1 .
Il n’y a point de mines de charbon dans le Cambresis ; mais celles du Hainault sont en grand nombre, et celles de Fresnes et d’Anzin sont devenues fameuses. On a commencé à fouiller celle de Fresnes en 1717, et celle d’Anzin en 1734. On en tire aussi aux environs de Condé. Le charbon de ces mines est en général de bonne qualité 2 ; on assure même qu’il est plus gras et qu’il dure plus au feu que celui d’Angleterre : le charbon qui se tire à Fresnes est plus compacte que les autres , et pèse un dixième et plus que celui d’Anzin. Le charbon de Quiévrain , à deux lieues et demie de Valenciennes, est aussi d’une excellente qualité. On a fouillé quelques-unes de ces mines jusqu’à sept cents pieds de profondeur 3. M. Morand dit que dans lamine de M. des Androuins près de Charleroi , l’eau est tirée de soixante-trois toises de profondeur, et que le charbon est placé à cent huit toises au-dessous, ce qui fait en tout cent soixante-onze toises ou mille vingtsix pieds de profondeur 4.
Dans l’Anjou l’on a trouvé des mines de charbon de terre à Concourson, à Saint-Georges de Chateloison, à Doué, etàMontreuil-Bellai. Les charbons qui se tirent près de la surface du terrain ne sont pas si bons que ceux qui gisent à une plus grande profondeur ; la veine a ordinairement six à sept pieds d’épaisseur. Ce charbon d’Anjou est de bonne qualité ; cependant on n’a de temps immémorial trouvé dans cette province que des veines éparses sous des rocs placés à dix-huit pieds de profondeur, auxquels succède une terre qu’on y appelle houille , qui est une espèce de mauvais charbon, avant-coureur du véritable : les veines y sont très-sujettes aux creins , et par conséquent irrégulières ; il y en a cinq de reconnues : leur épaisseur est depuis un pied jusqu’à quatre, et même jusqu’à douze pieds, suivant M. de Voglie ; elles paraissent être une dépendance de celles de Saumur avec lesquelles elles se rapportent en tout. Leur direction générale est du levant au couchant 5.
Dans la basse Normandie il se trouve du charbon de terre à Litry, et la veine se rencontre à
4 Du Charbon de terre, parM. Morand, page 149 et suiv.
3 Idem, page 144 et suiv.
‘ Idem, page 182.
4 Idein, page 453.
* Idem, pag. 545 et 547.
peu de profondeur au-dessous d’une bonne mine de fer en grains ; elle se forme en plateur à quatre cents pieds. Ce charbon, mêlé de beaucoup de pyrites, n’est que d’une qualité médiocre, et il est à peu près semblable à celui qu’on apporte du Havre, et qui vient de Sunderland eu Angleterre 1 .
En Bretagne, il y a des mines considérables de charbon à Montrelais et à Languin, dans les environs de Nantes. L’on a aussi tenté des exploitations à Quimper, à Plogol et à Saint- Brieux; et l’on aperçoit des affleurements de charbon dans plusieurs autres endroits de cette province 2.
On pourrait citer un grand nombre d’autres exemples qui prouveraient qu’il y a dans le royaume de France des charbons en aussi grande quantité et peut-être d’aussi bonne qualité qu’en aucune autre contrée du monde. Cependant comme c’est un préjugé établi, et qui jusqu’à présent n’était pas mal fondé, que les charbons d’Angleterre étaient d’une qualité bien supérieure à ceux de France, il est bon de les faire connaître ; on verra que la nature n’a pas mieux traité à cet égard l’Angleterre que les autres contrées, mais que l’attention du gouvernement ayant secondé l’industrie des particuliers, a rendu profitable et infiniment utile à cette nation ce qui est demeuré sans produit entre nos mains.
On distingue dans la Grande-Bretagne trois espèces de charbons de terre. Le charbon commun se tire des provinces de Newcastle, de Northumberland, de Cumberland et de plusieurs autres ; il est destiné pour le feu des cuisines de Londres, et c’est aussi presque le seul qu’on emploie à tous les ouvrages métalliques d’Angleterre.
La seconde espèce est le charbon d’Écosse ; on s’en sert pour chauffer les appartements des bonnes maisons. Ce charbon est feuilleté et comme formé en bandes séparées par des couches plus petites que les bandes, et néanmoins plus marquées et plus distinctes à cause de leur éclat. Il se tire en grosses masses bien solides, d’une texture fine ; et quoique formé de bandes et de petites couches, il ne s’effeuille point; il est bitumineux et brûle librement, en faisant un feu clair, et tombe en cendres 3.
4 Du Charbon de terre, par M. Morand, page 570.
2 Note communiquée par M. le chevalier de Grignon.
» « L’Écosse va de pair, dit M. Morand, avec la partie nié-
HISTOIRE NATURELLE
La troisième espèce que les Anglais appellent culm se trouve dans le Glamorganshire, et en divers endroits de eette province. C’est un charbon fort léger, d’un tissu plus lâche, composé de filets capillaires disposés par paquets qui paraissent arrangés en quelques endroits de manière à représenter dans beaucoup de parties des feuillets assez étendus, très-lisses et trèspolis, lesquels, pour la plupart, affectent une forme circonscrite en portion de cercle, avec des rayons divergents. Ce charbon est peu ou presque point pyriteux ; il brûle aisément et fait un feu vif, ardent et âpre. Dans la province de Cornouailles il est d’un très-grand usage, particulièrement pour la fonte des métaux, à laquelle on l’applique de préférence.
On trouve dans les comtés de Lancastre et de Chester, une espèce de charbon qu’on n’apporte pas à Londres; c’est le kennel ou candle-coal : communément il sert de pierre à marquer, de même que ce qu’on appelle le charbon de toit. Il se tire en grosses masses tres-solides, d’une texture extrêmement fine et d’un beau noir luisant comme le jayet. Ce charbon ne contient aucune portion pyriteuse; il est si pur et si doux qu’on peut le tourner et le polir pour faire des plateaux d’encriers, des tablettes, etc. L’on aperçoit sur certains morceaux des couches concentriques, comme on en trouverait dans uu tronçon de bois. Ce charbon brûle facilement et
se réduit en cendres 4 .
On doit encore ajouter à ces charbons d’Angleterre celui qu’on appelle Jlint-coal, parce qu’il est presque aussi dur que la pierre, et que ses fractures sont luisantes comme celles du verre. La veine de ce charbon a deux à trois pieds d’épaisseur, et se trouve dans les environs de la Severne au-dessous de la veine principale qui fournit le best-coal ou le meilleur charbon : il faut y joindre aussi le flew-coal des mines de Wedgbery dans la province de Stafford.
n ridionale de l’Angleterre pour l’abondance du charbon de r. terre : onentrouvedes mines près d’Edimbourg et dans le « comté de Lenox, dans les provinces de Fife, de Sterlin , de « Sutherland, de Dernoch, etc. M. Strachey a donné, dans les » Transactions philosophiques, année 1725, la description des « mines de charbon qui se trouvent en Écosse ; elles ne sont « pas a une grande profondeur, la plupart n ont que d un à <; quatre pieds et demi d’épaisseur de charbon; la seule mine o qui soit fort épaisse est celle de Anchenchangh, à six milles o de Kilsytli, qui a dix-huit pieds d’épaisseur, etque les sonrn ces d’eau trop abondantes empêchent d exploiter. » Du Charbon de terre, par M. Morand, pag. 99, 1 13 et suiv.
* Idem, pag. 3 et suiv.
| Il est fait mention dans les Transactions philosophiques de Londres, année 1683, de quelques mines de charbon, de leur inclinaison, etc. M. Beaumouten cite six qui probablement n’en font qu’une, puisqu’on les trouve toutes dansun espace de cinq milles d’Angleterre au nord de Stony-Easton. Il a vu, dit-il, dans l’une de ces mines une fente ou crevasse, dont les parois étaient chargées d’empreintes de végétaux, et une autre fente tout enduite d’un bronze pyriteux formant des espèces de dendrites. Dans quelques-unes de ces mines les lits horizontaux étaient comme dorés du soufre qu’elles contiennent. Il observe, comme chose en effet singulière, qu’on a trouvé deux ou trois cents livres de bonne mine de plomb dans l’une de ces mines charbon. Il ajoute que de l’autre côté de Stony-Easton, c’est-à-dire au sud-est à deux milles de distance, on voit le commencement d’une mine de charbon, dont la première veine se divise en plusieurs branches à la distance de quatre milles vers l’orient ; que cette mine, dont on tire beaucoup de charbon, exhale continuellement des vapeurs enflammées qui s’élèvent quelquefois jusqu’à son ouverture , et qui ont été funestes à nombre de personnes. C’est probablement au feu de ces vapeurs , lorsqu’elles s’enflamment , qu’on doit attribuer cette poussière de soufre qui dore les lits de ces veines de charbon : car on n’a trouvé du soufre en nature que dans les mines dont les vapeurs se sont enflammées, ou qui ont été elles-mêmes embrasées ; on y voit des fleurs de soufre adhérentes à leurs parois , et sous ces fleurs de soufre il se trouve quelquefois une croûte de sel ammoniac.
Les fameuses mines de Newcastle ont été examinées et décrites par M. Jars, de l’Académiedes Sciences, très-habile minéralogiste 4 . Il décrit aussi quelques autres mines ; celle de
< On rencontre ordinairement un lit de roc noirâtre au-dessus et au-dessous de la couche de charbon : on peut mettre ce roc au rang des schistes vitrioliques; ensuite on a différentes hauteurs de couches de charbon, cinq, six. sept, huit, et quelquefois une seule à cent toises, qui est la plus grande profondeur qui ait été exploitée jusqu'à présent dans le pays...
