I)U CUIVRE
De. la même manière et dans le même temps que les roches primordiales de fer se sont réduites en rouille, par l’impression des éléments humides , les masses de cuivre primitif se sont décomposées en vert-de-gris , qui est la rouille de ce métal, et ([ai, comme celle du fer, a été transportée par les eaux, et disséminée sur la terre ou accumulée en quelques endroits, où elle a formé des mines qui se sont de même déposées par alluvion, et ont ensuite produit les minerais cuivreux de seconde et de troisième formation ; mais le cuivre natif ou de première origine a été formé comme l’or et l’argent dans les fentes perpendiculaires des montagnes quartzeuses, et il se trouve, soit en morceaux de métal massif, soit en veines ou filons mélangés d’autres métaux. 11 a été liquéfié ou sublimé par le feu , et il ne faut pas confondre ce cuivre natif de première formation avec le cuivre en stalactites , en grappes ou filets, que nos chimistes ont également appelés cuivres natifs2. parce qu’ils se trouvent purs dans le sein de la terre. Ces derniers cuivres sont au contraire de troisième et peut-être de quatrième formation ; la plupart proviennent d’une cémentation naturelle qui s’est faite par l’intermède du fer auquel le cuivre décomposé s’est attaché après avoir été dissous par les sels de la terre. Ce cuivre, rétabli dans son état de métal par la cémentation, aussi bien que le cuivre primitif qui sub-
4 Pour former l’arbre de Diane, on fait dissou Ire, ensemble ou séparément, quatre gros d'argent et deux gr< >s de mercure, dans l'eau -forte précipitée; on étend cette dissolution par cinq onces d’ean distillée; on verse le mélange dans une petite cucurbite de verre, dans laquelle on a mis auparavant six gros d'amalgame d’argent, en consistance de beurre, et on place le vaisseau dans un endroit tranquille, à l'abri de toute commotion au bout de qnelquesheures, il s’élèvede la masse d’amalgame, un buisson métallique avec de belles ramifications. Éléments de Chimie, par M. de Morveau, tome III, pag. «4 et 433.
Lettres de M. Deincsle au docteur Bernard, tome II, page 333.
siste encore en masses meiavlques , s’est offert le premier a la recherche des hommes; et, comme ce métal est moins difficile à fondre que le fer, il a été employé longtemps auparavant pour fabriquer les armes et les instruments d’agriculture, Nos premiers pères ont donc usé, consommé les premiers cuivres de l’ancienne nature : c’est, ce me semble, par cette raison, que nous ne trouvons presque plus de ce cuivre
primitif dans notre Europe non plus qu’en Asie; il a été consommé par l’usage qu’en ont fait les habitants de ces deux parties du monde trèsanciennement peuplées et policées, au lieu qu’en Afrique, et surtout dans le continent de l’Amérique, où les hommes sont plus nouveaux et n’ont jamais été bien civilisés., on trouve encore aujourd’hui des blocs énormes de cuivre en masse qui n’a besoin que d’une première fusion pour donner un métal pur , tandis que tout le cuivre minéralisé et qui se présente sous la forme de pyrites , demande de grands travaux , plusieurs feux de grillage, et même plusieurs fontes avant qu’on puisse le réduire en bon métal. Cependant ce cuivre minéralisé est presque le seul que l’on trouve aujourd’hui en Europe : le cuivre primitif a été épuisé; et, s’il en reste encore, ce n’est que dans l’intérieur des montagnes où nous n’avons pu fouiller, tandis qu’en Amérique il se présente à nu, non- seulement sur les montagnes, mais jusque dans les plaines et les lacs , comme on le verra dans l’énumération que nous ferons des mines de ce métal , et de leur état actuel dans les différentes parties
du monde.
Le cuivre primitif était donc du métal presque pur , incrusté comme l’or et l’argent dans les fentes du quartz, ou mêlé comme le fer primitif dans les masses vitreuses ; et ce métal a été déposé par fusion ou par sublimation dans les fentes perpendiculaires du globe dès le temps de sa consolidation ; l’action de ce premier feu en a fondu et sublimé la matière, et l’a incorporée dans les rochers vitreux. Tous les autres états dans lesquels se présente le cuivre sont postérieurs à ce premier état ; et les minerais mêlés de pyrites, n’ont été produits, comme les pyrites elles-mêmes, que par l’intermède des éléments humides. Le cuivre primitif attaqué par l’eau , par les acides, les sels et même par les huiles des végétaux décomposés, a changé de forme ; il a été altéré, minéralisé, détérioré, et il a subi un si grand nombre de transformations , qu’à
3è0 IliSTOlhR
peine pourrons-nous le suivre dans toutes ses dégradations et décompositions.
La première et la plus simple de toutes les décompositions du cuivre, est sa conversion en vert-de-gris ou verdet; l’humidité de l’air ou le plus léger acide suffisent pour produire cette rouille verte. Ainsi dès les premiers temps, après la chute des eaux , toutes les surfaces des blocs du cuivre primitif ou des roches vitreuses dans lesquelles il était incorporé et fondu , auront plus ou moins subi cette altération; la rouille verte aura coulé avec les eaux, et se sera disséminée sur la terre, ou déposée dans les fentes et cavités où nous trouvons le cuivre sous cette forme de verdet. L’eau en s’infiltrant dans les mines de cuivre , en détache des parties métalliques; elle les divise en particules si ténues quesou vent elles sont invisibles, et qu’on ne les peut reconnaître qu’au mauvais goût et aux effets encore plus mauvais de ces eaux cuivreuses, qui toutes découlent des endroits où gisent les mines de ce métal , et communément elles sont d’autant plus chargées de parties métalliques qu’elles en sont plus voisines : ce cuivre, dissous par les sels de la terre et des eaux , pénètre les matières qu’il rencontre; il se réunit au fer par cémentation , il se combine avec tous les sels acides et alkalins ; et se mêlant aussi avec les autres substances métalliques, il se présentesous mille formes différentes, dont nous ne pourrons indiquer que les variétés les plus constantes.
