DE L’ARSENIC
Dans l’ordre des minéraux, c’est ici que finissent les substances métalliques, et que commencent les matières salines. La nature nous présente d’abord deux métaux, l’or et l’argent, qu’on a nommés parfaits, parce que leurs substances sont pures , ou toutes deux alliées l’une avec l’autre, et que toutes deux sont également fixes, également inaltérables, indestructibles par l’action des éléments ; ensuite elle nous offre quatre autres métaux , le cuivre , le fer , l’étain et le plomb , qu’on a eu raison de regarder comme métaux imparfaits, parce que leur substance ne résiste pas à l’action des éléments, qu’elle se brûle par le feu, et qu’elle s’altère et même se décompose par l’impression des acides et de l’eau. Après ces six métaux, tous plus ou moins durs et solides, on trouve tout à coup
sière de charbon , et l’exposer à un feu de la dernière v iolence encore ne la trouve-t-on pas réunie en un seul culot , ma en globules disséminés qui vont quelquefois à trente cei tièmes du poids de la mine.
régule de manganèse est à l’eau distillée dans le rappoi de 68.10 à iOOo. Bergman», Opuscules , tonte II , dissertât. U
* Dictionnaire de Chimie , article Manganèse. M. de la Peyrouse dit aussi qu’on peut, faire disparaître et reparaître à la flamme d’une bougie la belle couleur violette que la manganèse donne au verre de Borax. Journal de Physique , août 1780 . pages 156 et suiv.
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une matière fluide , le mercure , qui , par sa densité et par quelques autres qualités , paraît s’approcher de la nature des métaux parfaits, tandisque par sa volatilité et par sa liquidité il se rapproche encore plus de la nature de l’eau. Ensuite se présentent trois matières métalliques, auxquelles on a donné le nom de deïni-mélaux , parce qu’à l’exception de la ductilité ils ressem blent aux métaux imparfaits : ces demi-métaux sont l’antimoine , le bismuth et le zinc , auxquels on a voulu joindre le cobalt, le nickel et la manganèse ; et de même que dans les métaux il y a des différences très-marquées entre les parfaits et les imparfaits, il se trouve aussi des différences très-sensibles entre les demimétaux. Ce nom , ou plutôt cette dénomination, convient assez à ceux qui , comme l’antimoine, le bismuth et le zinc , ne sont point mixtes ou peuvent être rendus purs par notre art : mais il me semble que ceux qui , comme le cobalt, le nickel et la manganèse , ne sont jamais purs , et sont toujours mêlés de fer ou d’autres substances différentes de la leur propre, ne doivent pas être mis au nombre des demi-métaux , si l’on veut que l’ordre des dénominations suive celui des qualités réelles; car en appelant demi-métaux les matières qui ne sont que d’une seule substance , on doit imposer un autre nom a celles qui sont mêlées de plusieurs substances.
Dans cette suite de métaux , demi-métaux et autres matières métalliques , on ne voit que les degrés successifs que la nature met dans toutes les classes de ses productions: mais l’arsenic, qui paraît être la dernière nuance de cette classe des matières métalliques , forme en même temps un degré , une ligne de séparation qui remplit le grand intervalle entre les substances métalliques et les matières salines. Et de même qu’après les métaux on trouve la platine qui n’est point un métal pur , et qui par son magnétisme constant paraît être un alliage de fer , et d’une matière aussi pesante que l’or , on trouve aussi après les demi-métaux le cobalt , le nickel et la manganèse qui , étant toujours attirables à l’aimant , sont par conséquent alliés de fer uni à leur propre substance : l’on doit donc en rigueur les séparer tous trois des demi-métaux, comme on doit de même séparer la platine des métaux , puisque ce ne sont pas des substances pures, mais mixtes ettoutes alliées de fer, quoiqu’elles donnent leur régule sans aucun mélange que celui des parties métalliques qu’elles recè¬
lent; et quoique l’arsenic donne de même son régule , on doit encore le séparer de ces trois dernières matières , parce que son essence est autant saline que métallique.
