PARTIE EXPÉRIMENTALE
autres, qui, dix ans après ; sont abattus à leur tour, et ainsi de dix ans en dix ans, ou de douze ans en douze ans , on a plus de moitié coupe , c'est-à-dire plus Le moitié de produit. Mais cette manière d exploitation !
quoique utile, ne laisse pas d’être sujette des inconvénients. On ne peut abattre les plus grands arbres sans faire souffrir les petits. D'ailleurs , le bûcheron ; étant presque toujours mal à l'aise, ne peut couper Ja plupart de ces arbres qu'à un demi-pied, et souvent plus d’un pied au-dessus de eos À ce qui fait un grand tort aux ME oë, ces souches élevées ne poussent Jamais des rejetons aussi vigoureux ni en aussi grand nombre que les souches coupées à fleur de terre; et l'une des plus utiles attentions qu on doive donner à l'exploitation des taillis , est de faire couper tous les arbres le plus près de terre qu'il est possible. *
Les bois occupent presque partout le haut des coteaux et les sommets des collines et
des montagnes d’une médiocre hauteur.
Dans ces espèces de plaines au-dessus des montagnes , il se trouve des terrains enfoncés, des espèces de vallons secs et froids , qu'on appelle des combes. Quoique le terrain de ces combes ait ordinairement plus de profondeur et soit d une meilleure qualité que celui des parties élevées qui les environnent, le bois, néanmoins, n Y est jamais aussi beau, il ne pousse qu un mois plus tard ; et souvent il y a de la différence de plus de moitié dans l'accroissement total. A quarante ans le bois du fond de la combe ne vaut pas plus que celui des coteaux qui l'environnent vaut à vingt ans. Cette prodigieuse différence est occasionée par la gelée qui , tous les ans et presque en toute saison, se fait sentir dans ces combes , et supprimant en partie les Jeunes rejetons , rend les arbres raffaus , rabougris et galeux. J'ai remarqué dans plusieurs coupes où l'on avait laissé quelques bouquets de bois, que tout ce qui était auprès de ces bouquets et situé à l'abri du vent de nord était entièrement gâté par l'effet de la gelée, tandis que tous les endroits exposés au vent du nord n'étaient point du tout gelés; cette observation me fournit la véritable raison pourquoi les combes et les lieux bas dans les bois , eut si sujets à la gelée, et si tardifs à l'égard des terrains plus élevés , où les bois deviennent
très-beaux , quoique souvent la terre y soit moins bonne que dans les combes ; c'est parce que l'humidité et les brouillards qui s'élèvent de la terre, séjournént dans les combes , s'y condensent, et par ce froid humide occasionent la gelée ; tandis qué, sur les lieux plus élevés, les vents-divisent et chassent les vapeurs nuisibles , et les empêchent de tomber sur les arbres, ou du moins de s'y attacher en aussi grande quantité et en aussi grosses gouttes. Il y a de ces lieux bas où il gèle tous les mois de l’année , aussi le bois n’y vaut jamais rien; j'ai quelquefois parcouru en été , la nuit à la chasse , ces différents pays de bois , et je me souviens parfaitement que, sur les lieux élevés, j'avais chaud, mais qu'’aussitôt que je descendais dans ces combes un froid vif et inquiétant, quoïque sans vent, me saisissait, de sorte que souvent ,à dix pas de distance , on aurait cru changer de climat; des charbonniers qui marchaient nu-pieds trouvaient la terre chaude sur ces éminences , et d’une froïideur insupportable dans ces petits vallons. Lorsque ces combes se trouvent situées de manière à être enfilées par les vents froids et humides du nord-ouest, la gelée s'y fait sentir même aux mois de juillet et d'août ; le bois ne peut y croître, les genièvres même ont bien de la peine à s’y maintenir , et ces combes n’offrent, au leu d’un beau taillis semblable à ceux qui les environnent, qu'un espace stérile, qu'on appelle une chaume , et qui diffère d’une friche , en ce qu'on peut rendre celle-ci fertile par la culture , au lieu qu'on ne sait comment cultiver ou peupler ces chaumes qui sont au milieu des bois. Les grains qu'on pourrait y semer, sont toujours détruits par les grands ge de l'hiver ou par les gelées du printemps, il n'y a guère que le blé noir ou sarrasin qui puisse y croitre , et encore le produit ne vaut pas la dépense de la culture. Ces terrains restent donc déserts , abandonnés , et sont en pure perte. J'ai une de ces combes au milieu de mes bois , qui seule contient cent cinquante arpents , dont le produit est presque nul. Le succès de ma plantation de pins, qui n'est qu'à une lieue de cette grande combe , m'a détermiué à y planter de jeunes arbres de cette espèce ; je n'ai commencé que depuis quélques années; je vois déjà, par le progrès de ces jeunes plants, que quelque jour cet espace, stérile de temps immémorial , sera un bois de pins tout aussi fourni que le premier que j'ai décrit.
