DE L’ÉTAIN
Ce métal , le plus léger de tous2, n’est pas à beaucoup près aussi répandu que les cinq au-
autres sont en feu. En sc bornant à mille quintaux de fabrication par mois, il suffit d’un de ces fourneaux à réverbère. Mémoire sur l’établissement d’une fonderie et d’un laminoir de cuivre, communiqué à M. de Buffon , par M. de Limare.
Lts oïdies du ministre pour doubler les vaisseaux en cintre, dit 31. de Limare , font prendre le parti d’établir des fourneaux de fonderie et des laminoirs à Nantes , où l’on ferait amener de Cadix les cuivres bruts du Chili et de toute ^'Amérique, ainsi que ceux du 3Iogadoret de la Barbarie; on pourrait même tirer ceux du Levant qui viennent à Marseille ; car Nantes est le port du royaume qui expédie et qui reçoit le plus de navires de Cadix , de la Russie et de l’Amérique septentrionale ; il est aussi le plus à portée des mines de charbon de terre et des débouchés d’Orléans et de Paris, ainsi que des arsenaux de Rochefort , de Lorient et de Brest.
La consommation du cuivre ne peut qu’accroître avec le temps . par la quantité de nitrières qu’on établit dans le royaume , par le doublage des navires que l’on commence à faire en cuivre , etc., par les expéditions que l’on pourra faire pour Mode, de planches de cuivre coulé; par la fourniture des arsenaux d Espagne pour le doublement de leurs vaisseaux, en paiement de laquelle on prendrait des cuivres bruts du Mexique, dont le roi d’Espagne s’est réservé la possession , et qui ne perdent que six à sept pour cent dans l’opération du raffinage...
Les cuivres bruts de Barbarie ne coûteront pas davantage soit qu’on les tire directement de Mogador et de Larrache, par les navires hollandais, soit que 1 on prenne la voie de Cadix par les vaisseaux même de Nantes, qui font souvent le cabotage , en attendant leur chargement en retour pour France. D’ailleurs ces cuivres de Barbarie ne donnent que cinq à six pour cent de déchet au ralfinage.
On pourra aussi se procurer dés cuivres bruts de la Russie . de la Hongrie, et surtout de l’Amérique septentrionale , qui a fourni jusqu’à ce jour la majeure partie des raffineries anglaises. 3Iémoire communiqué par M. de Limare à M. de Buffon , en novembre 1780.
2 Le pied cube d’étain pur de Cornouailles, fondu et non battu, pèse, suivant 31. Brisson, 510 livres 6 onces 2 gros 68 grains , et lorsque ce même étain est battu ou écroui , le pied cube pèse 510 livres 15 onces 2 gros 45 grains; ce qui démontre que ce métal n’est que peu susceptible de compre*.
très : il parait affecter des lieux particuliers, et dans lesquels il se trouve en grande quantité ; il est aussi très-rarement mêlé avec l’argent, et ne se trouve point avec l’or : nulle part il ne se présente sous sa forme métallique 1 ; et quoiqu’il y ait d’assez grandes variétés dans ses mines, elles sont toutes plus ou moins mêlées d’arsenic. On en connaît deux sortes principales : la mine en pierre vitreuse ou roche quart-
zeuse, dans laquelle l’étain est disséminé, comme
le fer l’est dans ses mines primordiales; et la mine cristallisée, qui est ordinairement plus riche que la première.
* Les cristaux de ces mines d’étain sont trèsapparents , très-distincts , et ont quelquefois plus d’un pouce de longueur. Dans chaque minière, et souvent dans la même , ils sont de couleurs différentes; il y en a de noirs, de blancs, de jaunes , et de rouges comme le grenat : les distaux noirs sont les plus communs elles plus riches en métal. Il paraît que le foie de soufre, qui noircit la surface de l’étain , a eu part à la minéralisation de ces mines en cristaux noirs. Quelques-unes de ces mines donnent soixantedix , et jusqu’à quatre-vingts livres d’étain par quintal 2 • Les cristaux blancs pèsent plus qu’aucun des autres , et cependant ils ne rendent que trente ou quarante livres de métal par cent. Dans les mines de Saxe, les cristaux rouges et les jaunes sont plus rares que les noirs et les blancs. Toutes ces mines en cristaux se réduisent aisément en étain , par la simple addition de quelques matières inflammables; ce qui démontre que ce ne sont que des chaux , c’est-àdire du métal calciné , et qui s’est ensuite cristallisé par l’intermède de l’eau.
Dans la seconde sorte de mines d’étain, c’està-dire dans celles qui sont en pierre ou roche,
sion. L’éiaiu de Melacou de Malaca, fondu et non battu, pèse le pied cube 510 livres \ I onces 6 gros 61 grains , et lorsqu'il estbattu ou écroui, il pèse 511 livres 7 onces 2 gros 17 grains; ainsi cet étain de Malaca peut se comprimer un peu plus que 1 étain de Cornouailles. La pesanteur spécifique de l’étain fin et de l’étain commun est beaucoup plus grande, parce que ces étains sont plus ou moins alliés de cuivre et de plomb.
1 Quelques auteurs ont écrit qu’on avait trouvé des morceaux d’étain natif dans les mines d étain de Bohême et de Saxe , mais cela est très-douteux ; et l’étain que 1 on voit dans les cabinets sous le nom d Étain natif, qui a une figure de stalactite non cylindrique, mais ondulée ou bouillonnée et argentine , et qu’on prétend qui se trouve dans la presqu ile de Malaca, nous paraît formé par le feu des volcans. Bomare, Minéralogie , tome 11 , article de l ’ Étain.