En effet, l'arsenic qui, dans le sein de la terre, se présente en masses pesantes et dures comme les autres substances métalliques, offre en même temps toutes les propriétés des matières salines; comme les sels, il se dissout dans l’eau ; mêlé comme les salins avec les matières terreuses , il en facilite la vitrification ; il s’unit par le moyen du feu avec les autres sels qui ne s’unissent pas pl us que lui avec les métaux ; comme les sels , il décrépite et se volatilise au feu , et jette de même des étincelles dans l’obscurité ; il fuse aussi comme les sels , et coule en liquide épais sans brillant métallique: il a donc toutes les propriétés des sels ; mais d’autre part son régule a les propriétés des matières métalliques.
L’arsenic , dans son état naturel , peut donc être considéré comme un sel métallique; et comme ce sel , par ses qualités , diffère des acides et des alkalis, il me semble qu’on doit compter trois sels simples dans la nature , l’acide , l’alkali et l’arsenic, qui répondent aux trois idées que nous nous sommes formées de leurs effets , et qu’on peut désigner par les dénominations de sel acide y sel caustique et sel corrosij; et il me paraît encore que ce dernier sel , l’arsenic, a tout autant et peut-être plus d’influence que les deux autres sur les matières que la nature travaille. L’examen que nous allons faire des autres propriétés de ce minéral métallique et salin, loin de faire tomber cette idée , la justifiera pleinement, et même la confirmera dans toute son étendue.
On ne doit donc pas regarder l’arsenic naturel comme un métal ou demi-métal , quoiqu’on le trouve communément dans les mines métalliques , puisqu’il n'y existe qu’accidentellement et indépendamment des métaux ou demi-métaux avec lesquels il est mêlé: on ne doit pas regarder, de même, comme une chaux purement métallique l’arsenic blanc qui se sublime dans la fonte de différents minéraux , puisqu'il n’a pas les propriétés de ces chaux , et qu’il en offre de contraires; car cet arsenic, qui s’est volatilisé, reste constamment volatil, au lieu que les chaux des métaux et, des demi-métaux, sont toutes constamment fixes : de plus , cette chaux , ou plutôt cette fleur d’arsenic, est soluble dans
DES Ml NE H AUX.
tous les acides , et même dans l’eau pure comme les sels, tandis qu’aucune chaux métallique ne se dissout dans l’eau, et n’est même guère attaquée par les acides. Cet arsenic, comme les sels , se dissout et se cristallise au moyen de l’ébullition en cristaux jaunes et transparents : il répand, lorsqu’on le chauffe, une très-forte odeur d’ail ; mis sur la langue, sa saveur est trèsâcre, il y fait une corrosion ; et pris intérieurement, il donne la mort en corrodant l’estomac et les intestins. Toutes les chaux métalliques, au contraire , sont presque sans odeur et sans saveur. Cet arsenic blanc n’est donc pas une vraie chaux métallique, mais plutôt un sel particulier plus actif, plus âcre et plus corrosifque l’acide et l’alkali. Enfin cet arsenic est toujours très-fusible, au lieu que les chaux métalliques sont toutes plus difficiles à fondre que le métal même : elles ne contractent aucune union avec les matières terreuses, et l’arsenic, au contraire, s’y réunit au point de soutenir avec elles le feu de la vitrification; il entre, comme les autres sels , dans la composition des verres ; il leur donne une blancheur qui se ternit bientôt à l’air, parce que l’humidité agit sur lui comme sur les autres sels. Toutes les chaux métalliques donnent au verre de la couleur ; l’arsenic ne leur en donne aucune , et ressemble encore par cet effet aux salins qu’on mêle avec le verre. Ces seuls faits sont , ce me semble , plus que suffisants pour démontrer que cet arsenic blanc n’est point une chaux métallique ni demi-métallique, mais un vrai sel , dont la substance active est d’une nature particulière et différente de celle de l’acide et de l’alkali.
