IJcllot , tonie U , page
de profondeur sur trois toises de largeur , dan» un rocher d’ardoise : cette mine a produit, en 1741, cinq cents quintaux d’étain.
En Bohême , à trois quarts de lieue de Platen, il se trouve une mine d’étain voisine d’une mine de fer, qui toutes deux sont dans un banc de grès à gros grain1 ; et comme le minerai d’étain est mêlé de parties ferrugineuses, on le fait griller après l’avoir broyé pour en séparer le fer au moyen de l’aimant. Il se trouve aussi des mines d’étain dans le district d'Ellebagen et dans celui de Saltznet; une autre à Schlackenwald, qui s’enfonce assez profondément 2. Enfin, il y a aussi quelques veines d’étain dans les mines de Hongrie 3. On assure de même qu’il s’en trouve en Pologne : mais nous n’avons aucune notice assez circonstanciée de ees mines pour pouvoir en parler.
L’Asie est peut-être plus riche que l’Europe en étain : il s’en trouve en abondance à la Chine 4, au Japon5 et à Siam 6 ; il y en a aussi
1 Voyages métallurgiques de M. Jars , page 71.
2 Éphémérides d Allemagne , année 1686.
8 On trouve des mines d’étain dans plusieurs contrées de l’Europe , en Saxe , en Misnie , comme à Stolber g, Goyer, Anneberg, Altemberg, Freiberg, dans la montagne de Saint- André de la Forêt Noire; en Bohême, dans les mines de Groupe près de Toplitz , dans celles d Aberdam , de Schoufeld, etc.; dans la Hongrie, aux mines de Schonmitz et du comté de Lyptow. M. Geoffroy ; Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1738, page 103. — L’une des plus fameuses de toutes les mines d’Allemagne est celle d’Altemberg ; on n’en trouve point de semblables dans toute l’histoire des mines.... elle fournit de la mine d’étain depuis la superficie jusqu’à cent cinquante toises de profondeur perpendiculaire. Ces sortes de filons en masses n’ont que rarement une direction réglée , mais ils ont leurs bornes qui quelquefois est une pierre sèche , quelquefois un roc que les mineurs appellent le séparateur. Traité de la fonte des mines de Schlutter, tome II , pages 583 et suivantes.
* On tirait autrefois à la Chine beaucoup d’étain aux environs de la ville d’U-Si.... L’étain est si commun dans cet empire, que le prix en est fort modique. Histoire générale des Voyages , tome VI , page 484. -On voit à Dehly, aux Indes, un certain métal appelé utunac, qui approche de l’étain , mais qui est beaucoup plus beau et plus fin , et souvent on le prend pour de l’argent; ce métal s’apporte de la Chine. Thévenot, Voyage du Levant; Paris , 1664 , tome III . page 136.
5 La province de Bungo au Japon produit de l’étain si blanc et si fin , qu il n’est guère inférieur à l’argent; mais les Japonais n'en font presque aucun usage. Histoire générale des Voyages, tome X , page 635.
« Les Siamois travaillent depuis très-longtemps des mines d’étain et de plomb fort abondantes.... Leur étain se débite dans toutes les Indes. Il est mou et mal purifié et tel qu’on le voit dans des boites à thé qui viennent des régions orientales ; et pour le rendre plus dur et plus blanc , ils y mêlent de la calamine, espèce de pierre minérale qui se réduit facilement en poudre, et qui étant fondue avec le cuivre sert à le rendre jaune ; mais elle rend l’un et l’autre de ces deux métaux plw cassant et plus aigre. Idem , tome IX , page 307.
h Macassar a Malaca*, Banca, etc. Cependant les Asiatiques ne font pas de ce métal autant d’usage que les Européens; ils ne s’en servent guère que pour étamer le cuivre3, ou faire de l’airain en alliant ces deux métaux ensemble: mais ils font commerce de l’étain avec nous, et cet étain qui nous vient des Indes est plus fin que celui que nous tirons de l’Angleterre, parce qu’il est moins allié ; car Ton a observé que, dans leur état de pureté, ces étains d’Angleterre et des Indes sont également souples et difficiles à rompre. Cette flexibilité tenace donne un moyen facile de reconnaître si l’étain est purgé d’arsenic ; car dès qu’il contient une certaine quantité de cette mauvaise matière, il se rompt facilement.