On trouve aussi dans plusieurs endroits des couches de pierres à chaux., dont l’épaisseur varie d’une très-petite distance à l’autre... On méprise toutes les couches de charbon qui n’ont pas deux pieds et demi d’épaisseur... Quelquefois dans une couche épaisse de huit pieds, il y a deux ou trois lits différents; c’est-à-dire que la couche est divisée par une espèce de schiste ou charbon pierreux de quelques ponces d’épaisseur... Le charbon que l’on tire à trente ou quarante toises de profondeur est meilleur que celui qu’on tire à cent toises : on rencontre souvent des couches d’un pied à un pied
DES MINÉRAUX
Whitehaven, petite ville située sur les côtes occidentales d’Angleterre, qui fait un grand commerce de charbon de terre. La montagne où s’exploite la mine a environ cent vingt toises per- , pendiculaires jusqu’ au plus profond des travaux: on compte dans cette hauteur une vingtaine de couches différentes, mais il n’y en a que trois d’exploitables. Leur pente est communément d’une toise perpendiculaire sur six à sept toises de longueur.
La première de ces couches exploitables est séparée de la seconde par des rochers d enviion quinze toises d’épaisseur; elle a depuis quatie jusqu’à cinq pieds d’épaisseur en charbon un peu pierreux et d’une qualité médiocre. On n’en extrait que pour chauffer les chaudières où l’on évapore l’eau de la mer pour en retirer le sel .
La seconde couche est de sept à huit pieds d’épaisseur ; le charbon y est divisé par deux différents lits d’une terre très-dure et de cou- j leur noirâtre , qu on nomme ïticttlc .* cette ten e est très-vitriolique et s’effleurit à l air. La cou- j che supérieure de mcttle a un pied d épaisseur, et l’inférieure seulement quatre à cinq pouces. On distingue la veine de charbon en six lits, dont les charbons portent différents noms.
Des trois grandes couches exploitables , la troisième, qui est d’environ vingt toises plus basse que la seconde, est la meilleure; elle a dix pieds d’épaisseur , et elle est toute de bon charbon, sans aucun mélange de mettle '.
On rencontre souvent des dérangements dans
et demi d’épaisseur que ion traverse et qu’on ne peut exploi ter, quoique la qualité du charbon en soit souvent bien supérieure à celle des couches inférieures. Voyages métallurgiques, parM. Jars, pag. 188 et 189.
Ce charbon de Newcastle se détache quelquefois au moyen de coins de fer par gros morceaux, et c’est le plus estimé. Idem, ibidem, page 192.
Le charbon de Newcastle n’est pas également bon dans toutes les veines ; il y est plus ou moins bitumineux, sulfuieux et pierreux. Cette dernière espèce est très-commune , elle se vend à bas prixet s'emploie pour les machines à f<u; maison général ce qu’on nomme du bon charbon passe pour être d’une excellente qualité... Il est extrêmement bitumineux; il se colle très-facilement et forme une voûte , ce qui le rend très-propre à forger le fer : mais il faut le remuer souvent pour les autres usages, sans quoi le bitume se réunit tout ensemble en une seule masse dans laquelle 1 aii ne peut circuler :1a grande abondance de bitume fait qu’il donne beaucoup de fumée , ce qui le rend désagréable dans les appartements. Voyages métallurgiques , par M. Jars, page 192.
* « Dans les moatagnes d’Alston Moor, dit M. Jars, comté « de Cumberland , on trouve une espèce de charbon sansbi- 4 turae, mais sulfureux; on le nomme crow-coal; il n’est « pas bon pour la forge : mais excellent pour cuire la chaux : « et comme il ne fait pas de fumée, il est bon pour les appar- < tements...
les veines , principalement dans leur inclinaison. Le rocher du toit et surtout celui du mur font monter ou descendre la veine tout à coup.
Il y a un endroit où elles sont éloignées de quinze toises perpendiculaires de la ligne horizontale. D’autres fois ces rochers coupent presque entièrement les couches , et ne laissent apercevoir qu’un petit filet ou une trace presque imperceptible de la veine.
M. Jars fait encore mention des mines de Worsleg dans le comté de Lancastre , dont la pente paraît être de deux toises sur sept, et dont le charbon est moins bitumineux et moins bon que celui de Newcastle, quoique la nature des rochers soit la même ; mais la veine la plus profonde n’est qu’à vingt toises. 11 en est de même à tous égards des mines du comté de Stafford.
« En Ecosse, il y a, dit M . Jars, au village de « Carron près de Falkirek, plusieurs mines de « charbon qui ne sont qu’à une demi-lieue de « la mer. . . Il y a trois couches de charbon l’une « sur l’autre, que l’on connaît; mais on ne sait « pas s’il y en a de plus profondes.... Il y en a « une à quarante toises de profondeur qui est la « première ; la se -onde à dix toises plus bas, et « la troisième à cinq toises encore au-dessous « de la seconde. La pente de ces couches qui est « du côté du sud est d’une toise sur dix à « douze... Mais ces veines varient comme dans « presque toutes les mines; quelquefois elles re- « montent et forment entre elles deux plans in- « clinés. Dans ce cas la veine s’appauvrit , di-
« L’exploitation des miues de Witehaven est très-étendue,
< puisque depuis l’entrée les travaux sont ouverts pendant « une demi -lieue de France, toujours en suivant la pente de « la couche... Une partie des ouvrages où l’on travaille cha- # que jour se trouve plus d un quart de lieue entièrement « sous la mer; mais il n’y a point de danger, puisquon es- « time que les rochers qui sont entre l’eau et l’ouvrage out « plus de cent toises d'épaisseur...
« Ce charbon se détache en gros morceaux de lamine à « l’aide de coins et de masses de fer.,.
« Ilyasix veines dans la mine de Warkington qui sont « toutes exploitables; elles sont à peu près à neuf ou dix toi- « ses de distance les unes des autres : la supérieure n’a que « deux pieds trois pouces d’épaisseur... Mais ÿl y en a une « autre qui a sept pieds, dans laquelle néanmoins il n y a que
< quatre pieds de charbon ; elle se trouve séparée par deux « lits de terre noire : j'en ai vu un tas qui a effleuri et s’est
• échauffé au point qu il a pris feu : il en sort une fumée qui « se condense en soufre dans les ouvertures par où elle sort :
< la dernière couche, qui est à soixante toises perpendiculai-
# res dans l’endroit du puits, a quatre pieds d épaisseur , son « charbon est. pur et d une très-bonne qualité... Ces mines , « ainsi que celle de Whitehaven, ont été sujettes de tout temps
< à un mauvais air qui a coûté la vie à un grand uombre d’ou- « vriers. » Voyages métallurgiques , par M. Jars, page 238 «4 suiv.
HISTOIRE NATURELLE
« minueen épaisseur et est quelquefois entière- « ment coupée, continuant ainsi jusqu’à ce « qu’elle reprenne son inclinaison ordinaire....
« La seconde couche a trois et quatre pieds d’é- « paisseur; sa partie supérieure est composée « d’un charbon dur et compacte, faisant un feu « clair et agréable... On l’envoie à Londres où « il est préféré à celui de Newcastle pour brûler « dans les appartements. La partie du milieu de « la couche est d’une qualité moins compacte;
« son charbon est feuilleté et se sépare par lames « comme le schiste. Entre les lames il ressem- « ble parfaitement à du poussier de charbon « de bois. On y peut ramasser aussi une poudre « noire, qui teint les doigts, comme fait le char- « bon de bois.... Ce charbon , qu’on nomme « clod-coal , est destiné pour les forges de fer.
« La couche inférieure est un charbon très-com- « pacte, et souvent pierreux près du mur ; il se « consomme dans le pays...
« Les mines de charbon de Kinneil près de la « ville de Bousron-Sloness en Ecosse , sont au « bord de la mer. La disposition de leurs court ches et la qualité du charbon sont à peu près « les mêmes qu’à Carron.
« Les environs d’ Edimbourg ont aussi plu- « sieurs mines de charbon. . . Il y en a une à trois « ou quatre milles du côté du sud, où il y a deux « veines parallèles , d’environ quarante à cin~ « quante degrés d’inclinaison du côté du midi, « ce qui est tout à fait contraire à l’inclinaison « des couches du rocher qu’on voit au jour et « dans la mer à deux ou trois milles plus loin : « ces couches sont inclinées au nord-ouest. Il « en est de même des mines de charbon qu’on « exploite un peu plus loin ; elles ont beaucoup « de rapport avec celles de Newcastle. La quart lité des rochers qui composent les couches est « la même , mais le charbon est moins bon « qu'à Newcastle pour la forge , parce qu’il est « moins bitumineux; il est meilleur pour les « appartements { . »
En Irlande, le charbon provenant de la mine de Castle-Comber, village à soixante milles sud-ouest de Dublin , brûle dès le premier instant qu’on le met au feu sans faire la moindre fumée. Seulement on voit une flamme bleue fortement empreinte de soufre, qui parait constamment au-dessus du feu 2.
* Voyages métallurgiques, par M. Jars, pag. 265 et suiv.
3 Description des mines de charbon de Castle-Comber, Journal étranger, mois de décembre 1758.
Une autre mine est celle d’Ydof, province de Leinster , et c’est la première qu’on ait découverte en Irlande ; elle est si abondante qu’elle fournit toutes les provinces voisines. Son charbon est très-pesant, produit le même effet que le charbon de bois, et dure au feu bien plus longtemps *.
« Dans le pays de Liège, dit M. Jars, la « Meuse qui traverse cette ville, met une grande « différence dans la disposition des veines de « charbon... Elles commencent à un lieue au « levant de la ville , et s’étendent jusqu’à deux « lieues au delà du côté du couchant. On trouve « à moitié chemin de cette distance les plus for-
« tes exploitations . La suite des veines va
« plus loin du côté du couchant : la raison est « que par un dérangement total dans leur dis- « position, elles sont interrompues à une lieue et « demie de Liège; mais elles reprennent ensuite « dans une disposition presque perpendiculaire, « pour continuer de la même manière pendant « plusieurs lieues. Au nord de laville,etau « midi de l’autre côté de la Meuse , les veines « se prolongent au plus à une demi-lieue, mais « toujours dans la direction de l’est à l’ouest.... « Il y a apparence que ce sont les mêmes court ches, quoique leur inclinaison change de dis- « tance en distance , tantôt au midi, tantôt au « nord. En général tous les lits de charbon et « le rocher sont très-irréguliers dans cette par- « tie2.
