‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-Hilaire (volume 2)Chapitre 201 sur 304 · PARTIE EXPÉRIMENTALE · texte numérisé non relu

PARTIE EXPÉRIMENTALE

J'ai fait rompre deux solives de 20 pieds de longueur sur 8 pouces d’équarrissage ; la première, qui pesait 664 livres > à supporté , pendant quarante-sept minutes, une charge de 11775 livres, et elle a rompu après avoir d'abord plié de 6 pouces Æ avant que d'éclater, et de LL pouces avant que de rompre absolument ; la seconde solive , qui pesait 660 livres 4, a supporté , pendant quarante-quatre minutes , une charge de 11200 livresg et elle a rompu après avoir plié de G pouces juste avant que d'éclater , et dé9 pouces 3 lignes avant que de rompre entièrement.

Ensuite , ayant mis à l'épreuve deux pièces de 10 pieds de longueur sur huit pouces d’équarrissage , la première , qui pesait 331 lilivres, a supporté, pendant trois heures vingt minutes , la charge énorme de 27800 livres , après avoir plié de 3 pouces avant que d’éclater , et de 5 pouces 9 lignes avant que de rompre absolument ; la seconde pièce, qui pesait 330 livres , a supporté , pendant quatre heures cinq ou six minutes , la charge de 27700 livres , et elle a rompu après avoir d'abord plié de 2 pouces 3 lignes avant que d'éclater ; et de 4 pouces 5 lignes avant que de rompre. Ces deux pièces ont fait un bruit terrible en rompant , c'était comme autant de coups de pistolet à chaque éclat qu’elles faisaient , et ces expériences ont été les plus pénibles et les plus fortes que j'aie faites ; il fallut user de mille précautions pour mettre les derniers poids , parce que je craignais que la boucle de fer ne cassât sous cette charge de 27 milliers , puisqu'il n'avait fallu que 28 milliers pour rompre une semblable boucle. J'avais mesuré la hauteur de cette boucle avant que de faire ces deux expériences , afin de voir si le fer s’alongerait par le poids d'une charge si considérable et si approchante de celle qu'il fallait pour le faire rompre ; mais, ayant mesuré une seconde fois la boucle , et cela après les expériences

faites, je n'ai pas trouvé la moindre diffé-

rence : la boucle avait comme auparavant 12 pouces + de longueur, et les angles étaient aussi droits qu’ils l’étaient avant l'épreuve.

Ayant mis à l'épreuve deux solives de 18 pieds de longueur sur 8 pouces d’équarrissage , la première, qui pesait 594 livres , a supporté , pendant cinquante-quatre minutes , la charge de 13500 livres , et elle a rompu après avoir plié de 4 pouces 4 avant que d'éclater, et de 10 pouces 2 lignes avant que de rompre; la seconde solive, qui pesait 593 livres , a supporté , pendant quarante-huit mi-

nutes, la charge de 12900 livres, et elle a rompu après avoir plié de 4 pouces 1 ligne avant que d’éclater , et de 7 pouces 9 lignes avant que de rompre absolument.

J'ai fait rompre deux solives de 16 pieds de longueur sur huit pouces d’équarrissage ; la première de ces solives, qui pesait 528 livres, a supporté, pendant une heure huit minutes , la charge de 16800 livres , et elle a plié de 5 pouces 2 lignes avant que déclater, et de 10 pouces environ avant que de rompre ; la seconde pièce, qui ne pesait que 524 livres, a supporté, pendant cinquantehuit minutes, une charge de 15950 livres, et elle a rompu après avoir plié de 3 pouces 9 lignes avant que d’éclater , et de 7 pouces 5 lignes avant que de rompre-totalement.

