‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 92 sur 235 · TOPAZE ET RUBIS DU BRÉSIL · texte numérisé non relu

TOPAZE ET RUBIS DU BRÉSIL

Il se trouve au Brésil des pierres transparentes d’un rouge clair, et d’autres d’un jaune trèsfoncé , auxquelles on a donné les noms de rubis et topazes , quoiqu’elles ne ressemblent que par la couleur aux rubis et topazes d’Orient; car leur nature et leur origine sont toutes différent tes : ces pierres du Brésil sont des cristaux vitieux provenant du schorl auquel ils ressemblent par leur forme de cristallisation 1 ; elles

La couleur du péridot est un vert mêlé jaune : celle du béryl ést un vert mêlé de ble et la nature de ces deux pierres nous pan être la même. Les lapidaires ont donné au béi le nom & aigue-marine orientale, et cette pier nous a été assez bien indiquée par les ancien; « Le béryl , disent-ils, vient de l’Inde , et on « trouve rarement ailleurs : on le taille en hex « èdre et à plusieurs faces, pour donner par « reflexion de la lumière plus de vivacité à ; » couleur, et un plus grand jeu à son éclat, ni « sans cela est faible.

« On distingue plusieurs sortes de béryls : h « plus estimés sont ceux dont la couleur est d’u « vert de mer pur, ensuite ceux qu’on appel'] « chrysobéryls, qui sont d’un vert un peu plu

(< Pâle a.vec une nuance de jaune doré . Le

« défauts ordinaires à ces pierres sont les filet « et les taches : Ja plupart ont aussi peu d’e « clat ; les Indiens néanmoins en font grand ca '< a cause de leur grandeur *. » Il n’est pas rar U1 e fet de tr°uver d’assez grandes pierres d jette espèce, et on les distinguera toujours d aigue-marine qui ne leur ressemble que par I; <10U eur’ et CIUI en diffère beaucoup, tant par h (*Ue par ,a densité2. Le béryl, comme b ndot, tire son origine des schoris, et l’aigue manne provient du quartz ; c’est ce qui me

’ p‘ine, liy. XXXVIl.chap. 5.

e>, £ Stes:cifiq,ïe béryl 0U “farine oriental,

«as

se cassent transversalement comme les autres schoris, leur texture est semblable, et l’on ne peut douter qu’elles ne .tirent leur origine de ce verre primitif, puisqu’elles se trouvent, comme les autres cristaux, implantées dans les rochers vitreux. Ces topazes et rubis du Brésil diffèrent essentiellement des vraies topazes et des vrais rubis, non-seulement par ce caractère extérieur de la forme , mais encore par toutes les propriétés essentielles, la densité, la dureté, l’homogénéité et la fusibilité. La pesanteur spécifique de ces pierres du Brésil 2 est fort au-dessous de celle de ces pierres d’Orient : leur dureté, quoique un peu plus grande que celle du cristal de loche, n approche pas de celle de ces pierres précieuses; celles-ci n’ont, comme je l’ai dit, qu’une simple et forte réfraction, au lieu que ces pierres du Brésil donnent une double et plus faible réfraction. Enfin elles sont fusibles à un feu violent, tandis que le diamant et les vraies pierres précieuses sont combustibles , et ne se réduisent point en verre.

La couleur des topazes du Brésil est d’un jaune foncé mêlé d’un peu de rouge ; ces topazes n’ont

1 La topaze du Brésil est en prismes striés ou cannelés à 1 extérieur comme ceux de l’émeraude du même pays , et ces prismes sont ordinairement surmontés d’une pyramide à l’extrémité qui pointe en avant au sortir du rocher auquel leur base est adhérente ; cette structure est constante, mais le nombre de leurs faces latérales varie presque autant que celles des antres schoris.

2 La pesanteur spécifique du rubis d’orient est de 42838 , et celle du rubis du Brésil n’est que de333H. La pesanteur spécifique de la topaze d’orient est de 40I0G, et celle de la topaze du Brésil n’est que de 33368. Tables de ftl. Brisson

HISTOIRE NATURELLE

ni l’éclat ni la belle couleur d’or de la vraie topaze orientale; elles en diffèrent aussi beaucoup par toutes les propriétés essentielles , et se rapprochent en tout du péridot , à l’exception de la couleur , car elles n’ont pas la moindre nuance de vert. Elles sont exactement de la même pesanteur spécifique que les pierres auxquelles on a donné le nom de rubis du Brésil 1 : aussi la plupart de ces prétendus rubis ne sont-ils que des topazes chauffées2; il ne faut, pour leur donner la couleur du rubis-balais, que les exposer à un feu assez fort pour les faire rougir par degrés ; elles y deviennent couleur de rose, et même pourprées : mais il est très-aisé de distinguer les rubis naturels et factices du Brésil des vrais rubis, tant par leur moindre poids que par leur fausse couleur, leur double réfraction et la faiblesse de leur éclat.

Ce changement de jaune en rouge est une exaltation de couleur que le feu produit dans presque toutes les pierres teintes d’un jaune foncé. Nous avons dit , à l’article des marbres, qu’en les chauffant fortement lorsqu’on les polit, on fait changer toutes leurs taches jaunes en un rouge plus ou moins clair. La topaze du Brésil offre ce même changement du jaune en rouge, et M. de Fontanieu, l’un de nos académiciens, observe qu’on connaît en Bohème un verre fusible d’un jaune à peu près semblable à celui de la topaze du Brésil , qui , lorsqu’on le fait chauffer, prend une couleur rouge plus ou moins foncée, selon le degré de feu qu’on lui fait subir 3.

