‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-Hilaire (volume 2)Chapitre 23 sur 304 · LU · texte numérisé non relu

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la fréquence des empreintes de poissons

et la rareté des coquillages dans les ar-

doises ; tandis qu’elles sont si communes ,» dans les pierres à chaux ordinaires. »

(Mémoires de l'Académie des sciences, année 1757, page 52.)

On peut donner des preuves démonstratives que tous les charbons de terre ne sont composés que de débris de végétaux, mêlés avec du bitume et du soufre , ou plutôt de l'acide vitriolique , qui se fait sentir dans la combustion : on reconnaîl les végétaux souvent en grand volume dans les couches #tpérieures des veines de charbon de terre; et, à mesure que l'on descend, on voit les nuances de la décomposition de ces mêmes végétaux: il y a des espèces de charbons de terre qui ne sont que des bois fossiles : celui qui se trouve à Sainte-Agnès, près Lons-le- Saulnier, ressemble parfaitement à des büches ou tronçons de sapin; on y remarque très-distinctement les veines de chaque crue annuelle, ainsi que le cœur : ces tronçons ne diffèrent des sapins ordinaires qu’en ce qu'ils sont ovales sur leur longueur, et que leurs veines forment autant d'’ellipses concentriques. Ces bûches n'ont guère qu'environ un

ied de tour , et leur écorce est très-épaisse et fort crevassée , comme celle des vieux sapins; au lieu que les sapins ordinaires de pareille grosseur ont toujours une écorce assez lisse.

« J'ai trouvé , dit M. de Gensanne , plu- » sieurs filons de ce même charbon dans le » diocèse de Montpellier : ici les tronçons » sont très-gros , leur tissu est très-sembla- , ble à celui des châtaigniers de trois à qua- » tre pieds de tour. Ces sortes de fossiles ne

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» donnent au feu qu'une légère odeur d'as- » phalte ; ils brûlent , donnent de la flamme » et de la braise case Bts à c'est ce » qu'on appelle communément en France » de la howlle ; elle se trouve fort près de » la surface du terrain : ces houiïlles annon- » cent, pour l'ordinaire , du véritable char- » bon de terre à de plus grandes profon- » deurs, » ( Hist. naturelle du Languedoc , par M. de Gensanne , tomé 1. page 20.) Ces charbons ligneux doivent être regardés comme des bois déposés dans une terre bitumineuse à laquelle est due leur qualité de charbons fossiles : on ne les trouve ja mais que dans ces sortes de terres, et toujours assez près de la surface du terrain ; il n’est pas même rare qu’ils forment la tête des veines d’un véritable charbon; il y en a qui , n'ayant reçu que peu de substance bitumineuse , ont conservé leurs nuances de couleur de bois. « J'en ai trouvé de cette » espèce gdit M. de Gensanne , aux Caza-

» rets, près de Saint-Jean-de-Cucul , à qua-

» tre lieues de Montpellier ; mais pour l’or- » dinaire la fracture de ce fossile présente » une surface lisse entièrement semblable à » celle du jayet. 41 y a dans le même canton » prés d’Aseras du bois fossile qui est en » partie changé en une vraie pyrite blanche » ferrugineuse. La matière minérale y oc- » cupe le cœur du bois , et on y remarque » très-distinctement la substance ligneuse , » rongée en quelque sorte et dissoute par » l'acide minéralisateur. » ( Histoire nattrelle du Languedoc , tome L, page 54.)

J'avoue que je suis surpris de voir qu'après de pareilles preuves rapportées par M. de Gensanne lui-même, qui d’ailleurs est bon minéralogiste , il attribue néanmoins l'origine du charbon de terre à l'argile plus ou moins imprégnée de bitume : non-seulement les faits que je viens de citer d'après lui, démentent cette opinion; mais on verra par ceux que je vais rapporter , qu'on me doit attribuer qu'aux détriments des végétaux mêlés de bitume , la masse entière de toutes les espèces de charbons de terre.

