‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-Hilaire (volume 2)Chapitre 192 sur 304 · LA FORCE DU BOIS · texte numérisé non relu

LA FORCE DU BOIS

Le principal usage du bois dans les bätiments et dans les constructions de toute espèce est de supporter des fardeaux': la pratique des ouvriers qui l'emploient n'est fondée que sur des épreuves , à la vérité souvent réitérées, mais toujours assez grossières; ils ne connaissent que très-imparfaitement la force et la résistance des matériaux qu'ils mettent en œuvre : j'ai tàché de déterminer avec quelque précision , Ja force du bois, et j'ai cherché les moyens de rendre mon travail utile aux constructeurs €t aux charpentiers. Pour y parvenir, j'ai été obligé de faire rompre plusieurs poutres et plusieurs solives de différentes longueurs. On trou-

particulières quimepar ssent avoir échappé ‘aux physiciens qui se sont occupés de ces matières. ' a Me 7

Un arbre est un corps organisé, dont la structure n’est point encore bien connue :

les expériences de Grew , de Malpighi, et surtout celles de Hales : ont, à la. vérité ; donné de grandes lumières sur l'économie végétale, et il faut avouer qu'on leur doit

. presque tout ce qu'on sait en ce genre ; mais

. dans ce genre , comme dans tous les autrés,, on ignore beaucoup plus de choses qu'on

m'en sait. Je ne ferai point ici la description anatomique des différentes parties d'un arbre , cela serait.inutile pour mon dessein : il me suflira de donner une idée de la manière dont les arbres croissent , et de la façon dont le bois se forme.

Une semence d'arbre, un gland qu'on jette en terre au printemps ; produit ; au bout de quelques semaines , un petit Jet tendre et herbacé , qui augmente , s'étend » grossit , durcit, et contient déjà; dès la fin de la première année, un filet de substance | HA gneuse. À l'extrémité de ce petit arbre, est un bouton qui s’épanouit l'année suivante, et dont il sort un second jet, semblable à celui

é at P - » LE D t ois et de que ues circonstances

de la première année , mais plus vigoureux , qui grossit et s'étend davantage , durcit dans le même temps, et produit un autre bouton qui contient le jet de la troisième année , et ainsi des autres, jusqu'à ce que l'arbre soit parvenu à toute sa hauteur : chacun de ces boutons est une espèce de germe qui contient le petit arbre de chaque année. L’accroissement des arbres en hauteur se fait donc par plusieurs productions semblables et annuelles, de sorte qu'un arbre de cent

pieds de haut est composé, dans sa longueur,

a sa pétits arbres mis bout à bout , dont leplus long n'a souvent pas deux pieds de hauteur. Tous ces petits arbres de chaque année ne changent jamais dans leurs dimensions ; ils existent dans un arbre de cent ans sans avoir grossi ni grandi; ils sont seulement devenus plus solides. Voilà comment se fait l'accroissement en hauteur ; l'accroissement en grosseur en dépend. Ce bouton qui fait le sommet du petit arbre de la première année, tire sa nourriture à travers la substance et le corps même de ce petit arbre , mais les principaux canaux qui servent à conduire la séve se trouvent entre l'écorce et le filet ligneux ; l'action de cette séve en mouvement dilate ces canaux et les fait grossir, tandis que le bouton , en s'élevant, les tire et les alonge ; de plus, la séve, en y coulant continuellement , y dépose des parties fixes qui en augmentent la solidité ; ainsi, dès la seconde année , un petit arbre contient déjà dans son milieu un filet ligneux en forme de cône fort alongé, qui est la production en bois de la première année, et une couche ligneuse aussi conique qui enveloppe ce premier filet et le surmonte , et qui est la production de la seconde année. La troisième couche se forme comme la seconde ; il en est de même de toutes les autres qui s'enveloppent successivement et continuement : de sorte qu'un gros arbre est un composé d'un grand nombre de cônes ligneux qui s'enveloppent et se recouvrent tant que l'arbre grossit; lorsqu'on vient à l’abattre , on compte aisément sur la coupe transversale

