‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 49 sur 235 · NA ! U 11 ELLE · texte numérisé non relu

NA ! U 11 ELLE

vent se calciner et se convertir en une sorte de chaux, en les tenant longtemps en fusion, et le» agitant de manière que toutes leurs parties fondues se présentent successivement à 1 air ; on sait de plus que tous augmentent de volume e[ de poids en prenant cet état de chaux. Nous avons dit et répété 1 que cette augmentation de quantité provenait uniquement des particule > d’air fixées par le feu, et réunies a la substance du métal qu’elles ne font que masquer, puisqu’o i peut toujours lui rendre son premier état, en pi ésentant à cet air fixé quelques matières inflammables avec lesquelles il ait plus d’affinité qu avec le métal : dans la combustion, cette matière inflammable dégage l’air fixé, 1 enlève, et laisse par conséquent le métal sous sa première foi me. Tous les métaux imparfaits et les demi-métaux peuvent ainsi se convertir en chaux ; mais 1 oi et l’argent se sont toujours refusés a cette espèce de conversion, parce qu’apparemment ils ont moins d’affinité que les autres avec l’air, et que malgré la fusion qui tient leurs parties divisées, ces mêmes parties ont néanmoins entie elles encore trop d’adhérence pour que 1 air puisse les séparer et s’y incorporer; et cette résistance de l’or et de l’argent à toute action de l’air donne le moyen de purifier ces deux métaux par la seule force du feu; car il ne faut, poui les dépouiller de toute autre matière, qu’en agiter la fonte, afin de présenter à sa surface toutes les parties des autres matières qui y sont contenues, et qui bientôt par leur calcination ou leur combustion, laisseront l’or ou l’argent seuls en fusion et sous leur forme métallique. Cette manière de purifier l’or et l’argent était anciennement en usage : mais on a trouvé une façon plus expéditive , en employant ie plomb qui , dans la fonte de ces métaux, détruit, ou plutôt sépare et réduit en scories toutes les auties matières métalliques 2 dont ils peuvent être mêlés: et le plomb lui-même se scori fiant avec les autres métaux dont il s’est saisi , il les sépaie de l’or et de l’argent, les entraîne , ou plutôt les emporte et s’élève avec eux à la suiface de 1» fonte, où ils se calcinent, et se scorifient tous ensemble par le contact de 1 air, à mesui e qu on

* Voyez le Discours qui sert d’introduction k 1 Histoire «les Minéraux.

3 Nota. Il n’y a que le fer qui, comme nous 1 avons «lit a l'article de l'Or, ne se sépare pas eu entier par le moyen <»n plomb; il faut, suivant M. Poërner , y ajouter du bismuth pour achever d« scoritier le fer.

DUS MINÉRAUX

roimie Im matière en fusion, et qu’on en découvre successivement la surface, qui ne se scorifierait ni ne se calcinerait , si elle n’était incessamment exposée a l 'action de l’air libre : il faut donc enlever ou faire écouler ces scories à mesure qu elles se forment; ce qui se fait aisément, parce qu’elles surnagent et surmontent toujours 1 or et l’argent en fusion. Cependant on a encore trouvé une manière plus facile de se débarrasser de ces scories, en se servant de vaisseaux plats et évasés qu’on appelle coupelles , et qui étant faits d’une matière sèche, poreuse et résistante au feu, absorbe dans ses pores les scories tant du plomb que des autres minéraux métalliques à mesure qu’elles se forment; en sorte que les coupelles ne retiennent et ne conservent dans leur capacité extérieure, que le métal d’or ou d’argent, qui, par la forte attraction de leurs parties constituantes , se forme et se présente toujours en une masse globuleuse appelée bouton de fin. 11 faut une plus forte chaleur pour tenir ce métal fin en fusion que lorsqu’il était encore mêlé de plomb; car le bouton de fin se consolide presque subitement au moment que l'or ou l'argent qu’il contient sont entièrement purifiés : on le voit donc tout à coup briller de l’éclat métallique ; et ce coup de lumière s’appelle coruscation dans l’art de l’aflineur,dont nous abrégeons ici les procédés, comme ne tenant pas directement à notre objet.

On a regardé comme argent natif tout celui qu on trouve dans le sein de la terre sous sa lorme de métal; mais dans ce sens il faut en distinguer de deux sortes, comme nous l’avons fait pour l’or : la première sorte d’argent natif, est celle qui provient de la fusion par le feu primitif , et qui se trouve quelquefois en grands morceaux ', mais bien plus souvent en filets ou en petites masses feuilletées et ramifiées dans le quartz et autres matières vitreuses; la seconde sorte d’argent natif, est en grains, en paillettes ou en poudre , c’est-à-dire , en débris qui pro-

1 « Il y a dans le Cabinet du roi de Danemarck , deux très- « grands morceaux de mine d'argent , tous deux dans une « pierre blanche , plus dure que le marbre (c'est à-dire dans « du quartz). Le plus grand de ces morceaux a cinq pieds six

* pouces de longueur, et le second quatre pieds ; tous deux « en forme de solives : on estime qu’il y a trois quarts d’ar-

• gent , sur un quart de pierre , et le premier morceau pèse « 3C0 livres.» Journal étranger , mois de juin 1758.— On assure que dans le Hartz , on a trouvé un morceau d’argent si considérable , qu’étant battu on en Ht une table autour de laque te pouvaient se tenir vingt-quatre personnes. Dictiouimire d Histoire naturelle, par M. de Bomare, article Argent.

viennent de ces mines primordiales, et qui ont été détachés par les agents extérieurs , et entraînés au loin par le mouvement des eaux. Ce sont ces mêmes débris rassemblés , qui , dans certains lieux, ont formé des mines secondaires d’argent , où souvent il a changé de forme en se minéralisant.

L’argent de première formation est ordinairement incrusté dans le quartz ; souvent il est accompagné d’autres métaux et de matières étrangères en quantité si considérable , que les premières fontes, même avec le secours du plomb, ne suffisent pas pour le purifier.

Après les mines d’argent natif, les plus riches sont celles d’argent corné et d’argent vitré : ces mines sont brunes, noirâtres ou grises; elles sont flexibles,' et même celle d’argent corné est extensible sous le marteau , à peu près comme le plomb : les mines d’argent rouge au contraire, ne sont pas extensibles , mais cassantes; ces dernières mines sont comme les premières, fort riches en métal.

Nous allons suivre le meme ordre que dans l’article de l’Or, pour l’indication des lieux où se trouvent les principales mines d’où l’on tire l’argent. En France , on connaissait assez anciennement celles des montagnes des Vosges ouvertes dès le dixième siècle *, et d'autres dans plusieurs provinces , comme en Languedoc en

1 « Dès le dixième siècle , il y avait plus de trente puits de « mines ouverts dans les montagnes des Vosges , depuis les « sources de la Moselle jusqu’à celles de la Sjrre : on en tirait « de l’argent et du cuivre ; on a renouvelé avec succès, en dil- « férenles époques, plusieurs de ces anciennes mines; lo.n « d'être épuisées, elles paraissent encore très-riches. On peur « croire que dans toute cette chaîne tie montagnes , tous 1rs « roebers renferment également dans leur sein ces riches mi- « néraux. puisque ces rochers sont généralement de la même « nature, et la plus analogue aux productions métalliques.

« Mais pourquoi offrir aux hotnmes les vaines et crut 11» s riches.

« ses que recèle la terre? les vrais trésors sont sous nos pas ;

« tel qui saurait ajouter un grain à chaque épi qui jaunit dans « nos champs ferait, à l’œil du sage, un plus beau présent au « monde, que celui qui découvrit le Potosi. » Histoire de Lorraine, par M. l’abbé llexon, page 64. — La mine de Sain tpier.e, qui n'est pas éloignée de Giromagny, présente de grands travaux; Je minéral est d'argent mêlé d’un peu te cuivre... Vis-à-vis la mine de Sainte-Barbe , dans la montagne du Balon, il y a un filon de mine d argent . On connaît

aussi deux Hlons de mine d'argent dans la vallée de Saint - Amarin, celui de Vercholtz et celui de Saint-Antoine. Exploitation des mines, par M. de Gensann ; Mémoires des savants étrangers, tome IV, page 1 41 et suivantes.