4 Du Charbon de terre, par M. Morand, pag. H6.
2 Voyages métallurgiques , par M. Jars, pag. 28 et 288. — « On a fait, dit le même auteur, une observation reraarqua- « ble dans le pays de Liège ; elle est assez générale lorsqu’il « ne se rencontre aucun obstacle ; toute couche de charbon « qui paraît à la surface de la terre au midi s’enfonce du côté « du nord et va jusqu’à une certaine profondeur, en formant « un plan incliné , devient ensuite presque horizontale pen- « dant une certaine distance, pour remonter du côté du nord « par un second plan incliné jusqu’à la surface de la terre , « et cela dans un éloignement de son autre sortie , propor- « tionné à son inclinaison et à sa profondeur.
« Nous avons vérifié cette singulière observation près « Saint-Gilles , à trois quarts de lieue au couchant de la ville « de Liège. Il y a plus : la première couche, qui est près du «jour, forme une infinité de plans inclinés qui viennent se « réunir à un même centre , de sorte qu’on peut voir tout « autour les endroits où elle vient sortir à la surface de la « terre : les couches inférieures suivent la même loi, mais, par « rapport à l’étendue qu’elles prennent en plongeant, on n’a- « perçoit que deux plans inclinés, qui sont très-sensibles; par « exemple, en visitant les mines du Vecbois, qui sont un peu « plus au nord-ouest de Lille que celles de Saint-Gilles, nous « avons observé que les c-ouches dirigées de l’est à l'ouest sont « inclinées du côté du midi, tandis que celles qu'on exploite à « Saint-Gilles, qui ont la même direction , s'inclinent du côté « du nord. L’expérience a prouvé à tous les houilleurs de ce « pays que dans l’un et l'autre endroit on exploitait les mêmes
DES MINERAUX
Ce pays de Liège est peut-être, de toute l Europe, la contrée la mieux fournie de charbon de terre; c’est du moins celle où l’on a le plus anciennement exploité ces mines , et où on les
« couches, formant, comme nous l'avons dit, deux plans in- « cliués ; mais entre Saint-Gilles et le Verbois, il y a un vallon « qui a la même direction que les couches, et même ineli- « naisou de chaque côté... On exploite à une des portes de « la ville, au nord de la Meuse, les mêmes couches, mais in- « férieures, qui prennent leur inclinaison du côté du midi « sous la ville, eu se rapprochant de la rivière * et il est très- « douteux que dans cet endroit elles se relèvent pour sortir « au jour ; cela n’est pas probable, mais plutôt de 1 autre côté « de la Meuse... On compte du côté du nord plus de qua- « rante couches de charbon séparées les unes des autres par « de petits rochers, d'une épaisseur depuis cinq jusqu'à dix- * sept toises, sans pouvoir faire mention de celles qu’on ne « connaît pas, et qui peut-être sont encore plus bas : ces coûte ches ne sont pas de la même mine : il n’y en a point d'assez « profondes pour cela ; mais la même chose s'observe dans
< différentes exploitations; car il est des mines quiétant beau- « coup inférieures à d’autres, ou éloignées des endroits où » sortent au jour les veines supérieures, ne peuvent rencon- « trer que celles qui sont au-dessous de ces premières : ces « couches n'ont qu’une moyenne épaisseur, c’est-à-dire de « trois à quatre pieds ; on n’en a vu qu’une de six pieds...
« Les couches de charbon qui sont séparées des précéden- « tes par la Meuse sont bien différentes des premières; avec « leur direction de l'est à l’ouest, elles sont presque perpen- « diculaires, ou du moins approchant plus de la ligne per - « pendiculaire que de l’horizontale : lorsqu'elles s’inclinent,
« c’est au nord ou au midi; mais ce qu'elles ont de particu- « lier, c’est qu’on nous a assuré qu’elles imitaient les premiè- « res dans leur marche , c’est-à-dire qu elles s’enfoncent en « terre d’un côté, pour venir ressortir de l’autre, mais avec t une irrégularité très-singulière; par exemple, une telle « couche ou veine descend à peu près perpendiculairement « jusqu’à trente toises de profondeur; là elle prend une incli-
< naison de quarante degrés pendant une distance de vingt « toises, reprend ensuite la ligue- perpendiculaire, et puis re- « monte enfin , fait des sauts en s'enfonçant par des angles t plus ou moins grands , et forme ainsi des plans inclinés de « toute espèce ; d’autres entrent dans la terre par une ligne « perpendiculaire, prennent au fond une position presque « horizontale et remontent d’un autre côté au jour par une
< ligne oblique : toutes les couches du même district , étant « toujours parallèles, observent la même loi, et par cousé-
< quent les mêmes sauts.
« On désigne les couches par des noms relatifs à leur posi- « tion : on les divise en deux espèces principales; celles qui
* font un angle avec la ligne horizontale, depuis zéro jusqu à
< quarante-cinq degrés, sont appelées veines et pendage de « platin e ; et celles qui font un angle avec la même ligne,
« depuis quarante-cinq degrés jusqu’à quatre-vingt-dix,
« veines à pendage de roisse : on les subdivise ensuite en « demi-plature , demi-roisse , quart de plature, quart de « roisse.
« Les unes et les autres sont sujettes à un grand dérange- « nient dans leur pente ou inclinaison; on rencontre souvent « des bancs de pierre de quinze à vingt toises d’épaisseur,
* lesquels coupent depuis la superficie de la terre jusqu’au
* plus profond où l’on ait été jusqu’à présent, non-seulement « toutes les couches ou veines de charbon, mais aussi tous
* les lits de rochers qui se trouvent entre elles; de façon que « lorsqu'on a traversé un de ces bancs, on retrouve de l’autre « côté les mêmes lits et couches correspondantes qui ne sont « plus sur une même ligne horizontale, mais plus hautes ou « plus basses ; on nomme ces bancs de pierre, faille.
« C’est ordinairement une pierre sablonneuse , espèce de I
a fouillées le plus profondément. Nous avons dit que leur direction générale et commune est du levant au couchant : les veines du charbon n’y sont jamais exactement en ligne droite; elles s’élèvent et s’abaissent alternativement suivant la pente du terrain qui leur sert d’assise ; ces veines passent par-dessous les rivières, et vont en s’abaissant vers la mer. Les veines que l’on louille d’un côté d’une rivière ou d’une montagne répondent exactement à celles de l’autre côté; les mêmes couches de terre, les mêmes bancs de pierre, accompagnent les unes et les autres ; le charbon s’y trouve partout de la même espèce. Ce fait a été vérifié plusieurs fois par des sondes qui ont fait reconnaître les mêmes terres et les mêmes bancs jusqu’à quatre cents pieds de profondeur 4.
A une lieue et demie à l’est d’Aix-la-Chapelle, il y a plusieurs mines de charbon ; pour parvenir aux veines, l’on traverse une espèce de grès fort dur que l’on ne peut percer qu’avec la poudre : ce grès est par lits dans la même direction et inclinaison que la veine de charbon , mais il est tout rempli de fentes ou de joints, de façon
« grès, quelquefois moins dur que celui qui compose les lits « de rochers : on évite de s’en approcher en exploitant une « couche de charbon ; ils fournissent assez souvent beaucoup « d eau, soit parce qu ils sont poreux, soit aussi parce que « toutes les couches supérieures venant s’y terminer, laissent « du cours à l’eau qu elles renferment contre leurs parois :
« on trouve aussi quelquefois dans ces bancs de rochers des « rognons de charbon, et même des sacs qui ont quelquefois « vingt et trente pieds d étendue entourés par le rocher...
« Tous les rochers qui composent les terrains aux environs « de Liège sont une espèce de grès très-dur et très-compacte,
« qui est placé par couches comme le charbon , et qui les « divise... 11 en est un autre à grains très- fins , qui paraît « être un mélange de sable mêlé de mica blanc et lié par une « terre argileuse, très-fine ; celui-ci se décompose facilement à « l’air, par feuillets comme un schiste... Celui qui est plus « près du charbon que les précédents est d’une couleur noi- « râtre, quelquefois un peu rougeâtre ; il parait être composé « de sable très-fin , réuni par un limon avec lequel il forme « un corps dur, mais il s’attendrit et se décompose à l’air ; il « s’attache à la langue comme la terre à foulon...
« Le charbon est encore divisé , soit au toit, soit au mur du « rocher par une terre noire, schisteuse, dure; elle se décomte pose aisément à l’air, et ses lits, lorsqu’on les sépare, pré- « sentent des empreintes de plantes.
« Les rochers sont partout à peu près les mêmes, et répétés « autant de fois qu'il y a de couches de charbon.
« Le charbon est d’abord plus ou moins bitumineux, cçst « ce qu’on appelle houille grasse ou houille maigre; lors- <r qu’elle ne contient que très-peu de bitume, on la nomme « date... Celle du milieu perd de sa qualité à 1 air et s y dé- « compose en partie... Il y en a d autres qui, arec les mêmes « qualités, sont très-pierreuses... Malgré les puits établis pour « la circulation de l'air, le feu ne laisse pas de prendre quelle quefois aux mouffettes et de faire de fort grands ravages. » Voyages métallurgiques, par M. Jars, page 288 jusqu à 297.
1 Du Charbon de terre, par M. Morand, pages 64 et suiv.
qu’il se sépare en morceaux. Au-dessous du grès, on trouve une terre noire très-dure de plusieurs pieds d’épaisseur ; elle sert de toit au charbon : le mur est de la même espèce de terre dure; l’une et l’autre paraissent contenir des empreintes de plantes : exposée à l’air, cette terre s’effleurit et s’attendrit.
Ce charbon contient très-peu de bitume ; il est très-pyriteux, et par conséquent nullement propre à l’usage des forges : mais il est bon pour les appartements * .
