DES SELS
Les matières salines sont celles qui ont de la saveur. Mais d’où leur vient cette propriété qui nous est si sensible , et qui affecte les sens du goût, de l’odorat et même celui du toucher? quel est ce principe salin? comment et quand a-t-il été formé? 11 était certainement contenu et relégué dans l’atmosphère, avec toutes les autres matières volatiles, dans le temps de l’incandescence du globe; mais après la chute des eaux et la dépuration de l’atmosphère , la première combinaison qui s’est faite dans cette sphère encore ardente a été celle de l'union de l’air et du feu ; cette union a produit l’acide primitif : toutes les matières a queuses, terreuses ou métalliques avec lesquelles cet acide primitif a pu se combiner sont devenues des substances salines; et comme cet acide s’est formé par la seule union de Pair avec le feu , il me paraît que ce premier acide, le plus simple et le plus pur de tous, est l’acide aérien, auquel les chimistes récents ont donné le nom d’acide méphitique , qui n’est que de Pair fixe, c’està-dire de Pair fixé par le feu.
Cet acide primitif est le premier principe salin ; il a produit tous les autres acides et alkalis ; il n’a pu se combiner d’abord qu’avec les verres
nés; on cesse le feu pendant environ nue demi-heure, pendant que l’on coule en moule le soufre déjà pur lié; ensuite on re< ornmence le b u pour achever la d stillation, et répéter ensu.te la mente manœuvre qued <ns la première d stillation. Il ne faut pa- faire un trop grand feu , car on risquerait de faire embraser le soufre; cette uisiihation dure huit heures. Tra-ié de la Fonte des mines, de Schlulter, tome 11, page 222 etsuiv.
HISTOIRE NATURELLE
primitifs, puisque les autres matières n’existaient pas encore ; par son union avec cette terre vitrifiée, il a pris plus de masse et acquis plus de puissance; il est devenu acide vitriolique , qui, étant plus fixe et plus fort , s’est incorporé avec toutes les substances qu’il a pu pénétrer. L’acide aérien , plus volatil , se trouve universellement répandu, et l’acide vitriolique réside principalement dans les argiles et autres détriments des verres primitifs ; il s’y manifeste sous la forme d’alun : ce second acide a aussi saisi dans quelques lieux les substances calcaires et a formé les gypses : il a saisi la plupart des minéraux métalliques , et leur a causé de grandes altérations ; il en a pour ainsi dire converti quelques-uns dans sa propre substance, en leur donnant la forme du vitriol.
En second lieu, l’acide primitif, queje désignerai dorénavant par le nom d 'acide aérien , s’est uni avec les matières métalliques, qui, comme les plus pesantes, sont tombées les premières sur le globe vitrifié , et en agissant sur ces minerais métalliques, il a formé l’acide arsenical ou l’arsenic, qui, ayant encore plus de masse que le vitriolique, a aussi plus de force, et de tous est le plus corrosif; il se présente dans la plupart des mines dont il a minéralisé et corrompu les substances.
Ensuite, mais plusieurs siècles après , cet acide primitif, en s’unissant à la matière calcaire, a formé V acide marin , qui est moins fixe et plus léger que l’acide vitriolique , et qui , par cette raison , s’est plus universellement répandu, et se présente sous la forme de sel gemme dans le sein de la terre, et sous celle de sel marin dans l’eau de toutes les mers : cet acide marin n’a pu se former qu’après la naissance des coquillages, puisque la matière calcaire n’existait pas auparavant.
Peu de temps après, ce même acide aérien et primitif est entré dans la composition de tous les corps organisés ; et, se combinant avec leurs principes , il a formé par la fermentation les acides animaux et végétaux , et V acide nitreux par la putréfaction de leurs détriments ; car il est certain que cet acide aérien existe dans toutes les substances animales ou végétales, puisqu’il s’y manifeste sous sa forme primitive d’air fixe; et comme on peut le retirer sous cette même forme, tant de l’acide nitreux que des acides vitriolique et marin , et meme de l’arsenic, on ne peut douter qu’il ne fasse partie constituante de tous ces acides qui ne sont que secondaires, et qui , comme l’on voit , ne sont pas
simples , mais composés de cet acide primitif différemment combiné , tant avec la matière brute qu’avec les substances organisées.