Ainsi l'étain, comme tous les métaux, est un dans la nature, et les étains qui nous viennent de différents pays ne diffèrent entre eux que par le plus ou moins de pureté ; ils seraient absolument les mêmes s’ils étaient dépouillés de toute matière étrangère : mais comme ce métal, lorsqu’il est pur, ne peut être employé que pour l’étamage, et qu’il est trop mou pour pouvoir le planer et le travailler en lames, on est obligé de l’allier avec d’autres matières métalliques pour lui donner de la fermeté, et c’est par cette raison que dans le commerce il n’y a point d’étain pur \
1 Quelques provinces de Macassar. dans i’ile Célèbes , ont des mines d’étain H ist. gén. des Voyages, tome X, page 438.
2 On trouve de l’étain dans quelques endroits des Indes orientales, comme au royaume de Quidday, entre Tmasseri et le détroit de Malaca. M. Geoffroy, Mémoires de l’Académie des Sciences , anné-* 1738, page 103. — Les Hollandais apportent des Indes orientales des espèces d’étain qui passent pour étain fin ; celui d^ Malac ou Malaca et celui de Banc t , qui n’est pas aussi parfait que celui de Malaca, qu’on emploie de préférence pour les teintures en écarlate et pour étamer les glaces. Idem , page III.
8 II n’y a guère de minrs d’argent en Asie, si ce n’est au Japon; mais on a, dit Tavernier, découvert à Da!ogore, à Sangore, à Bordalon et à Bata des mines très-abondantes d’étain , ce qui a fait beaucoup de tort aux Anglais , parce qu’on n’a plus besoin de leur étain en Asie; au reste, ce métal ne sert en ce pays-là qu’à étamer les pots, marmites et autres ustensiles de cuivre. Voyage de Tavernier; Rouen, 1713, tome IV, page 91.
4 Xous croyons donc pouvoir conclure que les étains de Banca, de Malaca et d’Angleterre, doux lorsqu’ils sortent du magasin d’un honnête marchand, sont purs ou piivés de tout alliage naturel ou artificiel , qu’ils sont parfaitement égaux entre eux, c’est-à-dire qu’ils sont l’un à l’égard de l’autre comme de l’or à vingt-quatre carats ou de l’argent à douze deniers tirés d’une mine d’Europe seraient à de l’or ou de l’argent aux mêmes titres des mines de l’Amériqae méridionale.
Cependant ces étains si purs ne peuvent être d’aucune utilité dans nos méuages ; leur mollesse . leur flexibilité y met un obdaclc insurmontable; il faut donc que l’art leur donne une
Nous u avons que peu ou point de connaissances des mines d’étain qui peuvent se trouver en Afrique ; les voyageurs ont seulement remarqué quelques ouvrages d’étain chez les peuples de la côte de Natal *, et il est dit, dans les Lettres édifiantes , qu’au royaume de Queba il y a de l’étain aussi blanc que celui d’Angleterre, mais qu’il n’en a pas la solidité, et qu’on en fabrique des pièces de monnaies qui pèsent une livre et ne valent que sept sous 2 : cet étain, qui n’a pas la solidité de celui d’ Angleterre, est sans doute de l’étain dans son état de pureté.