du trame le nombre de ces cônes , dont les sections forment des cercles ou plutôt des couronnes concentriques , et on reconnaît l’âge de l'arbre par le nombre de ces couronnes, car elles sont distinctement séparées les unes des autres. Dans un chêne vigoureux, l'épaisseur de chaque couche ou couronne est de deux ou trois lignes : cette épaisseur est d'un bois dur et solide ; mais la substance qui unit ensemble ces couronnes , dont le prolongement forme les cônes ligneux , n'est pas à beaucoup près aussi ferme ; e’est la partie faible du bois , dont l’organisation est différente de celle des cônes ligneux , et dépend de la façon dont ces cônes s’attachent et s'unissent les uns aux autres , qué nous allons expliquer en peu de mots. Les canaux longitudinaux qui portent la nourriture au bouton , non -seulement prennent de l'étendue et acquièrent de la solidité par l’action et le dépôt de la séve, mais ils cherchent encore à s'étendre d'une autre façon ; ils se ramifient dans toute leur longueur et poussent de petits filaments comme de petites branches, qui d'un côté vont produire l'écorce, et de l’autre vont s'attacher au bois de l’année précédente , et forment, entre les deux couches du bois ,un tissu spongieux qui, coupé transversalement , même à une assez grande épaisseur, laisse voir plusieurs petits trous, à peu près comme on en voit dans de la dentelle. Les couches du bois sont donc unies les unes aux autres par une espèce de réseau : ce réseau n’occupe pas à beaucoup près autant d’espace que la couche ligneuse : il n’a qu’environ une demi - ligne d'épaisseur ; cette épaisseur est à peu près la même dans tous les arbres de même espèce , au lieu que les couches ligneuses sont plus ou moins épaisses, et varient si considérablement dans la même espèce d'arbre, comme dans le chêne, que j'en ai mesuré qui avaient trois lignes et demie , et d’autres qui n'avaient qu'une demiligne d'épaisseur.

Par cette simple exposition de la texture du bois, on voit que la cohérence longitudinale doit ètre bien plus considérable que l'union transversale ; on voit que, dans les : petites pièces de bois , comme dans un barreau d’un pouce d'épaisseur, s'il se trouve quatorze ou quinze couches ligneuses , il y aura treize ou quatorze cloisons , et que , Par conséquent , ce barreau sera moins fort qu'un Pareil barreau qui ne contiendra que cInq où six Couches et quatre ou cinq cloi-

DES MINÉRAUX

sons : On voit aussi que; dans ces petites

pièces , s’il se trouve une ou deux couches li- -

gneuses qui soient tranchées par la scie , ce qui arrive souvent , leur force sera considérablement diminuée ; mais le plus grand défaut de ces petites pièces de bois, qui sont les seules sur lesquelles on ait jusqu'à ce jour fait des expériences , c’est qu'elles ne sont pas composées comme les grosses pièces; la position des couches ligneuses et des cloisons dans un barreau est fort différente de la position ds ces mêmes couches dans une poutre ; leur figure est même différente et par conséquent on ne peut pas estimer la force d'une grosse pièce par celle d’un barreau. Un moment de réflexion fera sentir ce que je viens de dire. Pour former une pou-

tre, il ne faut qu'équarrir l'arbre , c'est-àdire enlever quatre segments cylindriques .

d'un bois blanc et imparfait, qu'on appelle aubier ; dans le cœur de l'arbre , la première couche ligneuse reste au milieu de la pièce ;

toutes les autres couches enveloppent la +

première en forme de cercles ou de couronnes Cylindriques : le plus grand de ces cercles entiers a pour diamètre l'épaisseur de la-pièce; au-delà de ce cercle , tous les autres sont tranchés , et ne forment plus que des portions de: cercles qui vont toujours en diminuant vers les arêtes de la.

pièce : ainsi une poutre quarrée estcomposée .

d'un cylindre continu de bon boistbien s0lide ; et de quatre portions angulaires tranchées , d’un bois moins solide et plus jeune. Un barreau tiré du corps d’un gros arbre mi ou pris dans une planche > est tout autrement composé : ce sont de petits segments longitudinaux des couches annuelles, dont la courbure est insensible ; des segments qui tantôt se trouvent posés parallèlement à une des surfaces du barreau, et tantôt plus ou moins inclinés ; des segments qui sont plus ou moins longs et plus où moins tranchés, et par conséquent plus où moins forts ; de plus, il y a toujours dans un barreau deux positions, dont l’une est plus avantageuse que l’autre, car ces segments de couches ligneuses forment autant de plans parallèles.