Dans ses mines primordiales, le cuivre est donc sous sa forme propre de métal natif, comme l’or et l’argent vierge ; néanmoins il n’est jamais aussi pur dans son état de nature qu’il le devient après avoir été raffiné par notre art. Dans cet état primitif il contient ordinairement une petite quantité de ces deux premiers métaux ; ils paraissent tous trois avoir été fondus ensemble ou sublimés presque en même temps dans les fentes de la roche du globe; mais de plus, le cuivre a été incorporé et mêlé, comme le fer primitif, avec la matière vitreuse : or l’on sait que le cuivre exige plus de feu que l’or et l’argent pour entrer en fusion, et que le fer en exige encore plus que le cuivre; ainsi ce métal tient ^ntre les trois autres le milieu dans l’ordre de la fusion primitive, puisqu’il se présente d’ajbord comme l’or et l’argent, sous la forme de métal fondu , et encore comme le fer, sous la forme d’une pierre métallique. Ces pierres cuivreuses sont communément teintes ou tachées
NATURELLE
de vert ou de bleu ; la seule humidité de l’air ou de la terre donne anx particules cuivreuses celle couleur verdâtre, et la plus petite quantité d’alkali volatil la change en bleu : ainsi ces masses cuivreuses qui sont teintes ou tachées de vert ou de bleu ont déjà été attaquées par les éléments humides ou par les vapeurs alkalines.
Les mines de cuivre tenant argent sont bien plus communes que celles qui contiennent de l’or ; et comme le cuivre est plus léger que l’argent, on a observé que dans les mines mêlées de ces deux métaux, la quantité d’argent augmente à mesure que l’on descend ; en sorte que le fond du filon donne plus d’argent que de cuivre, et quelquefois même ne donne que de l’argent1, tandis que dans sa partie supérieure il n’avait offert que du cuivre.
En général, les mines primordiales de cuivre sont assez souvent voisines de celles d’or et d’argent, et toutes sont situées dans les montagnes vitreuses produites par le feu primitif: mais les mines cuivreuses de seconde formation et qui proviennent du détriment des premières, gisent dans les montagnes schisteuses, formées comme les autres montagnes à couches , par le mouvement et le dépôt des eaux. Ces mines secondaires ne sont pas aussi riches que les premières; elles sont toujours mélangés de pyrites et d’une grande quantité d’autres matières hétérogènes ■*.
Los mines de troisième formation gisent, comme les secondes, dans les montagnes à couches , et se trouvent non-seulement dans les schistes, ardoises et argiles, mais aussi dans les matières calcaires : elles proviennent du détriment des mines de première et de seconde forma-
% Le cuivre se forme prés de l’or et l’argent, dans des pierres minérales de différentes couleurs, quoique toujours marquées de bleu et de verl. En suivant les veines de cuivre pur, on rencontre quelquefois de riches échantillons d’or très-fin ; mais il est plus ordinaire de trouver de l’argent ; quand on aperçois quelques échantillons d’argentsur lasupcrficie des veines de cuivre, le fond a coutume d’ètre riche en
argent . La superficie de la mine d’Ostologué au pays de
Lipès, était decuivre pur ; mais à mesure qu’on creusait, elle se transformait en argent, jusqu'à devenir argent pur. métallurgie d’Alphonse Barba, tome 1. page i07.
2 Dans les montagnes à couches, le cuivre est ordinairement dans un composé d’ardoise gris, noir ou bleuâtre, lans lequel il y a souvent des pyrites cruivreuses, du vert-de-gris, ou du bleu de cuivre parsemée très-finement... Les ardoises cuivreuses, qu’on trouve communément dans les montagnes à couches sont puissantes depuis quelques pouces jusqu’à un pied et demi, et rarement plus; elles sont aussi très-pauvres en métal, ne donnent que deux ou trois livres de cuivre par quintal ; mais ce cuivre est très-bon. Instruction sur les mines, par M. Delieus tome I, pages 87 et 88.
i)i:s mi
tion, réduites en poudre, ou dissoutes et incorporées avec de nouvelles matières. Les minéralogistes leur ont donné autant de noms qu’elles leur ont présenté de différences. La chrysocolle ou vert de montagne, qui n’est que du vert-de-gris très-atténué ; la chrysocolle bleue, qui ne diffère de la verte que par la couleur, que îes alkalis volatils ont fait changer en bleu : on l’appelle aussi azur , lorsqu’il est bien intense, et il perdcette belle couleur quand il est exposéà l’air et reprend peu à peu sa couleur verte, à mesure quel’alkali volatil s’en dégage; il réparait alors, comme dans son premier état, sous la forme de chrysocolle verte, ou sous celle de malachite. Il forme aussi des cristaux verts et bleus suivant les circonstances, et l’on prétend même qu’il en produit quelquefois d’aussi rouges et d'aussi transparents que ceux de la mine d'argent rouge : nos chimistes récents en donnent pour exemple les cristaux rouges qu’on a trouvés dans les cavités d’un morceau de méta 1 enfoui depuis plusieurs siècles dans le sein de la terre. Ce morceau est une partie de la jambe d’un cheval de bronze, trouvée à Lyon en 1771. Mon savant ami, M. de Morveau , m’a écrit qu’en examinant au microscope les cavités de ce morceau, il y a vu non-seulement des cristaux d’un rouge de rubis, mais aussi d’autres cristaux d’un beau vert d'émeraude et transparents dont on n’a pas parlé , et il me demande qu’est-ce qui a pu produire ces cristaux L M. Demeste dit à ce sujet que l’azur et le vert du cuivre , ainsi que la malachite et les cristaux rouges qui se trouvent dans ce bloc de métal , anciennement enfoui , sont autant de produits des différentes modifications que le cuivre, en état métallique, a subies dans le sein de la terre 2 : mais cet habile chimiste me paraît se tromper en attribuant au cuivre seul l’origine de ces « petits cristaux « qui sont, dit-il , très-éclatants, et d’une mine
* Lettres de M. de Morveau à M. de Buffoo. Dijon , le 28 août 178t.
2 * Rien n’est plus propre, dit-il , à démontrer le passage
* du cuivre natif aux mines secondaires , que la jambe d’un « cheval antique de bronze, tromée dans une fouille faite à « Lyon en 1771: cette jambe, qui avait été dorée, offrait non-
* seulement de la malachite et de l’azur de cuivre, mais on y « remarque! aussi plusieurs cavités dont l’intérb ur était ta- « pissé de petits cristaux très-éclatants, déminé rouge de « cuivre , transparente comme la plus belle mine d’argent « rouge... On peut donc avancer que l azur et le vert de cui- « vre, ainsi que les cristaux rouges qui s’y rencontrent, >ont
* autant de produits des différentes modifications que le cui- « vre en état métallique a subies dans le sein de la terre. * Lettres de M. t eme>te, etc., tome II. pages 337 et 338.