En Amérique, les Mexicains ont autrefois tiré de l’étain des mines de leur pays 3 : on en a trouvé au Chili dans le corrégiment de Copiago 4. Au Pérou, les Incas en ont fait exploiter cinqmines dans le district des Charcas. « Il s’est « trouvé quelquefois, dit Alphonse Barba, des « minerais d’argent dans les mines d’étain, et « toujours Quantité de minerais de cuivre. » Il ajoute « qu’une des quatre principales veines de « la mine de Potosi s’appelle étain à cause de « la quantité de ce métal qu’on trouve sur la « superficie de la veine, laquelle peu à peu de- « vient tout argent 3. » On voit encore par cet exemple que l’étain , comme le plus léger des métaux, les a presque toujours surmontés dans la fusion ou calcination par le feu primitif, et que les mines primordiales de ce métal servent pour ainsi dire de toit ou de couvert aux mines des autres métaux plus pesants.
L’étain s’allie par la fusion avec toutes les matières métalliques; il gâte l’argent et l’or surtout , en leur ôtant leur ductilité , et ce n’est qu’en le calcinant qu’on peut le séparer de ces deux métaux ; il diminue aussi la ductilité du cuivre, et rend ces trois métaux aigres, sonores et cassants; il donne au plomb de l’aigreur et dé la fermeté; il s’unit très-bien au fer chauffé à un degré de chaleur médiocre; et lorsqu’on le mêle par la fusion avec le fer, il ne le rend pas sensiblement plus aigre. Les métaux les plus ductiles sont ceux dont l etain détruit le plus facilement la ténacité ; il ne faut qu'une très-
certaine raideur, un certain degré de solidité , qui les rendent propres k con erver toutes les formes que la nécessité ou les c rcon>tanres obligent le potier à donner à ce métal; or, pour parvenir à ce but, on a eu recours à différents alliages. Recherches sur l’étain , par MM. Bayen et Charlard , page 93. 4 Histoire générale des Voyages, tome I, page 25. a Lettres édifiantes , onzième recueil, page 163. s Histoire générale des Voyages , tome XII. page 630.
4 Idem, tome XIII , page 414.
> Métallurgie d’ Alphonse Barba , tome I, page 114.
petite dose d'étain pour altérer l’or et l’argent, tandis qu'il faut le mêler en assez grande quantité avec le cuivre et le plomb, pour les rendre j aigres et cassants. En fondant l’étain à partie , égale avec le plomb, l’alliage est ce que les plombiers appellent de la soudure, et ils l’emploient en effet pour souder leurs ouvrages en plomb. Au reste cet alliage mi-partie de plomb et d’étain ne laisse pas d’avoir un peu de ductilité.
L’étain mêlé par la fusion avec le bismuth, qui se fond encore plus aisément que ce métal, en devient plus solide , plus blanc et plus brillant; et c’est probablement cet alliage de bismuth et d’étain que l’on connaît aux Indes sous le nom de iutunac.
Le régule d’antimoine donne à l’étain beaucoup de dureté, et le rend en même temps trèscassant.; il n’en faut qu’une partie sur trois cents d’étain pour lui donner de la rigidité, et l’on ne peut employer ce mélange que pour faire des cuillers, fourchettes, et autres ouvrages qui ne vont point sur le feu.
L’alliage de l’étain avec le zinc est d’une pesanteur spécifique moindre que la somme du poids des deux, tandis que l’alliage du zinc avec tous les autres métaux est au contraire d’une pesanteur spécifique plus grande que celle des deux matières prises ensemble.
L’étain s’unit avec l’arsenic et avec le cobalt; il devient par ces mélanges plus dur, plus sonore et plus cassant. MM. Bayen et Charlard assurent qu’il ne faut qu’une deux cent cinquante-sixième partie d’arsenic , fondue avec l ’étain, pour le rendre aigre et hors d’état d’être employé par les ouvriers 1 . Si l’on mêle une partie d’arsenic sur cinq d’étain pur, l’alliage est si fragile qu’on ne peut l’employer à aucun usage, et une partie sur quinze forme un alliage qui présente de grandes facettes assez semblables à celles du bismuth, et qui est plus friable que le zinc, et moins fusible que l’étain.
