‹ Œuvres complètes de BuffonChapitre 96 sur 235 · HYACINTHE · texte numérisé non relu

HYACINTHE

Après le grenat se présente l’hyacinthe, qui appro:he de sa nature , et qu’on doit aussi regarder comme un produit, de schorl mêlé de substances métalliques. L’hyacinthe se trouve dans les mêmes lieux que le grenat, elle donne de même une double réfraction ; ces deuxpierres cristallisées se rencontrent souvent ensemble dans les mêmes masses de rochers 3 : on doit donc la rapporter aux cristaux vitreux, et c’est,

qu’en les plaçant entre l’œil et la lumière.... Les grenats de Silésie sont ordinairement d’une qualité très-médiocre. Encyclopédie, article Grenat.

* M. Crantz met le grenat du Groenland dans la classe du quartz, parce qu'il se trouve dans les fentes de rochers quai tzeux, en morceaux de grandeur et de formes inégales. Mais comme il est très-dur et d’un rouge transparent qui tire sur le violet, les lapidaires le rangent parmi les rubis. C’est dommage (ju’ii soit si fragile, et qu’on n’en puisse conserver (pie de la grosseur d’une fève quand on le met en œuvre. Histoire des Voyages, tome XIX, page 29.

2 Le royaume de Golconde produit beaucoup de grenats. Histoire générale des Voyages, tome IX, page 517. — Vers les montagnes du Thibet, qui sontrancicn Caucase, dans les terres d’un raja, au delà du royaume de Cachemire, on connaît trois montagnes dont l’une produit des grenats. Idem* tome X,

s Cette pierre hyacinthe, aussi commune que le grenat (que souvent elle accompagne), peut sans doute, ainsi que celui-ci. se rencontrer dans les deux Indes aussi fréquemment qu’en Europe ... H y a des grenats qui ont la couleur de l'hyacinthe, et il y a des hyacinthes qui ont celle du grenat ; mais cc< deux pierres diffèrent beaucoup l’une de l'autre par la forint et la gravité spécifique.... La dureté de l'hyacinthe l'emporte sur celle du grenat, mais trop peu ; 2° la gravité spécifique du grenat est supér eure à celle de l'hyacinthe.... L’hyacinthe est fusible au degré de feu qui met le grenat en fusion. Essai de Cristallographie, par 31. Romé df Lisle, tome II, page 283 et suivantes.

HISTOIRE NATURELLE

après le grenat, la pierre vitreuse la plus dense1 . Sa couleur n’est pas franche, elle est d’un rouge plus ou moins mêlé de jaune ; celles dont cette couleur orangée approche le plus du rouge, sont les plus rares et les plus estimées : toutes perdent leur couleur au feu, et y deviennent blanches, sans néanmoins perdre leur transparence, et elles exigent pour se fondre un plus grand degré de feu que le grenat2. On voit des hyacinthes en très-grande quantité dans les masses de roches vitreuses , et autres matières rejetées par le Vésuve 3, et ces pierres se trouvent non-

1 La pesanteur spécifique de l'hyacinthe est de 56873, el celle du grenat syrien de 40000.

2 Cette pi< rre est d’un rouge tirant sur lejaune, c’est-à dire d’une couleur plus ou moins approchante de celle de l’orangé, Lorsqu on expose 1 hyacinthe à 1 action d’un feu assez violent , elle pei d sa couleur et conserve sa transparence, ce qui prouve <pie la substance qui la colore est volatile : si on laisse les cristaux exposés trop longtemps à l’action du feu, ils s’y vitrifient sans intermède, au moins à leur surface; car ils adhèrent alors en’re eux et aux parois du creuset. La pierre qui porte le nom de jargon , n’est autre cho e que l’hyacinthe blanchie au feu poui imiter le diamant. Lettres du docteur Demeste , etc. , tome I, page 4 12. — La couleur de cette pierre est d’un rouge tirant sur le jaune , ce qui la rend plus ou moins transparente ; elle entre totalement en fusion au feu , elle est plus légère et plus tendre que le g enat , aussi la lime a-t-elle facilement de la prise sur elle. On a ,

