MOYEN FACILE D'AUGMENTER LA SOLIDITÉ ; LA FORGE ET LA DURÉE DU BOIS
Je ne faut pour cela qu'écorcer l'arbre du haut en bas , dans le temps de la séve, et le laisser sécher entièrement sur pied avant que de l’abattre ; cette préparation ne demande qu’une très-petite dépense : on va voir les précieux avantages qui en résultent. * Les choses aussi simples, et aussi aisées à trouver que l'est celle-ci, n'ont ordinairement aux yeux des physiciens qu'un mérite bien léger ; mais leur utilité suflit pour les rendre dignes d’être présentées , et peut-être que l'exactitude et les soins que j'ai joints à mes recherches leur feront trouver grâce devant ceux même qui ont le mauvais goût de n'estimer d'une découverte que la peine et le temps qu’elle a coûtés. J'avoue que je suis surpris de me trouver le premier à annoncer celle-ci, surtout depuis que j'ai lu ce que Yitruve et Évelin rapportent à cet égard.
Le premier nous dit, dans son Architeéture ,
‘avant d'abattre les arbres , il faut les cerner par le pied jusque dans le cœur du bois, et les laisser ainsi sécher sur pied, après quoi ils sont bien meilleurs pour le service, auquel on peut même les employer tout de suite. Le secoud rapporte , dans son 7'raité des Forêts, que le docteur Plotassure , dans son Histoire naturelle , qu'autour de Haffon, en Angleterre, on écorce les gros arbres sur pied dans le temps de la séve , qu'on les laisse sécher jusqu’à l'hiver suivant , qu’on les coupe alors ; qu’ils ne laissent pas que de vivre sans écorce ; que le bois en devient bien plus dur, et qu'on se sert de l’aubier comme du cœur. Ces faits sont assez précis , et sont rapportés par des auteurs d'un assez grand crédit, pour avoir mérité l'attention des physiciens et même des architectes ; mais il y a tout lieu de croire qu’outre la négligence qui à pu les empêcher jusqu'ici de s'assurer de la vérité de ces faits, la crainte de contrevenir à l'Ordonnance des eaux et forêts a pu retarder leur curiosité.
Il est défendu , sous peine de grosses amendes, d’écorcer aucun arbre et de le laisser
sécher sur pied : cette défense, qui d’ailleurs est fondée , a dû faire un préjugé contraire, qui sans doute aura fait regarder ce que nous venons de rapporter comme des ÿ:
faux, ou du moins hasardés; et je sérais encore moi-même dans l'ignorance à cet égard , si les attentions de M. le comte de Maurepas pour les sciences ne m'eussent procuré la liberté de faire mes expériences , sans avoir à craindre de les payer trop cher.
Dans un bois taillis nouvellement abattu ,
et où j'avais fait réserver quelques beaux
arbres, le 3 de mai 1733, j'ai fait écorcer sur pied quatre chênes d'environ trente à quarante pieds de hauteur, et de cinq à six pieds de pourtour : ees arbres étaient tous quatre très-vigoureux , bien en séve , et âgés d'enyiron soixante-dix ans ; j'ai fait enlever Pécorce, depuis le sommet de la tige jusqu'au pied de l'arbre , avec une serpe : cette opératiomest aisée , l'écorce se séparant trèsfacilement du corps de l'arbre dans le temps de la séve. Ces chênes étaient de l'espèce , commune dans les fôrets, qui porte le plus gros gland. Quand ils furent entièrement dépouillés de leur écorce, je fis abattre quatre autres chênes de la mème éspèce dans le même terrain, et aussi semblables
üx premiers que Je pus les trouver. Mon dessein était d’en faire écorcer le même jour encore six, et en abattre six autres ; mais je ne pus achever cette opération que le lendemain : de ces six chênes écorcts, il s’entrouva deux qui étaient beaucoup moins en séve que les quatre autres. Je fis conduire sous un hangar les six arbres abattus , pour les laisser sécher dans leur écorce jusqu'au temps que j'en aurais besoin, pour les comparer avec ceux que j'avais fait dépouiller. Comme je m'imaginais que cette opération leur avait fait grand tort , et qu'elle devait produire un grand changement , j'allai, plusieurs jours de suite , visiter très-curieusement mes arbres écorcés, mais Je n'aperçus aucune altération sensiblé pendant plus de deux anoïs. Enfin, le 10 juillet, l'un de ces chênes , ce-
. Jui qui était le moins en séve dans le temps
de l'écorcement, laissa voir les premiers symptômes de la maladie qui devait bientôt
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