En Allemagne, il y a plusieurs endroits où l’on trouve des mines de charbon; celles de Zwichaw consistent en deux couches de quatre, cinq, six pieds d'épaisseur, qui ne sont séparées l’une de l’autre que par une couche mince d’argile : leur profondeur n’est qu’à environ trois toises au-dessous de la surface du terrain : la veine de dessous est meilleure que celle de dessus; elles ont vingt-cinq ou trente degrés d inclinaison2. Il s’en trouve aux environs de Marienbourg en Misnie ; dans plusieurs endroits du duché de Magdebourg; dans la principauté d’Anhalt, à Bernbourg ; dans le cercle du Haut- Rhin , à Aï près Cassel ; dans le duché de Meckelbourg, à Plauen ; en Bohême , aux environs de Tœplitz ; dans le comté de Glatz , à Hansdorf ; en Silésie, àGablan , Rottenbach et Gottsberg ; dans le duché de Schweidnitz , à Reichenstein; dans le haut Palatinat,près de Sultbach ; dans le bas Palatinat, à Bazharach , etc. 3. Il y a, dit M. Ferber, des mines de charbon fossile à Votschberg, à cinq ou six lieues de Feistritz, et de meilleures encore à Luim, à dix millesde Votschberg dans la Styrie supérieure A. A quatre lieues de la ville de Rhène , à une demi-lieue du village d’Ypenbure, sur la route d’Osnabruck, on trouve des mines de charbon qu’on emploie à l’usage des salines. En sortant
* Voyages métallurgiques, par M. Jars , pag. 306 et 307. — Nota. «Je crois que M. Jars et le docteur Méad que nous « avons cités ci-devant peuvent avoir raison : le charbon « très-bitumineux est le plus désagréable dans les apparte- « ments par la fumée noire et épaisse qu’il répand; le pyriteux « est plus supportable en ce qu’il ne donne qu’une odeur d’a- « eide sulfureux qui n'est point malsaine, et que le courant « de la chenrinée emporte d’autant plus facilement que celte « vapeur est très-volatile : si l’on sépare à Liège les pyrites « du charbon, c'est que leur combustion détruit les grilles de « fer, et que chaque particulier peut faire ce triage chez lui « sans aucun frais. » Note communiquée par M. le Camus de Limare.
a Voyages métallurgiques, par M. Jars, pages 306 et 307.
1 Du Charbon de terre, par M. Morand, page H 6.
* Lettres sur la Minéralogie; Strasbourg, 1776, in- 8°, page7.
ATU BELLE
d’Ypenbui’e , on passe une montagne au nord de laquelle est un vallon , et ensuite une autre montagne où l’on exploite les mines de charbon. A deux lieues plus loin, il y a d’autres mines qui sont environnées des mêmes rochers ; on prétend que c’est la même couche de charbon qui s’y prolonge. Comme jusqu’à présent on n’a exploité qu’une couche de charbon , on conjecture que c’est la même qui règne dans tout le pays. Onl’exploite dans cettemine àdeux cents pieds de profondeur perpendiculaire; elle a une pente inclinée du couchant au levant, qui est à peu près celle de la montagne. La veine a communément deux pieds et demi d’épaisseur en charbon qui paraît être detrès-bonne qualité, quoiqu’il y ait quelques morceaux dans lesquels on aperçoive des lames de pyrites. Cette veine est précédée d’une couche de terre noire ; et cette couche, entremêlée de quelques petits morceaux de charbon , a un pied et demi , deux et trois pieds d’épaisseur. Le toit qui recouvre la veine est un lit de six , huit , dix pouces d’épaisseur de graviers réunis en pierre assez dure , au-dessus duquel est le grès disposé par bancs 1 .
On trouve aux environs de Vétine, petite ville des états du roi de Prusse , plusieurs mines de charbon; elles sont situées sur le plateau d’une colline fort étendue : elles sont au nombre de plus de vingt actuellement en exploitation. Une de ces mines qui a été visitée par M. Jars , et qui est à trois quarts de lieue de Vétine, a trente-neuf toises de profondeur, savoir : vingtsix toises depuis la surface de la terre jusqu’à la première veine de charbon ; onze toises depuis cette première jusqu’à la seconde, et deux toises depuis la seconde jusqu’à la troisième; ce qui varie néanmoins très-souvent par les dérangements que les veines éprouvent dans leur inclinaison , et qui les rapprochent plus ou moins , surtout les inférieures , qui sont quelquefois immédiatement l’une sur l’autre.
La première couche a jusqu’à huit pieds d’épaisseur ; la seconde, deux pieds etdemi ; la troisième, un pied et demi ou deux pieds. On traverse plusieurs bancs de rochers pour parvenir au charbon, surtout un rocher rouge qui paraît être une terre sablonneuse durcie, mêlée de mica blanc : un rocher blanchâtre, semé aussi demiea blanc , se trouve plus près des veines et les sépare entre elles ; ce rocher y forme des creins
« Voyages métallurgiques, par M. Jars, pages 312 et 315
DES MINÉRAUX
qui quelquefois les coupent presque entièrement. Le rocher qui sert de toit au charbon est bleuâtre; c’est une espèce d’argile durcie, qui contient des empreintes de plantes , surtout de fougères. Celui du mur est sablonneux , d’un blanc noirâtre. Ces rochers s’attendrissent à l’air et s’y eflleurissent. Les veines ont leur direction sud-est, nord-ouest, et leur pente du côté du midi. Le charbon est un peu pyriteux , mais parait être d’assez bonne qualité. Dans la première veine, on remarque un lit de quelques pouces d’épaisseur qui suit toujours le charbon , et qui divise la veine en deux parties ; c’est un charbon très-pierreux.
A Dielau , la plus grande profondeur de la mine que l’on exploite est à quarante toises. Le charbon se trouve dans un filon tantôt incliné, tantôt presque perpendiculaire , et qui est coupé et détourné quelquefois par des creins. Le rocher dans lequel ce filon se trouve est semblable à celui de Vétine.
A Gibienstein , situé à une demi-lieue de la ville de Halle en Saxe , on a trouvé une veine de charbon qui paraissait au jour et qui a plusieurs pieds d’épaisseur; on n’a point encore reconnu son inclinaison ni sa direction. Le charbon qu’on en tire est peu bitumineux , et mêlé avec beaucoup de pyrites ; il ressemble fort à celui de Lay en Bourbonnais L M. Hoffmann dit que cette mine s’étend bien loin sous une grande partie de la ville et du faubourg, ensuite dans les campagnes vers le midi jusqu’au bourg de Lieben, où on la rencontre souvent en faisant des puits , de même qu’à Dielau , à une lieue et demie de Halle. Sa texture est semblable à celle d’un amas de morceaux de bois en copeaux 2.
En Espagne , il y a des mines de charbon de terre dans plusieurs provinces , et particulièrement en Galice , aux Asturies , dans le royaume de Léon et aussi dans la basse Andalousie près de Séville , dans la nouvelle Castille, et même auprès de Madrid 3. M. le Camus de Lipaare , l’un de nos plus habiles minéralogistes , a fait ouvrir le premier cette mine de charbon près de Madrid , et il a eu la bonté de me communiquer la notice que je joins ici 4.
« Voyages métallurgiques, par M. Jars, pag. 314 jusqu’à 320.
a Oryctographia Halensis. Hoffmann., oper. supplem., pars sceunda ;Genevæ, pag. 13, cité par M. Morand, pag. 448.
7U:j Charbon de terre, etc., par M. Morand, pag, 448.
4 « La mine de charbon qu'on exploite dans la basse Anda-
En Savoie , on trouve un espèce de charbon de terre d’assez mauvaise qualité , et le principal usage qu’on en fait est pour évaporer les eaux des sources salées L De toute la Suisse, le canton de Berne est le plus riche en mines de charbon. Il s’en trouve aussi dans le canton de Zurich , dans le pays de Vaud aux environs de Lausanne, mais la plupart de ces charbons sont d’assez médiocre qualité 2.
En Italie, dont la plus grande partie a été ravagée par le feu des volcans, on trouve moins de charbon de terre qu’en Angleterre et en France. M. Tozzetti a donné de très-bonnes observations 3 sur les bois fossiles de Saint-Cerbone et
« lousie est située à six lieues au nord de Séville, dans le « territoire du bourg de Villanueva-del-Rio, sur le bord de « la rivière de Guezna, qui se jette dans le Guadalquivir : la « veine a sa direction du levant au couchant, et soninclinai- « son de soixante-cinq à soixante-dix degrés au nord; son « épaisseur varie depuis trois pieds jusqu’à quatre pieds et « demi : elle fournit de très-bon charbon, quand on sait le « séparer des nerfs et des parties terreuses dont les veines « sont ioujours entremêlées; mais comme les concession nai- « res actuels la font exploiter par des paysans, et qu’on met « en vente indistinctement le bon et le mauvais charbon, la « qualité en est décriée, le débit médiocre, et l’on préfère à « Séville et à Cadix le charbon qu’on tire de Marseille et d’An- « gleterre, quoique le double plus cher.
« Quant à celle qu’on a découverte près de Madrid, à six « lieues au nord, au pied de la chaîne des montagnes de 1 Es- « curial, sur le bord de la rivière de Mançanarez, qui passe à « Madrid, c’est moi qui y ai fait la première tentative en 1763,
« au moyen d’un puits de soixante-dix pieds de profondeur « et d'une traverse ; j’avais reconnu plusieurs veines dont la « plus forte avait six pouces d’épaisseur, toutes d’un bitume « desséché, assez dur, mais terne et brûlant faiblement: leur « direction est aussi du levant au couchant, avec une pente « d'un pied par toise au nord-ouest; on a depuis continué ce « travail, mais on n’y a pas encore trouvé de vrai charbon. » Note communiquée par M. le Camus de Limare.
4 « Le charbon qu’on tire en Savoie, près de Moustier, en « Tarentaise, n’est qu’un charbon terreux ou terre-houille un « peu bitumineuse : on l’emploie cependant avec du bois « sous les chaudières des salines du roi ; mais la chaleur que « donne ce charbon est si faible, que si l’on continue à s’en « servir, ce n'est que pour diminuer la consommation des « forêts voisines, qui s’appauvrissent de plus en plus. » Note communiquée par le même.