1° L hyacinthe d’un jaune rougeâtre, ou l’hyacinthe orientale : on la trouve en Arabie, à Cananor, à Calecut et à Camhoye; la couleur de celte belle hyacinthe est d’un rouge faible d ecarlate ou de cornaline , ou de vermillon, tirant sur le ruh s ou plutôt sur le grenat, au travers de laquelle on remarque ordinairement une légère nuance de violet-colombin ou d’améthyste ; elle est très-resplendissante , dure , et reçoit un poli vif;

2° Ij hyacinthe d'un jaune de safran , ou l’hyacinthe occidentale : elle est moyennement dure, d’une couleur plus satranee, plus orangée, et bien moins éclatante que la précédente; elle ressemble quelquefois à la (leur du souci ou à la fleur d hyacinthe, et nous vient du Portugal;

5° L’hyacinthe d’un blanc jaunâtre : elle’ a beaucoup de i essemblance avec l’agate ou avec le succin qui est d’un blanc jaunâtre ,

4° L hyacinthe couleur de miel ou d’hyacinthe miellée : allant la précédente ressemble au succin autant celle-ci ressem- » c au miel, tant par sa couleur que par son éclat qui est faible rf e,rne : cesdeuxdern ères sortes d’hyacinthe sont peu dures, peu transparentes, mal nettes, pleines de grains ou de petites aches qui les font tailler à facettes pour en cacher les défauts •

, , “ sou'iennent bien moins de temps an feu que les orien¬

tales. Elfos nous viennent de la Silésie et delà Bohême

Ce qu’on appelle jargon ci Auvergne , sont de petits cristaux a aeettes et colorés ; bien des gens les regardent comme aes primes d’hyacinthes, ils sont brillants et très-petits. On c> renconti’e communément daus le Vivaraisprès du Puy. i On nous apporte de Compostelle en Espagne . sous le nom d hyacinthes, des pierres rouges opaques, qui ont une figure l„ terminée et qui ne sont que des cristaux. Minéralogie de jBomare, tome I, pages 246 et suivantes.

H y a des hyacinthes blanches, soit en cristaux solitaires . ™.Srorl,pfs : vcos dernières viennent des bases de la Somma Somma' a «« 'froc}?e .qu' sm ùo gangue aux hyacinthes de la 3 ' ! V* °" m0ins (*e l’aclion du Ten , maison

Mie est fort peu dénaturée. La couleur de ceshyacin-

seulement en Italie, dans les terrains volcanisés, mais aussi en Allemagne, en Pologne, en Espagne, en France, et particulièrement dans le Vivarais et l’Auvergne { : il y en a de toutes les teintes , de rouge mêlé de jaune , ou de jaune mêlé de brun ; il y en a même des blanches, qu’on connaît sous le nom de jargons 2. R s’en trouve aussi d’un jaune assez rouge pour qu’on s’y trompe en les prenant pour des grenats ; mais la plupart sont d’un jaune enfumé, et même brunes ou noirâtres. Elles se trouvent quelquefois en groupes, et souvent en cristaux isolés 3 ; mais les unes et les autres ont été détachées du rocher où elles ont pris naissance comme les autres cristaux vitreux. M. Rome de Lisle dit avec raison : « Que l’on donne quel- « que foi s le nom d'hyacinthe orientale à des « rubis d’Orient de couleur orangée , ou à des

thés tire plus ou moins sur le brun ; les unes sont dans de» gangues argileuses micacées plus ou moins cuites; les autres dans des masses de grenats dodécaèdres à bords tronqués , d’aulres sont eniremêlés de schorls prismatiques, de scliorls dodécaèdres Tît même de spath calcaire.