Si vous posez le barreau de manière que ces plans soient verticaux , il résistera davantage que dans uné position horizontale :

c'est comme si on faisait rompre plusieurs planches à la’ fois, elles résisteraient bien davantage étant posées sur le côté que sur le plat. Ces remarques font déjà sentir combien on doit peu compter sur les tables eal-

culées, ou sur les formules que différents auteurs nous ont données de la force du bois, qu'ils n'avaient éprouvée que sur des

pièces , dont les plus grosses étaient d'un ou

deux pouces d'épaisseur, et dont ils ne donnent ni le nombre des couches ligneuses que ces barreaux contenaient , ni la position de ces couches, ni le sens dans lequel se

sont trouvées ces couches lorsqu'ils ont fait

rompre le barreau : circonstances cependant essentielles, comme on le verra par mes expériences , et par les soins que je me suis donnés pour découvrir les effets de toutes ces différences. Les physiciens qui ont fait quelques expériences sur la force du bois n’ont fait aucune attention à ces inconvénients ; mais il y en a d’autres peut-être encore plus grands, qu’ils ont aussi négligé de

prévoir ou de ‘prévenir. Le jeune bois est

moins fort que le bois plus âgé; un barreau tiré du pied d’un arbre résiste plus qu'un barreau qui vient du sommet du même arbre; un barreau pris à la circonférence, près de l’aubier, est moins fort qu'un pareil morceau pris au centre de l'arbre ; d'ailleurs , le degré de dessèchement du bois fait beaucoup à sa résistance ; le bois vert casse bien plus diflicilement que le bois sec ; enfin le temps qu'on emploie à charger les pièces pour les faire rompre doit aussi entrer en considération, parce qu'une pièce qui soutiendra pendant quelques minutes un certain poids, ne pourra pas soutenir ce poids pendant une heure ; et j'ai trouvé que des poutres qui avaient chacune supporté sans se rompre , pendant un jour'entier, neuf milliers, avaient rompu , au bout de cinq ou six mois , sous la charge de six milliers, c’est-à-dire qu’elles n'avaient pas pu porter, peudant six mois, les deux tiers de la charge qu'elles avaient portée pendant un jour. Tout cela prouve assez combien les expériences que l’on a faites sx cette matière sont imparfaites ; et peut-être cela prouve aussi qu'il n'est pas trop aisé de les bien faire. & Mes premières épreuves , qui sont en trèsgrand nombre , n'ont servi qu'à me faire reconnaitre tous les inconvénients dont je viens de parler, Je fis d'abord rompre quelques barreaux , et je calculai quelle devait être la force d’un barreau plus long et plus gros que ceux que j'avais mis à l'épreuve ; et ensuite, ayant fait rompre de ces derniers , et ayant comparé le résultat de mon calcul avec la charge actuelle, je trouvai de si grandes dif. férences, que je répétai plusieurs fois la

deux sur la branche; les plus arbres avaient environ.2 pieds

même chose, sans Pouvoir rapprocher le caleul de l'expérience ; j'essayai sur d'autres longueurs et d'autres grosseurs : l'événement fut le même ; enfin je me déterminai à faire une suite complète d'expérien, qui pût me servir à dresser une table de la force du bois, sur laquelle je pouvais compter, et que tout le monde besoin.

Je vais rapporter, en aussi peu de mots à

qu'il me sera possible , la manière dont j'ai

exécuté mon projet. Eee” J'ai commencé par choisir, dans un canton

de mes bois , cent chênes sains et bien vigou-

reux ; aussi voisins les uns des autres qu'il a . été possible de les trouver, afin d’avoir du bois venu en même terrain, car lés arbres de différents pays et de différents terrains ont des résistances différentes : autre inconvénient qui seul s ait d'abord anéantir toute l'utilité que j'espérais tirer de mon travail. Tous ces chênes étaient aussi de la

même espèce , de la belle espèce qui produit

du gros gland attaché un à un ou deux à petits de ces de circon- ; jelesai

de me rapprocher davantage de he Le ou

Lorsque les charpentiers ont b

férence, et les plus gros 5 piec

choisis de différente grosseur ,»a

la prennent pas dans un arbre qui peut porter un pied, la dépense serait trop grande , et il ne leur arrive que trop souvent d'employer des arbres trop menus et où ils laissent beaucoup d’aubier ; car je ne parle pas ici des solives de sciage , qu’on emploie quelquefois, et qu'on tire d'un gros-arbre; cependant il est bon d'observer en passant que ces solives de sciage sont faibles, et que l’usage en devrait être proscrit. On verra, dans la suite de ce Mémoire, combien il'est avantageux de n’employer que du bois de brin.

