‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-Hilaire (volume 2)Chapitre 131 sur 304 · EXPÉRIENCES SUR LES EFFETS DE LA CHALEUR OBSCURE · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES SUR LES EFFETS DE LA CHALEUR OBSCURE

Pour reconnaître les effets de la chaleur obscure, c'est-a-dire de la chaleur privée de ‘Jumière, de la flamme et du feu libre , autant qu'il est possible , ai fait quelques ex-

ériences en grand , dont les résultats m'ont paru très-intér ts.

PREMTÉS XPÉRIENCE.

On a commencé , sur la fin d’août 1772, à

mettre des braises ardentes dans le creuset du grand fourneau, qui sert à fondre la mine de fer pour la couler en gueuses ; ces braises ont achevé de sécher les mortiers, qui étaient faits de glaise mêlée par égale portion avec du sable vitrescible : le fourneau avait 23 pieds de hauteur. On a jeté par le gueulard (c’est ainsi qu'on appelle l'ouverture supérieure du fourneau) les charbons ardents que l'on tirait des petits fourneaux d'expériences ; on a mis successivement une assez grande quantité de ces braises pour remplir le bas du fourneau jusqu'à la cuve (c’est ainsi qu'on appelle l'endroit de la plus grande capacité du fourneau); ce qui, dans celui-ci, montait à 7 pieds 2 pouces de hauteur perpendiculaire depuis le fond du creuset. Par ce moyen , on a commencé de donner au fourneau une chaleur modérée qui ne s’est pas fait sentir dans la partie la plus élevée.

Le 10 septembre, on a vidé toutes ces braises réduites en cendres par l'ouverture du creuset ; el lorsqu'il a été bien nettoyé, on y à mis quelques charbons ardents et d'autres charbons par-dessus, jusqu'à la quantité de 600 livres pesant ; ensuite , on a laissé prendre le feu , et le lendemain { 1 septembre , on a achevé de remplir le fourneau avec 4800 livres de charbon : ainsi , H contient en tout 5400 livres de charbon , qui y ont été portées en cent trente-einq corbeilles de 40 livres chacune , tare faite.

On a laissé pendant ce temps l'entrée du creuset ouverte, et celle de la tuyère bien bouchée, pour empêcher le feu de se communiquer aux soufflets. La première impression de la grande chaleur , produite par le

an “3 long séjour des braises ardentes et par cette première combustion du charbon , s’est marquée par une petite fente qui s'est faite dans la pierre du fond à l'entrée du crèuset, et par une autre fente qui s'est faite dans la pierre de la tympe. Le charbon, néanmoins, quoique fort allumé dans le bas, ne l'était encore qu'à une très-petite hauteur, et le fourneau ne donnait au gueulard qu'assez peu de fumée , ce même jour 12 septembre, à six heures du soir ; car cette ouverture supérieure n'était pas bouchée, non plus que l'ouverture du creuset. F

A neuf heures du soir du même jour, la flamme a percé jusqu'au-dessus du fourneau, et comme elle est devenue très-vive en peu de temps , on a bouché l'ouverture du creuset à dix heures du soir. La flamme, quoique fort ralentie par cette suppression du courant de l'air, s'est soutenue pendant la nuit et le jour suivant ; en sorte que le lendemai 13 septembre, NE quatre heures du soir, le chien x à baissé d'un peu plus de 4 pieds. On a rempli ce vide, à cette même heure, avec onze corbeilles de charbon , pesant ensemble 440 livres : ainsi, le fourneau a été chargé en tout de 5840 livres de charbon. Æ:

Ensuite on a bouché l'ouverture supérieure du fourneau avec un large couvercle de forte tôle , garni tout autour du mortier de glaise et sable mêlé de poudre de charbon , et chargé d'un pied d'épaisseur de cette poudre de charbon mouillée. Pendant que l'on bouchait , on a remarqué que la flamme ne laissait pas de retentir assez fortement dans l’intérieur du fourneau ; mais en moins d'une minute la flamme a cessé de retentir, et l’on n'entendait plus aucän bruit ni murmure, en sorte qu'on aurait pu penser que l'air n'ayant point d'accès dans la cavité du fourneau , le feu y était entièrement étouffé. F3 ‘ |

On a laissé le fourneau ainsi bouché tout, tant au-dessus qu'au-dessous , le 13 septembre jusqu'au 28 du même mo

c'est-à-dire pendant quinze jours. J'ai Te-

ur, ee ol

marqué pendant ce temps que, quoiqu'il n’y eût point de flamme dans le fourneau, ni même de feu lumineux, la chaleur ne laissait pas d'augmenter et de se communiquer autour de la cavité du fourneau.