2 Du Charbon de terre, par M. Morand, page 431.
5 11 dit que ces bois fossiles sont semblables à de gros troncs d’ai bres qui ne forment point une couche continue comme les autres matières des collines où ils se trouvent, mais qu’ils sont ordinairement séparés les uns des autres, souvent deux ensemble et toujours d’une nature différente de celle du terrain où ils sont ensevelis: ils sont d’une couleur extrêmement noire avec autant de lustre que le charbon artificiel ; mais ils sont plus denses et plus lourds, surtout lorsqu’on ne fait que les tirer de la terre; car à la longue ils perdent leur humidité et deviennent moins pesants, quoiqu ils aillent toujours au fond de l’eau; il est constant que dans leur origine ces charbons étaient des troncs d’arbres ; on ne peut manquer de s'en convaincre en les \ oyant dans la terre même : la plupart conservent leurs racines et sont revêtus d’une écorce épaisse et rude ; ils ont des nœuds, des branches, etc.; on y voit les cercles concentriques et les fibres longitudinales du bois. Les
HISTOIRE NATURELLE
de Strido; j’ai cru devoir en faire l’extrait dans la note ci-jointe , parce que les faits qu’il rapporte sont autant de preuves du changement des matières végétales en véritable charbon, et
mêmes choses se remarquent dans les charbons du val d’Arno di Sopra et du val de Cecina ; ceux-ci sont seulement plus onctueux que les autres, et même le bitume dont ils sont imbibés s’est trouvé quelquefois en si grande abondance, qu’ils en ont regorgé; cette matière s’est fait jour à travers les troncs, a passé dans les racines et dans tous les vides de l’arbre, et y a formé une incrustation singulière qui imite la forme des pierreries; elle compose des couches de l'épaisseur d'une ligne au plus, partagées en petites écuelles rondes, aussi serrées l’une contre l'autre que le peuvent être des cercles; ces petites écuelles sont toutes de la même grandeur dans la même couche, et laissent apercevoir une cavité reluisante, unie, hémisphérique, qui serétrécit par le fond, devient circulaire, ensuite cylindrique et se termine eu plan ; chacune de ces cavités est entièrement pleine d’un suc bitumineux, consolidé comme le reste du charbon fossile : ce suc par la partie qui déborde la cavité est aplani ; le reste prend la forme des parois qui le renferment, sans y être néanmoins attaché qu’au fond où il finit en plan ; ce qui forme un petit corps qu'on peut détacher avec peu de force, comme avec la pointe d'une épingle dont on toucherait le bord, on le verrait sortir et montrer la ligure hémisphérique en petits cylindres.
Dans le charbon qu'on tire promptement de la terre, les surfaces extérieures de ces petits corps multipliés, étant apla- i nies et contiguës les unes aux autres, forment une croûte 1 aplanie aussi d’un bout à l’autre ; mais à mesure que le charbon se dessèche, cette croûte paraît pleine de petites fentes occasionnées par le retirement de ces corps et par leur séparation mutuelle ; les couches aplanies, formées par les pierreries, sont irrégulières et éparses çà et là sur le tronc du charbon fossile ; elles sont outre cela doubles; c’est-à-dire que l’une incruste une face, l’autre une antre ; et elles se rencontrent réciproquement avec les surfaces des corpuscules renfermés dans les petites écuelles. Précisément dans l’endroit où ces deux couches se rencontrent, la masse du charbon fossile reste sans liaison et comme coupée; delà vient que ces grands troncs se rompent si facilement et se subdivisent en massifs de diverses figures et de diverses grosseurs : ces subdivisions si aisées à faire sont causes que dans les endroits où le charbon fossile se transporte, on a de la peine à comprendre que les morceaux qu’on en voit soient des portions d’un grand tronc d’arbre, comme on le reconnaît aisément dans les lieux où il se trouve.
On y voit encore plusieurs masses bitumineuses, incrustées de pierreries, mais détachées entièrement de l’arbre. M. Tozaretti soupçonne que dans leur origine, elles faisaient portion d'un tronc de charbon fossile, anciennement rompu, qui était resté enseveli dans la terre. Notre physicien ne serait pas non plus éloigné de croire que ce fût du bitume qui, n’ayant pas trouvé une matière végétale pour s’y attacher, se serait coagulé lui-tnème ; il est certain qu’en rompant quelques-unes de ces coagulations détachées on n’y découvre point les fibres longitudinales du bois, qui en sont les marques distinctives, mais on yvoit seulement un amas prodigieux de globules rangés par ordre, et semblables à des rayons qui partent d’un centre et qui aboutissent à une circonférence : il faut ajouter qu’à la surface de ces coagulations, les corpuscules qui remplissent les petites écuelles sont moins écrasés par dehors que ceux des couches formées sur les troncs des charbons fossiles ; ce qui ferait croire que dans le premier cas, ils ont eu la liberté de s'étendre autant qu’ils pouvaient, sans trouver de résistance dans des corpuscules contigus: ce n’est pas tout, M Tozzetti trouve encore une preuve de coagulation de bitume pur dans une autre masse tonte pleine de globules, et dans laquelle il ne découvre pas la moindre trace de plante.
de la différence des formes que prend le bitume en se durcissant; mais le récit de ce savant observateur me paraît plutôt prouver que le bitume s’est formé dans l’arbre même, et a été ensuite comme extravasé , et non pas qu un bitume étranger soit venu , comme il le croit, pénétrer ces troncs d’arbres , et former ensuite à leur surface de petites protubérances. Ce qui me confirme dans cette opinion, c’est 1 expérience que j’ai faite 1 sur un gros morceau de cœur de chêne que j’ai tenu pendant près de douze ans dans l’eau pour reconnaître jusqu à quel point il pouvait s’imbiber d’eau : j’ai vu se former au bout de quelques mois , et plus encore après quelques années, une substance grasse et tenace à la surface de ce bloc de bois , ce n’était que son huile qui commençait àsebituminiser. On essuyait à chaque fois ce bloc pour avoir son poids au juste ; sans cela 1 on aurait vu le bitume se former en petites protubérances dans cette substance grasse , comme M. Tozzetti l’a observé sur les troncs d’arbres de Saint-Cerbone.
On voit dans les Mémoires de l’Académie de Stockholm qu’il y a des mines de charbon en Suède , surtout dans la Scanie ou Gothie méridionale. Dans celles qui sont voisines de Bosrup, les couches supérieures laissent apercevoir sensiblement un tissu ligneux , et on y trouve une terre d’ombre 2 mêlée avec le charbon : il y a dans la Westrogothie une mine d’alun où l’on trouve du charbon, dont M. Morand a vu quelques morceaux qui présentaient un reste de nature ligneuse , au point que dans quelquesuns on croit reconnaître le tissu du hêtre 3.
Dans un discours très-intéressant sur les productions de la Russie , l’auteur donne des indications des mines de charbon de terre qui se trouvent dans cette contrée 4.
Telle est la nature de ces charbons fossiles ; l’auteur y joint leur usage ,• ils ont de la peine à s’allumer, mais lorsqu’ils le sont une fois, ils produisent un feu extrêmement vif, et restent longtemps sans se consumer : d’ailleurs ils répandent une odeur désagréable, qui porte à la tête et aux poumons, précisément comme le charbon d’Angleterre, et la cendre qui en résulte est de couleur de safran. Journal étranger, mois d’août 1755, page 97 jusqu’à 103.
1 Voyez tome I.
2 Cette terre bitumineuse, appelée quelquefois momie végétale, est tantôt solide, tantôt friable, et se trouve en beaucoup d’endroits : il s’en rencontre derrière les bains de Freyenwald, dans un endroit nommé le Trou-noir.
3 l)u Charbon de terre, par M. Morand, page 89.
* Nous avons des charbons de terre en plusieurs endroits ; on en trouve auprès de l’Argoun, à Tscatboutschinskaya, et
DES MINERAUX
En Sibérie , à quelque distance de la petite I pourrait assurer qu’il existe de même des charrivière Selowa, qui tombe dans le fleuve Lena, bons de terre dans toutes les autres parties de on trouve une mine de charbon de terre ; elle est l’Asie. On en a trouvé à Sumatra, aux environs située vis-à-vis d’une île appelée Beresowi ; elle de Sillida 1 ; on en connaît aussi quelques mines s’étend horizontalement fort loin, et son épais- | en Afrique et à Madagascar 2
seur est de dix à onze pouces. Le charbon n’est pas d’une bonne qualité ; car tant qu’il est dans la terre, il est ferme ; mais aussitôt qu’il est exposé cà l’air il tombe par morceaux '.
A la Chine, le charbon de terre est aussi com-
En Amérique il y a des mines de charbon de terre comme dans les autres parties du monde. Celles du cap Breton sont horizontales, faciles à exploiter, et ne sont qu’à six ou huit pieds de profondeur : un feu qu’il n’est pas possible
mun et aussi connu qu’en Europe, et de tout d’étouffer a embrasé une de ces mines 3, dont temps les Chinois en ont fait grand usage, parce les trois principales sont situées, la première que le bois leur manque presque partout, preuve dans les terres de la baie de Moridiemée, la seévidente de l’ancienneté de leur nombreuse po- conde dans celles de la baie des Espagnols, et pulation2. lien est de même du Japon 3, et l’on la troisième dans la petite ile Bras-d’Or ; cette
dernière a cela de particulier que son charbon auprès de chiika , à dix werstes au-dessus de la forge de contient de l’antimoine. Le toit de ces mines Chilka, dans le district de Nertschink; auprès de l’Angara, au- comme partout ailleurs, chargé d’empreintes
dessous d'Irkoutsk et auprès de Kitoî, à quinze werstes avant ) r ’ ® ,
qu’il se jette dans l’Augara, près de Kitoïs-Koïslanitz ; dans le de végétaux4. Il y a aussi des mmes de Char-
Voisinage de Jeniseï et d’Abakaukoï-ostrog , près du fleuve j^on à Saint-Domingue 5, à Cumana, dans la d'Abakan, dans la montagne Isik ; de même à dix werstes de . , . . 6
Krasnoyarsk; près deJéniseï; à Brontoï-iogh ; à Koitsche- Nouvelle- Andalousie ; et 1 on a tiouve en 1708 danskoi-ostrog , près du fleuve d’iset; auprès du fleuve de une de ces mines dans l’ile de la Providence, Beïeya , à cinq werstes du village de Konsetkonlova; àKi- punfi deg fucayes OÙ le charbon est de bonne
zilyak, dans le district d’Oufa; auprès du fleuve de Syryansk, , ^ J ’ Aj ,, . aonc
dans le village du même nom ; dans le district de Koungour, j qualité. On en connaît d autres au Ce c < e à la droite de Volga; à Gorodiztche, à vingt werstes au-des- ]es terres de Saquenai, vers le bord septensus de Sinbirsk ; et en plusieurs endroits , à deux cents wers- fl Saint-Laurent, et dans celles
le- au-dessous de cette ville , principalement entre Kaspour inoudi ou 5 Tir¬
et Boghayarlenskoye, monastère auprès du fleuve de Toretz; de l’Acadie ou Nouvelle-Ecosse. Eniin on en a
à Balka , Skalewayace; et au fleuve de Belayalongham , dans yu jUSque dans les terres de la baie Disko, SUr le district de Baghmont; à Niask , dans le gouvernement de 4 . ,7
Varonége; auprès de Lokka , dans le voisinage de Katonga f la Côte du uroenland .