Comme le degré de dessèchement du bois fait varier très-considérablement celui de sa résistance , ét que , d'ailleurs , il est fort dif ficile de s'assurer de ce degré de dessèchement, puisque souvent de deux arbres abattus en même temps, l'un se dessèche en moins de temps que l’autre, j'ai voulu éviter cet inconvénient qui aurait dérangé la suite comparée de mes expériences , et j'ai cru que j'aurais un terme plus fixe et plus certain en prenant le bois tout vert. J'ai donc fait couper mes arbres un à un, à mesure que j'en avais besoin; le même jour qu'on abattait

Pourra consulter au é

à # esoin d’une pièce de 5 ou 6 pouces d'équarrissage, ils ne g

F7 F % # * 2 - : \ 294 * INTROD. A L'HIST. DES MINÉRAUX, 4 arbre , on le conduisait a tau lieu où il de- de 200 livres , ensuite ceux de 150, ceux de À être rompu; le lendemain les charpen- 100 , ceux de 50 , et enfin au-dessus ceux de 2 |

tiers l'équarrissaient, et des menuisiers le 25 livres. Deux hommes , portés par.un travaillaient à la varlope , afin de lui donner échafaud suspendu en l'air par des cordes , des dimensions exactes, et le surlendemain plaçaient les poids de 50 et 25 livres , qu’on d on le mettait à l'épreuve. .&: . n'aurait pu arranger depuis le bas sans cou- Voici en quoi consistait la machine avec rir risque d’être écrasé ; quatre autres homlaquelle j'ai fait le plus grand nombre de mes appuyaïent et soutenaient les quatre *: ° é 7 angles de la table, pour l'empêcher de vames expériences. Deux forts tréteaux de 7 angles » P! pê pouces d'équarrissage, de 3 pieds'de hau- ciller, et pour la tenir en équilibre ; un auteuret d'autant de longueur, renforcés dans tre, avec une longue règle de bois, observait leur milieu par un bois debout; on posait combien la pièce pliait à mesure qu’on da sur ces tréteaux les deux extrémités de chargeait , et un autre marquait le temps et la pièce qu'on voulait rompre. Plusieurs” écrivait la charge ; qui souvent s’est trouvée 4 quarrées de fer rond , dont la plus monter à 20, 25 et jusqu’à près de 28 milliers cr portait près de 9 pouces de largeur deivres. ra 724 jieure. et était d’ Fr de 7 à 8 pouces Jai fait rompre de cette façon plus de cent pièces de bois, tant poutres que solives, sans compter 300 barreaux ; et ce grand nombre de pénibles épreuves a été à peine suflisant pour me donner une échelle ‘suivie de la force du bois pour toutes les grosseurs et longueurs ; j'en ai dressé une table ; que je donne à la fin de ce Mémoire : si on la compare avec celles de M. Musschenbroeck et des autres physiciens qui ont travaillé sur cette matière, on verra combien leurs résultats sont différents des miens.

le «ge cette bc ucle quarrée, on Afin de donner d'avance une idée juste it forgé deux rochets de fer, d même de cette opération, par laquelle j'ai fait que le fer de la boucle :

s se séparaient , et fo ‘ ‘ onde d'environ 9 pouces de diamè- exact de l'une de mes expériences, par la-

ait une forte table de l4 pieds Ayant fait abattre un chêne de cinq pieds qui de circonférence , je l’ai fait amener et tra= vailler le même jour par des charpentiers ; le lendemain , des menuisiers l'ont réduit à 8 pouces d’équarrissage et à 12 pieds de.

longueur. Ayant examiné avec soin cette ièce , je jugeai qu’elle était fort bonne :

elle n'avait d'autre défaut qu'un petitnœud à l’une des faces. Le-surlendemain , j'ai fait peser cette pièce : son poids se trouva être ! . de 409 livres ; ensuite , l'ayant passée dans sif de pierres , large et long comme la table, la boucle de fer, ét ayant tourné en haut la et aussi haut qu'il était nécessaire pour faire face où était le petit nœud , je fis disposer rompre la pièce. J'ai cru que cela était assez la pièce de niveau sur les tréteaux : elle porsimple pour pouvoir en donner l'idée nette tait de G pouces sur chaque tréteau ; cette sans le secours d’une figure. , portée de 6 pouces était celle des pièces de On avait soin de mettre de niveau la pièce 12 pieds ; celles de 24 pieds portaïentt de 12

et les tréteaux que l’on cramponnait , afin pouces , et ainsi des autres, qui portaient de les empêcher de reculer ; huit hommes toujours d’un demi-pouce par pied de lonchargeaient continuellement la table, et gueur : ayant ensuite fait glisser la boucle commençaient par placer au centre les poids de fer jusqu’au milieu de la pièce , on sou-