î Traité de la fonte des mines de Schlutter, tome I , page 215.
NAT LKLLi.L
le métal, ou plutôt la chaux de l’étain est. si intimement incorporée avec la pierre, que ces mines sont très-dures et très-difficiles à fondre.
La plupart des mines de Cornouailles en Angleterre , celles de Bohême et quelques-unes de la Saxe, sont de cette nature; elles se trouvent quelquefois mêlées de mines en cristaux ; mais d’ordinaire ces mines en pierre sont seules, et se trouvent en filons, en couches , en rognons, en grenailles ; souvent le roc qui les renferme est si dur, qu’on ne peut le faire éclater qu’en le pétardant avec la poudre, et qu’on est quelquefois obligé de le calciner auparavant pour l’attendrir, en faisant un grand feu pendant plusieurs ; jours dans l’excavation de la mine ; ensuite , i lorsqu’on en a tiré les blocs , on est oblige de j les faire griller avant de les broyer sous le bocard, où la mine se lave en même temps qu’elle j se réduit en poudre ; et il faut encore faire griller cette poudre métallique avant qu’on puisse la réduire en métal.
Si la mine d’étain , ce qui est assez rare , se trouve mêlée d’argent , on ne peut séparer ces deux métaux qu’en faisant vitrifier l’étain4 : si elle est mêlée de minerai de cuivre , la mine d’étain , plus pesante que celle de cuivre , s’en sépare par le lavage ; mais lorsqu’elle est mêlée avec la mine de fer, on n’a pas trouvé d’autre moyen de séparer ces deux métaux qu’en les broyant à sec , et en tirant ensuite le fer au moyen de l’aimant.
Après que le minerai d’étain a été grillé et
4 De tous les moyens que l'on indique pour séparer 1 argent de l'étain , le meillt ur et le plus simple est d’employer le fer. 31. Grosse a trouvé ce moyen en essayant une sorte de plomb, pour voir s’il pouvait être employé aux coupelles : car on s’était aperçu qu’il était allié d’étain. Il jeta dessus delà limaille de fer et donna un bon feu.... En peu de temps le plomb se couvrit d’une nappe formée par l’étain et le fer . alors il est bon d’ajouter un peu de sel alcali fixe pour facili ter la séparation de ces scories d’avec le régule. Cette pratique peut être employée à séparer l’étain de l’argent; mais avant d’y ajouter le fer, il faut y mettre le plomb , sans quoi la fonte se ferait difficilement et même imparfaitement , parce que l’étain se calcinerait sans se séparer de l’argent. Il n y a point de meilleur moyen de remédier aux coupelles dont le plomb se hérisse ou végète à l’occasion de l’étain.
Mais si on avait de l’or et de l’argent alliés d’étain, il faudrait calciner vivement ces métaux dans un creuset afin de vitrifier l’étain, et ensuite pour enlever ce verre d’étain , ou même pour perfectionner sa vitrification, il suffirait de jeter dan» le creuset un peu de verre, de plomb. M. Grosse, cité par M. Hellot dans le Traité de la fonte des mines de Schlutter, tome I, page 226. Nota. Ce procédé pour la calcination (le Pétain ne peut se faire dans un creuset que très-lentement t par une manœuvre pénible, au lieu que cette opérât ou sc fait facilement , promptement et complètement sur un e*
I rôtir. Note communiquée par M, de Morveau.
iav é* on le porte au fourneau de fusion, qu’on a eu soin de bien chauffer auparavant; on leremplit en parties égalés de charbon et de mine humectée; on donne le feu pendant dix ou douze heures; après quoi l’on perce le creuset du fourneau pour laisser couler l’étain , qu’on reçoit dans les lingotières ; on recueille aussi les scories pour les refondre et en retirer le métal qu elles ont retenu, et qu’on ne peut obtenir en entier que par plusieurs fusions. En Saxe, l’on fond ordinairement dix-huit ou vingt quintaux de mines en vingtaquatre heures; mais il est très -nécessaire de faire bien griller et calciner le minerai avant de le porter au fourneau de fusion, afin d’en faire sublimer, autant qu’il est possible, 1 arsenic qui s’y trouve si intimement mêlé, qu’on n a pu trouver encore les moyens de l’enlever en entier et de le séparer parfaitement de l’étain; et comme les mines de ce métal sont toutes plus ou moins arsenicales , il faut non-seulement les griller, les broyer et les laver une piemièrefois, mais réitérer ces mêmes opérations deux, trois et quatre fois, selon que le minerai est plus ou moins chargé d’arsenic, qui, dans l’état de nature, paraît faire partie constituante de ces mines. Ainsi l’étain et l’arsenic, dès les premiers temps de la formation
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DES MIJNJtP.AlIX. 371
calcination du métal qu’on doit aussi avoir soin de couvrir de poudre de charbon au moment qu il est réduit en fonte; car, à peine estil en fusion que sa surface se change en chaux grise, qui devient blanche en continuant le feu Cette chaux, dans' le premier état, s’appelle cendre d’élain, et dans le second on la nomme potée; Lorsque cette dernière chaux ou potée d’étain a été bien calcinée , elle est aussi réfractaire au feu que les os calcinés : on ne peut la fondre seule qu’à un feu long et très-violent; elle s’y convertit en un verre laiteux semblable pai la couleur à la calcédoine ; et lorsqu’on la mêle avec du verre, elle entre, à la vérité, dans l’émail qui résulte de cette fusion, mais sans être vitrifiée 2. C’est avec cette potée d’étain, mêlée de matières vitrifiables , que l’on fait 1 émail le plus blanc de nos belles faïences.