2 Dans le douzième siècle, les mines d’argent du Languedoc étaient travaillées très-utilement par les seigneurs des terres oùciles se trouvaient; toutes ces mines, ainsi que plusieurs autres qui sont abandonnées , ne sont néanmoins pas entièrement épuisées, d'autant plus que les anciens n'ayant pas l'usage de la poudre , ne pouvaient pas faire éclater lis roebers

HISTOIRE NATURELLE

üévaudan et en Rouergue*, dans le Maine et dans l’Angoumois 2 ; et nouvellement on en a trouvé en Dauphiné, qui ont présenté d’abord d’assez grandes richesses. M. de Gensanne en a reconnu quelques autres dans le Languedoc 3 ;

durs; ils pom.rent que les calciner à force de bois qu'ils arrangeaient d ms ces souterrains, et auxquels ils met ta eut le ; leu; et lorsque le ro lier, trop dur, ne se luisait pas après celte calcination, il- a ban lunnaient le filon... Il paraît aussi pa les Annales de l'abbaye de Villemagne, et par d'anciens titres des seigneurs de Beau caire, qu’à la fin du quatorzième siècle les mines de France étaient encore au-si riches qu’aucune de l’Europe. Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1736 , pages 134 et suivantes.—» Sur les montagnes Noires, en Langue- « doc, il y a, dit César Arcon (en 1667 ;, une mine d’argent à « laquelle le seigneur de Camette fit travailler jusqu’à ce « qu’elle fût inondée. Il y en a une autre à Lanet, dont sept « quintaux de minerai donnaient un quintal de cuivre et qua- « tre marcs d'argent; mas au bout de cinq ans onl’aban- « donna à cause de la mauvaise odeur. Il y a d’autres liions

* dans la même montagne ; il y a aussi une mine à Pavesan ,

« dont on tirait par quintal de matières dix onces d'argent « et un peu de plomb... On a fait autrefois de grands travaux « dans le pays de Corbiè'es, pour cultiver des minerais de

* cuivre, de plomb et d'antimoine... On y a trouvé quelques < rognons métalliques de six à sept quintaux chacun, quidon-

« liaient dix onces d’argent par quintal, avec un peu de ! « plomb et de cuivre. » Barba, Métallurgie, tome M. pages 268 j et 276.

1 On voit par les registres de l'hôfel-de- ville de Ville-Franche en ltouergue, qu'il y a eu anciennement des mines d'argent ouvertes aux environs, auxquelles on a travaillé jusque dans le treizième siècle. Description de la France , par Piganiol; P.uis, 1718, tomelV, page 208. — Strabon, qui vivait du temps d’Auguste , dit que les Romains tiraient de l’argent du üévaudan et du Rouergue . et qu’ils creusèrent aussi dans les Pyrénées, pour en tirer ce inétal ainsi que l’or. U ajoute que le pays situé entre les Pyrénées 1 1 les Alpes avait fourni beaucoup de ce dernier métal , et que l'or devint plus commun à Rome après la conquête des Gaules... . César, dans ses Commentaires, dit que les mines avaient été travaillé» s même avant la complète, et il fallait qu’il y eût en effet beaucoup d’or dans les Gaules, vu la quantité nue César en fit passer en Italie, et qui y fut vendu à bas prix (1500 petits sesterc- s le marc, ce qui ne revient , selon Budée , qu'à 62 livres (0 sous de notre monnaie). Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1756, pages 134 et suivantes.

2 II fallait qu’il y eût autrefois des mines d'or et d’argent dans le Maine, puisque l’article LXX de la coutume du Maine porte que la fortune d’or, trouvée en mine, appartient au roi , et la fortune d’argent , pareillement trouvée en mine , au comte vicomte de Beaumont, et baron. Idem, page 178.— On a découvert à Moutmeron proche d’Angoulême , une mine d’argent , mais on ne l’a pas exploitée. Voyage historique de l'Europe; Paris, 1693. tome I.page 88.

* Au-dessus du château de Tournel , on nous a fait voir auprès du moulin qui ed sur le bord de la rivière un très-beau lilon de mine de plomb et argent. Cette mine qui n’a point été touchée mériterait d’être exploitée, parce que la veine se suit lié -b en : on y remarque sur la tète qui paraît au jour de la pyrite mêlée avec de la mine de plomb , sur toute sa longueur, ce qui en caractérise la bonté... Il y a auprès du village de Mataval un filon de mine de plomb et argent... A une demi-lieue de Bahours , on trouve au fond d’un valloa , une mine de pbmbqui ren 1 depuis sept jusqu’à neuf oncrs d’argent par qniiral d • minerai; le filon traverse le ruisseau et se prolonge des deux côtés dans l'intérieur et le long des montagnes opposées Histoire naturelle du Languedoc, par M. de Gensanne., tome II, pages 22, 240 et 248... Au dessous

mais le produit de la plupart de ces mines ne paierait pas la dépense de leur travail, et dans un pays comme la France, où l’on peut employer les hommes à des travaux vraiment utiles, on ferait un bien réel en défendant ceux de la fouille des mines d’or et d’argent , qui ne peuvent produire qu’une richesse fictive et toujours décroissante.

En Espagne, la mine de Guadalcanal dans la Sierra-Moréna ou montagne Noire, est l’une des plus fameuses; elle a été travaillée dès le temps des Romains1, ensuite abandonnée, puis reprise et abandonnée de nouveau, et enfin encore attaquée dans ces derniers temps. On assure qu’autrefois elle a fourni de très-grandes richesses , et qu’elle n’est pas à beaucoup près épuisée : cependant les dernières tentatives n’ont point eu de succès , et peut-être sera-t-on forcé de renoncer aux espérances que donnait son ancienne et grande célébrité. « Les sommets des a m o n tagn es au tou r d e Guadal cana 1 , d i t M . Bo w- « les, sont tous arrondis, et partout à peu près « de la même hauteur; les pierres en sont fort « dures, et ressemblent au grès de Turquie

« ( Cos Turcica) . Il y a deux filons du le-

« vaut au couchant, qui se rendent à la grande « veine dont la direction est du nord au sud ;

« on peut la suivre de l’œil dans un espace de « plus de deux cents pas à la superficie. A une « lieue et demie au couchant de Guadalcanal, il « y a une autre mine dans un roc élevé; la veine « est renversée, c’est-à-dire, qu’elle est plus « riche à la superficie qu’au fond ; elle peut avoir « seize pieds d’épaisseur, et elle est, comme « les précédentes, composée de quartz et de « spath. A deux lieues au levant de la même « ville, il y aune autre mine dont la veine est « élevée de deux pieds hors de terre, et qui n’a « que deux pieds d’épaisseur. Au reste , ces

de la paroisse de Saint-André , diocèse d ll/ès , au lieu appelé l'Estrade, il y a un très-bon filon de mine d'argent grise. Histoire naturelle du Languedoc, par M. de Gensanne, tome!, page 167.— Il y a dans la montagueappelée de Cacarncs diocèse de P.-ns , une mine de plomb et argent fort riche ; mais le minéral ri’y est pas abondant; il y a une autre mine semblable, mais moins riche en argent, au lieu appelé Brioun, le tout dans le torrito're de Riouset. Idem , tome II , page 209. — En remontant de Colombières vers Ponts , on trouve près de ce dernier endroit de très-bonnes mines de plomb et argent. Idem, tome II , page 215. — Aux Corteiltes , diocèse de Narbonne , il y a un très-beau filou de mine d'argent , mêlée de blende. Idem , tome II . page 188.

* Pline dit que l’argent le plus pur se tirait de l'E<pagne , et que 1 on yexploitait des mines d'or qui avaient étéouvertes par Annibal , et néanmoins n’étaient pas encore à beaucoup près épuisées. Livre XXX , chapitre xxvn.