+ Le € PARTIE EXPÉRIMENTALE. » 295 É “, C À œ L ps , Frs dr] . + ‘ Jeva , à force de leviers , la table qui, seule celui du sommetyde d'unarbre, tout le avec les boucles et la clef, pesait 2500 livres. bois jeune est môïns fort Bois plus Agé. On commença à trois heures cinquante-six La force du bois n'est pas proportio Me x ion :

minutes : huit hommes chargeaient continuellement la table; à cinq heures trenteneuf minutes la pièce n'avait encore plié que de 2 pouces, quoique chargée de 16 milliers ; à cinq heures quarante-cing minutes, elle avait plié de 2 pouces #, et elle était chargée de 18500 livres ; à cinq heures cinquante-un€ minutes, elle avait plié de 3 pouces , € était chargée de 21 milliers ; à six heures une minute , elle avait plié de 3 pouces #, et elle était chargée de 23625 livres : dans cet instant elle fit un éclat comme un coup de pistolet ; aussitôt on dis-

continua de charger, et la pièce plia d'un

demi-pouce de plus, c'est-à-dire de 4 pouces

en tout. Elle continua d'éclater avec grande -

violence pendant plus d'une heure , et il en sortait par les bouts une espèce de fumée avec un sifflement. Elle plia de près de 7 pouces avant que de rompre absolument, et supporta, pendant tout ce temps, la charge de 23625 livres. Une partie des fibres li-

| s était coupée net comme si on l'eût sciée , et le reste s'était romp en se déchirant ; en se tirant et laissant des intervalles. à peu près comme on en voit entre les dents d'un peigne ; l'arête de la boucle de fer qui avait trois lignes de Jargeur ; et sur laquelle portait toute la charge, était entrée d’une ligne et demie.dans le bois de la pièce , et avait fait refouler de chaque côté un faisceau de fibres , et le petit nœud qui était à la face supérieure n'avait point du tout contribué à la faire rompre.

J'ai un journal où il y a plus de cent expériences aussi détaillées que celle-ci, dont ilyena plusieurs qui sont plus fortes. J'en ai fait sur des pièces de dix, douze , quatorze, seize, dix-huit, vingt, vingt-deux, vingt-

quatre , vingt-six et vingt-huit pieds de lon-

eur et de toutes grosseurs , depuis quatre

volume ; une pièce double où quadra le d'üne” autre pièce de même longueur , est beau, up plus du double ou du quadruple plas forte que la première; par exemple, il ne faut pas quatre milliers pour rompre une pièce de‘dix pieds de longueur et de quatre pouces dé quarrissage, et il en faut dix pour rompre une pièce double; il faut vingt-six milliers pour rompre une pièce quadruple, c’est-à-dire une pièce de dix pieds de longueur sur huit pouces d’équarrissage. Il en est de même pour la longueur : il semble qu’une pièce de huit pieds , et de même grosseur qu’une pièce de seize pieds, doit, par les règles de la mécanique, porter juste le double; cependant elle porte beaucoup moins. Je pourrais donner les raisons physiques de tous ces faits;

mais je me borne à donner des re : le bois

qui, dans lé même terrain, croit plus vite,

“est le plus fort; celui qui a crû lentement ,

et dont les cercles ann c'est-à-dire les couches ligneuses , sont minces , F plus faife qué Lântre 7" "MN MAUR

J'ai trouvé que la force du bois ro= | portionnelle à sa pesanteur ; de sorte qu'une pièce de même longueur et USE mais plus pesante qu'une autre pi ce, sèra aussi | us fre à peu près en même raison. Cette remarque donne les moyens de comparer la force des bois qui viennent de différents pays et de différents terrains , et étend infiniment PEUR ‘de mes expériences ; car, lorsqu'il s'agira d’une construction importante ou d’un ouvrage de conséquence , on pourra aisément au moyen de ma table, et en pesant les pièces , ou seulement des échantillons de ces pièces, s'assurer de la force du boïs qu’on emploie, et on évitera le double inconvénient d'employer trop ou trop peu de cette matière, que souvent on prodigue mal à propos, et que quelquefoison ménage ayec encore moins de raison.