Lorsque les mines d’étain contiennent beaucoup d’arsenic, et qu’on est obligé de les griller et calciner à plusieurs reprises, on recueille 1 arsenic enfaisant passer la fumée de cette mine en calcination par des cheminées fort inclinées. Les parties arsenicales s’attachent aux parois de ces cheminées , dont il est ensuite aisé de les détacher en les raclant.
On peut imiter artificiellement ces mines d’é-
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dpsm;npcm,iw , ,. . v/n pcui iiuucr arouciei iement ces mines d’
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en fusion, il aura été entièrement calciné parla violente chaleur du feu primitif; et c’est par
d’opérer la calcination de l’étain et de se mc-
cette raison qu on ne le trouve nulle part dans i™q»’«ceq„ïlny parafe ptasrieu de terre,, x, ensuite il. h le sem de la terre sous sa forme métallique; et . . nt "ne i"atriéme fois jusqu’à la faire bleu rougir, u,
eommp il q v%inc ,, . \ | pèsent pour savoir ce qu’elle a perdu au lavaaeet k la mi
comme il a plus d affinité avec l’arsenic qu’a- ! ctoation , à ««. parue deecuc mine, ai, “Réparte X mec toute auti e matière, leurs parties calcinées et ' ®nent trois Parti,s de flux noir-, iis mettent ce mélange dans leurs vapeurs sublimées se seront mutuellement de fondent à un
saisies, et ont formé les mines primordiales dans lesquelles l’étain n’est mêlé qu’avec l’arsenic seul : celles qui contiennent des parties pyriteuses sont de seconde formation et ne se sont établies qu’après les premières; elles doivent, comme toutes les mines pyriteuses , leur formation et leur position à l’action et au mouvement des eaux. Les premières mines d’étain se trouvent par cette raison en filons dans les montagnes quartzeuses produites par le feu, et les secondes dans les montagnes à couches formées par le dépôt des eaux.
Lorsque l’on jette la mine d’étain au fourneau de fusion, il faut tâcher de la faire fondre eplus vite qu’il est possible, pour empêcher la
- luuucm a LUI
fen vif et prompt, et n’y laissent le creuset que le temps nécessaire pour taire fondre l’étain, tant parce qu’il se brfile aisément, que parce que les sels en fusion le rongent et en dérobent.
Quelquefois ils substituent au flux noir la même quantité de charbon de terre en poudre ; ils le mêlent, et conduisent la fonte comme par le flux noir. Traité de la fonte des mine* de Sch lutter, traduit par M. Hellot, tome I , page 221.
2 Si on mêle la potée d’étain , au moyen de la fusion , avec du verre blanc transparent, bientôt il devient opaque, et passe à l’état d'émail par l’interposition des molécules de chaux in vitrifiable , même par l’intermède du verre de plomb ; aussi empêche-t-elle la coupellation en nageant à la surface du plomb fondu; et lorsqu’on veut coupeller quelque matière métallique qui contient de l'étain , il faut par une calcination préliminaire en extraire ce dernier métal. Lettre de M. I)o meste à M. Bernard , tome II , page 406.
5 M. Monnet fait entrer du fer en quantité dans la compu. sition de la mine artificielle d étain. On pourrait donc croire, avec quelque fondement , qu’il en est de l’étain comme du cuivre , et que l’arsenic ne leur adhère si fortement que par le fer que les mines de ces deux métaux contiennent.
HISToHVr. NA’LTlilî
1er iutimemenl avec sa chaux lorsqu’on le traite au feu avec ce métal ‘; ce qui nous prouve que c’est de cette manière que la nature a produit ces mines d’étain, et que c’est à la calcination de ces deux substances, parle feu primitif, qu’est due leur origine : les parties métalliques de l’étain se seront réunies avec l’arsenic, et de la décomposition de ces mines par les éléments humides ont résulté les mines de seconde formation, qui toutes sont mêlées de pyrites décomposées et d’arsenic. Ainsi, dans toutes ces mines, l’étain n’est ni dans son état de métal, ni même minéralisé par les principes du soufre; d est toujours dans son état primitif de chaux, et ilestsimplement uni avec l’arsenic. Dans les mines de seconde formation , la chaux d étain est non-seulement mêlée d’arsenic , mais encore de fer et de quelques autres matières métalliques, telles que le cuivre, le zinc et le cobalt.
La nature n’ayant produit l’étain qu en chaux, et point du tout sous forme métallique, c’est uniquement à nos recherches et a notie art que nous devons la connaissance et ia jouissance de ce métal utile. 11 est dun très-beau blanc, quoique moins brillant que l’argent ; il a peu de dureté; il est même, après le plomb, le plus mou des métaux : on est obligé de mêler un peu de cuivre avec l’étain, pour lui donner la fermeté qu’exigent les ouvrages qu’on en veut faire; par ce mélange il devient d’autant plus dur qu’on augmente davantage la proportion du cuivre; et lorsqu’on mêle avec ce deinier métal une certaine quantité d’étain, l’alliage qui en résulte, auquel on donne le nom d'airain ou de bronze, est beaucoup plus dur, plus élastique et plus sonore que le cuivre même.