Je sens bien que M. de Gensanne ne regarde pas ces bois fossiles , non plus que la tourbe et même la houille , comme de véritables charbons de terre entièrement formés ; et en cela je suis dé son avis : celui qu’on trouve auprès de Lons-le Saulnier à été examiné nouvellement par M. le président de Ruffey ; savant académicien de Dijon. Il dit que ce bois fossile s'approche

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beaucoup de la nature des charbons de terre, mais qu’on le trouve à deux ou trois pieds de la surface @e la terre dans une étendue de deux lieues sur trois à quatre pieds d’épasseur, et que l’on reconnaît encore facilement les espèces de bois de chêne, charme, hêtre, tremble ; qu’il y a du bois de corde et du fagotage, que l'écorce des bûches est bien conservée, qu'on y distingue les cercles des séves et les coups de hache , et qu'à différentes distances on voit des amas de copeaux ; qu’au reste, ce charbon dans le- 1 le bois s’est changé, est excellent pour

souder le fer; que néanmoins il répand , lorsqu'on le brüle, une odeur fétide . et qu'on en a extrait de l'alun. (Mémoires de l’Académie de Dijon , tome:1 , page 47.)

« Près du village nommé Beichlitz, à une » lieue environ de la ville de Halle, on ex- » ploite deux couches composées d'uneterre » bitumineuse et de bois fossile (il y a plu- » sieurs mines de cette espèce dans le pays » de Hesse), et celui-ci est semblable à » celui que l'on trouve dans le village de » Sainte-Agnès en Franche-Comté, x deux » lieues de Lons-le-Saulnier. Cette mine est » dans le terrain de Saxe; la première cou- » che est à trois toises et demie de profon- » deur perpendiculaire, et de 8 à 9 pieds » d'épaisseur : pour y parvenir on traverse » un sable blane, ensuite une argile blan- » che et grise qui sert de toit, et qui a » 3 pieds d'épaisseur ; on rencontre encore # fu-dessous une bonne épaisseur , tant de » sable que d'argile, qui recouvre la se- » conde couche , épaisse seulement de 3 Eà » 4 pieds; on a sondé beaucoup plus bas » sans en trouver d'autres,

» Ces couches sont horizontales , mais » elles plongent ou remontent à peu près » comme les autres couches connues. Elles » consistent en une terre brune, bitumineuse, qui est friable lorsqu'elle est sèche et ressemble à du bois pourri. 11 s'y trouve des pièces de bois de toute grosseur, qu'il faut couper à coups de hache, lorsqu'on leswetire de la mine où elles sont encore mouillées. Ce bois étant sec se casse trèsfacilement. 11 est luisant dans sa cassure » comme le bitume; mais on y reconnait » toute l’organisation du bois. Il est moins » abondant que la terre ; les ouvriers le met- » tent à part pour leur usage.

» Un boisseau ou deux quintaux de terre .» bitumineuse se vend dix-huit à vingt sous de France. li y a des pyrites dans ses cou-

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ches ; la matière en est vitriolique; elle refleurit et blanchit à l'air ; mais la matière bitumineuse n'est pas d’un grand débit, » elle ne donne qu’une chaleur faible. »

( Voyages métallurgiques de M. Jars , pages 320 et suivantes.)

Tout ceci prouverait qu'en effet cette es-

pèce de mine de bois fossile , qui se trouve si près de la surface de la terre, serait bien plus nouvelle que les mines de charbon de terre ordinaire ; qui presque toutes s'enfoncent profondément : mais cela n'empêche pas que les anciennes mines de charbon n'aient été formées des débris des végétaux, puisque, dans les plus profondes , on y reconnaît la substance ligneuse ct plusieurs autres caractères qui n’appartiennent qu'aux végétaux ; d’ailleurs on a quelques exemples de bois fossiles trouvés en grandes masseset * en lits fort étendus sous des bancs de grès et sous des rochers calcaires. (Voyez ce que j'en ai dit dans le tome 1 , page 332, à l'article des additions sur Les bois souterrains.) Il n’y a donc d'autre différence entre le vrai charbon de terre et ces bois charbonnifiés, que le plus ou moins de décomposition , et aussi le plus ou moins d'imprégnation par les bitumes ; mais le fond de leur substance cest le même, et lous doivent également leur origine aux délriments des végétaux.