enfin à Kestrkoiyain, auprès du fleuve de Kresuetscha , et au- Ainsi I on peut trouver dans tOUS les pays du
près du petit fleuve de Kroubitza , qui se jette dans ïaMsta, d en fouillant les entrailles de la terre,
dans la chaîne des montagnes de Valdai , etc. Discours sur les 5 . , , ocenirp
productions de la Russie, par M. Guldenstaed. Pétersbourg , cette matière combustible déjà tres-necessa
1776. page 52. auiourd’hui dans les contrées dénuées de bois,
4 Histoire générale des Voyages, tome XVIII. page 303. J . J-nrontaw à mpsnrp
2 On ne connaît pas de pays aussi riche que la Chine en mi- Ct qui le devieildia b c o
nos de charbon: les montagnes , surtout celles des provinces que le nombre des hommes augmentera et que de Chensi , de Chatni et de Pecheli, en renferment en grand , , u mfî|s habitent se refroidira: et non-
nombre.... Le charbon qui se brûle à Pékin et qui s'appelle I 1 -
moni vient de ces mêmes montagnes, a deux lieues de cette vibe : depuis plus de quatre mille ans, elles en fournissent à la ville et à la plus grande partie de la province, où les pauvres s’en servent pour échauffer leurs poêles. Sa couleur est noire; on les trouve entre les rochers en veines fort profondes : quelques-uns le broient, surtout parmi le peuple : ils en mouillent la poudre et la mettent comme en pains. Ce charbon ne s'allume pas facilement, mais il donne beaucoup de chaleur et dure fort longtemps au feu ; la vapeur en est quelquefois si désagréable, qu’elle suffoquerait ceux qui s’endorment près des poêles , s’ils n’avaient pas la précaution de tenir près d'eux un bassin rempli d’eau , qui attire la fumée et qui en diminue beaucoup la puanteur. Ce charbon est à l'usage de tout le monde , sans distinction de rang , car le bois est d’une extrême rareté ; on s’en sert de même dans les fournaises pour fondre le cuivre; mais les ouvriers enfer trouvent qu’il rend ce métal trop dur. Histoire générale des Voyages, tome VI, page 486.
* Le charbon de terre ne manque pas au Japon : il sort en abondance de la province de Tikusen, des environs de Kugani*su et des provinces septentrionales. Histoire générale des Voyages, tome X, page 655.
seulement cette matière peut en tout et partout remplacer le bois pour les usages du feu, mais elle peut même devenir plus utile que le charbon de bois pour les arts, au moyen de quelques précautions et préparations dont il est bon de faire ici mention, parcequ’elles nous donneront encore des connaissances sur les différentes matières dont ces charbons sont composés ou mélangés.
' Du Charbon de terre , par M. Morand . page 441.
2 Histoire générale des Voyages, tome VIII , page 619.
8 Histoire politique et philosophique des deux Indes , t. VI ,
page 1583.
< Histoire générale des Voyages , tome XII , page 218.
8 Voyage de Coréal aux Indes occidentales ; Paris , 1722, tomel, page 123.
e Du Charbon de terre, par M. Morand , page 89.
7 Ibidem , page 442.
HISTOIRE NATURELLE
A Liège et dans les environs, où l’usage du charbon est si ancien, on ne se sert pour le chauffage ordinaire, dans le plus grand nombre des maisons , que du menu charbon , c’està-dire des débris du charbon qui se tire en blocs et en masses; on sépare seulement de ces menus charbons les matières étrangères qui s’y trouvent mêlées en volume apparent , et surtout les pyrites qui pourraient faire explosion dans le feu , et pour augmenter la quantité et la durée du feu de ce charbon, on le mêle avec des terre grasses , limoneuses ou argileuses 1 des environs de la mine, et ensuite on en fait des pelotes qu’on appelle des hochets , qui peuvent se conserver et s accumuler sans s’effleurir, en
• « L’action du feu sur le mélange de partie d’argile et de « partie humide ne se fait , ditM. Morand, qu’à fur et mesure;
< ces dernières ne commencent à être attaquées que lorsque « la terre grasse perdant son humidité, se chauffant et se des- ■ séchant peu à peu , communique de proche en proche sa « chaleur aux molécules de houille qu’elle enveloppe ; la
* graisse, l’huile ou le bitume qui s’y est incorporé , se cuit « par degrés , au point de s’étendre aussi de proche en proche « à ces molécules d’argile et de venir à la surface de la pelote, « d’où elle découle quelquefois en pleurs et en gouttes. La « masse d’air subtil qui n’a pas un libre essor se dégage en « même temps, s'échappe peu à peu; les vapeurs sulfureuses, « bitumineuses , odorifères ou même malfaisantes qu’on vou-
* dra y supposer , ne pouvant point se dissiper ensemble et « former un volume , s’en séparent et s’évaporent insensible- « ment. » Nota Je ne puis me dispenser d'observer au savant auteur que son explication pèche, en ce que les bitumes ne tiennent pas d'autre air subtil que de l’air inflammable.
« Dans cette espèce de corollaire , on entrevoit deux pro- « priétés distinctes qui appartiennent à la façon donnée au « charbon de terre, l°uue économie sur la matière même, « 2° une sorte de correctif aux vapeurs de houille.
« Ce premier effet résultant de cette impastation paraît sen- « sible, puisque le feu n’a point une prise absolue sur le com-
< bustible soumis à son action ; l’argile ajoutée au charbon « arrête la combustion , retient, tant quelle ne se consume
< pas, une portion de houille ; de manière que cet amalgame, « en ne résistant point trop au feu , y résiste assez pour que « la houille ne s’en sépare point avant d'être consumée : la « destruction du charbon par le feu est ralentie en consé- « quence ; il s’en consomme nécessairement une moindre
* quantité dans un même espace de temps , que si le charbon
a recevait à nu l’action de la flamme . Les rédacteurs de
a l’Encyclopédie ne font point difficulté d’avancer que ces a pelotes donnent une chaleur plus durable et plus ardente a que celle du charbon de terre seul,
a Les Chinois ue trouvent pas seulement que leur moui , a ou pelotes de houille , donne une chaleur beaucoup plus a forte que le bois , et qui coûte infiniment moins : mais en a outre ils y trouvent l’avantage de ménager leur bois , et ils a prétendent encore par cet apprêt se garantir del’incoinmoa dité de l’odeur.
a Plusieurs physiciens sont du même sentiment. SI. Zima mermann (Journal économique , avril 1751) donne cette a préparation comme un moyen de brûler le charbon de a terre , sans désagrémeut et sans danger. M. Scheucbzer , a dans son Voyage des Alpes , pense de même : l’opinion des a commissaires nommés par l’Académie des Sciences est aussi a positive sur ce point. » Du Charbon de terre, par M. Morand , page 1286.
sorte que chaque famille du peuple fait sa provision de hochets en été pour se chauffer en hiver1 .
Mais l’usage du charbon de terre sans mélange ni addition de terre étrangère est encore plus commun que celui de ces masses mélangées, et c’est aussi ce que nous devons considérer plus particulièrement. Avec du charbon de terre en gros morceaux et de bonne qualité , le feu dure trois ou quatre fois plus longtemps qu’avec du charbon de bois : si vingt livres de bois 2 durent trois heures , vingt livres de charbon en dureront douze. En Languedoc , dit M. Venel 3, les feux de bûches et de rondins de bois sec dans les foyers ordinaires coûtent plus du double que les pareils feux de houille faits sur les grilles ordinaires. Cet habile chimiste recommande
* Voyez dans l'ouvrage de M. Morand le détail des procédés pour la façon des hochets, page 355 et suiv. a Le feu « de ces hochets est d'une fort longue durée, dit cetau- « teur; il se conserve longtemps sans qu’on y touche ; on « ne le renouvelle que deux fois par jour, et trois fois lorsa qu’il fait un grand fn id. A Valenciennes , on fait des bri- « quettes dans un moule de fer ovale, de cinq pouces et demi « de long sur quatre pouces de large, mesure prise en dedans: a l’argile que l'on emploie avec le charbon pour former ces a briquettes est de deux sortes ; l'une qui est très-commune a dans les fosses est le bleu marie ou marie à boulets , parce a qu'on s’en sert pour faire les briquettes qu’on appelle boua let ; c’est une espèce d’argile calcaire qui tient à la langue , a et qui fait effervescence avec les acides. Une seconde terre « que l’on emploie aussi dans les briquettes se tire des bords « de l’Escaut , où elle est déposée dans le temps des grandes a eaux; c’est un limon sableux , argileux, de couleur jaune a obscure, et qui se manie comme une Ixmne argile ; à Try , « distant de Valenciennes d'une lieue , et à Monceau, qui est à « deux lieues de cette ville, on emploie au chauffage la mine « d’Anzin : on fait entrer dans les briquettes de la marie qui a se trouve dans ccs deux endroits. Ces maries sont des tera res argileuses , calcaires , blanches comme de la craie , faia sant effervescence avec les acides : selon les ouvriers , les a briquettes faites avec la marie brûlent mieux que celles qui « sont faites avec du limon , et il ne faut qu'un dixième de a marie et neuf parties de charbon... On délaie une mesure « d'argile dans l’eau, de manière à en faire une bouillie claire a et coulante que l’on verse au milieu d’un grand cercle de a houille; si on met trop d’argile, les briquettes brûlent plus a difficilement , et si on en met en trop petite quantité , la a houille ne peut faire corps avec l’argile , et les briquettes a n'ont point de solidité : la proportion ordinaire est d'une a partie de détrempe sur six de houille; on mêle le tout ena semble de la même façon que l'on mêle le sable et la chaux a pour faire du mortier : lorsque cette masse a pris la consisa tance d'une matière un peu solide , l'ouvrier place à côté a de lui un carreau de pierre , et fait avec une palette ce que a les Liégeois font avec leurs mains ; et à mesure qu’il fait a les briquettes , il les arrange dans l’endroit où on veut les a garder , de la même façon que l’on arrange les briques pour a former une muraille. » Du Charbon de terre, par ,M. Morand , page 487 et suiv.