Quoique tendre et mou lorsqu’il est pur, l’ét aiu ne laisse pas de conserver un peu d aigi cm ; car il est moins ductile que les métaux plus durs, et il fait entendre, lorsqu’on le plie, un petit cri ou craquement qui n’est produit que par le frottement entre ses parties constituantes, et qui semble annoncer leur désunion : cependant un a quelque peine à le rompre et on peut le réduire en feuilles assez minces, quoique la té-
* Une demi-once de rognures de feuilles d’étain acquit , par nette calcination , dans une cucurbite de verre , vingt-six grains d'augmentation de poids, quoique la chaleur eût été a œi modérée pour que l'arsenic se sublimât sans faire entier ie métal en fusion. Éléments de Chimie > par M, de Morveau , tome IT , page MO.
nacité ou la cohérence de ses parties ne soit pas grande; car un fil d’étain d’un dixième de pouce de diamètre se rompt sous moins de cinquante livres de poids : sa densité , quoique moindre que celle des cinq autres métaux, est cependant proportionnellement plus grande que sa ténacité; car un pied cube d’élain pèse 510 ou 51 1 livres. Au reste, la pesanteur spécifique de l’étain qui est dans le commerce varie suivant les différents endroits où on le fabrique ; celui qui nous vient d’Angleterre est plus pesant que celui d’Allemagne et de Suède.
L’étain rend par le frottement une odeur désagréable; mis sur la langue, sa saveur est déplaisante : ces deux qualités peuvent provenir de l’arsenic dont il est très-rare qu’il soit entièrement purgé; l’on s’en aperçoit bien par la vapeur que ce métal répand en entrant en fusion ; c’est une odeur a peu près semblable à celle de l’ail , qui, comme l’on sait, caractérise l’odeur des vapeurs arsenicales.
L’étain résiste plus que les autres métaux imparfaits à l’action des éléments humides ; il ne se convertit point en rouille comme le fer, Le cuivre et le plomb; et quoique sa surface se ternisse à l’air , l’intérieur demeure intact , et sa superficie se ternit d’autant moins qu’il est plus épuré : mais il n’y a point d’étain pur dans le commerce; celui qui nous vient d’Angleterre est toujours mêlé d’un peu de cuivre , et celui que l’on appelle étain fin ne laisse pas d’être mêlé de plomb.
Quoique l’étain soit le plus léger des métaux, sa mine, dans laquelle il est toujours en étatde chaux, est spécifiquement plus pesante qu’aucune de celles des autres métaux minei alises, et il paraît que chtte grande pesanteur provient de son intimité d’union avec l’arsenic; car en traitant ces mines on a observé que les plus pesantes sont celles qui contiennent, en effet une plus grande quantité de ce minéral. Les minerais d’étain, soit en pierre, soit en cristaux, soit en poudre ou sablon, sont donc toujours mêlés d’arsenic; mais souvent ils contiennent aussi du fer. Ils sont de différentes couleurs; les plus communs sont les noirs et les blancs : mais lois qu’on les broie, leurs couleurs s’exhalent et ils deviennent plus ou moins rouges par cette comminution. Au reste les sables ou poudres métalliques qu’on trouve souvent dans les mines d’étain n’en sont que des détriments; et quelquefois ces détriments sont si fort altérés, qu ils
DlïS MliNÉUAUX.
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ont perdu toute consistance, et presque toutes les propriétés métalliques. Les mineurs ont ap" pelé mundick cette poussière, qu’ils rejettent comme trop appauvrie, et dont en effet on ne peut tirer, avec beaucoup de travail, qu'une très-petite quantité d’étain ; la substance de ce mundick n’est, pour la plus grande partie, que de l’arsenic décomposé * .
Comme l’étain ne se trouve qu’en quelques contrées particulières , et que ses mines, en gé-
on peut croire avec fondement que ce métal n'a été connu et employé que longtemps après l’or, l’argent et le cuivre, qui se sont présentés dès les premiers temps sous leur forme métallique. On peut dire la même chose du plomb et du fer; ces métaux n’ont vraisemblablement été employés que les derniers. Néanmoins la connaissance et l’usage des six métaux date de plus de trois mille cinq cents ans; ils sont tous nommés dans les livres sacrés : les armes d’Achille, faites par Vulcain, étaient de cuivre allié d’étain2 . Les Hébreux et les anciens Grecs ont donc employé ce dernier métal3; etcomme les grandes Indes leur étaient inconnues, et qu’ils n’avaient commerce avec les nations étrangères que par les Phéniciens4, il esta présumer qu’ils tiraient
4 Ou distingue aisément le mundick des autres mines par sa couleur brillante , mais cependant brune et sale , et dont elle teint, les doigts.... Les mineurs assurent qu’ils ne trouvent que peu ou point d’étain dans les endroits où ils rencontrent du mundick.... Et il est sûr que, si on laisse du mundick parmi l’étain qu’on veut fondre, il le rend épais et moins ductile.... Les mineurs regardent cette substance , mundick, comme un poison, et croient que c’est une espèce d’arsenic... Il en sort eu effet une puanteur très-dangereuse lorsqu’on le brûle pour le séparer de l'étain. Merret , Collection académique , partie étrangère , tome II, pages 480 et suivantes.... On distingue aisément ce mundick du minerai d’étain, car le mundick s’attache aux doigts et les salit; cette matière , si elle reste avec l'étain , le gâte , lui ôte son éclat et le rend cassant. Le feu dissipe le mundick et l’odeur eu est pernicieuse. M. Hellot, ayant examiné cette matière, l a trouvée presque en tout semblable à une mine bitumineuse d’arsenic, qui fut envoyée de Sainte-Marie-aux-Mines. Minéralogie de M. de Bomare , tome II , pages \ 1 1 et suiv.