M. le Monnier, premier médecin ordinaire du Roï, et savant botaniste , à trouvé dans le schiste ou fausse ardoise qui traverse une masse de charbon de terre en Auvergne, les impressions de plusieurs espèces de fougères qui luiétaient presque toutesinconnues; il croit seulement avoir remarqué l'impression des feuilles de l'osmonde royale, dont il dit n'avoir jamais vu qu'un seul pied dans toute l'Auvergne. ( Observations d'Histoire naturelle, par M. le Monnier ; Paris, 1739, page 193.) |

I serait à desirer que nos botanistes fissent des observations exactes sur les impressions des plantes qui se trouvent dans les charbons de terre , dans les ardoises et dans les schistes : il faudrait même dessiner et graver ces impressions de plantes aussi-bien que celles des crustacées , des coquilles et des poissons que ces mines renferment ; car ce ne sera qu'aprés ce travail qu’on pourra prononcer sur l'existence actuelle ou passée de toutes ces espèces, et même sur leur ancienneté relative. Tout ce que nous en savons aujourd'hui, c’est qu'il y en a plus d’inconnues que d'autres, ct que, dans celles qu'on

a voulu rapporter à des espèces bien connues. l’on a toujours trouvé des différences , assez grandes pour n'être pas pleinement satisfait de la comparaison.

Page 457, col. 1, ligne 4. Nous pouvons démontrer par des expériences aisées à répéter, que le verre et le grès en poudre se convertissent en peu de temps en argile par leur séjour dans l'eau.

« J'ai mis dans un vaisseau de faïence » deux livres de grès en poudre , dit M. Na- » dault ; j'ai rempli le vaisseau d’eau de fon. » taine distillée , de façon qu'elle surnageaïit » Je grès d'environ trois ou quatre doigts de » hauteur; j'ai ensuite agité ce grès pen- » dant l’espace de quelques minutes, et j'ai » exposé le vaisseau en plein air : quelques » jours après je me suis aperçu qu'il s'était » formé sur ce grès une couche de plus d’un » quart de pouce d'épaisseur d’une terre » jaunâtre très-fine , très-grasse et très-duc- » tile; j'ai versé alors par inclination l'eau ». qui surnageait dans un autre vaisseau , et » cétte terre, plus légère que le grès , s’en » est séparée sans qu'il s’y soit mêlé : la » quantité que j'en ai retirée par cette pre- ». mière lotion , étäit trop considérable pour » pouvoir penser que, dans un espace de » temps aussi court, il eût pu se faire une » assez grande décomposition de grès pour » avoir produit autant de terre : FaiMonc » jugé qu'il fallait que cette terre fût déjà » dans le grès dans le même état que je l en » avais retirée , et qu'il se faisait peut-être » ainsi continuellement une décomposition » du grès dans sa propre mine : j'ai rempli » ensuite le vaisseau de nouvelle eau dis- » tillée ; j'ai agité le grès pendant quelques » instants, et, trois jours après , j'ai encore » trouvé sur ce grès une couche de terre de » la même quahté que la première, mais » plus mince de moitié : ayant mis à part » ces espèces de sécrétions , j'ai continué , » pendant le cours de plus d'une année, » cette même opération et ces expériences » que j'avais commencées dans le mois d’a- » vril ; et la quantité de terre que m'a pro- » duite ce grès a diminué peu à peu, jusqu'à » ce qu'au bout de deux mois, en transvi- » dant l’eau du vaisseau qui le contenait, » je ne trouvais plus sur le grès qu'une pel- » licule terreuse qui n'avait pas une ligne » d'épaisseur ; mais aussi pendant tout le » reste de l'année , et tant que le grès a été dans l'eau, cette pellicule n'a jamais manqué de se former dans l'espace de deux

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ou trois jours, sans augmenter ni diminuer en épaisseur , à l'exception du temps où j'ai été obligé, par rapport à la gelée de mettre le vaisseau à couvert , qu'il m'a paru que la décomposition du grès se faisait un peu plus lentement. Quelque temps après avoir mis ce grès dans l’eau , j'y ai aperçu une grande quantité de paillettes brillantes et argentées, comme le sont celles du tale, qui n’y étaient pas auparavant , el j'ai jugé que c'était là son premier état de décomposition ; que ses molé-