2 M. de la Ville , de l'Académie de Lyon , cité par M. Morand , page 1259.
5 Comparaison du feu de houille et du feu de bois, etc., partie lre, page 186.
DES MINÉRAUX
de ne pas négliger les braises qui se détachent du charbon de terre en brûlant; car en les remettant au feu , leur durée et leur effet correspondent au moins au quart du feu de houille neuve , et de plus ces braises ont l’avantage de ne point donner de fumée : les cendres même du charbon de terre peuvent être utilement employées. M. Kurela, cité par M. Morand, dit qu’en pétrissant ees cendres seules avec de l’eau , on en peut faire des gâteaux qui brûlent aussi bien que les pelotes ou briquettes neuves, et qui donnent une chaleur d’une aussi longue durée.
On prendrait, au premier coup d’œil, la braise du charbon de terre pour de la braise de charbon de bois brûlé : mais il faut pour cela qu’il ait subi une combustion presque entière ; car s’il n’éprouve qu’une demi-combustion pour la , préparation qui le réduit en coak , il ressemble alors au charbon de bois qui n’a brûlé de même qu’à demi. « Cette opération, dit très-bien « M. Jars , est à peu près la même que celle « pour convertir le bois en charbon 1 . »
M. Jars donne dans un autre Mémoire la manière dont on fait les cinders à Newcastle 2, dans
* Elle consiste à former en rond sur le terrain une couche de charbon cru, de douze à quinze pieds de diamètre, autour duquel il y a toujours un mélange de poussière de charbon et de cendres des opérations qui ont précédé.
Cette couche circulaire est arrangée de façon quelle n'a pas plus de sept à huit pouces d'épaisseur à ses extrémités, et un pied et demi au plus d’épaisseur dans son milieu ou centre; c'est là qu'on place quelques charbons allumés qui, en peu de temps, portent le feu dans toute la charbonnière : un ouvrier veille à cet embrasement, et avec une pelle de fer prend de la' poussière qui est autour, et jette, dans les parties où le feu est trop ardent , la quantité suffisante pour empêcher (jue le charbomse consume, et point assez pour éteindre la flamme qui s’étend sur toute la surface.... Le charbon réduit en coak est beaucoup plus léger qu’il n’était avant d’être grillé, il est aussi moins noir; cependant il l’est plus que les eoaks appelés cinders il ne se colle point en brûlant. Voyages métallurgiques, par M. Jars, troisième Mémoire, p. 273 Four former des eoaks, on fait une place ronde d’environ dix ou douze pieds de diamètre que l’on remplit avec de gros charbon, rangé de façon que l’air puisse circuler dans le tas, dont la forme est celle d’un cône d’environ cinq pieds de hauteur depuis le sommet jusqu’à sa nase : le charbon ainsi rangé, on en place quelques-uns allumés dans la partie supérieure, après quoi on couvre le tout avec de la paille sur laquelle on met de la poussière de charbon qui se trouve tout autour, de façon qu’il y en ait au moins un bon pouce d’épaisseur sur toute la surface.
On a toujours plusieurs de ces fourneaux allumés à la fois ; deux ouvriers dirigent toute l’opération , l’un pendant le jour, l'autre pendant la nuit: ils doivent avoir attention d'examiner de quel côté vient le vent, et de boucher les ouvertures lorsqu’il s’en forme de nuisibles à l’opération, ce qui contribuerait à la destruction des eoaks. Idem, page 236, douzième Mémoire.
3 Quand on a mis dans le four à griller la quantité de char-
(les fourneaux construits pour cette opération, et dont il donne aussi la description. Enfin, dans un autre Mémoire, le même académicien expose très-bien les différents procédés de la cuisson du charbon de terre dans le Lyonnais, et 1 usage qu’on en lait pour les mines de cuivre à Saint-Bel \
bon nécessaire, on y met le feu avec un peu de bois ou avec du charbon déjà allumé.... Mais pour l’ordinaire on introduit le charbon lorsque le fourneau est encore chaud et presque rouge; ainsi il s’allume de lui- même.
On ferme ensuite la porte , et l’on met de la terre dans les jointures, seulement pour boucher les plus grandes ouvertures qui proviennent delà dégradation delà maoonderie;car il faut toujours laisser un passage à l'air, sans lequel le charbon ne pourrait brûler; l’ouverture qui est au-dessus du fourneau, et qu’on peut appeler cheminée , est destinée pour la sortie de la fumée, et par conséquent pour l’évaporation du bitume; l’embouchure de cette cheminée n’est pas toujours également ouverte. La science de l’ouvrier consiste à ménager le courant de la fumée, sans quoi il risquerait de consumer les cinders à mesure qu’ils se forment : la règle qu’on suit à cet égard, comme la pus sûre, est de n’ouvrir la cheminée qu’autant qu’il le faut pour que la fumée ne ressorte point par la porte; pour cela on a une grande brique que l’on pousse plus ou moins sur l’ouverture, à mesure que l’évaporation avance , et que par conséquent le volume de la fumée diminue ; à la fin on bouche presque entièrement l’ouverture de la cheminée.
Cette opération dure trente à quarante heures: mais communément ou ne retire les cinders qu’au bout de quarantehuit heures : le charbon réduit en cinders forme dans le fourneau une couche d’une seule masse, remplie de fentes et de crevasses, disposées en rayons perpendiculaires au sol du fourneau, de toute l’épaisseur de la couche. On pourrait aussi les comparer à des briques placées de champ; quoique le tout fasse corps , il est aisé de le diviser pour le retirer du fourneau : à cet effet , lorsque l’ouvrier a ouvert la porte, il met une barre de fer en travers devant l’ouverture, afin de supporter un râble de fer avec lequel il allire une certaine quantité de cinders hors du fourneau, sur lesquels un autre ouvrier jette un peu d’eau : ils prennent ensuite chacun une pelle de fer en forme de grille , afin que les cendres et les menus cinders puissent passer au travers; ils éloignent ainsi de l'embouchure du fourneau les cinders qui achèvent de s’éteindre par le seul contact de l’air.
Le fourneau n’est pas plus tôt vide qu’on y met de nouveau charbon nécessaire pour une seconde opération ; et comme ce fourneau est encore très-chaud et même rouge , le charbon s’y enflamme aussitôt, et le procédé se conduit comme ci-devant.
On eslime à un quart le déchet du charbon dans cette opération, c est-à-dire le déchet du volume; quant au poids il es! bien moindre.
Les cendres qu'on retire du fourneau sont passées à la claie, sur une claie de fer, pour en séparer les petits morceaux de cinders, lesquels sont vendus séparément. Voyages métallurgiques, par M. Jars, dixième Mémoire, page 309.
1 Après avoir formé un plan horizontal sur le terrain , on arrange le charbon , morceau par morceau , pour en composer une pile d’une forme à peu près semblable à celles que l’on donne aux allumettes pour faire du charbon de bois et de la contenue d’environ cinquante à soixante quintauxil est nécessaire de ne point donner à ces charbonnières trop d’élévation, quoique dans le même diamètre : l’inconvénient serait encore plus grand , si on avait placé indifféremment le charbon de toute grosseur.
Une charbonnière construite de cette manière peut et doit
HISTOIRE NATURELLE
M. Gabriel Jars, de l’Académie de Lyon, et frère de l’académicien que je viens de citer, a publié un très-bon Mémoire sur la manié i e de préparer le charbon de terre pour le substitue > au charbon de bois clans les travaux métallurgiques, mise en usage depuis l année 1 7 09
avoir dix, douze et jusqu’à quinze pieds de diamètre, et deux pieds et demi au plus de hauteur dans le centre.
An sommet de la charbonnière, on ménage une ouverture d’environ six à huit pouces de profondeur, destinée a recevoir le feu qu’on y introduit avec quelques charbons allumes quand la pile est arrangée ; alors on la recouvre , et on peut s’y prendre de diverses manières.
La meilleure et la plus prompte, c'est d'employer de la paille et de la terre franche qui ne soit pas trop sèche ; toute ia surface de la charbonnière se couvre de cette paille, mise assez serrée pour que l’épaisseur d un bon pouce de terit et pas davantage, placé dessus, ne tombe pas entre les chai bons, ce qui nuirait à 1'aclion du feu.
On peut suppléer au défaut de paille par des feuilles sèches, lorsqu'on est dans le cas de s'en procurer ; j’ai aussi essayé de me servir de gazon ou mottes ; mais il n en a pas té-
sulté un bon effet.
Une autre méthode qui, attendu la cherté et la rareté de la paille, est mise en pratique aujourd hui aux mines de Rive-de- Gicr, par les ouvriers que les intéressés aux mines de cuivie emploient à cette opération, avec un succès que j'ai éprouvé, est celle de recouvrir les charbonnières avec le charbon même ; cela se fait comme il suit.
L arrangement de la charbonnière étant achevé ,on en îecouvre la partie inférieure, depuis le sol du terrain jusqu à la hauteur d’environ un pied, avec du menu charbon cru, tel qu'il vient de la carrière et des déblais qui se font dans le choix du gros charbon ; le restant de la surface est i ecouv ei t avec tout ce qui s’est séparé en très-petits morceaux des coaks ; pour cette méthode on n'a pas besoin, comme pour les autres, de pratiquer des trous autour de la circonférence pour l’évaporation de la fumée, les interstices qui se trouvent entre ces menus coaks y suppléent et font le même effet ; le feu agit également partout.