Cet acide primitif réside dans l’atmospbère , et y réside en grande quantité sous sa forme active; il est le principe et la cause de toutes les impressions qu’on attribue aux éléments humides; il produit la rouille du fer, le vert-de-gris du cuivre, la céruse du plomb, etc. , par l’action qu’il donne à l’humidité de l’air : mêlé avec les eaux pures, il les rend acides ou acidulés ; il aigrit les liqueurs fermentées ; avec le vin il forme le vinaigre : enfin, il me paraît être le seul et vrai principe, non-seulement de tous les acides , mais de tous les alkalis , tant minéraux que végétaux et animaux.
On peut le retirer du natron ou alkali qu’on appelle minéral , ainsi que de l’alkali fixe végétal , et encore plus abondamment de l’alkali volatil , en sorte qu’on doit réduire tous les acides et tous les alkalis à un seul principe salin; et ce principe est l’acide aérien qui a été le premier formé , et qui est le plus simple , le plus pur de tous, et le plus universellement répandu : cela me paraît d’autant plus vrai que nous pouvons par notre art rappeler à cet acide tous les autres acides, ou du moins les rapprocher de sa nature, en les dépouillant par des opérations appropriées, de toutes les matières étrangères avec lesquelles il se trouve combiné dans ces sels ; et que de même il n’est pas impossible de ramener les alkalis à l’état d’acide, en les séparant des substances animales et végétales avec lesquelles tout alkali se trouve toujours uni ; car quoique la chimie ne soit pas encore parvenue à faire cette conversion ou ces réductions , elle en a assez fait pour qu’on puisse juger par analogie de leur possibilité. Le plus ingénieux des chimistes, le célèbre Stahl, a regardé l’acide vitriolique comme l’acide universel, et comme le seul principe salin ; c’est la première idée d’a près laquelle il a voulu établir sa théorie des sels. Il a jugé que, quoique la chimie n’ait pas pu jusqu’à ce jour ramener démonstrativement les alkalis à l’acidc , c’est-à-dire résoudre ce que la nature a combiné, il ne fallait s’en prendre qu’à l’impuissance de nos moyens. Rien n’est mieux vu ; ce grand chimiste a ici consulté la simplicité de la nature : il a senti qu’il n’y avait qu’un principe salin ; et comme l’acide vitriolique est le plus puissant des acides , il s’est cru fondé à le regarder comme l’acide primitif
DES MINËUAUX.
C’était ce qu’il pouvait penser de mieux daus un temps où l’on n’avait que des idées confuses de l’acide aérien , qui est non-seulement plus simple, mais plus universel que l’acide vitriolique; mais lorsque cet habile homme a prétendu que son acide universel et primitif n’est composé que de terre et d’eau, il n’a fait que mettre en avant une supposition dénuée de preuves et contraire à tous les phénomènes, puisque de fait , l’air et le feu entrent peut-être plus que la terre et l’eau dans la substance de tout acide, et que ces deux éléments constituent seuls l’essence de l’acide primitif.