DES MINERAUX

« mines, c[ui se présentent avec de si belles apparences, sont ordinairement trompeuses; « elles donnent d’abord de l’argent, mais en « descendant plus bas, on ne trouve plus que « du plomb. » Ce naturaliste parle aussi d’une mine d’argent sans plomb, située au midi et a quelques lieues de distance de Zalamea. 11 y a une mine d’argent dans la montagne qui est au nord de Logrono*, et plusieurs autres dans les Pyrénées, qui ont été travaillées par les anciens, et qui maintenant sont abandonnées". Il y en a aussi dans les Alpes et en plusieurs endroits de la Suisse. MM. Scheuchzer, Cappeler et Guettard en ont fait mention3; et ce sont sans doute ces hautes montagnes des Pyrénées et des Alpes qui renferment les mines primordiales d’or et d’argent, dont on trouve les débris en paillettes dans les eaux qui en découlent. Toutes les mines de seconde formation sont dans les lieux inférieurs au pied de ces montagnes, et dans les collines formées originairement par le mouvement et le dépôt des eaux du vieil Océan.

Les mines d’argent qui nous son! les mieux

' Histoire Naturelle d’Espagne, par M. Bowles, page B3 et suiv. Cet auteur parle aussi de quelques mines du même canton, où l’on trouve de l’argent vierge, de l'argent vitré, etc.

2 L'avarice a été souvent trompée parle succès des exploitations faites par les Phéniciens, les Carthaginois et les Romains. Les premiers , au rapport de Diodore de Sicile, trouvèrent tant d’or et d'argent dans les Pyrénées, qu’i s en mirent aux ancres de leurs vaisseaux; on tirait en trois jours un talent euboîque en argent, ce qui montait à huit cents ducats. Enflammés par cc récit , des particuliers ont tenté des recherches dans la partie septentrionale dos Pyrénées; ils semblent avoir ignoré que le côté méridional a toujours été regardé comme le plus riche en métaux. Tite-Live parle de l'or et de l'argent que les mines de Huesca fournissaient aux Romains; les monts qui s'allongent vers le nord jusqu’à Pampelune, sont fameux, suivant Alphonse Barba , par la (quantité d’argent qu’on en a tirée; ils s’étendent aussi versl'Ebre, dont la richesse est vantée par Aristote et par Claudien : « In * Iberia narrant combustis aliquando à pastoribus sylvis, ca- « lont< que ex ignibus terra , manifestatum argentnm deflu- « xisse. Cùmque p ’strnodum terrai motus supervenissent, ■ eruptis biatibus magnam copiam argenti simnl collectam. » Aristof. de Mirab. auscult. — L’histoire ne cite point les mines que les anciens ont exploitées du côté de France, ce qui prouve qu’elles leur ont paru moins utiles que les mines d'Espagne ; aussi avons-nous remarqué que les entreprises tentées dans cette partie ont presque toujours été ruineuses. Essais sur la minéralogie des Pyrénées, in-4°, page 244.

* M. Scheuchzer dit qu’il y a une mine d'argent à Johanneberg.à Baranvald.... M. Cappeler dit que le cuivre mêlé à l’argent se montre de toutes parts dans le mont Spin au-dessus de Zillis. Mémoires de M. Guettard dans ceux de l’ Académie des Sciences , année 1732, page 323. — On a découvert en creusant le bassin de Kriembach qu'une pierre bleuâtre renfermait de 1 argent... II y a aussi de l'argent dans le cautoi d'Underwald... Les environs de Bex et du lac Léman renferment des veines d’argent. Idem, pages 333 et 33fi

connues en Europe sont celles de l’Allemagne; il y en a plusieurs que l’on exploite depuis trèslongtemps, et l’on en découvre assez fréquemment de nouvelles. M. de Justi, savant minéralogiste, dit en avoir trouvé six en 1751 , dont deux sont fort riches, et sont situées sur les frontières de la Styrie1. Selon lui, ces mines sont mêlées de substances calcaires en grande quantité, et cependant il assure qu’elles ne perdent rien de leur poids lorsqu’elles sont grillées par le feu , et qu’il ne s’en élève pas la moindre fumée ou vapeur pendant la calcination. Ces assertions sont difficiles à concilier; car il est certain que toute substance calcaire perd beaucoup de son poids lorsqu’elle est calcinée, et que par conséquent cette mine d’Annaberg. dont parle M. de Justi , doit perdre en poids a proportion de ce qu’elle contient de substance calcaire. Ce savant minéralogiste assure qu’il existe un très-grand nombre de mines d’argent minéralisé par I ’alka I i : mais cette opinion doit être interprétée, car Palkali seul ne pourrait opérer cet effet; tandis que le foie de soufre, c’est-a-dire les principes du soufre réunis à 1 ’alka li peuvent le produire; et comme M. de Justi ne parle pas du foie de soufre, mais de l’alkali simple, ses expériences ne me paraissent pas concluantes : car l’alkali minéral seul n’a aucune action sur l’argent en masse; et nous pouvons très-bien entendre la formation de la mine blanche de Schemnitz par l’intermède du foie de soufre. La nature ne paraît donc pas avoir fa i t cette opération de la manière dont le prétend M. de Justi 2 ; car quoiqu’il n’ait point

' « La plus riche ressemble à une pierre brune tirant sur le « rouge, et l’autre ressemble à une pierre blanche, et se trouve « près d'Annaberg; cette pierre blanche ne parait être qu'une « pierre calcaire; l’eau agit sur elle, après avoir été calcinée, « comme une pierre à chaux, cl. elle ne contient ni soufre, « ni arsenic, ni aucun métal : l’on n’y aperçoit que l’argent « sous une forme métallique au moyen d'une loupe... Des le « commencement elle rendait nue, deux et trois livres d’ar- « geut par quintal ; à peine les ouvriers eurent-ils cremé à « une brasse et demie de profondeur que la mine rendait jus- « qu’à vingt-quatre marcs par quintal. On y rencontre même t des morceaux de mines d'argent blanches et rouges, et il se « trouve aussi de l'argent m ssif. » Nouvelles vérités à l'avantage de la Physique, par M. de Justi; Journal étranger, octobre 1754.

Cette mine est extrêmement riche ; car la mine commune contient ordinairement trois, quatre, jusqu’à six marcs d'argent par quintal; la bonne en rend jusqu’à vingt marcs, et l’on en tire encore davantage de quelques morceaux; on a même trouvé à cette mine d'Annaberg des masses d’argent natif, du poids de plusieurs livres... M. de Justi prétend qus t<>ut ce qui n'est pas d’argent natif dans cette mine, a été minéralisé par un sel alkalin, et voici ses preuves :

HISTOIRE NATURELLE

reconnu de soufre uans cette mine, le foie de soufre qui est, pour ainsi dire, répandu partout, doit y exister comme il existe non-seulement dans les matières terreuses, mais dans les substances calcaires, et autres matières qui accompagnent les mines de seconde formation.

En Bohème, les principales mines d’argent sont celles de Saint- Joachim : les filons en sont assez minces, et la matière en est très-dure, mais elle est abondante en métal ; les mines de Kuttemberg sont mêlées d’argent et de cuivre : elles ne sont pas si riches que celles de Saint-Joachim On peut voir dans les ouvrages des minéralogistes allemands la description des mines de plusieurs autres provinces, et notamment de celles de Transylvanie, de la Hesse et de Hongrie. Celles de Schemnitz 2 contiennent depuis

Les plus riches morceaux de la mine sont toujours ceux qui, tirant sur le blanc, sout mous et cassants, qui paraissent composés partout de parties homogènes, et dans lesquels ni la simple vue ni le secours du microscope ne font apercevoir aucune particule d’argent sensible, il faut donc que l'argent y soit mêlé inlunement avec une substance qui le prive de sa forme métallique, et comme il n'y a dans cette mine ni soufre ni arsenic, mes expériences démontreront que ce ne peut être que l’alkali minéral.

Pans les parties de la mine qui sont moins riches, la dureté de la matière est à peu près égale à celle du marbre commun, et 1 ou y voit des parcelles d’argent dans 1 ur forme de métal. Lt ce qui démontre que cette mine riche et molle a été véritablement produite par l’unioi» de l’aikaliavec l'argent, c'est qu on obtient un vrai foie de soufre, lorsqu'à une partie de ia initie en question, on ajou e la moiiié de soufre, et que l'on fait fondre ces deux matières dans un vaisseau fermé...

