HIST01KE
altération par l’action secondaire de la petite portion particulière du feu contenue dans les sels; tandis que les substances calcaires n ayant été produites que les dernières , et n’ayant pas subi l’action du feu primitif, sont par cette raison très-susceptibles d’altération par l’action de nos feux , et par le foie de soufre dans lequel la substance du feu est réunie avec 1 alkali.
Mais c’est assez nous arrêter sur cet objet général de la minéralisation qui s est présenté avec l’arsenic, parce que ce sel âcre et corrosif est l’un des plus puissants minéralisateurs par l’action qu'il exerce sur les métaux : non-seulement il les altère et les minéralisé dans le sein de la terre, mais il en corrompt la substance ; il s’insinue et se répand en poison destructeur dans les minéraux comme dans les corps organisés ; allié avec l’or et l’argent en très-petite quantité, il leur enlève l’attribut essentiel à tout métal en leur ôtant toute ductilité , toute malléabilité; il produit le même effet sur le cuivre; il blanchit le fer plus que le cuivre , sans cependant le rendre aussi cassant ; il donne de même beaucoup d’aigreur à l’étain et au plomb , et il ne fait qu’augmenter celle de tous les demimétaux ; il en divise donc encore les parties lorsqu’il n’a plus la puissance de les corroder ou détruire. Quelque épreuve qu’on lu: fasse subir , en quelque état qu’on puisse le réduire , l’arsenic ne perd jamais ses qualités pernicieuses ; en régule , en fleurs , en chaux , en verre, il est toujours poison; sa vapeur seule, reçue dans les poumons , suffit pour donner la mort; et l’on ne peut s’empêcher de gémir en voyant le nombre des victimes immolées, quoique volontairement , dans les travaux des mines qui contiennent de l’arsenic. Ces malheureux mineurs périssent presque tous au bout de quelques années, et les plus vigoureux sont bientôt languissants : la vapeur , l’odeur seule de 1 ai senic leur altère la poitrine *; et cependant ils ne prennent pas, pour éviter ce mal, toutes les précautions nécessaires. D’abord il s’élève assez
4 C’est à cette substance dangereuse qu’est due la phthisie et ces exnlcérations des poumons qui font périr à la fleur de l’âge les ouvriers qui travaillent aux mines... Parmi eux un homme de trente-cinq à quarante ans est déjà dans la décrépitude, ce qu'on doit surtout attribuer aux mines qu’ils détachent avec le ciseau et le maillet, et qu ils respirent pei p l licitement par la bouche et par le nez ; il paraît que si dans 06s mines ou faisait usage de la poudre à canon pour détacher le minerai , les jours de ces malheureux ouvrieis ne seraient point si indignement prodigués. Encyclopédie, article ürpimeut
NATUItKLLR
souvent des vapeurs arsenicales dans les souterrains des mines dès qu’on y fait du feu; et de plus , c’est en faisant au marteau des tranchées dans la roche du minéral, pour le séparer et l’enlever en morceaux , qu’ils respirent cette poussière arsenicale qui les tue comme poison, et les incommode comme poussière ; car nos tailleurs de pierre de grès sont très-souvent malades du poumon, quoique cette poussière de grès n’ait pas d’autres mauvaises qualités que sa très-grande ténuité : mais dans tous les usages , dans toutes les circonstances où l’appât du gain commande , on voit avec plus de peine que de surprise la santé des hommes comptée pour rien , et leur vie pour peu de chose.
L’arsenic , qui malheureusement se trouve si souvent et si abondamment dans la plupart des mines métalliques, y est presque toujours en sel cristallin ou en poudre blanche : il ne se trouve guère que dans les volcans agissants ou éteints, sous la forme d’orpiment ou de réalgar ; on assure néanmoins qu’il y en a dans les mines de Hongrie , à Kremnitz , à Newsol , etc. La substance de ces arsenics mêlés de soufre est disposée par lames minces ou feuillets , et par ce caractère on peut toujours distinguer 1 orpiment naturel de l’artificiel dont le tissu est plus confus. Le réalgar est aussi disposé par feuillets, et ne diffère de l’orpiment jaune que par sa couleur rouge; il est encore plus rare que l’orpiment ; et ces deux, formes sous lesquelles se présente l’arsenic ne sont pas communes, parce qu’elles ne proviennent que de l’action du feu ; et l’orpiment et le réalgar n’ont été formés que par celui des volcans ou par des incendies de forêts; au lieu que l’arsenic se trouve en grande quantité sous d’autres formes dans presque toutes les mines , et surtout dans celles de cobalt.