jusqu’à huit pouces d'équarrissage, et j'ai toujours ;, pour une même longueur et grosséur , fait rompre trois ou quatre pièces pareilles , afin d’être assuré de leur force respective. ie

La première remarque que j'ai faite , C’est que le bois ne casse Jamais sans avertir, à moins que la pièce ne soit fort petite ou fort sèche; le bois vert casse plus diflicilement

On serait porté à croire qu'une pièce qui, comme dans mes expériences , est posée librement sur deux tréteaux , doit porter beaucoup moins qu'une pièce retenue par les deux bouts, et infixée dans une muraille, comme sont les poutrés et les solives d'un bâtiment; mais si on fait réflexion qu’une pièce que je suppose de 24 pieds de longueur,

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que le bois sec; et, én général, le bois qui a en baissant de 6 pouces dans soh milieu , ce GE du ressort résiste beaucoup plus que celui qui qui est souvent plus qu’il n’en faut pour la * | n’en a pas : l’aubier, le bois des branches, faire rompre, ne hausse en même temps que <

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d'un demi-pouce à chaque bout , et que même elle ne hausse guère que de 3 lignes, parce

que la charge tire le bout hors de la muraille, ” souvent beaucoup plus qu'elle ne le fait hausser, On verra bien que mes expériences s’appliquent à la position ordinaire des poutres dans un bâtiment ; la force qui les fait rompre, en les obligeant de plier dans le milieu et de hausser par les bouts, est cent fois plus considérable que celle des plâtres et des mortiers qui cèdent et se dégradent aisément, et je puis assurer , après l'avoir éprouvé, que la différence de force d’une pièce posée sur deux appuis et libre par les bouts , et de celle d’une pièce fixée par les deux bouts dans une muraille bâtie à ordinaire, est si petite, qu’elle ne mérite pas qu'on y fasse attention. J'avoue qu’en retenant une pièce par des ancres de fer , en la posant sur des pierres de taille dans une bonne muraille, on augmente considérablement sa force. J'ai quelques expériences sur cette position, dont je pourrai donner les rés J'avouerai même de plus que, si cette p ce était invinciblement re- | tenue et inébranlablement contenue par les Pr | bouts dans des enchâtres d’une matière inflexible et parfaitement dure, il faudrait une force presque infinie pour larompre; car on peut démontrer que, pour rompre une pièce ainsi posée , il faudrait une force beaucoup plus grande que la force nécessaire Pour rompre une pièce de bois debout, qu’on tirerait ou qu’on presserait suivant sa lon- Dans les bâtiments et les contignations ordinaires, les pièces de bois sont chargées dans toute Le longueur et en différents ints, au lieu que dans mes expériences Fe la charge PR em cg sal point au milieu; cela fait une différence considérable , mais qu'il est aisé de déterminer au Juste; c'est une affaire de calcul que tout construcleur un peu versé dans la mécanique Pourra suppléer aisément.

Pour essayer de comparer les effets du temps sur la résistance du bois, et pour reconnaitre combien il diminue de sa force, J'ai choisi quatre pièces de 18 pieds de longueur sur 7 pouces de grosseur; j'en ai fait rompre deux, qui en nombres ronds, ont porté neuf milliers chacune pendant une heure : j'ai fait charger les deux autres de

six milliers seulement, c’est-à-dire des deux tiers de la première charge, et je les ai laissées ainsi chargées , résolu d'attendre l’événement, L'une de ces pièces a cassé au bout

de cinq mois et vingt-cinq jours, et l’autre au bout de six mois et dix-sept jours. Après

cette expérience , je fis travaillér deux autres

pièces toutes pareilles , et je ne les fis charger que de la moitié , c'est-à-dire de 4500 livres ; je les aï tenues pendant plus de deux ans ainsi chargées : elles n’ont pas rompu , mais elles ont plié assez considérablement. Ainsi, dans des bâtiments qui doivent durer long-temps , il ne faut donner au bois tout au plus que la moitié de la charge qui peut le faire rompre, et il n’y a que dans des cas pressants et dans des constructions qui ne doivent pas durer, commé lorsqu'il faut faire un pont pour passer une armée, ou un échafaud pour secourir où assaillir une ville, qu’on peut hasarder de donner au bois les deux tiers de sa charge. *. Je ne sais s’il est nécessaire d’avertir que j'ai rebuté plusieurs pièces qui avaient des défauts , et que je n’ai compris dans ma table

que les expériences dont j'ai été satisfait, -

J'ai encore rejeté plus de boisique je n'en ai employé ; les nœuds , le fil tranché et les autres défauts du bois sont assez aisés à voir; mais il est diflicile de juger de leur éffet par rapport à la force d’une pièce : il est sûr qu'ils la diminuent beaucoup, et j'ai trouvé un moyen d'estimer à peu près la diminution de force causée par un nœud. On saït qu’un