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« rouge de cuivre transparente, comme la plus « belle mine d’argent rouge ; » car ce morceau de métal n’était pas de cuivre pur, mais de bronze, comme il le dit lui-même, c’est-à-dire de cuivre mêlé d’étain : et dès lors ces cristaux rouges peuvent être regardés comme des cristaux produits par l’arsenic, qui reste toujours en plus ou moins grande quantité dans ce métal. Le cuivre seul n’a jamais produit que du vert, qui devient bleu quand il éprouve l’action de l’alkali volatil.
M. Demeste dit encore « que l’azu-r de cuivre « ou les fleurs de cuivre bleues ressemblent aux « cristaux d’azur artificiels; que leur passage « à la couleur verte, lorsqu'elles se décompo- « sent, est le même, et qu’elles ne diffèrent « qu’en ce que ces derniers sont solubles dans « l’eau. » Mais je dois observer que néanmoins cette différence est telle qu’on ne peut plus admettre la même composition , et qu’il ne reste ici qu’une ressemblance de couleur. Or le vitriol bleu présente la même analogie, et cependant on ne doit pas le confondre avec le bleu d’azur. M. Demeste ajoute, avec toute raison, « que l’alkali volatil est plus commun qu’on « ne croit à la surface et dans l’intérieur de la « terre.. .; qu’on trouve ees cristaux d’azur dans « les cavités des mines de cuivre décomposées, « et que quelquefois ces petits cristaux sont « très-éclatants et de l’azur le plus vif; que cet « azur de cuivre prend le nom de bleu de mwn- « fagne , lorsqu’il est mélangé à des matières « terreuses qui en affaiblissent la couleur, et « qu’enfin le bleu de montagne, comme l’azur, « sont également susceptibles de se décomposer « en passant lentement à l’état de malachite...; « que la malachite, le vert de cuivre ou fleurs « de cuivre vertes, résultent souvent de l’altéra- « tion spontanée de l’azur de cuivre , mais que « ce vert est aussi produit par la décomposition « du cuivre natif et des mines de cuivre , à la « surface desquelles on le rencontre en mala- « chites ou masses plus ou moins considérables « et mamelonnées, et que ce sont de vraies sta- « ladites de cuivre , comme l’hématite en est « une de fer L » Tout ceci est très-vrai , et c’est même de cette manière que les malachites sont ordinairement produites. La simple décomposition du cuivre en rouille verte, entraînée par
• Lettres deM. Demeite , etc. , tome TI , page Sby et suivantes.
la filtration des eaux, forme desstalactites vertes; et cette combinaison est bien plus simple que celle de l’altération de l’azur et de sa réduction en stalactites vertes ou malachites. Il en est de même du vert de montagne ; il est produit plus communément par la simple décomposition du cuivre en rouille verte; et l’habile chimiste que je viens de citer me paraît se tromper encore en prononçant exclusivement , « que « le vert de montagne est toujours un produit ■< de la décomposition du bleu de montagne ou « de celle du vitriol de cuivre *. » Il me semble au contraire que c’est le bleu de montagne qui lui-même est produit par l’altération du vert qui se change en bleu ; car la nature a les mêmes moyens que l’art , et peut par conséquent faire, comme nous, du vert avec du bleu, et changer le bleu en vert, sans qu’il soit nécessaire de recourir au cuivre natif pour produire ces effets.
Quoique le cuivre soit de tous les métaux celui qui approche le plus de l’or et de l’argent par ses attributs généraux, il en diffère par plusieurs propriétés essentielles : sa nature n’est pas aussi parfaite; sa substance est moins pure, sa densité et sa ductilité moins grandes; et ce qui démontre le plus l’imperfection de son essence, c’est qu’il ne résiste pas à L’impression des éléments humides ; l’air, l’eau, les huiles et les acides l’altèrent et le convertissent en verdet. Cette espèce de rouille pénètre , comme celle du fer, dans l’intérieur du métal , et avec le temps en détruit la cohérence et la texture.
Le cuivre de première formation étant dans un état métallique, et ayant été sublimé ou fondu par le feu primitif, se refond aisément à nos feux ; mais lecuivreminéralisé, qui est de seconde formation , demande plus de travail que tout autre minerai pour être réduit en métal ; il est donc à présumer que, comme le cuivre a été employé plus anciennement que le fer, ce n’est que de ce premier cuivre de la nature que les Egyptiens, les Grecs et les Romains ont fait usage pour leurs instruments et leurs armes 2, et qu’ils n’ont pas tenté de fondre les minerais cuivreux qui demandent encore plus d’art et de travail queles mines de fer ; ils savaient donner au cuivre un grand degré de dureté, soit par
4 Lettres de M. Demeste, tome II, page 570.
! Les .m iras se servaient beaucoup plus de cuivre que de fer : les habitants du Pérou et du Mexique employaient le ruc.fs à tous les usages auxquels nous employons le fer. Metailuigie d'Alphonse Parha, tome I, page Ui6.
NATURELLE
la trempe , soit par le mélange de l’étain ou de quelque autre minéral, et ils rendaient leurs instruments et leurs armes de cuivre propres à tous les usages auxquels nous employons ceux de fer. Ils alliaient aussi le cuivre avec les autres métaux, et surtout avec l’or et l’argent. Le fameux airain de Corinthe, si fort estimé des Grecs 1 , était un mélange de cuivre, d’argent et d’or , dont ils ne nous ont pas indiqué les proportions , mais qui faisait un alliage plus beau que l’or par la couleur, plus sonore, plus élastique , et en même temps aussi peu susceptible de rouille et d’altération. Ce que nous appelons airain ou bronze aujourd’hui n’est qu’un mélange de cuivre et d’étain , auxquels on joint souvent quelques parties de zinc et d’antimoine.
SI on mêle le cuivre avec le zinc, sa couleur rouge devient jaune, et l’on donne à cet alliage le nom de cuivre jaune ou laiton : il est un peu plus dense que le cuivre pur 2, mais c’est lorsque ni l’un ni l’autre n’ont été comprimés ou battus ; car il devient moins dense que le cuivre rouge après la compression. Le cuivre jaune est aussi moins sujet à verdir; et suivant les différentes doses du mélange, cet alliage est plus ou moins blanc, jaunâtre, jaune ou rouge: c’est d’après ces différentes couleurs qu’il prend les noms de similor, de peinchebec et de mêlai de prince ; mais aucun ne ressemble plus à l’or pur par le brillant et la couleur que le laiton bien poli , et fait avec la mine de zinc ou pierre calaminaire, comme nous l’indiquerons dans la suite.