Ainsi l’étain peut s’allier avec tous les métaux et les demi-métaux , et l’ordre de ses affinités est le fer, le cuivre, l’argent et l’or; et quoiqu’il se mêle très-bien par la fusion avec le plomb, il a moins d’affinité avec ce métal qu’avec les quatre autres.
L’étain n’a aussi que peu d’affinité avec le mercure; cependant ils adhèrent ensemble dans l’étamage des glaces : le mercure reste interposé
4 Recherches chimiques sur 1 étain . page 56
NATURELLE
entre la feuille d’étain et le verre ; il donne aux glaces la puissance de réfléchir la lumière avec autant de force que le métal le mieux poli ; cependant il n’adhère au verre que par simple contact, et son union avec la feuille d’étain est assez superficielle; ce n’est point un amalgame aussi parfait que celui de l’or ou de l’argent, et les boules de mercure *, auxquelles on attribue la propriété de purifier l’eau, sont moins un alliage ou un amalgame qu'un mélange simple et peu intime d’étain et de mercure.
L’étain s’unit au soufre par la fusion, et le composé qui résulte de cette mixtion est plus difficile à fondre que l’étain ou le soufre pris séparément.
Tous les acides agissent sur l’étain, et quelques-uns le dissolvent avec la plus grande énergie; on peut même dire qu’il est non-seulement dissous, mais calciné par l’acide nitreux; et cet exemple, comme nombre d’autres, démontre assez que les acides n’agissent que par le feu qu’ils contiennent”. Le feu de l’acide nitreux exerce son action avec tant de violence sur l’étain, qu’il le fait passer, sans fusion, de son état de métal à celui d’une chaux tout aussi blanche et tout aussi peu fusible que la potée ou chaux produite par l’action d’un feu violent ; et quoique cet acide semble dévorer ce métal, il le rend néanmoins avec autant de facilité qu’il s’en est saisi; il l’abandonne en s’élevant en vapeurs, et il conserve si peu d’adhésion avec cette chaux métallique, qu’on ne peut pas en former un sel.
4 Trois parties de mercure ajoutées à douze parties d’étain de Malac, fondues dans une marmite de fer. et coulées dans des moules sphériques , forment les houles de mercure, auxquelles on attribue la vertu de purifier l’eau , et de faire périr les insectes qu’elle contient; elles acquièrent, en se refroidissant , assez de solidité pour être transportées : lorsqu’on veut s’en servir, on les met dans un nouet que l’on suspend dans l’eau , et on la fait bouillir un instant. Éléments de Chimie, parM. de Morveau , tome III, pages 256 et 440.
2 Nota. Je ne dois pas dissimuler que la raison des chimistes est ici bien différente de la mienne ; ils disent que c’est en prenant le phlogistique de l’étain que l’acide nitreux le calcine, et ils prétendent le prouver parce que dans cette opération l’acide prend les mêmes propriétés que lui donne le charbon, et que l’étain qui a passé dans l’a ide nitreux, quoique non dissous, ne se laisse plus dissoudre, et que par conséquent , en supposant dans cette opération que l’étain fût calciné par le feu de l’acide , il devrait brider de nouveau , et que cependant il est de fait que la chaux d’étain et l’acide nitreux n’ont plus aucune action l’un sur l’autre. Cette raison des chimistes est tirée deleur système sur le phlogistique, qu’ils mettant en jeu partout, et lors même qu’il n’en est nul besoin. L’étain contient sans doute du feu et de l’air fixe, comme tous les autres métaux ; mais ici le feu contenu dans l’acide nitreux suffit . comme tout autre feu étranger, pour produire la calcination de ce métal sans rien emprunter de son phlogistique
DES MINERAUX
Le nitre projeté sur l'étain en fusion s’enflamme avec lui, et bâte sa calcination , comme il hâte aussi celle des autres métaux qui peuvent se calciner ou brûler.