Des quatre éléments qui sont les vrais principes de tous les corps, le feu seul est actif; et lorsque l’air, la terre et l’eau exercent quelque impression , ils n’agissent que par le feu qu’ils renferment , et qui seul peut leur donner une puissance active : l’air surtout, dont l’essence est plus voisine de celle du feu que celle des deux derniers éléments , est aussi plus actif. L’atmosphère est le réceptacle général de toutes les matières volatiles; c’est aussi le grand magasin de l’acide primitif; et d’ailleurs tout acide considéré en lui-même, surtout lorsqu’il est concentré, c’est-à-dire séparé autant qu’il est possible de l’eau et de la terre, nous présente les propriétés du feu animé par l’air : la corrosion par les acides minéraux n’est-elle pas une espèce de brûlure? la saveur acide, amère ou âcre de tous les sels n’est-elle pas un indice certain de la présence et de l’action d’un feu qui se développe des qu’il peut, avec l’air, se dégager de la base aqueuse ou terreuse à laquelle il est uni? Et cette saveur, qui n’est que la mise en liberté de l’air et du feu, ne s’opère-t-elle pas par le contact de l’eau et de toute matière aqueuse, telle que la salive, et même par l’humidité de la peau? Les sels ne sont donc corrosifs et même sapides que par le feu et l’air qu’ils contiennent. Cette vérité peut se démontrer encore par la grande chaleur que produisent tous les acides minéraux dans leur mélange avec l’eau, ainsi que par leur résistance à l’action de la forte gelée. La présence du feu et de l’air dans le principe salin me paraît donc très-évidemment démontrée par les effets, quand même on regarderait avec Stahl l’acide vitriolique comme l’acide primitif et le premier principe salin; car l’air s’en dégage en même temps que le feu par l’intermède de l’eau comme dans la pyrite, et cette action de l’humidité produit non-seulement de la chaleur.
mais une espèce de flamme intérieure et de feu réellement actif, qui brûle en corrodant toutes les substances auxquelles l’acide peut s’unir ; et ce n’est que par le moyen de l’air que le feu contracte cette union avec l’eau.
L’acide aérien altèreaussi tousles sucs extraits des végétaux ; il produit le vinaigre et le tartre; il forme dans les animaux l’acide auquel on a donné le nom d 'acide phosphorique. Ces acides des végétaux et des animaux , ainsi que tous ceux qu’on pourrait regarder comme intermédiaires, tels que l’acide des citrons, des grenades, de l’oseille, et ceux des fourmis, de la moutarde, etc., tirent également leur origine de l’acide aérien modifié dans chacune de ces substances par la fermentation , ou par le mélange d’une plus ou moins grande quantité d’huile; et même les substances dont la saveur est douce, telles que le sucre, le miel, le lait, etc. , ne diffèrent de celles qui sont aigres et piquantes, comme les citrons, le vinaigre, etc., que par la quantité et la qualité du mucilage et de l’huile qui enveloppe 1 ’acide ; car leur principe salin est le même; et toutes leurs saveurs, quoique si différentes, doivent se rapporter à l’acide primitif, et à son union avec l’eau, l’huile et la terre mucilagineuse des substances animales et végétales.
On adoucit tous les acides et même l’acide vitriolique, en les mêlant aux substances huileuses, et particulièrement à l’esprit-de-vin ; et c’est dans cet état huileux , mucilagineux et doux , que l’acide aérien se trouve dans plusieurs substances végétales , et dans les fruits dont l’acidité ou la saveur plus douce ne dépend que de la quantité d’eau, d’huile et de terre atténuée et mucilagineuse dans lesquelles cetacide se trouve combiné. L’acide animal appartient aux végétaux comme aux animaux; car on le tire de la moutarde et de plusieurs autres plantes, aussi bien que des insectes et autres animaux : on doit donc en inférer que les acides animaux et les acides végétaux sont les mêmes, et qu’ils ne diffèrent que par la quantité ou la qualité des matières avec lesquelles ils sont mêlés; et en les examinant en particulier, on verra bien que le vinaigre, par exemple, et le tartre étant tous deux des produits du vin, leurs acides ne peuvent différer essentiellement; la fermentation a seulement plus développé celui du vinaigre, et l’a même rendu volatil et presque spiritueux. Ainsi tous les acides des animaux ou des végétaux a et même les acerbes, qui ne sont que des
acides mêlés d’une huile amère, tirent leur première origine de l’acide aérien.
Les acides minéraux sont beaucoup plus forts que les acides animaux et végétaux : « Ces der- « niers acides, dit M Marquer, retiennent tou- « jours de l’huile, au lieu que les acides miné « rauæ n'en contiennent point du tout L » Il me semble que celte dernière assertion doit être interprétée : car il faut reconnaître que si les acides minéraux dans leur état de pureté ne contiennent aucune huile, ils peuvent en passant à l’état de sel, par leur union avec diverses terres, se charger en même temps de parties huileuses ; et en effet, la matière grasse des sels, dans les eaux-mères, paraît être une substance huileuse, puisqu’elle se réduit à l'état charbonneux par la combustion 2. Les sels minéraux contiennent donc une huile qui paraît leur être essentielle; et celle qui se trouve de plus dans les acides tirés des animaux et des végétaux ne leur est qu’accessoire C’est probablement par l’affinité de cette matière grasse avec les huiles végétales et les graisses animales que l'acide minéral peut se combiner dans les végétaux et dans les animaux.