Lu

nœud est une espèce de cheville adhérente à

l'intérieur du bois ; on peut même connaitre à peu près, par le nombre des cercles annuels qu’il contient, la profondeur à laquelle il pénètre : j'ai fait faire des trous én forme de cône et de même profondeur dans des pièces qui étaient sans nœuds , et j'ai rempli ces trous avec des chevilles de même figure; J'ai fait rompre ces pièces, et J'ai reconnu par à combien les nœuds ôtent de force au bois, ce qui est beaucoup au-delà de ce qu’on pour-

Trait imaginer : un nœud qui se trouvera ou

une cheville qu’on mettra à la face inférieure, et surtout à l’une des arêtes, diminue quelquefois d’un quart la force de Ja pièce. J’ai aussi essayé de reconnaitre, par plusieurs expériences , la diminution de force causée par le fil tranché du bois. Je suis obligé de supprimer les résultats de ces épreuves qui demandent beaucoup de détail ; qu’il me soit permis cependant de rapporter un fait qui paraîtra singulier, c’est qu'ayant fait rompre des pièces courbes, telles qu’on les emploie Pour la construction des vaisseaux, des dômes, etc., j'ai trouvé qu'elles résistent da- Vantage en opposant à la charge le côté con- Cave ; on imaginerait d’abord le contraire , et

on penserait qu'en opposant le côté convexe, comme la pièce fait voûte, elle devrait résister davantage; cela serait vrai pour une pièce dont les fibres longitudinales seraient courbes naturellement, c'est-à-dire pour une pièce courbe, dont le fil du bois serait continu et non tranché ; mais comme les pièces courbes dont je me suis servi, et presque toutes celles dont on se sert dans la construction, sont prises dans un arbre qui a del’épaisseur, la partie intérieure de ces couches est beaucoup plus tranchée que la partie extérieure , et par conséquent elle résiste moins , comme je l'ai trouvé par mes expériences.

11 semblerait que des épreuves faites avec tant d’appareil et en si grand nombre ne devraient rien laisser à désirer, surtout dans une matière aussi simple que celle-ci; cependant je dois convenir, et je l'avouerai volontiers, qu'il reste encore bien des choses à trouver : je n’en citerai que quelques-unes.

On ne connaît pas le rapport de la force de la cohérence longitudinale du bois à la force de son union transversale, c'est-à-dire quelle force il faut pour rompre, et quelle force il faut pour fendre une pièce. On ne connait

as la résistance du bois dans des positions différentes de celle que supposent mes expériences , positions cependant assez ordinaires dans les bâtiments, et sur lesquelles il serait très-important d’avoir des règles certaines; je veux parler de la force des bois debout, des bois inclinés, des bois retenus par une seule de leurs extrémités , etc. Mais en partant des résultats de mor travail, on pourra parvenir aisément à ces connais- ‘ sances qui nous manquent. Passons maintenant au détail de mes expériences. |

J'ai d’abord recherché quels étaient la densité et le poids du bois de chène dans les différents âges , quelle proportion il y a entre la pesanteur du bois qui occupe le centre , et la pesanteur du bois de la circonférence, et encore entre la pesanteur du bois parfait ct celle de l’aubier, etc. M. Duhamel m'a dit qu'il avait fait des expériences à ce sujet; l'attention scrupuleuse avec laquelle les miennes ont été faites me donne lieu de croire qu'elles se trouveront d'accord avec les

Q * ra fait tirer un bloc du pied d'un chène abattu le même jour, et ayant posé la pointe d'un compas au centre des cercles annuels, j'ai décrit une circonférence de cercle autour de ce centre; et ensuite , ayant posé la pointe du compas au milieu de l'épaisseur de lau- Tuéonie DE LA TERRE. Z'ome. II.

Dés."

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