L’acide vitriolique, au contraire , ne dissout rétain que lentement et sans effervescence ; il faut même qu'il soit aidé d’un peu de chaleur pour que la dissolution commence ; et pendant qu’elle s’opère , il se forme du soufre qui s’élève en vapeurs blanches, et qui quelquefois surnage la liqueur comme de l’huile , et se précipite par le refroidissement. Cette dissolution de l’étain par l’acide vitriolique donne un sel composé de cristaux en petites aiguilles entrelacées.
L’acide marin exige plus de chaleur que l’acide vitriolique pour dissoudre l'étain; il faut que ce premier acide soit fumant ; les vapeurs qui s’élèvent pendant cette dernière dissolution assez lente ont une odeur arsenicale; la liqueur de cette dissolution est sans couleur , et limpide comme de l’eau; elle se change presque tout entière en cristaux par le refroidissement. « L’é- « tain ,.dit M. de Morveau , a une plus grande « affinité avec l’acide marin que plusieurs au- « très substances métalliques, et même que l’ar- « gent, le mercure et l’antimoine , puisqu’il dé- « compose leur.s sels. L’étain , mêlé avec le « sublimé corrosif, dégage le mercure, même « sans le secours de la chaleur , et l’on tire de a ce mélange , à la distillation , un esprit de sel « très-fumant, connu sous le nom de liqueur de « Libavius. » Au reste , les cristaux qui se forment dans la dissolution de l’étain par l’acide marin se résolvent en liqueur par la plus médiocre chaleur, et même par celle de la température de l’air en été.
L’eau régale n’a pas besoin d’être aidée de la chaleur pour attaquer l’étain ; elle le dissout même en grande quantité. Une eau régale, faite de deux parties d’acide nitreux et d’une partie d’acide marin , dissout très-bien moitié de son poids d’étain en grenailles , même à froid ; en délayant cette dissolution dans unegrande quantité d'eau , l’étain se sépare de l’acide sous la forme d’une chaux blanche ; et lorsqu’on mêle cette dissolution avec une dissolution d’or faite de même par l’eau régale, et que l’on délaie dans u-ne grande quantité d’eau , il se forme un précipité couleur de pourpre, connu sous le nom de pourpre de Cassius , et précieux par l’usage qu’on en fait pour les émaux. L’étain a donc non-seulement la puissance d’altérer l’or dans I
son état de métal , mais même d’en faire une espèce de chaux dans sa dissolution; ce qu'aucun autre agent de la nature ni même de l’art ne peuvent faire. C’est aussi avec cette dissolution d’étain dans l’eau régale que l’on donne aux étoffes de laine la couleur vive et éclatante de l’écarlate ; sans cela le cramoisi et le pourpre de la cochenille et de la gomme laque ne pourraient s’exalter en couleur de feu.
Lesacides végétaux agissent aussi sur l’étain; on peut mêmeledissoudre avec le vinaigre distillé ; la crème de tartre l’attaque plus faiblement; I’alkali fixe en corrode la surface à l’aide d’un peu de chaleur ; mais , selon M. de Morveau, il résiste constamment à l’action de l’alkali volatil '.
Considérant maintenant les rapports de l’étain avec les autres métaux, nous verrons qu’il a tant d’affinité avec le fer et le cuivre , qu’il s’unit et s’incorpore avec eux, sans qu’ils soient fondus ni même rougis à blanc; ils retiendront l’étain fondu dès que leurs pores seront ouverts par la chaleur, et qu’ils commenceront à rougir; l’étain enduira leur surface, y adhérera, et même il la pénétrera et s’unira à leur substance plus intimement que par un simple contact ; mais il faut pour cela que leur superficie soit nette et pure, c’est-à-dire nettoyée de toute crasse ou matière étrangère ; car en général les métaux ne contractent d’union qu’entre eux et jamais avec les autres substances. 11 faut de même que l’étain qu’on veut appliquer à la surface du fer ou du cuivre soit purgé de toute matière hétérogène, et qu’il ne soit que fondu et point du tout calciné ; et comme le degré de chaleur qu’on donne au fer et au cuivre pour recevoir l’étamage ne laisserait pas de calciner les parties de l’étain au moment de leur contact, on enduit ces métaux avec de la poix résine ou de la graisse , qui revivifie les parties calcinées, et conserve à l’étain fondu son état de métal assez de temps pour qu’on puisse l’étendre sur toute la surface que l’on veut étamer.