Cet arsenic blanc qui s’élève par sublimation dans la fonte des mines n’était guère connu des anciens 1 , et nous ne devons pas nous féliciter de cette découverte , car elle a fait plus de mal que de bien : on aurait même dû proscrire la recherche, l’usage et le commerce de cette matière funeste, dont les lâches scélérats n’ont que trop la facilité d’abuser. N’accusons pas la nature de nous avoir préparé des poisons et des moyens de destruction : c’est à nous-mêmes , c'est à notre art ingénieux pour le mal qu’on doit la poudre à canon, le sublimé corrosif, l’arsenic blanc tout aussi corrosif. Dans le sein
* La seule indication précise que l’on ait sur l’arsenic se trouve dans un passage d’Avicenne, qui vivait dans le onzième siècle : M. Bergmann cite ce passage par lequel il parait qu’on M connaissait pas alors l'arsenic blanc sublimé. i
de la terre on trouve du soufre et du salpêtre ; mais la nature ne les avait pas combinés comme l’homme, pour en faire le plus puissant instrument de la mort : elle n’a pas sublimé l’acide marin avec le mercure pour en faire un poison • elle ne nous présente l’arsenic que dans un état où ses qualités funestes ne sont pas développées : elle a i ejeté , tecele ces combinaisons nuisibles en même temps qu’elle ne cesse de faire des rapprochements utiles et des unions prolifiques: elle garantit, elle défend, elle conserve, elle renouvelle, et tend toujours beaucoup plus à la vie qu’à la mort.
L arsenic , dans son état de nature , n’est donc pas un poison comme notre arsenic factice1. 1] s’en trouve de plusieurs sortes et de différentes formes, et de couleurs diverses dans les mines métalliques. Il s’en trouve aussi dans les terrains vulcanisés sous une forme différente de toutes les autres, et qui provient de son union avec le soufre : on a donne a cet arsenic le nom d 'orpiment lorsqu’il est jaune, et celui de réalgar quand il est rouge. Au reste, la plupart des mines d’arsenic noires et grises sont des mines de cobalt mêlées d’arsenic ; cependant M. Bergmann assure qu’il se trouve de l’arsenic vierge en Bohême, en Hongrie, en Saxe, etc., et que cet arsenic vierge contient toujours du fer2. M. Monnet dit aussi qu’il s’en trouve en Fiance, à Sainte-Marie-aux-Mines, et que cet arsenic vierge est une substance des plus pesantes et des plus dures que nous connaissions, qui ne se brise que difficilement, et qui présente dans sa fracture fraîche un grain brillant semblable à celui de l’acier ; qu’il prend le poli et le brillant métallique du fer ; que son éclat se ternit bien vite à l’air , qu’il se dissout dans les acides, etc. 3. Si j’avais moins de confiance
4 Hoffmann assure, d’après plusieurs expériences, que l’orpiment et le réalgar naturels ne sont pas des poisons comme l’arsenic jaune et l’arsenic rouge artificiels. Dictionnaire de Chimie, par M. Macquer, article Arsenic.