Les acides et les alkalis sont des principes salins, mais ne sont pas des sels : on ne les trouve nulle part dans leur état pur et simple, et ce n’est que quand ils sont unis à quelque matière qui puisse leur servir de base qu’ils prennent la forme de sel, et qu’ils doivent en porter le nom; cependant les chimistes les ont appelés sels simples, et ils ont nommé sels neutres les vrais sels. Je n’ai pas cru devoir employer cette dénomination, parce qu’elle n’est ni nécessaire ni précise; car si l’on appelle sel neutre tout sel dont la base est une et simple, il faudra donner le nom d '/tépar aux sels dont la base n’est pas simple, mais composée de deux matières différentes, et donner un troisième, quatrième, cinquième nom, etc. , à ceux dont la base est composée de deux, trois, quatre, etc., matières différentes. C’est là le défaut de toutes les nomenclatures méthodiques; elles sont forcées de disparaître dès que l’on veut les appliquer aux objets réels de la nature.
Nous donnerons donc le nom de sel à toutes les matières dans lesquelles le principe salin est entré, et qui ont une saveur sensible, et nous ne présenterons d’abord que les sels qui sont
Dictionnaire de Cliimie. par M. Macquer, article Sel.
* Lettres de M. Uemeste, toinel, page 51.
NATURELLE
formés parla nature, soit en masses solides dons le sein de la terre, soit en dissolution dans l’air et dans l’eau. On peut appeler sels fossiles /'eux qu’on tire de là terre : les vitriols, l’alun, la sélénite, le natron, l’alkali fixe végétal, le sel marin, le nitre, lesel ammoniac, le borax, et même le soufre et l’arsenic , sont tous des sels formés par la nature. Nous tâcherons de reconnaître leur origine et d’expliquer leur formation , en nous aidant des lumières que la chimie a répandues sur cet objet plus que sur aucun autre, et les réunissant aux faits de l’histoire naturelle qu’on.ne doit jamais en séparer.
La nature nous offre en stalactites les vitriols du fer, du cuivre et du zinc, l’alun en filets cristallisés, la sélénite en gypse aussi cristallisé, le natron en masse solide et pure, ou simplement mêlé de terre, le sel marin en cristaux cubiques et en masses immenses, le nitre en efiloreseences cristallisées, le sel ammoniac en poudre sublimée par les feux souterrains, le borax en eau gélatineuse, et l’arsenic en terre métallique. Elie a d’abord formé l’acide aérien par la seule et simple combinaison de l’air etdu feu : cet acide primitif s’étant ensuite combiné avec toutes les matières terreuses et métalliques, a produit l’acide vitriolique avec la terre vitrifiable, l’arsenic avec les matières métalliques, l’acide marin avec lessubstancescalcaires, l’acide nitreux avec les détriments putréfiés des corps organisés : il a de même produit les alkalis par la végétation, l’acide du tartre et du vinaigre par la fermentation; enfin, il est entré sous sa propreformedanstous les corps organisés. L’air fixe que l’on tire des matières calcaires, celui qui s’élève par la première fermentation de tous les végétaux, ou qui se forme par la respiration des animaux, n’est que ce même acide aérien qui se manifeste aussi par sa saveur dans les eaux acidulés, dans les fruits, les légumes et les herbes : il a donc produit toutes les substances salines , il s’est étendu sur tous les règnes de la nature; il est le premier principe detoute saveur, et relativement à nous, il est pour l’organe du gout ce que la lumière et les couleurs sont pour le sens de la vue.