Le cuivre s’unit très-bien à l’or, et cependant en diminue la densité au delà de la proportion du mélange ; ce qui prouve qu’au lieu d’une pénétration intime, il n’y a dans cet alliage qu’une extension ou augmentation de volume par une simple addition de parties interposées, lesquelles, en écartant un peu les molécules de l’or, et se logeant dans les intervalles, augmentent la dureté et l’élasticité de ce métal qui ,
1 « Æri corintliio pretium ante argentum, ac pene etiain « anteaurum. » Plin., lib. XXXIV, chap. I.
- Selon RI. Ilrisson, le pied cube de cuivre rouge fondu et non forgé , ne pèse (pie 545 livres 2 onces 4 g os 35 gra ns . tandis qu’un pied cube de ce même cuivre rpuge, passé à lj filière , pèse 621 livres 7 onces 7 gros 26 grains. Celte grande différence démontre que de tous les métaux le cuiv e est celui qui se comprime le plus : et la compression par la libère est plus grande qnecelle de la percussion par le marteau. M.Cel- Icr dit que la densité de l’alliage à parties égales de cuivieet de zinc est à celle du cuivre pur comme 878 sont à 874. Chimie métallurgique, tome I, page 265. — Mais M. II. is-ou a reconnu «pie le pied cube de cuivre jaune fuiidu et non to:ge pèse 587 livres.
DES MÏNÉlUrX.
dans son état de pureté, a plus de mollesse que de ressort.
L’or, l’argent et le cuivre se trouvent souvent alliés par la nature dans les mines primordiales, et ce n est que par plusieurs opérations réitéices et dispendieuses , que l’on parvient à les >éparer : il taut donc, avant d’entreprendre ce travail , s assurer que la quantité de ces deux métaux contenue dans le cuivre est assez considérable et plus qu’équivalente aux frais de leur séparation ; il ne faut pas même s’en rapporter à des essais faits en petit; ils donnent toujours un produit plus fort, et se font proportionnellement à moindres frais que les travaux en grand.
On trouve rarement le cuivre allié avec l’étain dans le sein de la terre , quoique leurs mines soient souvent très-voisines, et même superposées , c est-à-dire l’etain au-dessus du cuivre ; cependant ces deux métaux ne laissent pas d’avoir entre eux une affinité bien marquée; le petit art de l’étamage est fondé sur cette affinité. L’étain adhère fortement et sans intermède au cuivre, pourvu que la surface on soit assez nette pour être touchée dans tous les points par l’étain fondu : il ne faut pour cela que le petit degré de chaleur nécessaire pour dilater les pores du cuivre et fondre l’étain , qui dès lors s’attache à la surface du cuivre, qu’on enduit de résine pour prévenir la calcination de l’étain.
Lorsqu’on refond le cuivre et qu’on y mêle de l’étain, l’alliage qui en résulte démontre encore mieux l’affinité de ces deux métaux : car il y a pénétration dans leur mélange. La densité de cet alliage, connu sous les nomsd 'airain ou de bronze , est plus grande que celle du cuivre et de l'étain pris ensemble, au lieu que la densité des alliages du cuivre avec l’or et l’argent est moindre; ce qui prouve une union bien plus intime entre le cuivre et l’étain qu’avec ces deux autres métaux ; puisque le volume augmente dans ces derniers mélanges, tandis qu’il diminue dans le premier. Au reste, l’airain est d’autantplus dur, plus aigre et plus sonore, que la quantité d’étain est plus grande; et il ne faut qu’une partie d’étain sur trois de cuivre pour en faire disparaître la couleur, et même poulie défendre à jamais de sa rouille ou vert-degi i s, parce que l’étain est, après l’or et l’argent, le m^tal le moins susceptible d’altération par les éléments humides ; et quand, par la succession d’un temps très-long, il se forme sur l’aiîain on bronze, une espèce de rouille verdâtre,
c’est, à la vérité, clu vert-de-gris, mais qui s’étant formé très-lentement , et se trouvant mêlé d une portion d étain , produit cet enduit que 1 on appelle 'patine y sur les statues et les médailles antiques* .
Le cuivre et le fer ont ensemble une affinité bien marquée ; et cette affinité est si grande et si générale, qu’elle se montre non-seulement dans les productions de la nature, mais aussi par les produits de l’art. Dans le nombre infini
des mines de fer qui se trouvent à la surface ou dans l’intérieur de la terre, il y en a beaucoup qui sont mêlées d’une certaine quantité de cuivre, et ce mélange a corrompu l’un et l’autre
métal ; car d’une part on ne peut tirer que de très-mauvais fer de ces mines chargées de cui-# vre, et d’autre part il faut que la quantité de ce
métal soit grande dans ces mines de fer, pour pouvoir en extraire le cuivre avec profit. Ces métaux qui semblent être amis, voisins et même
unis dans le sein de la terre, deviennent ennemis dès qu’on les mêle ensemble par le moyen du feu; une seule once de cuivre jetée dans le foyer d’une forge suffit pour corrompre un quintal de fer.
Le cuivre que l’on tire des eaux qui en sont chargées, et qu’on connaît sous le nom de cuivre de cémentation , est du cuivre précipité par le fer; autant il se dissout de fer dans cette opération, autant il adhère de cuivre au fer qui n’est pas encore dissous, et cela par simple attraction de contact : c’est en plongeant des lames de fer dans les eaux chargées de parties cuivreuses, qu’on obtient ce cuivre de cémentation, et 1 on recueille par ce moyen facile une grande quantité de ce métal en peu de temps2. La nature fait quelquefois une opération assez semblable: il faut pour cela que le cuivre dissous rencontre des particules ou de petites masses ferrugineuses , qui soient dans l’état métallique ou presque métallique, et qui par conséquent aient subi la violente action du feu ; car cette union n’a pas lieu lorsque les mines de fer ont été
1 Cet enduit ou patine est. ordinairement verdâtre et quelquefois bleuâtre, et il acquiert avec le temps une si grande dureté, qu'il résiste au burin. Lettres de M. Derneste, tome II page 374.
2 A Saint-Bel, l’eau qui traverse les mines de cuivre se sa > ture en quelque sorte de vitriol de cuivre naturel. 11 suffit de jeter dans les bassins où on reçoit cette eau une quantité de vieilles ferrailles ; on y trouve peu de jours après un cuivre rouge pur : c'est ce qu'on appelle cuivre de cémenta* lion. Éléments de Chimie, par M. de Morveau, tome II» page 91 .
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produites par l’intermède de l’eau , et converties en rouille, en grains, etc. Ce n’est donc que dans de certaines circonstances qu’il se forme du cuivre par cémentation dans l’intérieui de la terre : par exemple, il s’opère quelque chose de semblable dans la production de certaines malachites , et dans quelques autres mines de seconde et de troisième formation, où le \itiiol cuivreux a été précipité par le fer , qui a plus que tout autre métal la propriété de séparer et de précipiter le cuivre de toutes ses dissolutions.