Depuis que j'ai été convaincu par 1a mine d'Annaberg, qu’il y a dans la nature des mines véritablement alkalines, j'en ai encore découvert dans d autres endroits : a Schemnitz en Hongrie, on a trouvé depuis longtemps que les mines riches qu'on y exploite étaient accompagnées d'une substance minérale, molle, blanche, et de la nature de la craie. Cette substance qui, à cause de la subtilité de ses parties et du peu de solidité de sa masse, blanc hit les mains comme de la craie, a été pendant très-longtemps jetée comme une matière inutile ; on s'est enfin avisé de l’essayer, et on a trouvé, par les essais ordinaires, qu elle co.i tenait dix marcs d'argent par

quintal . Et si l'on veut y faire attention on trouvera peut-

être fréquemment cette mine alkalinedan* le voisinage des carrières de marbre et de pierre à chaux...

Toute la montagne où se trouve la mine d'Annaberg, n’est composée que d’une pierre à chaux ou d'une espèce de marbre commun, et I on m'a envoyé de Silésie une espèce de marbre qui venait de la montagne appelée le Zottemberget doni j’ai thé par l’analyse, deux onces et demie d'argent par quint 1... ,\!. Lheman m a assuré avoir vu un marbre qui contenait jusqu’à trois onces et demie d'argent par quintal. Nouvelles vérités à l'avantage de la Physique, par M. deJusti; Journal étranger; mois de mai 1756, page 71 etsuiv.

' Griselius, dans les Éphémérides d'Allemagne, depuis l'année 1670 à 1686.

l’ar les Mémoires de M. Ferbcr sur le s mines de Hoi grie, U paraît que la mine de Schemnitz est fort lu*; quen elle de Kremnitza fourni, depuis 1749 jusqu'en 1739, en or et en in’gent, la valeur de 42,498,009 florins, c est-à-d re plus de f* "'V110!18 'je no!.10 monnaie ; et que depuis 1618, celle de ehooania fournit par an environ tOO marcs d’or, z,0r0

deux jusqu’à cinq gros d’argent, et depuis cinq jusqu’à sept deniers d’or par marc, non compris une once et un gros de cuivre qu’on peut en tirer aussi '.

Mais il n’y a peut-être pas une mine eu Europe où I on ait fait d’aussi grands travaux que dans celle de Salzberg en Suède, si la description qu’en donne Regnard n’est point exagérée; il la décrit comme une ville souterraine, dans laquelle il y a des maisons, des écuries et de vastes emplacements 2.

« En Pologne, dit M. Guettard, les forêts de « Leibitz sont riches en veines de métaux, in- « diquées par les travaux qu’on y a faits an- « ciennement. H y a au pied de ees montagnes « une mine d’argent découverte du temps de « Charles XJ [ 3. »

Le Danemarck, la Norwége ', et presque tou-

marcs d’argent, 3000 quintaux de plomb . et 1300 quintaux de litliarge , sans compter les mines de cuivre et <;utres. Mémoires imprimés à Berlin, en 1780, in 8e. Extraits dans le Journal de Physique, août 1781, page ♦ 6! .

* Traité de la fonte des mines de Schlutter, tome II, p. 301.

3 Regnard ajoute, à la description des excavations delà mine , la manière dont on l’exploite. « On fait, dit-il , sécher « les pierres qu’on tire de la mine sur un fourneau qui brûle « lentement , et qui sépare l’antimoine, l'arsenic et le soufre * d’avec la pierre: le plomb et l’argent restent ensemble,

« Cette première opération est suivie d'une seconde , et ces « pierres séchées sont jetées dans des trous où elles sont pi- « lées et réduites en boue, par le moyen des gros marteaux « que l’eau fait agir ; celte boue est délayée daus une e iu qui « coule incessamment sur une planche mise en glacis, et qui « emportant le plus grossier, laisse l'argent et le plomb daus « le fond sur une toile. La troisième opération sépare l’argent « d’avec le plomb qui fond en écume, et la quatrième sert « enfin à le perfectionner, et à le mettre en état de soullrir « le marteau... l)n me lit, dit l’auteur, présent d'un mor- « ceau d’amiante, dont on avait trouvé plusieurs dans cette « mine. Œiiues de Itégnard; Paris, 1742, tomel, page 20 ï et suiv.

5 Mémoins de l'Académie des Sciences de Paris , année 1763. page 519.

4 En Norwége, il y a plusieurs mines d’argent où il se trouve quelquefois des morceaux de ce i>étal qui sont d’une grandeur extraordinaire : on eu conserve un dans le Cabinet du roi de Danemarck , du poids de onze cent vingt marcs. On tire des pièces entières d’argent pur des mines de Kongsberg. La profondeur perpendiculaire d une de ces mines, est de cent tren:e lobes; ces mines sont sans suite, et néanmoins il n’v a peut-être que celles de Potosiqui rendent davantage. Histoire Naturelle de Norwége, par Pontoppidan ;

J ou nal étranger, mois d'août 1733. M. Jars vient de donner une description plus détaillée de ces mines de Kongsberg; élit s ont été découvertes par des filets d’argent qui se manifestaient au jour... On évalue le produit annuel de toutes les mines de ce département, à 32 ou 33 mille marcs d’argent.... Tous les rochers de cette par ie de la Norwége sont trèscompactes , et si durs qu’on est obligé d employer le feu pour les abattre.... Les veines principales les plus riches, tout presque toutes dans des rochers ferrugineux, et ces mines s’appauvrissent toutes à mesure que I on descend ; en sorte qu il est t lès-rare de trouver du minerai d'argent , io;s|u'on est descendu jusqu’au niveau de h rivière qui ou le dan* ia

DES MENE II AUX

les les contrées du nord, ont aussi des mines d’argent dont quelques-unes sont fort riches ; et nous avons au Cabinet de Sa Majesté de trèsbeaux morceaux de mine d’argent, que le roi de Danemarck, actuellement régnant, a eu la bonté de nous envoyer. Il s’en trouve aussi aux îles de Féroë et en Islande i .

Dans les parties septentrionales de l’Asie, les mines d’argent ne sont peut-être pas plus rares ni moins riches que dans celles du nord de l’Eu-

vallée au-dessous de ces rochers. Les veines minérales renfermées dans les filons principaux sont fort étroites ; il est rare qu'elles aient au-dessus d’un pied d’épaisseur ; elles n’ont même très-souvent qu’un pouce ou quelques ligues; ces veines ne produisent généralement point d’argent minéralisé , si Ion en excepte quelques morceaux de mine d’argent vitreuse que le hasard fait rencontrer quelquefois ; encore moins de la mine d’argent rouge, mais toujours de l’argent vierge ou natif, extrêmement varié dans ses configurations ; elles sont remplies de différentes matières pierreuses , qui servent comme de matrice à ce métal , et forment un composé de spath calcaire , d’un autre fusible couleur d’améthyste , d’un spath verdâtre , et d’un autre encore d’un biane transparent , lessemblant assez à une sélénile , et souvent recouvert de cuir fossile ou de montagne, qui sont tous unis à de l’argent vierge , et en contiennent eux-mêmes ; ce métal se trouve encore dans un rocher de couleur grise , qui pourrait être regardé comme le toit et le mur desdits filons ; on ie rencontre aussi, mais plus rai ement avec du mica.

Dans tout ce mélange ou n’aperçoit aucune partie de quartz t mais bien dans les filons principaux où l’on trouve même de la pyrite riche en argent , dans laquelle ce métal se manifeste quelquefois, et où l’on voit des cristallisations de spath et de quartz... Ces filons contit nnent aussi de la blende.

L’argent est toujours massif dans le rocher et presque pur, c'est-à-dire, a\ec peu de mélange... Plusieurs fois on en a détaché des morceaux qui pesaient depuis 20 jusqu’à 80 marcs. Dans la principale mine de Gotlès hilf in der noth, située sur le filon de la montagne moyenne... on trouva il y a près de septaus.à cent trente-cinq toises au-dessous de la surface de la terre, un seul morceau d'argent vierge presque pur, qui pesait 419 marcs... Cependant la forme la plus commune ou l'on trouve ce métal, est celle d’un fil plus ou moins gros , prenant toutes sortes de courbes et figures; quelques-uns ont un pied et plus de longueur ; d’autres ont la finesse des cheveux, seuls ou réunis ensemble en grande quantité par un seul point d'où ils partent, mais ordinairement mêlés à du spath ou du rocher; d’autres encore forment différentes branches de ramifications de diverses grosseurs, dont la blancheur et le brillant annoncent toute la pureté du métal lorsqu’il est. raffiné.