2 Homère nous dit aussi que les héros de Troie couvraient de plaques d’étain la tète des chevaux attelés à leurs chars de bataille ; mais il ne paraît pas qu’au temps du siège de Troie les Grecs se servissent de vases d’étain sur leurs tables ; car Homère, si fidèle à représenter toutes les coutumes , ne dit rien à ce sujet, tandis qu’il fait plus d'une fois mention des chaudrons d’airain dans lesquels les capitaines et les soldats faisaient cuire leur viande-
* Les anciens Romains se servaient de miroirs d’étain que l’on fabriquait à Blindes , et il y a toute apparence que cet étain était mêlé de bismuth. « Spécula exstanno laudatissima « Brundusii temperabantur, donec argenteis nti cœpere et an- * eillæ. » Blin . lib. XXXIV, cap. xvir.
4 Le prophète Éiéehiel , en s adressant à la ville de Tyr, lui
cet étain d’Angleterre , ou qu’il y avait dans ce temps des mines de ce métal en exploitation dans l’Asie-Mineure, lesquelles depuis ont été abandonnées L Actuellement on ne connaît: en Europe, ou plutôt on ne travaille les mines d’étain qu’en Angleterre et en quelques provinces de l’Allemagne; ces mines sont très-abondantes et comme accumulées les unes auprès des autres dans ces contrées : ce n’est pas qu’il n’y en ait ailleurs; mais elles sont si pauvres en comparaison decelles de Cornouailles en Angleterre, et de celles de Bohême et de Saxe, qu’on les a négligées ou tout à fait oubliées.
En France on a reconnu des mines d’étain dans la province de Bretagne; et comme elle n’est pas fort éloignée de Cornouailles, il paraît qu’on pourrait y chercher des mines avec espérance de succès; on en a aussi trouvé des indices en Anjou, au Gévaudan et dans le comté de Foix2 ; on en a reconnu en Suisse3 : mais aucune de ces mines de France et de Suisse n’a été ni suivie, ni travaillée. En Suède, on a découvert et exploité deux mines d’étain qui se sont trouvées assez riches en métal 4 : mais les plus riches de toute l’Europe sont celles des provinces de Cornouailles5 et de Dédit : Les Carthaginois trafiquaient avec vous , iis vous apportaient toutes sortes de richesses , et remplissaient \ us marchés d’argent , de plomb et d'étain. Chap. xxvn , v. 12.
4 Nota. Woodward prétend, peut-être pour l'honneur de sa nation , que les anciens Bretons faisaient commerce avec les Phéniciens, et leur fournissaient de l’étain dès la plus haute antiquité; mais ce savant naturaliste ne cite pas les garants de ce fait.
* Dans le Gévaudan il y a dans la paroisse de Veuron, selon M. de Murville, une mine d’étain qu'on pourrait traiter avec succès.... Suivant fllalus, il y a de l’étain dans les montagnes de la vallée d Uston au comté de Foix.... Et en Anjou , suivant Piganiol , il y a dans la paroisse de Courcelies des mines d’argent, de plomb et d étain. Traité de la fonte des mines de Schlutter, tome l , pages 21 , 41 et 63.
5 La montagne Aubrig , dans le canton de Sclnvitz en Suisse , renferme de l’étain qui est mêlé de pierres lenticulaires et de peignes. M. Guettard, Mémoires de l’Académie des Sciences , année 1732, page 530.
* On a découvert dans la province de Danora une mine d'étain mêlée de fer, dont M. Richman a donné la df soription ; elle est plus dure et moins pesante que les mines d’étain de Saxe et moins abondante en étain. M. Brandt en ajoute une autre découverte auprès de \V estante rs dans la \v erstmanie ; elle a encore moins d’étain , moins de pe-anteur spécifique et plus de fer. Bibliothèque raisonnée , tome XLI, page 27.