L’affinité du cuivre avec le fer est encore démontrée par la facilité que ces deux métaux ont de se souder ensemble : il faut seulement, en les tenant au feu, les empêcher de se calciner et de brûler, ce que l’on prévient en les couvrant de borax ou de quelque autre matière fusible qui les défende de l’action du feu animé par l’air ; car ces deux métaux souffrent toujours beaucoup de déchet et d’altération par le feu libre, lorsqu’ils ne sont pas parfaitement recouverts et défendus du contact de l’air.
11 n’y a point d’affinité apparente entre le mercure et le cuivre , puisqu’il faut réduire le cuivre en poudre et les triturer ensemble fortement et longtemps, pour que le mercure s’attache à cette poudre cuivreuse : cependant il y a un moyen de les unir d’une manière plus apparente et plus intime ; il faut pour cela plonger du cuivre en lames dans le mercure dissous par l’acide nitreux ; ces lames de cuivre attirent le mercure dissous, et deviennent aussi blanches, à leur surface, que les autres métaux amalgamés de mercure'.
Quoique le cuivre puisse s’allier avec toutes les matières métalliques , et quoiqu’on le mêle en petite quantité dans les monnaies d’or et d’argent pour leur donner de la couleur et de la dureté, on ne fait néanmoins des ouvrages en grand volume qu’avec deux de ces alliages : le premier avec l’étain pour les statues , les cloches, les canons ; le second avec la calamine ou mine de zinc pour les chaudières et autres ustensiles de ménage : ces deux alliages, l airain et le laiton, sont même devenus aussi communs et peutêtre plus nécessaires que le cuivre pur, puisque dans tous deux la qualité nuisible de ce métal , dont l’usage est très-dangereux, se trouve corrigée; car de tous les métaux que l’homme peut employer pour son service , le cuivre est celui qui produit les plus funestes effets.
L’alliage du cuivre et du zinc n’est pas aigre et cassant comme celui du cuivre et de l’étain ; le laiton conserve de la ductilité; il résiste plus longtemps que le cuivre pur à l’action de l’air humide et des acides qui produisent le \ ert-degris, et il prend l’étamage aussi facilement. Pour faire du beau et bon laiton, il faut trois quarts de cuivre et un quart de zinc, mais tous deux doivent être de la plus grande pureté. L’alliage à cette dose est d’un jaune brillant; et quoiqu’en général tous les alliages soient plus ou moins aigres, et qu’en particulier le zinc n’ait aucune ductilité, le laiton néanmoins, s’il est fait dans cette proportion , est aussi ductile que le cuivre même : mais comme le zinc tiré de sa mine par la fusion n’est presque jamais pur, et que pour peu qu’il soit mêlé de fer ou d’autres parties hétérogènes, il rend le laiton aigre et cassant, on se sert plus ordinairement et plus avantageusement de la calamine, qui est une des mines du zinc ; on la réduit en poudre, on en fait un cément en la mêlant avec égale quantité de poudre de charbon humectée d’un peu d’eau ; on recouvre de ce cément les lames de cuivre, et l’on met le tout dans une caisse ou creuset que l’on fait rougir à un feu gradué , jusqu’à ce que les lames de cuivre soient fondues. On laisseensuite refroidir le tout , et 1 on trouve le cuivre changé en laiton et augmente d’un quart de son poids, si l’on a employé un quart de calamine sur trois quarts de cuivre, et ce laiton fait par cémentation a tout autant de ductilité à froid que le cuivre même : mais, comme le dit très-bien M. Macquer , il n a pas la même malléabilité à chaud qu’à froid, parce que le zinc se fondant plus vite que le cuivie , l’alliage alors n’est plus qu’une espèce d’amalgame qui est trop mou pour souffrir la percussion du marteau. Au reste, il paraît, par le procédé et par le produit de cette sorte de cémentation, que le zinc contenu dans la calamine est réduit en vapeurs par le feu, et qu’il est par conséquent dans sa plus grande pureté lorsqu’il entre dans le cuivre: on peut en donner la preuve en faisant fondre à feu ouvert le laiton; car alors tout le zinc s’exhale successivement en vapeurs ou en flammes, et emporte même a' te lui une petite quantité de cuivre.
Si l’on fond le cuivre en le mêlant avec l’arsenic, on en fait un espèce de métal blanc qui diffère du cuivre jaune ou laiton, autant par la I qualité que par la couleur, car il est aussi aigie
DES iMIlNEliAUX.
qne l’autre est ductile; et si l’on mêle à différentes doses le cuivre, le zinc et l’arsenic, l’on obtient des alliages de toutes les teintes du jaune au blanc, et de tous les degrés de ductilité du liant au cassant.
Le cuivre en fusion forme, avec le soufre, une espèce de malte noirâtre, aigre et cassante, assez semblable à celle qu’on obtient par la première fonte des mines pyriteuses de ce métal : en le pulvérisant et le détrempant avec un peu d’eau , on obtient de même par son mélange avec le soufre aussi pulvérisé, une masse solide assez semblable à la matte fondue.
Un fil de cuivre d’un dixième de pouce de diamètre, peut soutenir un poids d’environ trois cents livres avant de se rompre ; et comme sa densite n est tout au plus que de six cent vingt et une livre et demie par pied cube, on voit que sa ténacité est proportionnellement beaucoup plus grande que sa densité. La couleur du cuivre pur est d’un rouge orangé, et cette couleur, quoique fausse, est plus éclatante que le beau jaune de l’or pur. Il a plus d’odeur qu’aucun autre métal; on ne peut le sentir sans que l’odorat en soit désagréablement affecté; on ne peut le toucher sans s’infecter les doigts ; et cette mauvaise odeur qu’il répand et communique en le maniant et le frottant est plus permanente et plus difficile à corriger que la plupart des autres odeurs. Sa saveur, plus que répugnante au goût , annonce ses qualités funestes; c’est dans le règne minéral le poison de nature le plus dangereux après l’arsenic.
Le cuivre est beaucoup plus dur et par conséquent beaucoup plus élastique et plus sonore que l’or, duquel néanmoins il approche plus que les autres métaux imparfaits, par sa couleur et même par sa ductilité; car il est presque aussi ductile que l’argent : on le bat en feuilles aussi minces et on le tire en filets très-déliés.