On en trouve aussi en feuilles ou lames ; c’est communément à travers ou entre les lits d’un rocher gris schisteux, de manière que dans un de ces morceaux qui pourrait avoir quatre pouces d’épaisseur , on rencontre qudquefois une , deux et même trois couches , pénétrées de cet argent qui , quand on les sépare , présentent à chaque surface des feuilles trèi-hlauches et très-minces.

11 est de ces veines , enfin , où l’argent est tellement divisé dans le spath et le rocher, quoique vierge, qu’on a bien de la peine à le reconnaître ; dans d'autres on ne le distingue point du tout ; il en est de même du quatrième filon. M. Jars? Mémoires des savants étrangers, tome IX , page 455 et suiv.

( Selon Horrebow , les Islandais ont trouvé dans leurs montagnes, du métal qui, étant foi. du, s'est trouvé être du bon argent. Histoire générale des Voyages, ton e XVIII, page 36.

rope. On a nouvellement publié à Pétersbourg un tableau des mines de Sibérie, par lequel il paraît qu’en cinquante-huit années on a tiré, d’une seule mine d’argent, douzecent seize mille livres de ce métal , qui tenait environ une quatre-vingtième partie d’or. Il y a aussi une autre mine dont l’exploitation n’a commencé qu’en 1 748, et qui depuis cette époque jusqu’en 1771 , a donné quatre cent mille livres d’argent , dont on a tiré douze mille sept cents livres d’or ’. MM. Gmelin et Muller font mention, dans leurs Voyages, des mines d’argent qu’ils ont vues à Argunsk, à quelque distance de la rivière Argum. Ils disent qu’elles sont dans une terre molle et à une petite profondeur ; que la plupart se trouvent situées dans des plaines environnées de montagnes 2, et qu’on rencontre ordinairement au-dessus du minerai d’argent , une espèce de chaux de plomb , composée de plus de plomb que d’argent.

Il y a aussi plusieurs mines d’argent à la Chine, surtout dans les provinces deJunnan et de Sechuen 3 : on en trouve de même à la Cochinchine 4 , et celles du Japon paraissent être les plus abondantes de toutes 5. On connaît aussi quelques mines d’argent dans l’intérieur du continent de l’Asie. Chardin dit qu’il n’y a pas beaucoup de vraies mines d’argent en Perse , mais beaucoup de mines de plomb qui contiennent de l’argent; il ajoute que celle de Renan, à quatre lieues d’Ispahan , et celles de Kirman et de Mazanderan, n’ont été négligées qu’à cause de la disette du bois qui , dans toute la Perse , rend trop dispendieux le travail des mines 6.

Nous ne connaissons guère les mines d’argent de l’Afrique : les voyageurs qui se sont fort étendus sur les mines d’or de cette partie du

* Journal de Politique et de littérature. Février, 1776, article Paris.

2 Histoire générale des Voyages, tome XV1U, page 207.

3 Idem, tome VI , page 488.

4 Suivant Mendez Pinto, il y a aux environs de Quanjaparu, dans l’anse de la Cochinchine. de» mines d’argent dont on tire une fort grande quantité de ce métal. Histoire générale des Voyages, tome IX, page 334.

8 On ne connaît guère d’autres mines d’argent dans toute l'Asie que celles du Japon, dont les relations vantent l’abondance. Cependant Mendez Pinto dit qu’il y en a de fort abondantes sur les bords du lac de Chiamuy, d’où on le transporte dans d’autres provinces de 1 Asie. Idem , tome X, page 338. — La province de Bungo au Japon, a des mines d'argent ; Rattami , lieu situé au nord de cet empire, en a de plus riches encore. L’argent du Japon passe pour le meilleur du monde ; autrefois on l’échangeait à la Chine, poids pour poids, contre de l’or. Idem, page 65L

* Voyez de Chardin, tour II, p ige 22.

monde paraissent avoir négligé de faire mention de celles d’argent ; ils nous disent seulement qu’on en trouve au cap Vert ’ , au Congo1 2, au Bambuk 3 *, et jusque dans le pays des Hottentots \

Mais c’est en Amérique où nous trouverons un très-grand nombre de mines d’argent , plus étendues, plus abondantes , et travaillées plus en grand qu’en aucune autre partie du monde. La plus fameuse de toutes, est celle de Potosi au Pérou : « Le minerai, ditM. Bowles, en est « noir, et formé de la même sorte de pierre que « celle de Freyberg en Saxe. Ce naturaliste « ajoute que la mine appelée Hosicle , dans le « Pérou , est de la même nature que celle de # Rothgulden-erz et de Andreasberg dans le « Hartz , et de Sainte-Marie-aux-Mines dans « les Vosges 5. »

Les mines de Potosi furent découvertes en 1545, et l’on n’a pas cessé d’y travailler depuis ce temps, quoiqu’il y ait quantité d’autres mines dans cette même contrée du Pérou. Frézier assure que de son temps les mines d’argent les plus riches étaient celles d’Oriero, à quatrevingts lieues d’Arica; et il dit qu’en 1712 on en découvrit une auprès de Cusco, qui d’abord a donné près de vingt pour cent de métal , mais qui a depuis beaucoup diminué, ainsique celle de Potosi 6. Du temps d’Acosta , c’est-à-dire, au commencement de l’autre siècle, cette mine de Potosi était sans comparaison la plus riche de toutes celles du Pérou : elle est située presque au sommet des montagnes dans la province de Cbarcas, et il y fait très-froid en toute saison. Le sol de la montagne est sec et stérile; elle est en forme de cône, et surpasse en hauteur toutes les montagnes voisines; elle peut avoir une lieue de circonférence à la base, et son sommet est arrondi et convexe. Sa hauteur, au-dessus

1 On assure que dans l'ile Saint-Antoine, au cap Vert, il y a une mine d’argent, mais qui n'est pas encore exploitée. Histoire générale des Voyages, tome II, page 418.

2 On trouve des mines d’argent dans la province deBamba,

au Congo, qui s'étendent jusque vers Angole. Idem, tome IV,

page 617.

5 II y a des mines d’argent, dans le Bambuk en Afrique.

Idem, tome II, page 614 . Il y a aussi des mines d’argent

dans les terres d’Angoykayango en Afrique. Idem, tome IV, page 488.

* On a aussi découvert, au commencement de ce siècle, une mine d’argent dans les colonies hollandaises, au pays des Hottentots; mais on n'en a pas continué l'exploitation. Kolbe, dans l’Histoire générale des V<»\ âges, tome V, page 133.

Histoire Naturelle d’Espagne, page 27.

* Histoire générale des Voy«ge», tome XIII, page 589.

des autres montagnes qui lui servent de hase, est d’environ un quart de lieue. Au-dessous de cette plus haute montagne il y en a une plus petite où l’on trouvait de l’argent en morceaux épars; mais dans la première la mine est dans une pierre extrêmement dure : on a creusé de deux cents stades, ou hauteur d’homme, dans cette montagne, sans qu’on ait été incommodé des eaux ; mais ces mines étaient bien plus riches dans les parties supérieures, et elles sont appauvries au lieu de s’ennoblir en descendant *. Parmi les autres mines d’argent du Pérou celle de Tureo, dans le corrégiment de Cavanga, est très remarquable, parce que le métal forme un tissu avec la pierre très-apparent à l’œil. D’autres mines d’argent dans cette même contrée ne sont ni dans la pierre ni dans les montagnes, mais dans le sable, où il suffit de faire une fouille pour trouver des morceaux de ce métal, sans autre mélange qu’un peu de sable qui s’y est attaché 2.

