‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-Hilaire (volume 2)Chapitre 22 sur 304 · F SAUCE · texte numérisé non relu

F SAUCE

LEE vs JS Sp US YOU TS à y: SE Ms

sciences et du Cabinet du Roï ; Paris, 1776, pages 38 et suiv.) ?

Je ne sache pas qu’on ait trouvé des poissons dans nos eaux thermales ; mais il est certain que, dans celles mème qui sont le plus chaudes , le fond du terrain est tapissé de plantes. M. l'abbé Mazéas dit expressément que , dans l’eau presque bouillante de la Solfatare de Viterbe , le fond du bassin est couvert des mêmes plantes qui croissent au fond des lacs et des marais. ( Mémoires des savants étrangers , tome 5 , page 324!)

Page 456, col. 1, ligne 22. Z/ parait par les monuments qui nous restent , qu'il y a eu des géants dans plusieurs espèces d'animaux.

Les grosses dents à pointes mousses dont nous avons parlé , indiquent une espèce gigantesque , relativement aux autres espèces, et même à celle de l'éléphant; mais cette espèce gigantesque n’existe plus. D'autres grosses dents , dont la face qui broie est figurée en trèfle , comme celles des hippopotames, et qui néanmoins sont quatre fois plus grosses que celles des hippopotames actuellement subsistants, démontrent qu'il y a eu des individus très-gigantesques dans l'espèce de l'hippopotame. D'énormes fémurs, plus grands et beaucoup plus épais que ceux de nos éléphants , démontrent la même chose pour les éléphants ; et nous pouvons citer encore quelques exemples qui vont à l'appui dé notre opinion sur les animaux gigantesques.

On a trouvé auprès de Rome, en 1772, une tête de bœuf pétrifiée, dont le P. Jacquier a donné la description. « La longueur » du front , comprise entre les deux cornes, » est, dit-il, de 2 pieds 3 pouces; la dis- » tance entre les orbites des yeux de 14 pou- » ces; celle depuis la portion supérieure du » front jusqu’à l'orbite de l'œil, de 1 pied » 6 pouces; la circonférence d’une corne » mesurée dans le‘bourrelet inférieur dl » pied G pouces; la longueur d'une corne mesurée dans toute sa courbure, de 4 pieds; la distance des sommets des cornes , de 3 pieds; l'intérieur est d'une pétrification très-dure : cette tête a été trouvée dans un fond de Pozzolane à la pro- » fondeur de plus de 20 pieds (L).»

« On voyait , en 1768, dans la cathédrale » de Strasbourg, une très-grosse corne de » bœuf, suspendue par une-chaine contre

» 8. ss,

(1) Gazette de France du 25 septembre 1772, article de Rome.

» un pilier près du chœur; elle m'a paru » excéder trois fois la grandeur ordinaire de » celles des plus grands bœufs : comme elle » est fort élevée, je n’ai pu en pr endre les » dimensions; mais je l'ai jugée d'environ » 4 pieds de longueur ; sur 7 à 8 pouces de » diamétre au gros bout (1).

Lionel Waffer rapporte qu'il a vu au Mexique des ossements et des dents d’une prodigieuse grandeur ; entre autres une dent de 3 pouces de large sur 4 pouces de longueur, et que les plus habiles gens du pays, ayant été consultés, jugérent que la tête ne pouvait pas avoir moins d'une aune de largeur.

(Waffer , Voyage en Amérique, page 367.) - C'est peut-être la même dent dont parle le P. Acosta : « J'ai vu , dit-il , une dent mo- » laire qui m'étonna beaucoup par. son » énorme grandeur, car elle était aussi » grosse que Le poing d’un. homme. » Le P:

Torquemado , franciscain, dit anssi qu’il a eu en son pouvoir une dent molaire , deux fois aussi grosse que le poing et qui pesait plus de deux livres : il ajoute que , dans cette même ville de Mexico , au couvent de Saint- Augustin , il avait vu un os fémur si grand, que l'individu auquel cet os avait appartenu, devait avoir été haut de 1{ à 12 coudées, c'est-à-dire 17 ou 18 pieds, et que la tête dont la dent avait été tirée , était aussi grosse qu'une de ces grandes cruches dont crie sert en Castille pour mettre le vin.

Philippe Hernandez rapporte qu'on trouve à Tezcaco et à T'osuca plusieurs os de grandeur extraordinaire , et que parmi ces os il y a des dents larges de cinq pouces et hautes de dix; d’où l’on doit conjecturer que la grosseur de la tête à laquelle elles appartenaient était si énorme, que deux hommes auraient à peine pu l’embrasser. Don Lorenzo Boturini Benaduci dit aussi que, dans la Nouvelle-Espagne , surtout dans les hauteurs de Santa-Fé et dans le territoire de la Puebla et de Tlascallan, on trouve des os énormes et des dents molaires, dont une

w’il conservait dans son cabinet est cent fois plus grosse que les plus grosses dents humaines. ( Gigantologie espagnole, par le P.