. Lorsque la charbonnière est recouverte jusqu’au sommet, l’ouvrier apporte , comme il a été dit , quelques charbons allumés qu’il jette dans l’ouverture, et achève d’en remplir la capacité avec d’autres charbons: quand il juge que le feu a pris, et que la charbonnière commence à fumer, il en recouvre le sommet, et conduit l’opération comme celle du charbon de bois .ayant soin d’empêcher que le feu ne passe par aucun endroit, pour que le charbon ne se consume pas; ainsi du reste jusqu’à ce qu ilne fume plus, ou du moins que la fumée en sorte claire , signe constant de la fin du dessoufrage ; pour toute cette manœuvre, l'expérience des ouvriers est très-nécessaire.
Une telle charbonnière tient le feu quatre jours, et plusieurs heures du moins si l'on a recouvert avec de la paille et de la terre: lorsqu'il ne fume plus, on recouvre le tout avec {J e la poussière pour étouffer le feu , et on le laisse ainsi pendant douze ou quinze heures; après ce temps , on retire les coaks , partie par partie, à l'aide des râteaux de fer, en séparant le menu qui sert à couvrir d’autres charbonnières.
Lorsque les coaks sont refroidis , on les enferme dans un magasin bien sec; s’il s’y trouve quelques morceaux de charbon qui ne soient pas bien dessoufrés, on les met à part pour les faire passer dans une nouvelle charbonnière ; on en a de cette manière plusieurs en feu , dont la manœuvre se succède-
Trois ouvriers, ayant un emplacement assez grand, peuvent préparer dans une semaine trois cent cinquante jusqu'à quatre cents quintaux de coaks. Les charbons de Rivc-df-Gier
dans les mines de Saint-Bel , dans lequel 1 auteur dit avec grande raison « que le chai bon « de terre est , comme tous les autres bitumes,
« composé de parties huileuses et acides ; que « dans ces acides on distingue un acide sultu- « reux auquel il croit que l’on peut attribuei « principalement les déchets que l’on éprorne « lorsqu’on l’emploie dans la tonte des métaux*
« Le soufre et les acides dégagés par 1 action du « feu , dans la fusion , attaquent , rongent et dé- « truisent les parties métalliques qu’ils rencon- « trent ; voilà les ennemis que l’on doit cheichei « à détruire : mais la difficulté de 1 opération con- « siste à détruire ce principe rongeur , en con- « servant la plus grande quantité possible de « parties huileuses, phlogistiques et intlamma- « blés , qui seules opèrent la fusion, et qui lui « sont unies. C’est à quoi tend le procédé dont « je vais donner la méthode ; on peut le nommei « le dessoufrage. Après l’opération, le charbon « minéral n’est plus à l’œil qu’une matière sè- « che , spongieuse , d’un gris noir, qui a perdu « de son poids et acquis du volume, qui s’al- « lume plus difficilement que le charbon cru ,
« mais qui a une chaleur plus vive et plus du- « rable. »
M. Gabriel Jars donne ensuite une comparaison détaillée des effets et du produit du feu des coaks, et de celui du charbon de bois pour la fonte des minerais de cuivre : il dit que les Anglais fondent' la plupart des minerais de fer avec les coaks, dont ils obtiennent un ier coulé excellent , qui se moule très-bien*, mais que jamais ils ne sont parvenus à eu faire un bon ici
forgé 1 .
perdent en dessoufrage à Saint-Bel , trente-cinq pour cent , de manière que cent livres de charbon cru sont réduites à soixante-cinq livres de braises *. ce fait a été vérifié plusieurs fois. Voyages métallurgiques, par M. Jars , quinzième Mémoire, page 525.
* De quelque manière que le charbon de terre ait été torréfié, soit qu’il l’ait été à l’air libre, soit qu’il l’ait été dans les fosses, comme à Newcastle, ou dans des fourneaux comme à Sultzbach, l’expérience ne lui a encore été avantageuse que pour les ouvrages qui se jettent en moule : dans les grandes opérations métallurgiques, ce charbon, si l’on veut suivre l'idée commune , n’est pas encore suffisamment dessoufré ; les braises qu’il donne ne remplissent pas à beaucoup près le but qu’on se propose : le fer provenant des forges de Sultzbach , et qui, porté à la filière, se trouvait une fonte grise et fort douce, a été reconnu être le produit de plusieurs affinages» en total, la fonte du fer qu’on obtient avec leur feu a toujours deux défauts considéraldes : on convient d’abord généralement que la qualité du fer est avilie, qu'il est cassant et hors d’état de rendre beaucoup de service. Dans la quantité de métal fondu au feu de charbon de terre, cru ou converti en braise, il se trouve toujours un déchet considérable ; dans
DES MINÉRAUX
Au reste, il y a des charbons qu’il serait peutêtre plus avantageux de lessiver à l’eau que de cuire au feu pour les réduire en coaks. M. de Grignon a proposé de se servir de cette méthode et particulièrement pour le charbon d’Épinac : mais M. de Limare pense au contraire que le charbon d’Épinac, n’étant que pyriteux, 11e doit pas être lessivé , et qu’il 11’y a nul autre moyen de l’épurer que de le préparer en coak; la lessive à l’eau ne pouvant servir que pour les charbons chargés d’alun , de vitriol ou d’autres sels qu’elle peut dissoudre , mais non pas pour ceux où il ne se trouve que peu ou point de ces sels dissolubles à l’eau.
Le charbon de Montcenis, quoiqu’à peu de distance de celui d’Épinac, est d’une qualité différente; il faut l’employer au moment qu’il est tiré, sans quoi il fermente bientôt et perd sa qualité; il demande à être dessoufré par le moyen du feu, et l’on a nouvellement établi des fourneaux et des hangars pour cette opération.
Le charbon de Rive-de-Gier,dans leLyonnais, est moins bitumineux , mais en même temps un peu pyriteux, et en général il est plus compacte que celui de Montcenis : il est d’une grande acti vité; son feu est âpre et durable; il donne une flamme vive, rouge et abondante. Son poids est de cinquante-quatre livres le pied cube , lorsqu’il est dessoufré; et dans cet état il pèse autant que le charbon brut de Saint-Chaumont , qui, quoique assez voisin de celui de Rive-de- Gier, est d’une qualité très-différente; car il est
une semaine on avait fondu à Lancashire , avec le seul Gharbon de bois , quinze ou seize tonnes de fer ( la tonne pèse deux mille), et avec les bouilles on n’en a eu que cinq ou six.
Cet inconvénient se remarque également pour toutes les autres espèces de mines ; un fourneau de réverbère anglais , chauffé avec le bois de hêtre , même avec des fagots , fait rendre à la mine de plomb dix pour cent de plus que lorsqu'on le chauffe avec du charbon de terre.
Depuis plus de quarante ans on a commencé à vouloir l’employer , mais inutilement , pour la mine de cuivre ; il y a vingt-huit ans qu’on avait encore voulu essayer en France, dans le travail d’une mine de cuivre , d’introduire l’usage du charbon de terre , tant pour le grillage que pour la fonte du minéral ; on le mettait sur du bois dans le grillage , et on en mêlait neuf parties avec une partie de charbon de bois dans le fourneau allemand pour la fonte : une portion de cuivre, traitée de cette manière, s’est trouvée détruite, et a causé des pertes considérables, qui ont obligé les entrepreneurs d’abandonner cette fabrication. Du Charbon de terre , par M. Morand , pages 1 186 et H 87. — Ces observations de M. Morand Paraîtraient d’abord contredire ce que nous avons cité d’après M. Jars ; mais comme ces dernières expériences ont été faites avec du charbon cru, et que les autres avaient été faites avec des charbous épurés en coaks, leurs résultats devaient être différents.
friable , léger, et à peu près de la même nature que celui de Montcenis, à l’exception qu’il est un peu moins pyriteux. Il ne pèse cru que cinquante-quatre livres le pied cube, et ce poids se réduit à trente-six lorsqu’il est dessoufré.
De toutes les méthodes connues pour épurer le charbon, celle qui se pratique aux environs de Gand est Tune des meilleures : on se sert des charbons crus de Mons et de Valenciennes, et le eoak est si bien fait, dit M. de Limare, qu’on s’en sert sans inconvénient dans les blanchisseries de toile fine et de batiste : on l’épure dans des fourneaux entourés de briques , où l’on a ménagé des registres pour diriger l’air et le porter aux parties qui en ont besoin. Mais on assure que la méthode du sieur Ling, qui a mérité l’approbation du gouvernement, est encore plus avantageuse: et je ne puis mieux terminer cet article qu’en rapportant le résultat des expériences qui ont été faites à Trianon , le 12 janvier 1779, avec du charbon du Rourbonnais dessoufré à Paris, par cette méthode du sieur Ling, par lesquelles expériences îl est incontestablement prouvé que le charbon préparé par ce procédé a une grande supériorité sur toutes les matières combustibles , et particulièrement sur le charbon cru, soit pour le chauffage ordinaire, soit pour les arts de métallurgie, puisque ces expériences démontrent :
1° Que le charbon ainsi préparé, quoique diminué de masse par l’épurement, tient le feu bien plus longtemps qu’un volume égal de charbon cru ;
2° Qu’il a infmim'ent plus de chaleur, puisque, dans un temps donné et égal, des masses de métal de même volume acquièrent plus de chaleur sans se brûler ;
3° Que ce charbon de terre préparé est bien plus commode pour les ouvriers , qui ne sont point incommodés des vapeurs sulfureuses et bitumineuses qui s’exhalent du charbon cru;
4° Que ce charbon préparé est plus écono- j mique, soit pour le transport, puisqu’il est plus léger, soit dans tous les usages qu’on en peut faire, puisqu’il se consomme moins vite que le charbon cru ;
5° Que la propriété précieuse que le charbon préparé par cette méthode a d’adoucir le fer le plus aigre et de l’améliorer, doit lui mériter la préférence non-seulement sur le charbon cru, mais même sur le charbon de bois ;
6° Enfin , que le charbon de terre épuré par
l(j/i HISTOIRE NATURELLE
celle méthode peut servir à tous les usages aux¬
quels on emploie le charbon de bois, et avec un très-grand avantage, attendu que quatre livres de ce charbon épuré lont autant de feu que douze livres de charbon de bois.