b Les mines de Cornouailles sont de couleurs différentes ; il y en a de six sortes , de la pâle , de la grise , de la blanche , de la brune , de la rouge et de la noire : cette dernière est la plus riche et la meilleure , et cependant les plus riches de toutes ne donnent que cinquante pourcent; on trouve dans le sparr, qui fait souvent la gangue de cette mine , des cristaux assez durs pour couper le verre, lesquels sont quelque lois d'un rouge transparent ot ont l’éclat du rubis. Sur ce sparr
HISTOIRE à'ATliRELl.L
von en Angleterre, et néanmoins ces mines paraissent être de seconde ou de troisième formation 1 ; car on y a trouvé des débris de végétaux ,
on trouve aussi une autre sorte de substance semblable à une pierre blanche , tendre , que les mineurs appellent kelum , qui laisse une écume blanche lorsqu’on la lave dans l’eau en sortant de la mine : il semble que ce soit la même matière que le sparr, et qu elle n’en diffère que par le degré de pétrification cristalline.... et à l'égard des cristaux d'étain , on peut assurer qu'ils sont toujours mêlés d’arsenic dont ils répan* dent l’odeur et même des particules farineuses par une simple calcination sur une pelle à feu.... Les cristaux blancs sont ceux qui sont le plus mêlés d’arsenic ; ils sont les plus réfractaires au feu , et ce sont les plus rares. Il y a d’autres cristaux d’étain d’un jaune d'or qui sont aussi assez rares autre pari que dans la Hesse. D’autres cristaux sont d’une couleur rouge tirant communément sur celle du spath rose ou du petit rubis ; ils sont pour l’ordinaire un peu transparents; il y a aussi des cristaux d’étain transparents de cotflcur violette ; ils produisent abondamment dans la fonte; on en trouve en Hongrie dont la figure est presque cubique , et accompagnée quelquefois de pyrites sulfureuses; il y a aussi des cristaux bruns qui ont souvent une figure fort bizarre, leur couleur est assez semblable à celle des grenats bruts ordinaires ; il y en a aussi de verts qui ne pèsent pas autant que les bruns , et qui cependant rendent beaucoup à la fonte ; ils forment des espèces de quilles à huit pans , d’un brun noirâtre en dehors , fort durs et d’un vert chatoyant intérieurement comme le spath vitreux et ce :i lieux. Minéralogie de Bomare, tome II , pages IH etsuiv.
1 L’étain est si abondant dans le pays de Cornouailles, qu’il c^t répandu presque partout , et que même les filons de enivre les plus abondants contiennent de l’étain dans leur partie supérieure, c’est-à-dire proche la surface de la terre; ce métal y est même assez abondant pour mériter l’extraction. D’autres fois le minéral de cuivre et celui d’étain se trouvent dans le même filon , quoique séparément, ce qui ne continue pas ordinairement dans la profondeur.
Presque joignant la ville de Redrath on exploite une mine d étain très-considérable , nommée Peduandrea. Cette mine fut d’abord commencée comme mine de cuivre, on y a extrait une très- grande quantité de minéral; on y travaillait alors deux filons parallèles qui se touchaient presque l’un l’autre , de sorte qu’ils n’en formaient qu’un seul : l’un produisait du minéral jaune de cuivre ou pyrite cuivreuse , et l’autre du minéral d’étain. Le premier était joignant au toit, et le second joignant le mur ou rocher inférieur; mais en allant dans la profondeur le minéral de cuivre a cessé, de sorte qu’il ne reste plus que le filon d’étain, qui est fort abondant : cette mine a de cinquante à soixante toises de profondeur.
A Goldolphin-Ball se trouve la mine d'étain la plus étendue qu’il y ait dans le pays de Cornouailles.... La direction des filons est toujours de l’est à l’ouest comme dans toutes les mines de ce pays, et son inclinaison au nord-est d'environ soixante-dix degrés. Cette mine a, dit-on, quatre-vingt-dix toises de profondeur perpendiculaire.... On compte cinq filons parallèles sur cinquante à soixante toises d étendue, mais qui ne sont point exploités également.... il n'y a que le principal qu’on exploite en totalité.
Ces filons sont renfermés dans un granit à gros grains, trèsdur : mais il n’en est pas ici comme en Saxe et en Bohême; l’étain ne se trouve jamais réuni et confondu dans cette pierre, mais dans une espèce de roche bleuâtre qui paraît être la matrice générale du plus grand nombre des mines d’étain de Cornouailles. On rencontre communément le long du filon, joignant le mur, ce qu’on nomme le Guide ; c’est un quartz mêlé quelquefois de mica, lequel le rend peu solide. Le filon consiste lui-même en un quartz fort dur, qui n’est pas toujours parfaitement blanc, mais qui a un œil bleuâtre ; il est réuni à la roche bleue dans laquelle se trouve le minéral d’étain , mais presque toujours en pet its grains cristallisés comme des grenats On
et même des arbres entiers elles sont en couches ou veines très- voisines , et d’une longue étendue, toutes dans la même direction de l’est à l’ouest , comme sont aussi toutes les veines de charbon de terre et autres matières anciennement entraînées et déposées par le mouvement des mers ; et ces veines d’étain courent pour la plupart à la surface du terrain , et ne descendent guère qu’à quarante ou cinquante toises de profondeur; elles gisent dans des montagnes à couches de médiocre hauteur, et leurs débris, entraînés par les eaux pluviales, se retrouvent dans les vallons en si grande quantité, qu’il y a souvent plus de profit à les ramasser qu’à fouiller les mines dont ils proviennent 3. Ces veines, très-longues en étendue, n’ont que peu de largeur ; il y en a qui n’ont que que7 [ues pouces, et les plus larges n’ont que six oi pieds4 : elles sont dans un roc dur, dans 1 ol on trouve quelquefois des cristaux bhincs et transparents, qu’on nomme improprement clia-
y trouve aussi quelquefois du quartz cristallisé en hexagone; il y a des endroits du filon qui sont très-riches, mais fort tendres : ce minéral est parsemé de beaucoup de mica et de petits grains de minéral d’étain , comme de grenats ; ce filon a 2 . 3 , 4 , 5 pieds de large , plus ou moins. Observations sur les mines, par M. Jars ; Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1770.
' Voyages historiques de l'Europe; Paris, 1693, tome IV, page 104.