Après le fer, le cuivre est le métal le plus difficile à fondre : exposé au grand feu, il devient d’abord chatoyant et rougit longtemps avant d’entrer en fusion ; il faut une chaleur violente, et le faire rougir à blanc pour qu’il se liquéfie; et lorsqu’il est bien fondu , il bout et diminue de poids s’il est exposé à l’air; car sa surface se brûle et se calcine dès qu’elle n’est pas recouverte, et qu’on néglige de faire à ce métal un bain de matières vitreuses ; et même avec cette précaution il diminue de masse et souffre du déchet à chaque fois qu’on le fait rougir au feu.
La fumée qu il répand est en partie métallique, et îend verdâtre ou bleue la flamme des charbons ; et toutes les matières qui contiennent du cuivie donnent a la flamme ces mêmes couleurs vertes ou bleues : néanmoins sa substance est assez fixe; car il résiste plus longtemps que le fei , le plomb et l’étain à la violence du feu avant de se calciner. Lorsqu’il est exposé à l’air libre et qu’il n’est pas recouvert, il se forme d’abord à sa surface de petites écailles qui surnagent la masse en fusion : ce cuivre à demi-brûlé a déjà perdu sa ductilité et son brillant métallique; et se calcinant ensuite de plus en plus, il se change en une chaux noirâtre qui, comme les chaux du plomb et des autres métaux , augmente trèsconsidérablement en volume et en poids par la quantité de 1 air qui se fixe en se réunissant à leur substance. Cette chaux est bien plus difficile à fondre que le cuivre en métal ; et lorsqu elle subit l’action d’un feu violent, elle se vitrifie et produit un émail d’un brun chatoyant, qui donne au verre blanc une très-belle couleur verte : mais si 1 on veut fondre cette chaux de cuivre seule en la poussant cà un feu encore plus violent, elle se brûle en partie, et laisse un résidu qui n est qu une espèce de scorie vitreuse et non âtre,dont on ne peut ensuite retirer qu’une très-petite quantité de métal.
En laissant refroidir très-lentement et dans un feu gradué le cuivre fondu, on peut le faire cristalliser en cristaux proéminents à sa surface et qui pénètrent dans son intérieur : il en est de même de l’or, de l’argent et de tous les autres métaux et minéraux métalliques. Ainsi la cristallisation peut s’opérer également par le moyen du feu comme par celui de l’eau ; et dans tome matière liquide ou liquéfiée, il ne faut que de l’espace, du repos et du temps, pour qu’il se forme des cristallisations par l’attraction mutuelle des parties homogènes et similaires.
Quoique tous les acides puissent dissoudre le cuivie, il faut néanmoins que l’acide marin et surtout l’acide vitriolique soient aidés de la chaleur, sans quoi la dissolution serait excessiment longue. L acide nitreux le dissout au contraire très-promptement, même à froid : cet acide a plus d’affinité avec le cuivre qu’avec I aigent , cai 1 on dégage parfaitement l’argent de sa dissolution, et on le précipite en entier et sous sa forme métallique par l’intermède du cuivre. Comme cette dissolution du cuivre par I eau-forte se fait avec grand mouvement et
ÔÜO HISTOIRE
forte effervescence, elle ne produit point de cristaux mais seulement un sel déliquescent, au lieu que les dissolutions du cuivre par l’acide vitriol ique ou par l’acide marin, se faisant lentement et sans ébullition, donnent de gros cristaux d’un beau bleu qu’on appelle vitriol de Chypre ou vitriol bleu , ou des cristaux en petites aiguilles d’un beau vert.
Tous les acides végétaux attaquent aussi le cuivre : c’est avec l’acide du marc des raisins qu’on fait le vert-de-gris dont se servent les peintres : le cuivre avec l’acide du vinaigre donne des cristaux que les chimistes ont nommés cristaux de Vénus. Les huiles , le suif et les graisses attaquent aussi ce métal; car elles produisent du vert-de-gris à la surface des vaisseaux et des ustensiles avec lesquels on les coule ou les verse. En général, on peut dire que le cuivre est de tous les métaux celui qui se laisse entamer, ronger, dissoudre le plus facilement par un grand nombre de substances ; car indépendamment des acides, des acerbes, des sels, des bitumes, des huiles et des graisses, le foie de soufre l’attaque, et l’alcali volatil peut même le dissoudre : c’est à cette dissolution du cuivre par l’alcali volatil qu’on doit attribuer l’origine des malachites de seconde formation. Les premières malachites , c’est-à-dire celles de première formation, ne sont, comme nous l’avons dit , que des stalactites du cuivre dissous en rouille verte : mais les secondes peuvent provenir des dissolutions du cuivre par l’alcali volatil, lorsqu’elles ont perdu leur couleur bleue et repris la couleur verte ; ce qui arrive dès que l’alcali volatil s’est dissipé. « Lorsque l’alcali volait til,ditM. Macquer, a dissous le cuivre jusqu’à a saturation, l’espèce de sel métallique quiré- « suite de cette combinaison forme des cristaux « d’un bleu foncé et des plus beaux : mais par « l’exposition à l’air, l’alcali se sépare et se dis- « sipe peu à peu ; la couleur bleue des cristaux, « dans lesquels il ne reste presque que du cui- 0 vre, se change en un très-beau vert, et le (i composé ressemble beaucoup a la mala- « chite : il est très-possible que le cuivre contt tenu dans cette pierre ait précédemment été « dissous par l’alcali volatil, et réduit par cette « matière saline dans l’état de malachite 1 . »
Au reste, les huiles, les graisses et les bitumes n’attaquent le cuivre que par les acides
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qu’ils contiennent ; et de tous les alcalis, l’alcali volatil est celui qui agit le plus puissamment sur ce métal : ainsi l’on peut assurer qu’en général tous les sels de la terre et des eaux, soit acides, soit alcalins, attaquent le cuivre et le dissolvent avec plus ou moins de promptitude ou d’énergie.
Il est aisé de retirer le cuivre de tous les acides qui le tiennent en dissolution, en les faisant simplement évaporer au feu ; on peut aussi le séparer de ces acides en employant les alcalis fixes ou volatils , et même les substances calcaires : les précipités seront des poudres vertes ; mais elles seront bleues si les alcalis sont caustiques, comme ils le sont en effet dans les matières calcaires lorsqu’elles ont été calcinées. Il ne faudra qu’ajouter à ce précipité ou chaux de cuivre, comme à toute autre chaux métallique, une petite quantité de matière inflammable pour la réduire en métal ; et si l’on fait fondre cette chaux de cuivre avec du verre blanc, on obtient des émaux d’un très-beau vert : mais on doit observer qu’en général les précipités qui se font par les alcalis ou par les matières calcaires ne se présentent pas sous leur forme métallique, et qu’il n’y a que les précipités par un autre métal où les résidus après l’évaporation des acides soient en effet sous cette forme, c’est-àdire en état de métal, tandis que les autres précipités sont tous dans l’état de chaux.