Frézier, voyageur très-intelligent, a donné une assez bonne description de la manière dont on procède au Pérou pour exploiter ces mines et en extraire le métal. On commence par concasser le minerai, c’est-à-dire les pierres qui contiennent le métal. On les broie ensuite dans un moulin fait exprès ; on crible cette poudre, et l’on remet sous la meule les gros grains de minerai qui restent sur le crible, et lorsque le minerai se trouve mêlé de certains minéraux trop durs qui l’empêchent de se pulvérifier, on le fait calciner pour le piler de nouveau; on le moud avec de l’eau, et on recueille dans un réservoir cette boue liquide qu’on laisse sécher, et pendant qu’elle est encore molle en en fait des caxons , c’est-à-dire de grandes tables d’un pied d’épaisseur et de vingt-cinq quintaux de pesanteur ; on jette sur chacune deux cents livres de sel marin, qu’on laisse s'incorporer pendant deux ou

1 Ce roc de Potosi contient quatre veines principales : la riche, le centeno, celle d'étain et celle de Mendieta. Ces veines sont en la partie orientale de la montagne , et on n’en trouve

point en la partie occ dentale; elles courent nord et sud .

Elles ont à l'endroit le plus large six pieds , et au plus étroit une palme : ces veines ont des rameaux qui s’étendent de

c‘té et d’autre . Toutes ces mines sont aujourd’hui (en

1589 ) fort profondes , à quatre-vingts , cent ou deux cents stades, ou hauteur d'homme... On a reconnu par expérence, que plus haut est située la veine à la superficie de la terre, plus elle est riche et de meilleur a^oi... Ou tire le minerai à coups de marteaux , parce qu’il est dur à peu près comme le caillou. Histoire Naturelle des Indes , par Acosta. Paris , 1600, page 137 et suiv.

3 Histoire géne a'e des Voyages tome MH.* page WO

HISTOIRE NATURELLE

DES MLNEKAUX.

trois jours avec la terre; ensuite on l’arrose de mercure qu’on fait tomber par petites gouttes ; il en faut une quantité d’autant plus grande que le minerai est plus riche ; dix , quinze et quelquefois vingt livres pour chaque table. Ce mercure ramasse toutes les particules de l’argent. On pétrit chaque table huit fois par jour, pour que le mercure les pénètre en entier, et afin d’échauffer le mélange ; car un peu de chaleur est nécessaire pour que le mercure se saisisse de l’argent, et c’est ce qui fait qu’on est quelquefois obligé d’ajouter de Ja chaux pour augmenter la chaleur de cette mixtion : mais il ne faut user de ce secours qu’avec une grande précaution ; car si la chaux produit trop de chaleur, le mercure se volatilise , et emporte avec lui une partie de l’argent. Dans les montagnes froides , comme à Lipès et à Potosi , on estquelfois obligé de pétrir le minerai pendant deux mois de suite, au lieu qu’il ne faut que huit ou dix jours dans les contrées plus tempérées : on est même forcé de se senir de fourneaux pour échauffer le mélange et presser l’amalgame du mercure , dans ces contrées ou le froid est trop grand ou trop constant.

Pour reconnaître si le mercure a fait tout son effet, on prend une petite portion de la grande table ou caxon; on la délaie et lave dans un bassin de bois ; la couleur du mercure qui reste au fond indique son effet : s’il est noirâtre on juge que le mélange est trop chaud, et on ajoute du sel au caxon pour le refroidir ; mais si le mercure est blanchâtre ou blanc, on peut présumer que l’amalgame est fait en entier : alors on transporte la matière du caxon dans les lavoirs où tombe une eau courante: on la lave jusqu’à ce qu'il ne reste que le métal sur le fond des lavoirs qui sont garnis de cuir. Cet amalgame d’argent etde mercure, que l’on nomme pella^àoil être mis dans des chausses de laine pour laisser égoutter le mercure; on serre ces chausses, et on les presse même avec des pièces de bois pour l’en faire sortir autant qu’il est possible; après quoi , comme il reste encore beaucoup de mercure mêlé à l’argent, on verse cet amalgame dans un moule de bois en forme de pyramide tronquée à huit pans , et dont le fond est une plaque de cuivre percée de plusieurs petits trous. On foule et presse cette matière pella dans ces moules , pour en faire des masses qu’on appelle pignes. On lève ensuite le moule, et l’on met la pigne avec sa base de cui\rc sur un grand vase

de terre rempli d’eau , et sous un chapiteau de même terre , sur lequel on fait un feu de charbon qui fait sortir en vapeurs le mercure contenu dans la pigne; cette vapeur tombe dans l’eau et y reprend la forme de mercure coulant ; après cela la pigne n’est plus qu’une masse poreuse, friable et composée de grains d’argent contigus, qu’on porte à la monnaie pour la fondre1.

Frézier ajoute à cette description dont je viens de donner l’extrait quelques autres faits intéressants sur la différence des mines ou minerais d’argent : celui qui est blanc et gris, mêlé de taches rousses ou bleuâtres, est le plus commun dans les minières de Lipès ; on y distingue à l’œil simple, des grains d’argent quelquefois disposés dans la pierre en forme de petites pal mes. Mais il y a d’autres minerais où l’argent ne paraît point, entre autres un minerai noir, dans lequel on n’aperçoit l’argent qu’en raclant ou entamant sa surface : ce minerai, qui a si peu d’apparence, et qui souvent est mêlé de plomb, ne laisse pas d’être souvent plus riche, et coûte moins à travailler que le minerai blanc ; car, comme il contient du plomb qui enlève à la fonte toutes les impuretés, l’on n’est pas obligé d’en faire l’amalgame avec le mercure. C’était de ces minières d’argent noir que les anciens Péruviens tiraient leur argent. Il y a d’autres minerais d’argent de couleurs différentes : un qui est noir, mais devient rouge en le mouillant ou le grattant avec du fer; il est riche, et l’argent qu’on en tire est d’un haut aloi : un autre brille comme du talc, mais il donne peu de métal : un autre, qui n’en contient guère plus , est d’un rouge jaunâtre; on le tire aisément de sa mine en petits morceaux friables et mous : il y a aussi du minerai vert qui n’est guère plus dur, et qui parait être mêlé de cuivre. Enfin on trouve de l’argent pur en plusieurs endroits ; mais ce n’est que dans la seule mine de Cotaraito, assez voisine de celle de Potosi , où l’on voit des fils d’argent pur, entortillés comme ceux du galon brùié.

11 en est donc de l’argent comme de l’or et du fer : leurs mines primordiales sont toutes dans le roc vitreux, et ces métaux y sont incorporés en plus ou moins grande quantité , dès le temps de leur première fusion ou sublimation par le feu primitif; et les mines secondaires,

1 Frézier, Histoire générais des Voyages, tom xrif.pasc ;><».

qui se trouvent dans les matières calcaires ou schisteuses , tirent évidemment leur origine des premières. Ces mines de seconde et de troisième formation, qu’on a quelquefois vues s’augmenter sensiblement par l’addition du minerai charrié par les eaux , ont fait croire que les métaux se produisaient de nouveau dans le sein de la terre, tandis que ce n’est au contraire que de leur décomposition et de la réunion de leurs détriments, que toutes ces mines nouvelles ont pu et peuvent encore être formées; et, sans nous éloigner de nos mines d’argent du Pérou , il s’en trouve de cette espèce au pied des montagnes et dans les excavations des mines même abandonnées depuis longtemps L

Les mines d’argent du Mexique ne sont guère moins fameuses que celles du Pérou. M. Bowles ditquedans celle appelée Valladora, le minerai le plus riche donnait cinquante livres d’argent par quintal, le moyen vingt-cinq livres , et le plus pauvre huit livres, et que souvent on trouvait dans cette mine des morceaux d’argent vierge2. On estime même que tout l’argent qui se tire du canton de Sainte-Pécaque est plus lin que celui du Pérou3. Suivant Gemelli Carreri , la mine de Santa-Crux avait, en 1697,