2 Les veines d’étain de Cornouailles ont une direction trèsétendue , puisqu’on rencontre plusieurs mines d’étain dans les îles de Scilly, qui sont situées dans les mêmes direction et latitude que la proxince de Cornouailles. M. Jars; Mémoires de l’Académie des Sciences , année 1770, page 334.
3 Dans les environs de la ville de Saint- Austle , province de Cornouailles, on a travaillé anciennement beaucoup de mines d’étain ; mais il y en a peu en exploitation aujourd’hui : ou se contente de prendre les terrains qui sont dans le fond des vallons , et de les laver pour en retirer les morceaux de minéral d'étain qui y sont répandus et dont les angles sont arrondis comme ayant été roulés, et probablement détachés des filons d'étain des montagnes voisines ; ces minéraux d’étain sont répandus dans les vallons sur de grandes étendues; ils peuvent provenir aussi des détriments ou déblais des mines anciennement exploitées , et qui auront été entraînées et déposées par les eaux des pluies.... 11 y a loujours des filons sur les éminences voisines dont le minerai est de la même nature <iue celui que l’on trouve répandu dans les vallons.... Il est si commun dans les mines d'étain , que le minéral se présente jusqu’à la surface de la terre ; il y en a qui sont en pierre très-dure , mais il y en a aussi près de Saint-Austle qui est en roche très-tendre. M. Jars; Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1778, page 340 et suiv.
* Merret , qui a écrit en 1678 , dit que les pierres du pays de Cornouailles , d’où l’on tire l’étain , se trouvent quelquefois à un ou deux pieds au-dessous de la surface de la terre, le plus souvent disposées en veines entre deux murs de rocher, cou leur de rouille , qui ne paraissent avoir que très-peu d'affinité avec l’étain. Les veines ont depuis quatre jusqu'à dix-huit pouces environ de largeur, et elles sont le plus souvent dirigées de l’est à l’ouest.... Les fosses ont quarante, cinquante et quelquefois soixante brasses de profondeur. Collection académique , partie étrangère , tome II , pages 180 etsuiv.
DES MINÉRAUX
niants de Cornouailles. M. Jars et M. le baron de Dietrich, qui ont observé la plupart de ces mines, ont reconnu qu’elles étaient quelquefois mêlées de minerais de cuivre \ et que souvent les mines de cuivre sont voisines de celles d’étain2; et on a remarqué de plus que, comme toutes les mines d’étain contiennent de l’arsenic, les vapeurs qui s’élèvent de leurs fosses son très-nuisibles, et quelquefois mortelles3.
De temps immémorial les Anglais ont su tirer grand parti de leurs mines d’étain; ils savent les traiter pour le plus grand profit; ils ne font pas de commerce , ni peut-être d'usage de l'étain pur ; ils le mêlent toujours avec une petite quantité de plomb ou de cuivre. « Lorsque la « mine d étain , dit M. Geoffroy , a reçu « toutes les préparations qui doivent la dispo- « sei a être fondue, on procède à cette dernière « opération dans un fourneau à manche.... On « refond cet étain, qui est en gâteaux, pour le « couler dans des moules de pierre carrés et « oblongs; et c’est ce qu’on appelle saumons ...
« Ces saumons sont plus ou moins fins, suivant « les endroits où l’on en coupe pour faire des ! « épreuves : le dessus ou la crème du saumon « est très-douce et si pliante, qu’on ne peut la « travailler seule; on est obligé d’y mêler du « cuivre, dont elle peut porter jusqu’à trois li- « vres sur cent, et quelquefois jusqu’à cinq lio vres. Le milieu du saumon est plus dur, et ne « peut porter que deux livres de cuivre, et le
K M. le baron Dietrich, qui a séjourné pendant plusieurs tnois en Cornouailles , dit que la nature elle-même a mêlé ensemble le cuivre et 1 étain.... qu’il n’y a guère que les mines d étain roulées par les torrents , et celles qui se trouvent dans le quartz granuleux qui renferme du scborl , qui ne soient pas mêlées avec de la mine de cuivre. Journal de Physique, mai 1780, page 382.
3 Aux environs de la ville de Marazion on exploite plusieurs filons de minéral de cuivre et de celui d’étain, à peu près de la nature et dans la même roche schisteuse . nommée Riiias, que ceux des environs de la ville de Redentli.... Il y a aussi d< s minéraux d'étain dans le granit, entre autres dans le rocher qui compose le mont Saint-Michel , qui n'est séparé de Marazion que par un petit bras de mer : on aperçoit dans ce rocher une fort grande quantité de filons d’un fort bon minéral d’étain.
On estime le produit en étain de cette province à la valeur de cent quatre-vingt-dix à deux cent mille livres sterling chaque année , et qu il se vend du minéral de cuivre pour cent quarante mille livres sterling. Observations sur les mines , par M. Jars; Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1770 , pages 510 et suiv.