On connaît la violente action du soufre sur le fer ; et quoique sa puissance ne soit pas aussi grande sur le cuivre, il ne laisse pas de l’exercer avec beaucoup de force 1 : on peut donc séparer ce métal de tous les autres métaux , par l’intermède du soufre qui a plus d’affinité avec le cuivre qu’avec l’or, l’argent, letain et le plomb ; et lorsqu’il est mêlé avec le fer, le soufre peut encore les séparer, parce qu’ayant plus d’affinité avec le fer qu’avec le cuivre, il s’empare du premier et abandonne le dernier. Le soufre agit ici comme ennemi ; car en accélérant la fusion de ces deux métaux, il les dénature en même temps, ou plutôt il les ramène par force à leur état de minéralisation , et change ces métaux en minerais; car le cuivre et le fer fondus avec le soufre ne sont plus que des pyrites semblables aux minerais pyriteux, dont on
4 Les lames de cuivre stratifiées avec le soufre forment une
espèce de matte aigre, cassante, de couleur de fer . Cette
opération réussit également par la voie humide, employant le cuivre en limaille, et en détrempant le mélange avec un peu d’eau. Cléments de Chimie, par M. de Morveau, tome II, page 53.
< Dictionnaire de Chimie, article Cuivre.
DES MINÉRAUX. 557
Pour donner une idée nette des travaux qu’cxi-
tire ces métaux dans leurs mines de seconde formation.
Les filons où le cuivre se trouve dans l’étatde métal sont les seules mines de première formation. Dans les mines secondaires le cuivre se présente sous la forme de minerai pyriteux , et dans celles de troisième formation, il a passé de cet état minéral ou pyriteux, à l’état dé rouillé verte, dans lequel il a subi de nouvelles altérations, et mille combinaisons diverses par le contact et l’action des autres substances salines ou métalliques. Il n’y a que les mines de cuivre primitif que l’on puisse fondre sans les avoir fait griller auparavant: toutes celles de seconde formation, c’est-à-dire toutes celles qui sont dans un état pyriteux demandent à être grillées plusieurs fois; et souvent encore après plusieurs feux de grillage, elles ne donnent qu’une matte cuivreuse mêlée de soufre, qu’il faut refondre de nouveau pour avoir enfin du cuivre noir , dont on ne peut tirer le cuivre rouge en bon métal qu’eu faisant passer et fondre ce cuivre noir au feu violent et libre des charbons enflammés, où il achève de se séparer du soufre, du fer et des autres matières hétérogènes qu’il contenait encore dans cet état de cuivre noir.
Ces mines de cuivre de seconde formation peuvent se réduire à deux ou trois sortes : la première est la pyrite cuivreuse, qu’on appelle aussi improprement marcassite , qui contient une grande quantité de soufre et de fer, et dont, il est très-difficile de tirer lepeu de cuivre qu’elle renferme 1 ; la seconde est la mine jaune de cuivre, qui est aussi une pyrite cuivreuse, mais moins chargée de soufre et de fer que la première ; la troisième est la mine de cuivre grise, qui contient de l’arsenic avec du soufre , et souvent un peu d’argent : cette mine grise paraît blanchâtre , claire et brillante lorsque la quantité d'argent est un peu considérable ; et si elle ne contient point du tout d’argent, ce n’est qu’une pyrite plutôt arsenicale que cuivreuse 2.
* La marcassite ou pyrite cuivreuse est très-pauvre en métal de cuivre ; mais elle contient beaucoup de fer, de soufre, et quelquefois même un peu d’arsenic... Elle est si dure, quelle donne des étincelles avec le briquet. Lettres de M. Demeste, tome II, page 367.
3 Ces différentes mines de cuivre grises éprouvent, dans le sein de la terre, divers degrés d'altération, k proportion que leurs rninéralisateurs se volatilisent; elles passent alors par divers états successifs de décomposition, auxquels on a donné les noms de mine de cuivre vitreuse hépatique, violette ou azurée, de mine de cuivre vitreuse couleur de poix, d’a~
et de vert de cuivre, de malachite, eteulm de bleu et
gent ces minerais de cuivre avant qu’on ne puisse les réduire en bon métal, nous ne pouvons mieux faire que de rapporter ici par extrait les observations de feu M. Jars, qui s’est donné la peine de suivre toutes les manipulations et préparations de ces mines, depuis leur extraction jusqu’à leur conversion en métal raffiné. « Les « minéraux de Saint-Bel et de Chessy dans le « Lyonnais sont, dit-il, des pyrites cuivreuses , « auxquelles on donne deux , trois ou quatre « grillages avant de les fondre dans un fourneau « à manche, où elles produisent des mattes qui « doivent être grillées neuf à dix fois avant que « de donner par la fonte leur cuivre noir : ces « mattes sont des masses régulines, contenant « du cuivre , du fer , du zinc , une très-petite « quantité d’argent et des parties terreuses , « le tout réuni par une grande abondance de « soufre .
« Le grand nombre de grillages que l’on donne « à ces mattes avant d’obtenir le cuivre noir a « pour but de faire brûler et volatiliser le « soufre , et de désunir les parties terrestres « d’avec les métalliques ; on fait ensuite fondre « cette matte en la stratifiant à travers les char- « bons, et lesparticules de cuivre se réunissent « entre elles par la fonte, et vont par leur pesan- « teur spécifique occuper la partie inférieure « du bassin destiné à les recevoir.
« Mais lorsqu’on ne donne que très-peu d e « grillage à ces mattes, il arrive que les métaux « qui ont moins d’affinité avec le soufre qu'il « n’en a lui-même avec les autres qui composent « lamasseréguline, se précipitent les premiers ; « on peut donc conclure que l’argent doit se « précipiter le premier, ensuite le cuivre, et que « le soufre reste uni au fer. Mais l’argent de ces « mattes paraît être en trop petite quantité pour « se précipiter seul ; d’ailleurs il est impossible « de saisir, dans les travaux en grand, le point « précis du rôtissage qui serait nécessaire pour « rendre la séparation exacte.....,, et il ne se « fait aucune précipitation, surtout par la voie « sèche, sans que le corps précipité n’entraîne
do vert de montagne . Les couleurs rougeâtre, pourpre,
violeite, azurée, le cbatoyement de l’espèce de glacé qu'on observe à la surface de la mine de cuivre hépatique, violette ou azurée, sont dues à la dissipation plus ou moins considérable des substances arsenicales et sulfureuses... Si la décomposition est plus avancée, les couleurs vives sont remplacées par une teinte d’un brun rougeâtre foncé. Lettres de M. Deniestc, tome II. pages 364 et 563.