Au reste , cet art de l’étamage, quoique aussi universellement répandu qu’anciennement usité 2, et qu’on n’a imaginé que pour parer aux
* L'étain nous a paru constamment résister à l'action de l’alkali volatil caustique , malgré que quelques chimistes aient avancé que dans la décomposition du vitriol ammoniacal par l'étain, l’alkali volatil entraîne un peu de ce mêlai , qui s’en sépare à la longue, ou qui est précipité par un acide. Éléments de Chimie , par M. de Morveau , tome 111, page 250.
3 Pline en parle. « Stanimm illitum æneis vasis saporc»
IIISTOIRL NATURELLE
effets funestes du cuivre, devrait néanmoins être proscrit, ou du moins soumis à un réglementde police, si Pon avait plus de soin de la santé des hommes; car les ouvriers mêlent ordinairement un tiers de plomb dans l’étain pour faire leur étamage sur le cuivre, que les graisses, les beurres , les huiles et les sels changent en vert-degris ; or , le plomb produit des effets à la vérité plus lents, mais tout aussi funestes que le cuivre. On ne fait donc que substituer un mal au mal qu’on voulait éviter, et que même on n’évite pas en entier ; car le vert-de-gris perce en peu de temps le mince enduit de l’étamage , et l’on serait épouvanté si l’on pouvait compter le nombre des victimes du cuivre dans nos laboratoires et nos cuisines. Aussi le fer est-il bien préférable pources usages domestiques ; c'est le seul de tous les métaux imparfaits qui n’ait aucune qualité funeste; mais il noircit les viandes et tous les autres mets ; il lui faut donc un étamage d’étain pur ; et l’on pourrait, comme nous Pavons dit, s’assurer par l’eau régale* s’il est exempt d’arsenic, et n’employer à l’étamage du fer que de l’étain épuré et éprouvé.
On se sert de résine, de graisse , et plus efficacement encore de sel ammoniac , pour empêcher la calcination de l’étain au moment de son contact avec le fer. En plongeant une lame de fer polie dans l’étain fondu , elle se couvrira d’un enduit de ce métal ; et l’on a observé qu’en mettant de l’étain dans du fer fondu, ils forment ensemble de petites globules qui décrépitent avec explosion.
Au reste , lorsqu’on pousse l’étain, ou plutôt la chaux d’étain à un feu violent, elle s’allume et produit une flamme assez vive après avoir fumé; on a recueilli cette fumée métallique qui se condense en poudre blanche. M. Geoffroy , qui a fait ces observations, remarque aussi que dans la chaux blanche ou potée d’étain il se forme
« gratiores facit , et compescit æruginis virus. » Hist. Nat., lib. XXXIV, cap. xvi.
* Les étains que l'on appelle purs sont encore mélangés d'arsenic ; à peine sont-ils louchés par l’eau régale qu’ils se ternis ent, deviennent noirs et se convertissent en une poudre de la même couleur, dont il est aisé de retirer tout l’arsenic en la lavant une ou deux fois avec un peu d'eau distillée , qui, dissolvant le sel formé par la calcination de l'étain avec l'acide régalisé, laissera au fond du vase environ deux grains d’une poudre noire qui est du véritable arsenic....