2 Opuscules chimiques , tome II , pages 278 et 284.
5 M. Monnet ajoute que l’arsenic vierge, dans des vaisseaux fermés, se sublime sans qu’il soit besoin d’y rien ajouter; que combiné avec tous les autres métaux , il donne toujours un régule.... « Uue propriété de l arsenic Vierge , dit-il , est de « s’enflammer, soit qu’on le fasse toucher à des charbons ou à « la flamme; il brûle paisiblement en répandant une épaisse « fumée qui se condense contre les corps froids en un su- « blimé blanc.... et lorsque l’arsenic qui brûle est entière- # ment consumé , il reste un peu de scorie terreuse et fer- « rugineuse.... »
Le lieu où l’on trouve le plus d’arsenic vierge est Sainte- Marie-anx-Mines; il est assez rare partout ailleurs; dans les aimées <7;»S et 1760, il se trouvai Sainte-Marie-aux-Mines
IILSTOIKE iN AT U K ELLE
aux lumières de M. Monnet, je croirais, à cette description, que son arsenic vierge n’est qu’une espèce de marcassite ou pyrite arsenicale : mais ne les ayant pas comparés , je ne dois tout au plus que douter , d’autant que le savant M. de Morveau dit aussi « qu’on trouve de 1 arsenic « vierge en masse informe, grenue, en écailles,
« et friable; de l’arsenic noir mêlé de bitume ,
<< de l’arsenic gris testacé, de l’arsenic blanc « cristallisé en gros cube’. » Mais toutes ces formes pourraient être des décompositions d aisenic , ou des mélanges avec du cobalt et du fer. D’ailleurs , la mine d’arsenic en écailles ni même le régule d’arsenic , qui doit être encore plus pur et plus dense que l’arsenic vierge, ne
une si grande quantité d’arsenic vierge, que pendant plusieurs iours on en tirait des quintaux entiers.... Dans les autres mines comme dans celles de Freyberg , de Saint-Andréasberg-aù-Hartz et dans quelques-unes de Suède , on en a trou\ e par intervalles quelques morceaux... M. Monnet conclut par dire que l’arsenic est une substance particul ère , semi-meta liane si on veut l'envisager par ses propriétés métalliques, ou semi-saline si on veut l’envisager par ses propriétés salines , qui entre comme partie contingente dans les mines, et qui est indifférente à l’intérieur des métaux. Journal de Phys que ,
septembre 1773, pages 191 et suiv.
* Éléments de Chimie , tome I , page 125. — « L arsenic , dit . M. Demeste, est une substance fort commune daus les nn- « nés • elle s’y montre tantôt à la surface d’autres minéraux .
« où elle s’est déposée , soit à l’état de régule , soit à l’état de « chaux : tantôt elle s’y trouve minéralisée , et tantôt elle « exerce elle-même les fonctions de minéralisateur....» Outre le fer que contient la pyrite arsenicale , elle renferme aussi quelquefois du cobalt , du bismuth , même de 1 argent et de Tor Le régule d’arsenié natif est ordinairement noirâtre et terni par l’action de l’air, quoique dans sa fracture récente il soit brillant comme de l’acier. Tantôt il forme des masses écailleuses, solides, assez compactes et sans figure déterminée ; tantôt ce sont des masses granuleuses avec des protubérances, composées de lames très-épaisses, posées en recouvrement les unes sur les autres , et dont les fragments ont par conséquent une partie concave et une partie convexe. Il porte alors le nom d 'Arsenic testcicc. Quand cet arsenic vierge est pur et sans mélange , il n’est point assez dur pour faire feu avec le briquet , mais il est quelquefois mêlé d une petite quantité
fer ou de cobalt, et alors sa dureté est plus considérable.
[.a grande facilité avec laquelle l’arsenic passe à l'état de chaux, et la grande volatilité de celte chaux nous indiquent assez pourquoi l’on rencontre la chaux de ce demi-métal sous la forme d’une efflorescence blanche à la suiface et dans les cavités de certaines mines ; on ne peut même pas douter (.u’eiie ne puisse résulter de la décomposition, soit de la mine d’argent rouge , soit des autres minéraux qui contiennent ce demi-métal.... Cette efflorescence blanche est une chaux
d’arsenic proprement dite....
Le verre natif d’arsenic est d’un blanc jaunâtre , de meme que le verre factice de ce demi-métal ; mais le premier est moins sujet à s’altérer à l’air que le dernier, par la raison sans doute que la combinaison des deux substances qui composent le verre natif y est plus parfaite et plus intime qu elle ne l’est dans le verre d’arsenic que nous piépaions.