Ensuite, j'ai fait rompre deux solives de 14 pieds de longueur sur huit pouces d'équarrissage ; la première, qui pesait 46I livres, a supporté , pendant une heure vingt-six minutes , une charge de 20050 livres, et elle a rompu après avoir plié de 3 pouces 10 lignes avant que d'éclater, et de 8 pouces 4 avant que de rompre absolument ; la seconde so-

live, qui pesait 459 livres , a supporté , pen-

dant une heure et demie , la charge de 19500 livres, et elle a rompu après avoir plié de 3 pouces 2 lignes avant que d’éclater, et de 8 Pouces avant que de rompre entièrement.

> ayant mis à l'épreuve deux solives de 12 pieds de longueur sur 8 pouces d’équarrissage , la première, qui pesait 397 li-

vres , a supporté , pendant deux heures cinq

minutes , la charge de 23900 livres ;etelle a rompu après avoir plié de 3 pouces juste avant que de rompre; la seconde , qui pesait 395 livres 4, a supporté, pendant deux heures quarante-neuf minutes, la charge de 23000 livres , et elle a rompu après pe à plié de 2 pouces 11 lignes avant que d'éclater , et de 6 pouces 8 lignes avant que de rompre entierement,

Voilà toutes les expériences que j'ai faites sur .des pièces de 8 pouces d’équarrissage.

J'aurais désiré pouvoir faire rompre des pièces de 9, de 8 et de 7 pieds de longueur et de cette même grosseur de 8 pouces , mais cela me fut impossible, parce que je manquais des commodités nécessaires, et qu'il m'aurait fallu des équipages bien plus forts que ceux dont je me suis servi, et sur lesquels, comme on vient de le voir, on mettait près de 28 milliers en équilibre ; car je

Ed #

présume qu'une pièce de 7 pieds de longueur sur 8 pouces d'équarrissage aurait porté plus de 45 milliers. On verra, dans la suite, Sa les conjectures que j'ai faites sur la résistance du bois, pour les dimensions que Je, n’aipas éprouvées , sont Justes ou non.

Tous les auteurs qui ont écrit sur la résistance des solides en général, ct du bois en particulier, ont donné , comme fondamentale , la règle suivante : La résistance est er raison inverse de la longueur, en raison directe de la largeur, et en raëson doublée de la hauteur. Cette règle est celle de Galilée , adoptée par tous les mathématiciens, et elle serait vraie pour des solides qui seraient absolument inflexibles , et qui rompraient tout à coup , mais dans les solides élastiques , tels ‘ que le bois , il est aisé d’apercevoir que cette règle doit être modifiée à plusieurs égards.

M. Bernouilli a fort bien observé que, dans la rupture des corps élastiques, une partie des fibres s’alonge , tandis que l’autre partie se raccourcit, pour ainsi dire, en refoulant sur elle-même (voyez son Mémoire dans ceux de l’Académie, année 1705). On voit, par les expériences précédentes, que, dans les pièces de même grossèur , la règle de la résistance de la raison inverse de la longueur s’observe d'autant moins que les pièces sont plus eourtes. Il en est tout autrement de la résistance enraison directe de la largeur et du quarré de la hauteur; j'ai calculé la table septième, à dessein de m'’assurer de la variation de cette

règle : on voit dans cette table les résultats

des expériences , et au-dessous les produits que donne cette règle ; j'aipris pour uuités les expériences faites sur les pièces de 5 pouces d'équarrissage , parce que j'en ai fait un plus grand nombre sur cette dimension que sur les autres. On peut obsérver, dans cette table, que plus les pièces sont courtes et plus la règle approche de la vérité, et que, dans les plus longues pièces, comme celles de 18 à 20 pieds , elle s’en éloigne ; cependant, à tout prendre, on peut se servir de la règle générale avec les modifications nécessaires pour calculer la résistance des pièces de bois plus grosses et plus longues que celles dont j'ai éprouvé la résistance ; car, en jetant les yeux sur cette même table, on voit un grand accord entre la règle et les expériences pour les différentes grosseurs , et il règne un ordre assez constant dans les diffé rences, par rapport aux longueurs et aux grosseurs, pour juger de la modification qu’on doit faire à cette règle.

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