Il y a au Vésuve des liyacinthrs, les unes en groupes les autres en cristaux solitaires; il y en a de brunes, de verdâtres, etc. ; leur couleur la plus ordinaire est un jaune foncé mêlé de rougeâtre, mais qui tire souvent sur le verdâtre ou le noirâtre.

On les trouve non-seulement au Vésuve, mais encore parmi certaines éruptions des anciens volcans éteints de l’Ital e , et même d’antres contrées....

Elles ne sont point un produit du feu des volcans, comme M. Ferber le dit en plusieurs endroits de ses Lettres sur l’Italie, en confondant ces hyacinthes, tantôt avec les schorls, tantôt avec 1 émail ou verre de volcan si connu sous le nom de pierre obsidienne ; mais elles faisaient partie des roches primitives du second ordre, qui se sont trouvées dans la sphère d’activité du foyer volcanique.

Il se trouve des hyacinthes blanches en croix par la réunion de quatre de leurs crista x simples parallèlement à leur longueur. (On peut observer que cette figuration est encore un caractère commun à l'hyacinthe et au schorl dont les cristaux se trouvent souvent croisés les uns sur les autres.) Cristallographie, par M. Borné de Lisle, tome II, page 289 et suiv.

1 Use trouve des hyacinthes d’un beau rouge de vermeil ou de grenat. M Fanjas de Saint Fond lésa trouvées dans un ruisseau à un quart de lieue du Puy en Vélay. Idem, page 288.

2 J’ai trouvé ; armi les grenats d’Expailly (pays volcanique du ^ élay) . de véritables hyacinthes, d’un jaune tirant sur le rouge, cristallisées à prismes quadrilatères obîongs. terminés à 1 un et à l’autre bout par une pyramide à quatre côtés. J’en possède une qui a un pouce de longueur sur six lignes de diamètre, mais qui nia point de pyram de. On appelle ces hyacinthes jargons d'hyacinthes du Puy. Recherches sur les volcans éteints, parM. Faujas de Saint-Fond, page 187.

0 Ces hy cinthes jaunâtres sont assez souvent groupées dans les cavités des roches quartzeuses au feld-spathiques qui ont été détachées des entrailles du volcan, sans avoir trop souffert de l’action du feu. Cette action a bien été assez violente pour les altérer plus ou moins, mais non pour les dénaturer entièrement. Les angles des cristaux ou t conservé leur tranchant , les faces h ur poli , et le quartz ou feld-spath sa blancheur et sa solidité. Lettres du docteur Demeste, tome f, page 4f6.

DES MINERAUX. m

tricité que le feu leur communique se manifeste

« jargons de Ceylan , dont la teinte jaune est « mêlée de rouge , de même qu'on donne aussi « quelquefois aux topazes orangées du Brésil , « le nom d’ hyacinthe occidentale ou de Portu- « gai; mais l’hyacinthe vraie ou proprement « dite est une pierre qui diffère de toutes les « précédentes , moins par sa couleur qui est « très- variable, que par sa forme, sa dureté et * sa gravité spécifique 1 . »

Et en effet , quoiqu’il n’y ait à vrai dire qu’une seule et même essence dans les pierres précieuses , et que communément elles soient teintes de rouge , de jaune ou de bleu , ce qui nous les fait distinguer par les noms de rubis , topazes et saphirs , on ne peut guère douter qu’il ne se trouve aussi dans les climats chauds des pierres de même essence , teintes de jaune mêlé d’un peu de rouge, auxquelles on aura donné la dénomination d 'hyacinthes orientales; d’autres teintes de violet, et même d’autres de vert, qu’on aura de même dénommées améthystes et émeraudes orientales : mais ces pierres précieuses , de quelque couleur qu’elles soient , seront toujours très- aisées à distinguer de toutes les autres par leur dureté, leur densité, et surtout par l’homogénéité de leur substance qui n’admet qu’une seule réfraction, tandis que toutes les pierres vitreuses dont nous veuons de faire rénumération sont moins dures, moins denses , et en même temps sujettes à la double réfraction.

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