Et les odeurs qui ne sont que des saveurs plus fines, et qui agissent sur l’odorat qui n’est qu’un sens de goût plus délicat, proviennent aussi de ce premier principe salin, qui s’exhale en pariums agréables dans la plupart des végétaux, et en mauvaises odeurs dans certaines plantes et
DES MINÉRAUX
dans presque tous les animaux ; il s’y combine avec leurs huiles grossières ou volatiles ; il s’unit à leur graisse , à leurs mucilages ; il s’élabore avec leur sève et leur sang; il se transforme en acides aigres, acerbes ou doux, en alkalis fixes ou volatils, par le travail de l’organisation auquel il a grande part ; car c’est, après le feu, le seul agent de la nature, puisque c’est par ce principe salin que tous les corps acquièrent leurs propriétés actives , non-seulement sur nos sens vivants du goût et de l’odorat, mais encore sur les matières brutes et mortes , qui ne peuvent être attaquées et dissoutes que par le feu ou par ce principe salin. C’est le ministre Secondaire de ce grand et premier agent qui, par sa puissance sans bornes, brûle, fond ou vitrifie toutes les substances passives, que le principe salin, plus faible et moins puissant , ne peut qu’attaquer, entamer et dissoudre, et cela parce que le feu y est tempéré par l’air auquel il est uni , et que quand il produit de la chaleur ou d’autres effets semblables à ceux du feu , c’est qu’on sépare cet élément de la base passive dans laquelle il était renfermé.
Tous les sels dissous dans l’eau se cristallisent en forme assez régulière , par une évaporatiozr ’iente et tranquille ; mais lorsque l’évaporation de l’eau se fait trop promptement, ou qu’elle est troublée par quelque mouvement extérieur, les cristaux salins ne se forment qu’imparfaitement et se groupent confusément. Les différents sels donnent des cristaux de figures différe ntes ; ils se produisent principalement à la surface du liquide, à mesure qu’il s’évapore ; ce qui prouve que l’air contribue à leur formation, et qu’elle ne dépend pas uniquement du rapprochement des parties salines qui s’unissent, à la vérité, par leur attraction mutuelle, mais qui ont besoin pour cela d’être mises en liberté parfaite ; or elles n’obtiennent cette liberté entière qu’à la surface du liquide, parce que sa résistance augmente avec sa densité par l’évaporation, en sorte que les parties salines se trouvent, à la vérité , plus voisines par la diminution du volume du liquide, mais elles ont en même temps plus de peine à vaincre sa résistance qui augmente dans la même proportion que ce volume diminue; et c’est par cette raison que toutes les cristallisations des sels s’opèrent plus efficacement et plus abondamment à la surface qu’à l’intérieur du liquide en évaporation.
Lorsque l’on a tiré par ce moyen tout le sel i iu
en cristaux que le liquide chargé de sel peut fournil , il en reste encore dans 1 ' 6CLU-mèT6 / mais ce sel y est si fort engagé avec la matière grasse qu il n est plus susceptible de rapprochement de cristallisation ; et même si cette matière grasse est en très-grande quantité , .l’eau ne peut plus en dissoudre le sel ; cela prouve que la solubilité dans l’eau n’est pas une propriété inhérente et essentielle aux substances salines.