ra dbz
Jai fait écorcer sur pied des pins, des sapins ; ct d'autres espèces d'arbres toujours verts, J'ai reconnu que ces arbres , dépouillés de leur écorce, vivent plus long-temps que les chênes auxquels on fait la même opération , et leur bois acquiert de même plus de dureté , plus de force et de solidité. I serait donc très-utile de faire écorcer sur pied les sapins qu'on destine aux mâtures des vaisseaux , en les laissant deux, trois et même quatre ans sécher ainsi sur pied , ils acquerront une force et une durée bien plus grande que dans leur état naturel. Il en est de même de toutes les grosses pièces de chène que l’on emploie dans la construction des vaisseaux , elles seraient plus résistantes , plus solides et plus durables si on les tirait d'arbres écorcés et séchés sur pied avant de les abattre.
À l'égard des pièces courbes , il vaut mieux prendre des arbres de brin, de la grosseur nécessaire pour faire une seule pièce courbe, que de scier ces courbes dans de plus grosses pièces , celles-ci sont toujours tranchées et faibles , au lieu que les pièces de brin, étant courbées dans du sable chaud, conservent presque toute la force de leurs fibres longitudinales ; j'ai reconnu en faisant rompre des courbes de ces deux espèces ; qu'il y avait plus d’un tiers de différence
dans leur force; que les courbes tranchées Cassaient subitement , et que celles qui avaient été courbées par la chaleur graduée et par une charge constamment appliquée , se rétablissaient presque de niveau avant que d'éclater et se rompre.
. On est dans Ptge de marquer avec un gros marteau , portant empreinte des armes du roi ou des seigneurs particuliers, tous les arbres que l’on veut réserver dans les bois qu'on veut couper : cette pratique est mauvaise, on enlève l'écorce et une partie de l'aubier avant de donner le cou p de marteau; la blessure ne se cicatrise jamais parfaitement, et souvent elle produit un abreuvoir au pied de l'arbre. Plus la tige en est menue, plus le mal est grand. On retrouve dans l'intérieur d’un arbre de cent ans , les coups de marteau qu'on lui aura donnés à vingt-cinq, cinquante el soixante-quinze ans ; et tous ces endroits sont remplis de pourriture , et forment souvent des abreuvoirs ou des fusées en bas ou en haut qui gâtent le pied de
l'arbre. Il vaudrait mieux marquer avec une couleur à l'huile les arbres qu'on voudrait réserver, la dépense serait à peu près la même , et la couleur ne ferait aucun tort à l'arbre, et durerait au moins pendant tout le temps de l'exploitation.
On trouve communément dans les bois deux espèces de chênes , ou plutôt deux variétés remarquables et différentes l'une de l'autre à plusieurs égards. La première est le chêne à gros gland, qui n’est qu'un à un, ou tout au plus deux à deux sur la branche ; l'écorce de ces chênes est blanche et lisse, la feuille grande et large , le bois blanc , liant, très-ferme , et néanmoins très-aisé à fendre. La seconde espèce porte ses glands en bouquets ou trochets comme les noisettes , de trois , quatre ou cinq ensemble ; l'écorce en est plus brune et toujours gercée, le bois aussi plus coloré , la feuille plus petite et l’accroissement plus lent. J'ai observé que dans tous les terrains peu profonds, dans toutes les terres maigres, on ne trouve que des chènes à petits glands en trochets , et qu'au contraire on ne voit guère que des chênes à gros glands dans les très-bons terrains. Jene suis pas assuré que cette variété soit constante et se propage par la graine , maïs j'ai reconnu , après avoir semé plusieurs années une très-grande quantité de ces glands , tantôt indistinctement et mêlés, et d’autres fois séparés, qu'il ne m'est venu que des chênes à petits glands dans les mauvais terrains, et qu'il n'y a que dans quelques endroîts de mes meilleures terres où il se trouve des chénes à gros glands. Le bois de ces chênes ressemble si fort à celui du châtaignier par la texture et par la couleur, qu’on les a pris lun pour l'autre; c'est sur cette ressemblance, qui n’a pas été indiquée, qu'est fondée l'opinion que les charpentes de nos anciennes églises sont de bois de châtaignier : j'ai reconnu que ces bois , prétendus de chàtaignier, étaient du chêne blanc à gros glands, dont je viens de parler, qui était autrefois bien plus commun qu'il ne l’est aujourd'hui, par une raison bien simple ; c’est qu'autrefois , avant que la France fût aussi peuplée , il existait une quantité bien plus grande de bois en bon terrain, et, par conséquent , une bien plus grande quantité de ces chènes, dont le bois ressemble à celui du châtaignier.
* Le châtaignier affecte des terrains parti-