4 Dans la montagne de Potosi l’on a tant creusé en différents endroits, que plusieurs mines se sont abîmées, et ont enseveli les Indiens qui travaillaient, avec lents outils et élançons. Dans la suite des temps ou est venu refouiller les mêmes mines, et l’on a trouvé élans le bois, dans les crânes et autres os humains, des filets d’argent qui les pénètrent. C’est encore uu fait indubitable qu'on a trouvé beaucoup d’argent dans les mines de Lipès, ü’où on en avait tiré longtemps auparavant. Je sais qu’on répond à cela qu’autrefoic elles étaient si riches, qu’on négligeait les petites quantités : mais je doute que lorsqu'il n’tn coûte guère plus de travail on perde volontiers ce que Ton tient. Si à ces faits nous ajoutons ce que nous avons dit des lavoirs d’Adacoll et de la montagne de Saint-Joseph où se forme le cuivre, on ne doutera plus que l'argent et les autres métaux ne se forment tous les jours dans certains lieux... l.es anciens philosophes et quelques modernes ont attribué au soleil la formation des métaux ; mais outre qu’il est inconcevable que sa chaleur puisse pénétrer jusqu’à des profondeurs infinies, on peut se désabuser de cette opinion en faisant attention à un fait incontestable que voici :

Il y a environ trente ans que la foudre tomba sur la montagne d’ilimani, qui est au-dessus de la Paze, autrement Chuquiago, ville du Pérou, à qu tre-vingts lieues d’Arica; elle en abattit un morceau, dont les éclats qu’on trouva dans la ville et aux environs étaient pleins d’or; néanmoins cette montagne, de temps immémorial a toujours été couverte de neige ; donc la chaleur du soleil qui n’a pas assez de force pour foudre la neige n’a pas dû avoir celle de former l’or qui était dessous, et qu’elle a couvert sans interruption.. . D’ailleurs la plupart des mines du Pérou et du Chili sont couvertes de m ige pendant huit mois de l’année. Frézi^r, Voyage à la mer du Sud ; Paris, 1732, page 146 et suiv.

3 Histoire Nu tutelle d’Espagne, pages 23 et 24.

His oire géuérale des Voyages, tome XI, page3$'J.

plus de sept cents pieds de profondeur ; celle de Navaro plus de six cents , et l’on peut compter, dit-il, plus de mille ouvertures de mines', dans un espace de six lieues autour de Santa- Crux2. Celles delà Trinité ont été fouillées jusqu’à huit cents pieds de profondeur : les gens du pays assurèrent à ce voyageur qu’en dix ou onze aimées, depuis 1687 jusqu’en 1697, on en avait tiré quarante millions de marcs d’argent. J1 cite aussi la mine de Saint-Matthieu, qui n’est qu’à peu de distance de la Trinité, et qui n’ayant été ouverte qu’en 1689, était fouillée à quatre cents pieds en 1697 : il dit que les pierres métalliques en sont de la plus grande dureté; qu’il faut d’abord les pétarder et les briser a coups de marteau ; que l’on distingue et sépare les morceaux qu’on peut faire fondre tout de suite, de ceux qu’on doit auparavant amalgamer avec le mercure. On broie ces pierres métalliques , propres à là fonte , dans un mortier de fer; et après avoir séparé par des lavages la poudre de pierre, autant qu’il est possible, on mêle le minerai avec une certaine quantité de plomb , et on les fait fondre ensemble ; on enlève les scories avec un croc de fer, tandis que par le bas on laisse couler l’argent en lingots que l’on porte dans un autre fourneau , pour le refondre et achever d’en séparer le plomb. Chaque lingot d’argent est d’environ quatre-vingts ou cent marcs; et s’ils ne se trouvent pas au titre

4 C'est une observation importante etqui n’avaitpas échappé au génie de Pline : « Qu’on ne trouve guère un filon seul et « isolé ; mais que lorsqu'on en a découvert un on est près ,ue « sur d’en rencontrer plusieurs autres aux environs. » Ubicumque una inventa vena est, non procul invenitur alia (lib XXX , cap. XXVII). « La sublimation ou la chute di s « vapeurs métalliques , une fois déterminée vers les grands « sommets vitreux, dut remplir à la fois les différentes fentes « perpendiculaires, ouvertes dès loi s dans ces masses primi- « ti ves; et c'est dans un sens relatif à cette production ou pré- # cipit-ition simultanée, que le même naturaliste interprète le « nom latin originaiiement grec, des métaux (/xsraAAa, quasi « jexst’ aÀAün»), comme pour désigner des matières ramassées « et rassemblées aux mêmes lieux, ou dos substances produi- « tes eD même temps et déposées ensemble. » Note communiquée par M. l'abbé Bexon.

3 En Amérique, les mines d’argent se trouvent communément dans les montagnes et rochers très-hauts et déserts... Il y a des mines de deux sortes différentes, les unes qu’ils appellent égarées, et les autres fixes et arrêtées. Les égarées sont des morceaux de métal qui se trouvent amassés en quelques endroits, lesquels étant tirés et enlevés, il ne s’» n trouve pa> davantage ; mais les veines fixes sont cellesqui, en proion* deur et longueur, ont une suite continue en façon de grandes branches et rameaux, et quand on en a trouvé de cette espèce, on en trouve ordinairement plusieurs autres au même lieu... Les Américains savaient fondre l'argent; mais ils n'ont jamais employé le mercure pour le séparer du minerai, tlisto re Naturelle des Indes par Acosta; Paiis, 1600, page 157.

M S MINÉRAUX

prescrit, on les fait refondre une seconde fois avec le plomb pour les affiner. On fait aussi l’essai de la quantité d’or que chaque lingot d’argent peut contenir, et on l'indique par une mnrqueparticulière ; s’il s’y trou\e plus de quarante grains d’or par marc d’argent, on en fait le départ. Et pour les autres parties du minerai que i’on veut traiter par l’amalgame, après les avoir réduites en poudre très- line , on y mêle le mercure et l’on procède comme nous l'avons dit en parlant du traitement des mines de Potosi. Le mercure qu’on y emploie vient d’Espagne ou du Pérou : il en faut un quintal pour séparer mille marcs d'argent. Tout le produit des mines du Mexique et de la INouvelle-Espagne doit être porté à Mexico; et l’on assure qu’a la lin du dernier siècle ce produit était de deux millions de marcs par an, sans compter ce qui passait par des voies indirectes L

Il y a aussi plusieurs mines d’argent au Chili, surtout dans le voisinage de Coquimbo2, et au Brésil, à quelque distance dans les terres voisines de la baie de tous les Saints3; i’on en trouve encore dans plusieurs autres endroits du continent de l’Amérique et même dans les iles. i -es anciens voyageurs citent en particulier celle de Saint-Domingue4 ; mais la culture et le pro-

4 Histoire générale des Voyages, tome XI, page 530 et suivantes.

Les cantons de Tlasco et de Maltepèque, à l'ouest du Mexique, sont aussi fort célènres par leurs mines d'argent; Guaximango, du côté du nord, ne fcat pas moi. .s par les siennes , avec onze autres dans ce même canton ; et dans la province de Cuaxaga, il y en a un arnsi grand nombie. Les mines de Cu .naxati et de Talpu/dga sonl deux auties mii.es célèbres , la première e t à vingt-huit lieues de Valladolid au nord , et l’aulieà vingt-quatre tieues de Mexico. Luc montagne fort haute et inaccessible aux voitures , et même aux bêtes de charge, qui est placée dans la province de Guadalajara, vers les Z acatèques, renfei me quant ité de mines d urgent et de cuivre mêlées de plomb. La province de Xalisco, conquise en 1554, est une des plus riches de la Nouvelle- Espagne, par ses mines d’argent, autour desquelles il s’e>t formé des habitations nombreuses, avec dis fonderies, des moulins, etc..... Celle de Calnacana contient aussi des mines d'argent. Les Zacatèques ou Zacutecas sont un grand nombre de petits cantoos qui for- J meut , sous ce nom commun , la plus riche province de la Nouvelle- Espagne; on y compte douze on quinze mines d’ar- ! gent , dont neuf ou dix sont fort célèbres surtout celle del Fresnillo qui paraît inépuisable. La province de la Nouvelle- Biscaye contient les mines d'Eude, de Saint- Jeanef, de Sainte- Barbe, qui sont d'une grande abondance , et voisines de plusieurs mines de plomb. Les montagnes qui séparent le Honduras de la province de Nica» agira, ont fourni beaucoup d’or et d’argent aux Espagnols. La province de Costa Ricea fournit aussi de l’or et de 1 argent. Hi»i. t.e générale des oyages, tome XII, [rage 648 et suiv.