Torrubia, Journal étranger, novembre 1760.)

L'auteur de cette Gigantologie espagnole attribue ces dents énormes et ces grands os à des géants de l'espèce humaine. Mais estil croyable qu'il y ait jamais eu des hommes LR its

(1) Note communiquée à M. de Buffon, par M. Grignon , le 24 septembre 1777.

Tnéonte DE LA TERRE, T'ome II.

dont la tête ait eu 8 ou 10 pieds de circonférence? N'est-il pas même assez étonnant que, dans l'espèce de l'hippopotame ou de l'éléphant , il y en ait eu de cette grandeur ? Nous pensons donc que ces énormes dents sont de la même espèce que celles qui ont été trouvées nouvellement en Canada sur la rivière d’Ohio , que nous avons dit appartenir à un animal inconnu dont l'espèce était autrefois existante en Tartarie, en Sibérie, au Canada , et s’est étendue depuis les Illinois jusqu'au Mexique. Et comme ces auteurs espagnols ne disent pas que l’on ait trouvé , dans la Nouvelle-Espagne , des défenses d’éléphants mêlées avec ces grosses dents molaires, cela nous fait présumer qu'il y avait en effet uneespèce différente de celle de l'éléphant à laquelle ces grosses dents molaires appartenaient, laquelle est parvenue jusqu’au Mexique. Au reste, les grosses dents de gipreie paraissent avoir été anciennemefñit connues ; car saint Augustin dit avoir vu une dent molaire si grosse, qu'en la divisant elle aurait fait cent dents molaires d’un homme ordinaire. ( Lib. XV, de Ci vitate Dei, cap. 9.) Fulgose dit aussi qu’on a trouvé en Sicile des dents dont chacune pesait trois livres. (Lib. 1, cap. 6.)

M. John Sommer rapporte avoir trouvé à Chartham ; près de Cantorbéry , à 17 pieds de profondeur, quelques os étrangers et monstrueux , les uns entiers, les autres rompus , et quatre dents saines et parfaites, pesant chacune un peu plus d’une demi-livre ; grosses à peu près comme le poing d'un homme : toutes quatre étaient des dents molaires ressemblant assez aux dents molaires de l’homme, si ce n’est par la grosseur. Il dit que Louis Vives parle d’une dent encore plus grosse ( dens molaris pugno major) qui lui fut montrée pour une dent de saint Christophe : il dit aussi qu'Acosta rapporte avoir vu dans les Indes une dent semblable qui avait été tirée de la terre avéc plusieurs autres os, lesquels rassemblés et arrangés, représentaient un homme d'une stature prodigieuse ou plutôt monstrüeuse (deformed higness or greatness ). Nous aurions pu , dit judicieusement M. Sommer , juger de même des dents qu'on a tirées de la terre auprès de Cantorbéry ; si l’on n’eût pas trouvé avec ces mêmes dents des os qui ne pouvaient être des os d'homme; quelques personnes qui les ont vus ont jugé que les os et les dents étaient d'un hippopotame. Deux de ces dents sont gravées dans une

un à

Ds + -

ve. #

plai.che qui est à la tête du ne 272 des Transactions philosgphiques { fig. 9).

On peut conclure de ces faits, que la plupart des grands os tronvés dans le sein de la terre, sont des os d'éléphants et d'hippopolames: mais il me paraît certain par la com- Paraison immédiate des énormes dents à pointes mousses avec les dents de l'éléphant et de l’hippopotame, qu'elles ont appartenu à un animal beaucoup plus.gros que l'un et l'autre, et que l'espèce de ce prodigieux animal ne subsiste plus aujourd’hui.

Dans les éléphants actuellement existants, il est extrêmement rare d’en trouver dont les défenses aient six pieds de longueur. Les plus grandes sont communément de cinq pieds à cinq pieds et demi , et par conséquent l'ancien éléphant auquel a appartenu la défense de dix pieds de longueur, dont nous avons les fragments, était un géant dans cette espèce , aussi-bien que celui dont nous ayons un fémur d’un tiers plus gros et plus grand que les fémurs des éléphants ordinaires. E :

Il en est de même dans l'espèce de l’hippopotame ; j'ai fait arracher les deux plus grosses dents molaires de la plus grande tête d'hippopotame que nous ayons au Cabinet du Roi : l'une de ces dents pèse 10 onces, et l’autre 9 Æ onces. J'ai pesé ensuite deux dents , l’une trouvée en Sibérie et l'autre au Canada ; la première pèse 2 livres [2 onces, a seconde 2 livres 2 onces. Ces anciens

| rm étaient, comme l'on voit, bien gigantesques en comparaison de ceux qui existent aujourd'hui.