Pour recueillir l’arsenic et en éviter en même temps les vapeurs funestes, on construit des cheminées inclinées et longues de vingt à trente toises au-dessus des fourneaux où l’on travaille la mine de cobalt ; et l’on a observé que l’arsenic qui s’élève le plus haut est aussi le pluspui et le plus corrosif. Pour ramasser sans danger cette poudre pernicieuse , il faut se couvrir la bouche et lenez, et ne respirer l’air qu’à travers une toile ; et comme cette poudre arsenicale se dissout dans les graisses et les huiles aussi bien que dans l’eau , et qu’une très-petite quantité suffit pour causer les plus funestes effets , 1®
brieation devrait en être défendue et le cornmerce proscrit.
Los chimistes , malgré le danger, n’ont pas
laissé que de soumettre cette poudre arsenicale
à un giand nombre d épreuves pour la purifier
et la convertir en cristaux ; ils la mettent dans
des vaisseaux de fer exactement fermés, où elle
se sublime de nouveau sur le feu.-
Les vapeurs s’attachent au haut du vaisseau • - | .
DUS MINÉKAUX.
en vaisseaux clos : mais ces cristaux transpa. rents ne sont pas du verre, puisqu’ils sont solubles dans l’eau ; et ce qui le démontre encore, c est que cette même poudre blanche d’arsenic prend cet état de prétendu verre par la voie humide et à la simple chaleur de l’eau bouillante'.
Lorsqu’on veut purger les métaux de l’arsenic qu ils contiennent, on commence par le volatiliser autant qu’il est possible ; mais comme
verre ; et lorsqu’ils veulent faire de l’arsenic jaune ou rouge semblable au réalgar et à l’or piment, ils mêlent cette poudre d’arsenic avec une certaine quantité de soufre pour les sublime] ensemble ; la matière sublimée devient jaune comme 1 orpiment, ou rouge comme le réalgar, selon la plus ou moins grande quantité desoufre qu’on y aura mêlée. Enfin, si l’on fond de nouveau ce réalgar artificiel , il deviendra transpalent et d’un rouge de rubis : le réalgar naturel n’est qu’à demi transparent : souvent même il est opaque et ressemble beaucoup au cinabre. Ces arsenics jaunes et rouges sont, comme l’on voit., d’une formation bien postérieure à celle des mines arsenicales, puisque le soufre est entre dans leur composition et qu’ils ont été sublimés ensemble par les feux souterrains. On assure qu’à la Chine l’orpiment et le réalgar se trouvent en si grandes masses qu’on en a fait des vases et des pagodes : ce fait démontre 1 ’exis-
tence présente ou passée des volcans dans cette partie de l’Asie.
Pour réduire l’arsenic en régule, on en mêle la poudre blanche sublimée avec du savon noir
et même avec de l’huile : on fait sécher cette pâte
humide à petit feu dans un matras , et on augmente le degré de feu jusqu’à rougir le fond de ce vaisseau. M. Bergmann donne la pesanteur spécifique de ce régule dans le rapport de 8310 à 1 ,000 ; ce qui, à 72 livres le pied cube d’eau donne 598 livres $ pour le poids d’un pied cube de régulé d'arsenic. Ainsi la densité de ce régule est un peu plus grande que celle du fer et a peu près égale à la densité de l’acier. Ce régule d’arsenic a, comme nous l’avons dit, plusieurs propriétés communes avec les demi-métaux • il ne s’unit point aux terres ; il ne se dissout point ans eau ; il s’allie aux métaux sans leur ôter 1 éclat métallique; et dans cet état de régule arsenic est plutôt un demi-métal qu’un sel. ’
On a donné le nom de verre d'arsenic aux cristaux qui se forment par la poudre sublimée
surtout au cuivre , et que par le feu de fusion on ne l’en dégage pas en entier , on ne vient à bout de le séparer de la matte que par l’intermède du fer qui , ayant plus d’affinité que le cuivre avec l’arsenic, s’en saisit et en débarrasse le cuivre. On doit faire la même opération et par le même moyen en raffinant l'argent qui se tire des mines arsenicales.