3 Lorsque la mine est riche, on trouve la veine à dix bras- <es de profondeur, et au-dessous on trouve une cavité vide ou b nte de quelques pouces d’ouverture; il so t de ces souterrains des vapeurs nuisibles et meme mortelles. Collection aca- ■’émique , partie étrangère , tome II . pages 480 et suiv.
a fond est si aigre qu’il y faut joindre du plomb « pour le travailler. L’étain ne sort point d’Anv( gleterre dans sa pureté naturelle ou tel qu’il « a coulé dans le fourneau ; il y a des défenses « très-rigoureuses de le transporter dans les « pays étrangers avant qu’il ait reçu l’alliage « porté par la loi *. »
Quelques-uns de nos habiles chimistes , et particulièrement MM. Bayen et Charlard, ont fait un grand nombre d’expériences sur les différents étains qui sont dans le commerce ; ils ont reconnu que l’étain d’Angleterre en gros saumons, ainsi qu’en petits lingots, mis dans une retorte, ou dans un vaisseau clos, pour subir l’action du feu, laisse échapper une petite quantité de matière blanche qui s’attache au col de la retorte, et qui n'est point du tout arsenicale: ils ont trouvé que cet étain n’est pas allié de cuivte pur, mais de laiton; car ils en ont tiré non -seulement un sel à base de cuivre, mais un nitre à base de zinc. Cette dernière remarque de MM. Bayen et Charlard s’accorde très-bien avec l’observation de M. Jars, qui dit qu’outre le plomb et le cuivre, les ouvriers mêlent quelquefois du zinc avec l’étain, et qu’ils préfèrent ! la limaille du laiton ; qu’il' n’en tàut qu’une de- I mi-livre sur trois cents pesant d’étain pour le j dégraisser, c’est-à-dire pour le rendre facile a planer 2 : mais je ne puis me persuader que cette poudre blanche que l’étain laisse échapper ne soit point du tout arsenicale , puisqu’elle s’est sublimée, et que ce n’est point une simple chaux , et quand même ce ne serait qu’une chaux d’étain, elle contiendrait toujours de l’arsenic. D’ailleurs, en traitant cet étain d’Angleterre avec l’eau régale, ou seulement avec l’acide marin, ces habiles chimistes ont trouvé qu’il contenait une petite quantité d’arsenic : ceci paraît donc infirmer leur première assertion sur cette matière blanche qui s'attache au col de la retorte, et qu'ils disent n'être nullement arsenicale. Quoi qu’il en soit, on leur a obligation d’avoir recherché quelle pouvait être la quantité d’arsenic contenue dans l’étain dont nous faisons usage ; ils se sont assurés qu’il n’y en a tout au plus qu’un grain sur une once; et l’on peut, en suivant leurs procédés 3, connaître au juste la quantité d’arsenic que tout étain contient.
K Recherches chimiques sur l'étain, par MM. Bayen et Charlard, pages 99 et 100.
2 Mémoires de M. Jars ; Académie des Sciences , année 1770.
5 Le vrai moyen de bien connaître la portion de l’arsenic,
Les mines d'étain de Saxe, deMisnie, de Bohème et de Hongrie, gisent, comme celles d’ Angleterre, dans les montagnes à couches, et à une médiocre profondeur : elles ne sont ni aussi riches, ni aussi étendues que celles de Cornouailles ; l'étain qu’on en tire est néanmoins aussi bon, et même les Allemands prétendent qu’il est meilleur pour l’étamage : on peut douter que cette prétention soit fondée, et le peu de commerce qui se fait de cet étain d’Allemagne prouve assez qu’il n’est pas supérieur à celui d’Angleterre .
Les cantons où se trouvent les meilleures mines deSaxe sont les montagnes de Masterberg vers Boles-Schau : les veines sont à vingt-quatre toises de profondeur dans des rochers d’ardoise; elles n’ont qu’une toise en largeur. Une de ces mines d’étain est couchée sur une mine très* riche de cuivre , que l’on en sépare en la cassant; un autre à Breytenbrun vers la ville de Georgenstadt, qui est fort riche en étain , est néanmoins mêlée d’une grande quantité de fer, que l’on en tire au moyen de l’aimant , après l’avoir réduite en poudre. Le canton de Furstemberg est entouré de mines d’étain ; et, dans le centre de cette même contrée, il y a des mines d’argent 1 . Les mines d’étain d Eibenstok s’étendent dans une longueur de quelques lieues, et se fouillent à dix toises de profondeur; elles sont mêlées de fer, et on y a quelquefois trouvé des paillettes d’or. Toute la montagne de Goyer est remplie de mines d’étain; mais le roc qui les renferme est si dur, qu’on est obligé de le faire calciner par le feu avant d’en tirer les blocs. On trouve aussi des mines d’étain à Schneberg. Enfin à Anersberg , lapins haute montagne de toute la Saxe , il y en a une a vingt-huit toises
mêlé a l'étain est de faite dissoudre ce dernier métal dans l'acide marin très-pur; s'il ne reste rien lorsque la dissolution est faite , l’étain est sans arsenic; s'il reste un peu de poudre noire , il faut fa séparer avec soin, la laver, la faire sécher et en jeter sur des charbons ardents pour reconnaître si elle est arsenicale ou non: 1 est- elle? qu on l expose à un degré de feu capable d'opérer la sublimation de l'arsenic ; si elle s'exhale en entier, elle est de pur régule d arsenic; s il reste un peu de poudre dans le test qu'on emploie à 1 opération , qu on la pèse s'il est possible , ou qu’on l'évalue , et on saura ce qu une quantité donnée d étain quelconque contient réellement d arsenic sous forme réguline... On dit sous forme réguline , parce qu’en effet la chaux d’arsenic ne peut se combiner avec 1 étain, tandis qu'au contraire son régule s’y unit avec la plus grande facilité. Recherches sur l’étain , par MM. Bayen et Charlard , pages 118 et suiv.
. 1 Traité de la fonte des mines de Schlutter, traduit par