Le 28 septembre , à dix heures du matin , on a débouché l'ouverture supérieure du fourneau avec précaution , dans la crainte d'être suffoqué par la vapeur du charbon.

J'ai remarqué, avant de l'ouvrir, que la chaleur avait gagné jusqu'à 4 pieds + dans l'épaisseur du massif qui forme la tour du fourneau. Cette chaleur m'était pas fort grande aux environs de la bure (c'est ainsi qu’on appelle la partie supérieure du fourneau quis’élève au-dessus de son terre-plein); mais, à mesure qu'on approchait de la cavité, les pierres étaient déjà si fort échauffées , qu'il n'était pas possible de les touchér un instant. Les mortiers dans les joints des pierres étaient en partie brûlés ; et il paraissait que la chaleur était beaucoup plus grande encoxe dans le bas du fôurneau ; car les pierres du dessus de la tympe et de la tuyère étaient excessivement chaudes dans toute leur épaisseur jusqu'à 4 ou 5 pieds.

Au moment qu'on a débouché le gueulard du fourneau , il en est sorti une vapeur suffocante , dont il a fallu s'éloigner, et qui n'a pas laissé de faire mal à Ja tête à la plupart desassistants, Lorsqie celte vapeur a été dissipée, on a mesuré de combien Je charbon , enfermé et privéd'air courant pendant quihze jours avait diminué , et l'on a trouvé qu'il avait baissé de 14 pieds 5 pouces de hauteur ; en sorte que le fourneau était vide dans toute sa partie supérieure jusqu'auprès

de la cuve.

Ensuite , j'ai observé la surface de ce charbon, et j'y ai vu une petite flamme qui venait de naître ; il était absolument noir et sans flafnme auparavant. En moins d'une heure, cette petite flamme bleuâtre est devenue rouge dans le centre , et s'élevait alors d'environ 2 pieds au-dessus du charbon.

Une heure après avoir débouché le gueulard , j'ai fait déboucher l'entrée du creuset. La première chose qui s'est présentée à cette ouverture n'a pas été du feu , comme on aurait pu le présumer, mais des scories prove-

nant du charbon , et qui ressemblaient à du mächefer léger : ce mâchefer était en assez

+ gände quantité, et remplissait tout l'intérieur du creuset, depuis la tympe à la rus-

tine; et ce qu'il y a de plus singulier, c'est que , quoiqu'il né se fût formé que par une

- effets de cette chaleur obscure et concentré

DES MINÉRAUX

grande chaleur, il avait intercepté cette” même chaleur au-dessus du creusèt , en sorte" à que les parties de ce mâchefer qui étaient au fond n’étaient, pour ainsi dire, que tiè- ,, des; néanmoins elles s'étaient attachées au fond et aux parois du creuset, et elles en avaient réduit en chaux quelques portions.

jusqu'à plus de trois ou quatre pouces de d profondeur. 4 J'ai fait tirer ce mâchefer et l’ai faitmettre à part pour l'exarminer; on a aussi tiré de 1 chaux du creuset et des environs , qui ‘ta en assez grande quantité. Cette calcinations qui s'est faite par ce feu sans flamme , m'a” paru proyenir en partie de l'action de ces scories du charbon, ai pensé que ce fe "3 sourd et sans flamme était trop sec; et je.