Quoi qu’il en soit , le verre natif d arsenic se renconti c à la supei ficie de quelques mines de cobalt et sur quelques produits de volcans; il est quelquefois cristallisé en prismes minces , triangulaires, ou en aiguilles blanches divergentes, etc. Lettres de M. Demeste, tome ÏT, pages 121 et suiv.
sont, pas aussi pesants que le suppose M. Monnet ; caria pesanteur spécifique de ia mine écailleuse d’arsenic n’est que de 57249, et celle du régule d’arsenic de 57633 , tandis que la pesanteur spécifique du régule de cobalt est de 781 1 9, et celle du régule de nickel de 78070. Il est donc certain que l’arsenic vierge n’est pas , à beaucoup près , aussi pesant que ces régules de cobalt et de nickel.
Quoiqu’il en soit, l’arsenic se rencontre dans presque toutes les mines métalliques, et surtout dans les mines d’étain ; c’est même ce qui a fait donner à l’arsenic, comme au soufre, le nom d eminéralisateur . Or, si l’on veut avoir une idée nette de ce que signifie le mot de minéralisation, on ne peut l’interpréter que par celui de l’altération que certaines substances actives produisent sur les minéraux métalliques ; la pyrite, ou si l’on veut le soufre minéral , agit comme un sel par l’acide qu’il contient; le foie de soufre agit encore plusgeneralement par son alkali , et l’arsenic, qui est un autre sel souvent uni avec la matière du feu dans la pyrite , agit avec une double puissance ; et c’est de l’action de ces trois sels acides, alkalis et arsenicaux, que dépend l’altération ou minéralisation de toutes les substances métalliques , parce que tous les autres sels peuvent se réduire à ceux-ci.
L’arsenic a fait impression sur toutes les mines métalliques, dans lesquelles il s est établi dès le temps de la première formation des sels , après la chute des eaux et des autres matières volatiles ; il semble avoir altéré les métaux a l’exception de l’or \ il a produit, avec le soufie pyriteux et le foie de soufre, les mines d'argent rouges, blanches et vitreuses; il est entre dans la plupart des mines de cuivre1, et il adhère très-fortement à ce métal 2 ; il a produit la cristallisation des mines d’étain et de celles de plomb qui se présentent en cristaux blancs et verts; enfin il se trouve uni au fer dans plusieurs pyrites, et particulièrement dans la pyrite blanche que les Allemands appellent mispickel , qui n’est qu’un composé de mine de fer et d une
a La preuve évidente que l'arsenic peut rninéraliser le enivre , c’est qu’il le dissout à froid et par la voie humide , lorsqu'on le lui présente très-divisé , comme en feuilles de livret. Éléments de Chimie , par M. de Morveau , tome II , page 32j.
3 L’arsenic tient très-fortement avec le cuivre , et souvent il se montre dans la matte ou cuivre noir après un grauu
nombre de fontes et de grillages pour lâcher de l’en separei , ce qui dans les mines d’argent tenant cuivre en rend la sep * ration très-difficile. M. Monnet , Journal de Physique , sep-, tembre 1773.
DI S MINERAUX
grande quantité d’arsenic Les mines d’anti moine, de bismuth, de zinc, et surtout celles de cobalt , contiennent aussi de l’arsenic ; presque toutes les matières minérales en sont imprégnées; il y a même des terres qui sont sensiblement arsenicales : aucune matière n’est donc plus universellement répandue. La grande et constante volatilité de l’arsenic, jointe à la fluidité qu’il acquiert en se dissolvant dans l’eau , lui donne la faculté de se transporter en vapeurs et de se déposer partout , soit en liqueur, soit en masses concrètes; il s’attache à toutes les substances qu’il peut pénétrer, et les corrompt presque toutes par l’acide corrosif de son sel.
L’arsenic est donc l’une des substances les plus actives du règne minéral; les matières métalliques et terreuses ou pierreuses ne sont en elles-mêmes que des substances passives ; les sels seuls ont des qualités actives , et le soufre doit être considéré comme un sel , puisqu’il contient de l’acide, qui est l’un des premiers piincipes salins. Sous ce point de vue, les puissances actives sur les minéraux en général semblent être représentées par trois agents principaux, le soufre pyriteux , le foie de soufre et l’arsenic, c’est-à-dire par les sels acides , alka- Ürs et arsenicaux ; et le foie du soufre qui contient 1 alkali uni aux principes du soufre , agit Par une double puissance et altère non-seulement les substances métalliques , mais aussi les matières terreuses.