L'exemple que nous avons cité de l'énorme tête de bœuf pétrifiée , trouvée aux environs de Rome , prouve aussi qu'il y a eu de prodigieux géants dans cette espèce, et nous pouvons le démontrer par plusieurs autres monuments. Nous avons au Cabinet du Roi, 1° une corne d'une belle couleur vérdâtre , très-lisse et bien contournée ; qui est évidemment une corne de bœuf ; elle porte 25 pouces de circonférence à la base , et sa#longueur est de 42 pouces; sa cavité contient LL 4 pintes de Paris, 2° Un os de l'intérieur de la corne d'un bœuf, du poids le 7 livres; tandis que le plus grand os de nos bœufs qui soutient la corne, ne pése

. qu'une livre, Cet os a été donné pour le Cabinet du Roi par M. le comte de Tressan, qui joint au goût et aux talents beaucoup de connaissances en histoire naturelle, 3e Deux os de l'intérieur des cornes d'un bœuf réunis

par un morceau de crâne, qui ont été trouvés à 25 pieds de profondeur , dans les couches de tourbes, entre Amiews et Abbeville, et qui m'ont été envoyés pour le Cabinet du Roi : ce morceau pèse 17 livres ; ainsi chaque os de la corne étant séparé de la portion du crâne , pèse au moins 7 + livres. J'ai comparé les dimensions comme les poids de ces,

différents os ; celui du plus gros bœuf qu'on .

a pu trouver à la boucherie de Paris, n'avait que 13 pouces de longueur sur 7 pouces de circonférence à la base; tandis que des deux autres tirés du sein de la terre, l’un a 24 pouces de longueur sur 12 pouces de circonférence à la base, et l’autre 27 pouces de longueur sur 13 de circonférence. En voilà plus qu'il n'en faut pour démontrer que dans l'espèce du bœuf, comme dans celles de l'hippopotame et de l'éléphant, il y a eu de prodigieux géants.

Ibid., ligne 37. Nous avons des monuments

tirés du sein de la terre , et Particulièrement

du fond des minières de charbon et d’ardoise, qui nous démontrent que quelques-uns des poissons et des végétaux que ces matières contiennent, ne sont pas des espèces actuellement existantes. Sur cela nous observons ; avec M. Lehman, qu'on ne trouve guère des empreintes de plantes dans les mines d’ardoise, à l'exception de celles qui accom-

uent les mines de charbon de terre, et qu'au contraire, on ne trouve ordinairement les empreintes de poissons que dans les ardoises cuivreuses. (Tom. 3, pag. 407.)

On a remarqué que les bancs d'ardoise changés de poissons pétrifiés, dans le comté de Mansfeld , sont surmontés d'un banc de pierres appelées puantes ; c'est une espèce d'ardoise grise , qui a tiré son origine d'une eau croupissante, dans laquelle les poissons avaient pourri avant de se pétrifier. (Leeberoth , Journal économique , juillet 1752.)

M. Hoffman , en parlant des ardoises, dit que non-seulement les poissons que l'on y trouve pétrifiés ont été des créatures vivantes, mais que les couches d'ardoises n’ont été que le dépôt d’une eau fangeuse, qui, après avoir fermenté et s'être pétrifiée, s'était précipitée par couches très-minces.

« Les ardoises d'Angers, dit M. Guettard, » présentent quelquefois des empreintes de » plantes et de poissons, qui méritent d'au- » tant plus d'attention, que les plantes aux- » quelles ces empreintes sont dues, étaient » des fucus de mer, et que celles des pois- » sons représentent différents cruslacées ou

‘ "wi

LE - ô

PR. at ns. on dé

animaux de la classe des écrevisses ; dont * les empreintes sont plus rares que celles » des poissons et des coquillages. Il ajoute » qu'après avoir consulté plusieurs auteurs » qui ont écrit sur les poissons , les écre- » visses et les crabes, il n'a rien trouvé de » ressemblant aux empreintes en question , » si ce n'est le pou de mer, qui y a quelques rapports , mais qui en diffère néanmoins par le nombre de ses anneaux ; qui sont au nombre de treize; au lieu que les anpeaux ne sont qu'au nombre de sept ou huitidans les empreintes de l’ardoise : les empreintes de poissons se trouvent com- » munément parsemées de matières pyri- » teuse et blanchâtre. Une singularité, qui » ne regarde pas plus les ardoiïsières d'An- » gers que celles des autres pays, tombe sur

Page 1