4 La pesanteur sj. écilique du rubis du Brésil est de 3331 I , et celle de la topaze du Rrésil est de 33363. Tables de M. Brisson.

a On sait depuis longtemps que les pierres précieuses orientales peuvent souffrir une très-forte action du feu sans que leur couleur soit altérée , et qu’au contraire les occidentales y perdent en très-peu de temps la leur, et deviennent semblables à du cristal si elles sont transparentes, ou d’un blanc mat si elles sont opaques ; mais on ignorait que la topaze du Brésil ne pouvait être comprise dans aucun de ces deux genres dont nous venons de parler ; elle a la singulière propriété de quitter au feu sa couleur jaune et d’y devenir d’une couleur de rose semblable à celui du rubis-balais , et d’autant plus vif que le jaune de la pierre était plus sale et plus foncé. I.e procédé est des plus simples; il ne s’agit que de placer la topaze dans un petit creuset rempli de cendres , et pousser le feu par degrés jusqu’à faire rougir le creuset , et après l’avoir entretenu quelque temps dans cet état, de le laisser s’éteindre; quand le tout sera refroidi , on la trouvera convertie en un véritable rubis-balais; nous disons convertie, car il n’est pas possible d'apercevoir la moindre différence entre le rubis-balais naturel et ceux-ci. C'est ce qui avait porté plusieurs joailliers qui savaient ce secret , à en faire un mystère, et cest à M. Dumelle, orfèvre , qui l’a communiqué à M. Guettard , que l'Académie en doit la connaissance. Histoire de l’Académie des Sciences , année 1747, page 32.

* Art d'imiter les pierres précieuses ; Paris, 1778, page 28.

Au reste, la topaze du Brésil, soit qu’elle ait conservé sa couleur jaune naturelle, ou qu’elle soit devenue rouge par l’action du feu, se distingue toujours aisément de la vraie topaze et du rubis-balais par les caractères que nous venons d’indiquer : nous sommes donc bien fondés à les séparer des vraies pierres précieuses, et à les mettre au nombre des stalactites du schorl, d’autant que leur densité les en rapproche plus que d’aucun autre verre primitif1.

Je présume, avec l’un de nos plus savants chimistes, M. Sage, que le rubis sur lequel on a fait à Florence des expériences au miroir ardent n’était qu’un rubis du Brésil , puisqu’il est entré en fusion, et s’est ramolli au point de recevoir sur sa surface l’impression d’un cachet, et qu’en même temps sa substance fondue adhérait aux parois du creuset : cette fusibilité provient du schorl qui constitue l’essence de toutes ces pierres du Brésil 2 ; je dis de toutes ces pierres , parce qu’indépendamment des émeraudes, saphirs, rubis et topazes dont nous venons de

4 La pesanteur spécifique du schorl vert ou olivâtre est de 34529, et celle du rubis du Brésil de 3531 1 .

3 C’est aussi le sentiment d'un de nos meilleurs observateurs C M. Romé de Lisle , dont l’ouvrage vient de me tomber entre les mains). Les topazes brutes, dit-il, qui nous arrivent du Brésil , ne conservent ordinairement qu’une seule de leurs pyramides , l'autre extrémité est ordinairement terminée par une surface plane rhomboïdale qui est l'endroit de la cassure qui se fait aisément et transversalement. On y distingue facilement le tissu lamelleux de ces cristaux. La position de leurs lames est perpendiculaire à l'axe du prisme, et conséquemment dans une direction contraire aux stries de la surface qui sont toujours parallèles à l’axe de ce même prisme. Souvent les deux pyramides manquent , mais c’est toujours par des ruptures accidentelles. L'extérieur de ces cristaux présente des cannelures parallèles à l’axe.

La topaze, le rubis et le saphir du Bré.-il ont beaucoup de rapport avec les schorls et les tourmalines par leur contexture , leur cannelure , et par la variation dans les plans du prisme et des pyramides , qui rend souvent leur cristallisation indéterminée.

La topaze du Brésil a rarement la belle couleur jonquille de la topaze d'Orient, mais elle est souvent d'un jaune pâle et même entièrement blanche.

Celle dont la couleur très-foncée tire sur l'hyacinthe est la plus propre à convertir par le feu en rubis du Brésil, mais il y a aussi des rubis du Brésil naturels , souvent avec une légère teinte de jaune , que les Portugais appellent topazes rouges.

Les plus beaux sont d’un rouge clair ou de la teinte que l’on désigne par le nom de balais. Ceux qu’on fait en exposant au feu la topaze du Brésil enfumée sont d’un rouge violet p'.us ou moins foncé.

Quant aux saphirs du Brésil , il s’en trouve depuis le bieu foncé de l’indigo jusqu'au blanc bleuâtre.

Le tissu feuilleté de ces gemmes fait qu’on les taille aussi quelquefois de manière à produire cette réfraction de la lumière (pii caractérise les pierres chatoyantes. De là le rubis chatoyant , le saphir œil de chat et les chatoyantes jaunes, vertes, brunes, etc., du Brésil et autres lieux. Cristallographie par M. Romé de Lisle , tome II , pages 23* et suiv.

DES MINERAUX

parler, il se trouve encore au Brésil des pierres blanches transparentes qui sont de la même essence que les rouges, les jaunes, les bleues et les vertes.

Page 1