crois que si j'avais mêlé quelque portion À : laitier ou de terre vitrescible avec le charbom" celte terre aurait servi d'aliment à la € leur, et aurait rendu des matières fondant qui auraient préservé de la calcination surface de l'ouvrage du fourneau. “à Quoi qu'ilen soit, il résulte de cette expé:

rience que la chaleur seule, c'est-à-dire 1 chaleur obscure , renfermée et privée d':

autant qu'il est possible, produit néanmoi avec le temps des effets semblables à ceux’ feu le plus actif et le plus lumineux : on Sail qu'il doit être violent pour calciner la pier ré Ici, c'était de toutes les pierres calcaires 14 moins €aleinable , c'est-à-dire la plus bi 72 tante au feu , que j'avais choisie pour faire” construire l'ouvragè et la cheminée de nt F fourneau : toute cette pierre d'ailleurs avai été taillée et posée avec soin; les plus petits quartiers avaient un pied d'épaisseur, ua pied et demi de largeur, sur trois et quatre pieds de longueur ; et dans ce gros’ volum pierre est encore bien plus difficile à calciner

que quand elle est réduite en moellons. Cependant, cette seule chaleur a non-seulement calciné ces pierres à près d’un demi-pied « | 4 profondeur dans la partie-la plus étroite la plus froide du fourneau, mais encore brûlé en même temps les mortiers faits de glaise et de sable sans les faire fondre; ee que j'aurais mieux aimé , parce qu'alors les joints de la bâtisse du fourneau se seraiél conservés pleins, au lieu que la chaleur ayant suivi la route de ces joints, a e:

calciné les pierres sur toutes les fi Joints. Mais, pour faire mieux entend je dois observer : Loque le massif du four- neau étant de 28 pieds d'épaisseur de deux

er

à La se

et de 24 pieds d'épaisseur des deux faces , et la cavité où était contenu le

charbon n'ayant que 6 pie: dans sa plus grande largeur, les murs Pp reredépierÀ nent cette cavité avaient [9 pieds d paisseur de maçonnerie à chaux et sable aux parties les moins épaisses; que 2 Far éd | = as supposer qu'il ait passé de l’a pe AA PT we de 9 pieds ; 2° que cette avité qui contenait le charbon ayant été ouchée en bas à l'endroit de la coulée avec ‘un mortier de glaise mêlé de sable d’un pied d'épaisseur, et à la tuyère qui n’a que quels pouces d'ouverture, avec ce même mortier- dont on se sert pour tous les bouchages, ésumer qu'il ait pu entrer de l'air par ces deux © vel tures ; 3° que le gueuayant de même été fermé avec une plaque de forte tôle lutée, et recouverte avec le même mortier, sur environ six pouces d'épaisseur , et encore environnée et surmontée de poussière de charbon mêlée avec ce mortier, sur six autres pouces de hauteur, tout accès à l'air par cette dernière ouverture était interdit. On peut donc assurer qu'il n'y avait point d'air circula nt dans toute cette cavité, dont la capacité était de 330 pieds cubes , et que l'ayant remplie de 5400 livres de charbon , le feu étouffé dans cette cavité n’a pu se nourrir que de la petite antité d’air contenue dans les intervalles que laissaient entre eux les morceaux de charbon ; et , comme cette matière jetée l'une sur l’autre laisse de très-grands vides , upposons moitié ou même trois quarts , il n'y a donc eu dans cette cavité que 165 ou tout au plus 248 pieds cubes d’air, Or, le feu du fourneau , excité par les soufllets " consomme cette quantité d'air en moins d une demi-minute ; el cependant il semblerait qu'elle a sufli pour entretenir pendant quinze jours la chaleur, et l'augmenter à peu près au même point que celle du feu libre > Puisqu’elle a produit la calcination des pierres à quatre pouces de profondeur dans le bas, et à plus de deux pieds de profondeur dans Je milieu et dans toute l'étendue du fourneau, ainsi que nous le dirons tout - à -l'heure.

Comme cela me paraissait assez inconcevable , j'ai d'abord pensé qu'il fallait ajouter à ces 248 pieds cubes d'air, contenus dans la cavité du fourneau , toute la vapeur de 1 humidité des murs que la chaleur concentrée ‘a pu manquer d'attirer, et de laquelle il ak ible de faire une juste esti-

n'est guère possi « :

be Ce sont là les seuls aliments, soit

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