3 Idem, tome XIII, page 412.

‘ Voyag.s de M. de Germes ; Paris, I ut. „;;gc 1 45.

* Hislu re générale des Voyages tome Ml page 218,

j (luit clu sucre et des autres denrées de consommation que l’on tire de cette île sont des trésors j bien plus réels que ceux de ses mines.

Après avoir ci-devant exposé les principales propriétés de l’argent, et avoir ensuite parcouru les différentes contrées où ce métal se trouve en plus grande quantité, il ne nous reste plus qu’à faire mention des principaux faits et des observations particulières que les physiciens et les chimistes ont recueillis en travaillant l’argent et en le soumettant à un nombre infini d’épreuves. Je commencerai par un fait que j’ai reconnu le premier. On était dans l’opinion que ni l’or ni l’argent mis au feu et même tenus en fusion, ne perdaient rien de leur substance; cependant il est certain que tous deux se réduisent en vapeurs et se subliment au feu du soleil à un degré de chaleur même assez faible. Je l’ai observé lorsque, en 1747, j’ai fait usage du miroir que j’avais inventé pour brûler à de grandes distances ' ; j’exposai à quarante, cinquante et jusqu’à soixante pieds de distance, des plaques et des assiettes d’argent . je les ai vues fumer longtemps avant de se fondre, et cette fumée était assez épaisse pour faire une ombre très-sensible qui se marquait sur le terrain. On s’est depuis pleinement convaincu que cette fumée était vraiment une vapeur métallique; elle s’attachait aux corps qu’on lui présentait et en argentait la surface; et puis que cette sublimation sefaità une chaleur médiocre par le feu du soleil, il y a toute raison de croire qu’elle se fait aussi et en bien plus grande quantité par la forte chaleur du feu de nos fourneaux, lorsque non-seulement on y fond ce métal , mais qu’on le tient enfusion pendant un mois, comme l’a faitKunckel. J’ai déjà dit que je doutais beaucoup de l’exactitude de son expérience, et je suis persuadé que l’argent perd parle feu une quantité sensible de sa substance, et qu’il en perd d’autant plus que le feu est plus violent et appliqué plus longtemps.

L’argent offre dans ses dissolutions différents phénomènes dont il est bon défaire ici mention. Lorsqu’il est dissous par l’acide nitreux, on observe que si l’argent est à peu près pur, la couleur de cette dissolution, qui d’abord est un peu verdâtre , devient ensuite très-blanche , et que quand il est mêlé d’une petite quantité de cuivre, elle est constamment verte.

1 Voyez les Mémoires de 1 Académie des Sciences, année t 747.

UlSlülUE fsAi l DEL LE

Les dissolutions des métaux sont en general plus corrosives que l’acide même dans lequel ils ont été dissous : mais celle de l’argent par l’acide nitreux, l'est au plus haut degré ; car elle produit des cristaux si caustiques qu’on a donné à leur masse réunie par la fusion le nom de pierre infernale. Pour obtenir ces cristaux , il faut que l’argent et l’acide nitreux aient été employés purs. Ces cristaux se forment dans la dissolution parle seul refroidissement ; ils n’ont que peu de consistance, et sont blancs et aplatis en forme de paillettes : ils se fondent très-aisément au feu et longtemps avant d’y rougir ; et c’est cette masse fondue et de couleur noirâtre qui est la pierre infernale.

II y a plusieurs moyens de retirer l’argent de sa dissolution dans l’acide nitreux ; la seule action du feu, longtemps continuée, suffit pour enlever cet acide : on peut aussi précipiter le métal par les autres acides, vitriolique ou marin, par les alkalis et par les métaux qui, comme le cuivre, ont plus d'affinité que l’argent avec l’acide nitreux.

L’argent, tant qu’il est dans l’état de métal, n’a point d’affinité avec l’acide marin : mais dès qu’il est dissous, il se combine aisément, et même fortement avec cet acide; car la mine d’argent cornée paraît être formée par l’action de l'acide marin.* . Cette mine se fond très-aisément, et même se volatilise à un feu violent2.

L’acide vitriolique attaque l’argent en masse au moyen de la chaleur; il le dissout même complètement ; et en faisant distiller cette dissolution, l’acide passe dans le récipient, et forme un sel qu’on peut appeler vitriol d'argent.

Les acides animaux et végétaux, comme l’acide des fourmis ou celui du vinaigre , n’attaquent point l’argent dans son état de métal ; mais ils dissolvent très-bien ses précipités.

Les alkalis n’ont aucune action sur l’argent, ni même sur ses précipités; mais lorsqu’ils sont

4 Éléments de Chimie, par M. de Morveau, tome I, page 1 13.

3 « On retire delà Lune-cornée l’argent bien plus pur que « celui de la coupelle ; mais l’opération est laborieuse, et pré-

* sente un phénomène intéressant. L’argent qui, comme l’on

* sait, est une substance très-fixe, y acquiert une telle vola- 1 tilité qu’il est capable de s’élever comme le mercure, de « percer les convercl s des creusets, etc... Il faut aussi qu’il « éprouve, dans cet état, une sorte d’attraction de transmis-

* sion au travers des pores des vaisseaux les plus compactes,

« puisque l’on trouve une quantité de grenailles d’argeut dis- « «éminces jusque dans la tourte qui supportait le creuset. » Eléments de chimie, par M. de Morveau, tome I, page 220.

unis aux principes du soufre, comme dans le foie de soufre, ils agissent puissamment sur la substance de ce métal, qu’ils noircissent et rendent aigre et cassant.

Le soufre , qui facilite la fusion de l’argent : doit par conséquent en altérer la substance: cependant il ne l’attaque pas comme celle du fer et du cuivre qu’il transforme en pyrite. L’argent fondu avec le soufre peut en être séparé dans un instant, par l’addition du nitrê qui, après la détonation , laisse l’argent sans perte sensible ni diminution de poids. Le nitre réduit au contraire le fer et le cuivre en chaux, parce qu’il a une action directe sur ces métaux et qu'il n’en a point sur l’argent.

La surface de l’argent ne se convertit point en rouille par l’impression des éléments humides , mais elle est sujette à se ternir, se noircir et se colorer : on peut même lui donner l'apparence et la couleur de l’or, en l’exposant à certaines fumigations, dont on a eu raison de proscrire l'usage pour éviter la fraude.

On emploie utilement l’argent battu en feuilles minces pour en couvrir les autres métaux, tels que le cuivre et le fer; il suffit pour cela de bien nettoyer la surface de ces métaux et de les faire chauffer: les feuilles d’argent qu’on y applique s’y attachent et y adhèrent fortement. Mais comme les métaux ne s’unissent qu'aux métaux, et qu'ils n’adhèrent à aucune autre substance, il faut, lorsqu’on veut argenter le bois ou toute autre matière qui n’est pas métallique, se servir d’une colle faite de gomme on d’huile , dont on enduit le bois par plusieurs couches qu’on laisse sécher avant d’appliquer la feuille d’argent sur la dernière : l’argent n’est en effet que collé sur l’enduit du bois, et ne lu: est uni que par cet intermède dont on peut toujours le séparer sans le secours de la fusion, et en faisant seulement brûler la colle à laquelle il était attaché.

Quoique le mercure s’attache promptement et assez fortement à la surface de l’argent , il n’en pénètre pas la masse à l'intérieur; il faut le triturer avec ce métal pour en faire l’amalgame.

Il nous reste encore à dire un mot du fameux arbre de Diane , dont les charlatans ont si fort abusé, en faisant croire qu’ils avaient le secret de donner à l’or et à l’argent la faculté décroître et de végéter comme les plantes : néanmoins cet arbre métallique n’est qu’un assemblage ou

DI S MINÉRAUX

accumulation des cristaux produits par ie travail de l’acide nitreux sur l’amalgame du mercure et de l’argent. Ces cristaux se groupent successivement les uns sur les autres, et s’accumulant par superposition , ils représentent grossièrement la figure extérieure d’une végétation *.

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