Mais quelle cause peut produire cette puissance des sels, quel élément peut les rendre actifs , si ce n’est celui du feu qui est fixé dans ces sels? car toute action qui dans la nature ne tend qu’à rapprocher, à réunir les corps, dépend de la force générale de l’attraction , tandis que toute action contraire qui ne s’exerce que pour
1 Le mispickel ou pyrite blanche peut être considéré comme
beaueonn ^ arsenicale> ce métaI y étant ménéralisé par beaucoup d arsenic et un peu de soufre; mais l'arsenic étant
“ Ulje substance métallique particulière, et sa laS
Cf te Pyr|te excédant de beaucoup celle du fer nousnou
;;:eXerlo
t L / , 6 Tencontre en massses . tantôt informes
t tantôt cristallisées de diverses manières... On trouve de fort
^.2e; ^ mispickel à Mumis en Saxe
... J d M' ,e docteur Demeste. tome II, page \ 29.— Et on <es r'» f" ,,Cme 3,SSfZ généralement que le mispickel en mas-
Wem te ÎT^ t Petit°S ,ames l ho^oïdales. ddfèrè DeU ( f,‘ ,™De d arsen,c Srise (pyrite d’orpiment) quantité ni précédente 5 e,le contient une plus grande
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séparer diviser et pénétrer les parties constituantes des corps, provient de eet élément qui, par sa force expansive, agit toujours en sens contraire de la puissance attractive, et seul peut séparer ce qu’elle a réuni, résoudre ce qu’elle a combiné, liquéfier ce qu’elle a rendu solide volatiliser ce qu’elle tenait fixe , rompre en un mot tous les liens par lesquels l’attraction univei selle tiendrait Ja nature enchaînée et plus qu engourdie , si l’élément de la chaleur et du leu qui pénètre j'usque dans ses entrailles n’y entretenait le mouvement nécessaire à tout développement , toute production et toute génération .
Mais , pour ne parler ici que du règne minéial, le grand altérateur , le sel minéralisateur primitif est donc le feu ; le soufre , le foie de soufre , l’arsenic et tous les sels ne sont que ses instruments ; toute minéralisation n’est qu’une altération par division , dissolution , volatilisation, précipitation, etc. Ainsi les minéraux ont pu être altérés de toutes manières, tant par le mélange des matières passives dont ils sont composés que par la combinaison de ces puissances animées par le feu , qui les ont plus ou moins travaillés , et quelquefois au point de les avoir presque dénaturés.
Mais pourquoi, me dira-t-on, cette minéralisation, qui, selon vous, n’est qu’une altération, se porte-t-elle plus généralement sur les matières métalliques que sur les matières terreuses? De quelle cause, en un mot , ferez-vous dépendre ce rapport si marqué entre le minéralisateur et le métal ? Je répondrai que , comme le feu primitif a exercé toute sa puissance sur les matières qu’il a vitrifiées, il les a dès lors mises hors d’atteinte aux petites actions particulières que le feu peut exercer encore parle moyen des sels sur les matières qui ne se sont pas trouvées assez fixes pour subir la vitrification ; que toutes les substances métalliques , sans même en excepter celle de l’or, étant susceptibles d’être sublimées par l’action du feu, elles se sont séparées de lamassedes matières fixes qui se vitrifiaient; que ces vapeurs métalliques reléguées dans l’atmosphère tant qu’a duré l’excessive chaleur du globe, en sont ensuite descendues et ont rempli les fentes du quartz et autres cavités de la roche vitreuse , et que par conséquent ces matières métalliques ayant évité, parleur fuiteet leur sublimation, la grande action du feu , il n’est pas étonnant qu’elles ne puissent éprouver aucune