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« avec lui du précipitant et de ceux auxquels il « était uni *. »
Ces mines de Saint-Bel et de Chessy ne contiennent guère qu’une once d’argent par quintal de cuivre, quantité trop petite pour qu’on puisse en faire laséparation avec quelque profit. Leur minerai est une pyrite cuivreuse mêlée néanmoins de beaucoup de fer. Le minerai de celle de Chessy contient moins de fer et beaucoup de zinc ; cependant on les traite toutes deux à peu près de la même manière. On donne à ces pyrites , comme le dit M. Jars, deux , trois, et jusqu’à quatre feux de grillage avant de les fondre. Les mattes qui proviennent de la première fonte doivent encore être grillées neuf ou dix fois avant de donner, par la fusion, le cuivre noir. En général , le traitement des mines de cuivre est d’autant plus difficile et plus long , qu’elles contiennent moins de cuivre et plus de pyrites, c’est-à-dire de soufre et de fer, et les procédés de ce traitement doivent varier suivant la qualité ou la quantité des différents métaux et minéraux contenus dans ces mines. Nous en donnerons quelques exemples dans l’énumération que nous allons faire des principales mines de cuivre de l’Europe et des autres parties du monde.
En France , celles de Saint-Bel et de Chessy, dont nous venons de parler , sont en pleine et grande exploitation; cependant on n’en tire pas la vingtième partie du cuivre qui se consomme dans le royaume. On exploite aussi quelques mines de cuivre dans nos provinces voisines des Pyrénées, et particulièrement à Baigorry dans la Basse-Navarre2. Les travaux de ces mines
* Mémoires de 1 Académie des Scienc ‘s, année 1770, pages 434 et 435.
3 Dans la Basse-Navarre, à Baigorry, on découvrit, en 1746, cinq cent trente trois pieds de filons, suivis par trois galeries et par trois puits ; ces filons avaient un, deux et trois pieds de largeur. Le minéral, tant pur que celui qu’il faut piler et laver, y est enveloppé dans une gangue blanche, du genre des quartz vitrifiables ; et il est à remarquer que la plupart des mines de cuivre de cette contrée sont mêlées de fer dans leur minerai, et que celle de Baigorry est la seule qui n’en contienne pas.
Ce minéral de Baigorry est jaune quand on le tire d'un endroit sec du filon, et pour peu qu’il y ait d’humidité, il prend toutes sortes de belles couleurs... Mais ces couleurs s'effacent en moins de deux ans à l’air, et disparaissent même pour peu qu’on chauffe le minerai .
En 1752 on découvrit dans la même montagne un filon de minéral gris, presque massif, contenant cuivre et argent; on en a vu un morceau qui pesait vingt-sept livres sans aucune gangue, qui, par l'essai qu’en fit M. Hellot, donna dix-sept livres de cuivre et trois marcs deux onces trois gros d’argent par quintal fictif... Hellot, Mémoires de l'Académie des Sciences. année 1756, pages 159 et suiv.
NATURELLE
sont dirigés par un habile minéralogiste, M. Hettlinger, que j’ai déjà eu occasion de citer, et qui a bien voulu m’envoyer, pour le Cabinet du Boi, quelques échantillons des minéraux qui s’y trouvent, et entre autres de la mine de fer en écailles qui est très-singulière, et qui se forme dans les cavités d’un filon mêlé de cuivre et de fer L
il y aussi de riches mines de cuivre et d’argent à Giromagny; et au Puy, dans la haute Alsace, on en a tiré en une année seize cents marcs d’argent et vingt-quatre milliers de cuivre : on trouve aussi d’autres mines de cuivre à Steimbach, à Saint-Nicolas dans le Val-de-Leberthal, et à Astenbach 2.
En Lorraine la mine de la croix donne du cuivre, du plomb et de l’argent. Il y a aussi une mine de cuivre à Fraise, et d’autres aux villages de Sainte-Croix et de Lusse qui tiennent de l’argent; d’autres à la montagne du Tillot, au Val-de-Lièvre, à Vaudrevanges , et enfin plusieurs autres à Sainte-Marie-aux-Mines.
En Franche-Comté, à Plancher-les-Mines,ily a aussi des mines de cuivre, et auprès de Château-Lambert il s’en trouve quatre veines placées l’une sur l’autre, et l’on prétend que cette mine a rendu depuis vingt jusqu’à cinquante pour cent de cuivre.
On a aussi reconnu plusieurs mines decuivre dans le Limousin3, en Dauphiné, en Provence, dans le Vivarais, leGévaudan et les Cévennes4 ; en Auvergne près de Saint- Amand ; en Touraine , à l’abbaye de Noyers; en Normandie près de Briquebee, dans le Cotantin, etàCarrolet dans le diosèse d’Avranches.
4 lettres de M. IJettlinger à M. de Buffon. Baigorry. le
2 Traité de la Fonte des Mines de Schlutter, tomel, pages U et 12.
Dans le Bas-Limousin, au comté d Ayen, il y a plusieurs filons de cuivre en verdet et en terre verte, qui donnent, l’un dix-sept et l'antre vingt-deux livres de métal par quintal. Lne autre mine que j’ai découverte est plus abondante que les précédentes ; le cuivre y est combiné avec le plomb, et donne vingt-trois livres de cuivre par quintal. Quoique ces mines soient médiocrement riches, elles peuvent être exploitées avec profit ; elles ne sont que des fluors, procédant de la décomposition des mines primitives, et infiltrées dans des masses de gros sables quartzeux, qui ont été entraînées des montagnes du Haut-Limousin. Lettres de 31. le chevalier Grignon. Paris, 29 juillet 1782.
4 Lu Dauphiné, il y a une mine de cuivre dans la montagne delà Coche, au revers de la vallée du Grésivaudan, du côté de 1 Oisau, dont 1 exploitation est abandonnée à cause de la difficulté des chemins... 11 y a une autre mine de cuivre sur la montagne des Hyères, à cinq lieues du bourg d’Oisan ; elle est mêlée d octe, de quartz et de pyrite sulfureuse; le filon a
treize pouces de large . Dans la même province, il y a ime
*autre mine de cuivre au-dessus des lacs de Belled une... ci