Il en est du caractère de la cristallisation comme de celui de la solubilité : la propriété de se cristalliser n’est pas plus essentielle aux sels que celle de se dissoudre dans l’eau ; et l’un de nos plus judicieux physiciens , M. deMorveau, a eu raison de dire : « Que la saveur est le seul « caractère distinctif des sels , et que les autres « propriétés qu’on a voulu ajouter à celle-ci « pour perfectionner leur définition, n’ont servi « qu’à rendre plus incertaines les limites que « l’on voulait fixer. . . . , la solubilité par 1 ’eau ne « convenant pas plus aux sels qu’à la gomme « et à d’autres matières. Il en est de même de « la cristallisation, puisque tous les corps sont « susceptibles de se cristalliser en passant de « l’état liquide à l’état solide ; et il en est en- « core de même, ajoute-t-il, de la qualité qu’on « suppose aux sels de n’être point combustibles « par eux-mêmes ; car dans ce cas le nitre am- « moniacal ne serait plus un sel * . »
Nos définitions, qui pèchent si souvent par défaut , pèchent aussi , comme l’on voit , quelquefois par excès ; l’un nuit au complément, et l’autre à la précision de l’idée qui représente la chose; et les énumérations qu’on se permet de faire en conséquence de cette extension des définitions nuisent encore plus à la netteté de nos vues, et s’opposent au libre exercice de l’esprit en le surchargeant de petites idées particulières, souvent précaires, en lui présentant des méthodes arbitraires qui l’éloignent de l’ordre réel des choses , et enfin , en l’empêchant de s’élever au point de pouvoir généraliser les rapports que l’on doit en tirer. Quoiqu’on puisse donc réduire tous les sels de la nature à un seul principe salin , et que ce principe primitif soit, selon moi, l’acide aérien, la nombreuse énumération qu’on a faite des sels sous différents noms ne pouvait manquer de s’opposer à cette vue générale; on a cru jusqu’au temps de Stahl, et plusieurs chimistes croient encore, que les prin-
4 Éléments de Chimie , tome 1 . page 127.
HISTOIRE NATURELLE
cipes salins, dans l’acide nitreux et dans l’acide ■ et animaux est plutôt une partition nominale marin , sont très -différents de celui de l’acide qu’une division réelle , puisque tous ne sont au vitriolique, et que ces mêmes principes sont fond que la même substance saline, qui, seule non-seulement différents , mais opposés et con- etsans secours, entre dans les végétaux et lesanitrairesdans les acides et dans les alkalis; or maux, et qui attaque aussi la plupart des matièn’est-ce pas admettre autant de causes qu’il y a res calcaires vitrifiables et métalliques ; ce n’est d’effets dans un même ordre de choses? c’est que relativement à ce dernier effet qu on lui a
donner la nomenclature pour la science, etsub stituer la méthode au génie.
donné le nom d 'acide minéral; et comme cette division en acides minéraux , végétaux et ani-
De la même manière qu’on a fait et compté maux a été universellement adoptée, je ne sais trois sortes d’acides relativement aux trois rè- pourquoi l’on n a pas rappelé 1 acide nitreux à
pas rappelé
BASES Oü SUBSTANCES
qui s'unissent aux acides.
rnes les acides minéraux , végétaux et ani- l’acide végétal et animal, puisqu’il n’est produit maux , on compte aussi trois sortes d’alkalis, que par la putréfaction des corps organisés : cele minéral , le végétal et l’animal; etnéanmoius pendant on le compte parmi les acides minéces trois alkalis doivent se réduire à un seul, et raux, parce qu’il est le plus puissant api ès lamême Palkali peut ausst se ramener à l’acide, eide vitriolique; mais cette puissance même et quoiqu’ils paraissent opposés, et qu’ils agissent ses autres propriétés me semblent démontrer violemment l’un contre l’autre. que c’est toujours le même acide, c’est-a-dire
Nous ne suivrons donc pas , en traitant des l’acide aérien, qui a passé par les végétaux et sels, l’énumération très-nombreuse qu’on en a par les animaux dans lesquels il s’est exalté faite en chimie , d’autant que chaque jour ce avec la matière du feu, par la fermentation punombre peut augmenter, et que les combinai- tride de leurs corps, et que c’est par ces combisonsqui n’ontpas encore été tentées pourraient naisonsmultipliéesqu’ilapristouslescaractères donner de nouveaux résultats salins dont la | particuliers qui le distinguent des autres acides, formation , comme celle de la plupart des autres sels , ne serait due qu’à notre art ; nous nous contenterons de présenter les divisions générales , en nous attachant particulièrement aux sels que nous offre la nature , soit dans le sein et à la surface de la terre , soit au sommet de ses volcans L
Nous venons de voir que la première division des acides et des alkalis en minéraux , végétaux
* Si Ton veut se satisfaire à cet égard, on peut consulter la Table ci-jointe, que mon illustre ami , M. de Morveau, vient de publier. Cette nomenclature , quoique très-abrégée , paraîtra néanmoins encore assez nombreuse.