L’at-spnic , en quelque petite proportion qu’il soit mêlé avec t'éiaiu, u’y en eût-il que se manifeste encore lorsqu’on expose ce mélange dans l’eau régale. Recherches chimiques sur l’étain, par MM. Bayen et Charlard, page 3? et suivante»
quelquefois des parties rouges. Ce dernier fait me paraît indiquer qu’avec un certain degré de feu on viendrait à bout de faire une chaux rouge d’étain , puisque ce n’est qu’avec un certain degré de feu bien déterminé, et ni trop fort ni trop faible, qu’on donne à la chaux de plomb le beau rouge dit minium.
Nous ne pouvons mieux finir cet article de l’étain qu’en rapportant les bonnes observations que MM. Bayen et Charlard ont faites sur les différents étains qui sont dans le commerce *. Ilsen distinguent trois sortes : 1° l’étain tel qu’il sort des fonderies, et sans mélange artificiel; 2° l’étain allié dans les fonderies, suivant rusage ou la loi des différents pays 2 ; 3° l’étain
1 Nous diviserons, disent-ils, tout l’étain qui se trouve dans le commerce intérieur du royaume :
\ 0 En éta:n pur ou sans aucun mélange artificiel . tel enfin qu’il sort des fonderies; 2° en étain allié dans les fonderies même avec d’autres métaux à des titres prescrits par l'usage ou par les lois du pays; 3° en élain ouvragé par les potiers, qui sont tenus de se conformer dans tout ce qu’ils font concernant leur art à des règlements anciennement établis; et aujourd’hui trop peu suivis.
L’étain pur ou sans mélange artificiel pourrait nous venir d’Angleterre, si , à ce qu’on assure, l'exportation n’eu était pas prohibée par les lois du pays. Au défaut de celui d’Angleterre, il nous en est apporté en assez grande quantité des Indes. On nomme ce dernier étain de Banca et de Mo laça, ou simplement de Moloc-, celui-ci nous arrive en petits lingots pesant une livre , et qui , à cause de leur forme , ont été appelés petits chapeaux ou ccritoires.
L’étain qui se vend sous le nom de Saura se fait distinguer du précédent, et. par la forme de ses lingots qui sont oblongs , i et par leur poids qui est de quarante-cinq à cinquante livres, et même au-dessus : du reste, ces lingots de Banca ei de Malaca n’ont poiut l'éclat ordinaire à l'étain: ils sont recouverts d’une sorte de rouille grise ou crasse, d'autant pins épaisse qu’ils ont séjourné plus longtemps dans le foud des vaisseaux, dont ils faisaient vraisemblablement le le-t....
Il nous est arrivé de l’étain pur d’Angleterre en petits mor ceaux ou échantillons, pesant chacun entre quatre et cinq onces ; leur aspect annonce qu’ils ont été détachés d'uue grosse masse à l’aide du ciseau et du marteau.... Les côtés par où ils ont été cou, és ont conservé l’éclat métallique, tandis que le côté ou la superficie externe est mamelonnée et couverte d’une pellicule dorée , qui offre assez fréquemment les différentes couleurs de la gorge de pigeon....
Nous avons trouvé chez un marchand de l’étain pur, qu’il nous assura venir d’Angleterre, et qui en effet ne différait en rien pour la qualité de celui dont nous venons de parler; cependant il avait la forme de petits chapeaux qui pesaient chacun deux livres.... Mais nous savons que les marchands sont dans l'habitude de réduire les gros lingots en petits pour se faciliter le détail de l’étain.... Tels sont les étains qui passent dans le commerce pour être les plus purs , ou , ce qui est la même chose, pour n’avoir reçu artificiellement aucun alliage. Recherches chimiques sur l’étain, par MM. Bayen et Charlard, page 22 et suivantes.
2 La seconde classe de l’étain que nous examinons comprend celui que nous lirons en très-grande quantité de l’Angleterre, d’où on nous l’envoie en lingots d’environ trois cents livres; nous les appelons gros saumons. Cet étain est d’un grand usage parmi nous , et il se débite aux différents ouvriers en petites baguettes triangulaires de neuf à dix lignes de pour-
DUS MLNKKAllX.