»cules formées de plusieurs petites couches, » s’exfoliaient, comme j'ai observé qu'il ar-

rivait au verre dans certaines circonstances , et que ces paillettes s'atténuaient ensuite peu à peu dans l'eau, jusqu'à ce que , devenues si petites qu’elles n'avaient plus assez de surface pour réfléchir la lumière, elles acquéraient la forme et les propriétés d’une véritable terre : j'ai denc amassé et mis à part toutes les sécrétions terreuses que les deux livres de grès m'ont produites pendant le cours de plus d’une année ; et lorsque cette terre a été bien sèche ; elle pesait euviron cinq onces :

j'ai aussi pesé le grès après l'avoir fait sécher , etil avait diminué en pésanteur dans la même proportion, de sorte qu'il s’en était décomposé un peu plus de la sixième partie : toute cette terre était au reste de la même qualité, et les dernières sécrétions étaient aussi grasses , aussi ductiles que les premières , et toujours d’un jaune tirant sur l’orangé : mais comme j'y apercevais encore quelques paillettes brillantes, quelques molécules de grès , qui n'étaient pas entièrement décomposées , j'ai remis cette terre avec de l’eau dans un

» vaisseau de:verre , et je l'ai laissée exposée

à l'air, sans la remuer, pendant tout un été, ajoutant de temps en temps de nouvelle eau à mesure qu’elle s'évaporait; un mois après, cette eau a commencé à se corrompre, et elle est devenue verdâtre et de mauvaise odeur : la terre paraissait être aussi dans un état de fermentation ou de putréfaction, car il s'en élevait une grande quantité de bulles d'air, et; quotqu’elle eût conservé à sa superficie sa couleur jaunâtre, celle qui était au fond du vaisseau était brune, et cette couleur s'étendait de jour en jour, et paraissait plus foncée ; de sorte qu'à la fin de l'été , cette terre était devenue absolument noire : j'ai laissé évaporer l'eau sans en remettre de

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nouvelle dans le vaisseau ; et , en ayant tiré la terre, qui ressemblait assez à de l'argile grise lorsqu'elle est humectée je l'ai fait sécher à la chaleur du feu, et lorsqu'elle a été échauflée, il m'a paru qu'elle exhalait une odeur sulfureuse :

mais ce qui m'a surpris davantage, c'est qu'à proportion qu’elle s'est desséchée , la couleur noire s’est un peu effacée , et elle est devenue aussi blanche que l'argile la plus blanche ; d'où on peut conjecturer que. c'était par conséquent une matière volatile qui lui communiquait cette couleur brune : les esprits acides n’ont fait aucune impression sur cette terre ; et lui ayant fait éprouver un degré de chaleur assez violent , elle n'a point rougi comme l'argile grise , mais elle a conservé sa blan- » cheur; de sorte qu'il me paraît évident * que cette matière que m'a produite le » grès en s'atténuant et en sc décomposant » dans l’eau , est une véritable argile blan- » che” ( Note communiquée à M. de Buffon par M. Nadault, correspondant de l'Académie des sciences, ancien avocat-général de la Chambre des’ comptes de Dijon. ) Page 465, col. 2, ligne 33. Le mouvement des eaux d'orient en occident a travaillé la surface de la terrê dans ce sens ; dans tous les continents du monde , La pente est plus rapide du côté de l'occident que du côté de l'orient. Cela est évident dans le continent de l'Amérique , dont les pentes sont extré mement rapides vers les mers de l’ouest et dont toutes les terres s'étendent en pente douce , et aboutissent presque toutes à de grandes plaines du côté de la mer à l'orient. En Europe, la ligne du sommet de la Grande-Bretagne, qui s'étend du nord au sud , est bien plus proche du bord occidental que de l'oriental de l'Océan; et , par la même raison , les mers qui sont à l'occident de l'Irlande et de l'Angleterre, sont plus profondes que la mer qui sépare l'Angleterre et la Hollande. La ligne du sommet de la Norwége est bien plus proche de l'Océan que de la mer Baltique, Les montagnes du sommet général de l'Europe sont bien plus hautes vers l'occident que vers lorient ; et si l'on prend une partie de ce sommet de.

puis la Suisse jusqu'en Sibérie , il est bien plus près de la mer Baltique et de la mer Blanche ; qu'il ne l’est de la mer Noire et de la mer Caspienne. Les Alpes et l'Apennin règnent bien plus près de la Méditerranée

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