‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-Hilaire (volume 2)Chapitre 246 sur 304 · DES COUCHES LIGNEUSES QU'ON · texte numérisé non relu

DES COUCHES LIGNEUSES QU'ON

APERCOIT QUAND ON COUPE HORIZONTALEMENT LE TRONC D'UN ARBRE; DE L'INÉGALITÉ D'ÉPAISSEUR, ET DU DIFFÉRENT NOMBRE DE CES COUCHES, TANT DANS LE BOIS FORMÉ QUE DANS L'AUBIER-

Par MM. DUHAMEL gr DE BUFFON.

Ox ne peut travailler plus utilement pour la phy$ique , qu'en constatant des faits doué .

teux, et en nt la vraie origine de “ceux qu'on attribuait sans fondement à des causes imaginaires ou insuffisantes. C'est dans cette vue que nous avons entre i M. de Buffon et moi, plusieurs reche d'agriculture ; que nous avons, P ple, fait des observations et des expé sur l'accroissement et l'entretien des ar sur leurs maladies et sur leurs défau les plantations et sur le rétablissen rêts, ete. Nous commençons à rendre c: mtpte à l'Académie du suécès de ce tt l'examen d’un fait dont presque Kous °C$ teurs d'agriculture font mention ; Mar n’a été (nous n’hésitons pas de le dire trevu, et qu’on a, pour cette raison , attribué à des causes qui sont bien éloignées de la vérité.

Tout le monde sait que, quand on coupe horizontalement le tronc d'un chêne, par exemple, on aperçoit, dans le cœur et dans l'aubier , des cercles ligneux qui l'enveloppent; ces cercles sont séparés les uns des autres par d’autres cercles ligneux d’une substance plus rare, et ce sont ces derniers qui distinguent et séparent la crue de chaque année : il est naturel de penser que ;, sans des accidents particuliers, ils devraient être tous à peu près d'égale épaisseur, et également éloignés du centre.

Il en est cependant tout autrement et la plupart des auteurs d'agriculture , qui ont reconnu cette différence , l'ont attribuée à différentes causes, et en ont tiré diverses con-

| séquences ; les uns, par exemple , veulent

qu'on observe avec soin la situation des jeunes arbres dans les pépinières, pour les orienter dans la place qu'on leur destine , - ce que les jardiniers appellent planter à la boussole ; ils soutiennent que le côté de l'ar-

bre qui était opposé au soleil dans la péPinière , souffre immanquablement de son action lorsqu'il y est exposé.

D'autres veulent que les cercles ligneux de tous les arbres soient excentriques ; et toujours plus éloignés du centre ou de l’axe

u trône de l'arbre du côté du midi que du ord , ce qu'ils proposent aux VOyà&rs qui seraient égarés dans les orêts ; me un moyen assuré de s'orienter et de rouver la route.

PRous-avons cry devoir nous assurer par pus-mêmes de ces deux faits ; et d'abord , jour reconnaître si les arbres transplantés souffrent lorsqu'ils se trouvent à une situation contraire à celle qu'ils avaient dans la pépinière, nous avons choisi cinquante Ormes qui avaient été élevés dans une vigne, et non pas dans une pépinière touffue, afin d'avoir des sujets dont l'exposition fût bien décidée. J’ai fait, à une même hauteur, élever tous ces arbres, dont le tronc avait douze à treize pouces de circonférence , et , avant de les arracher , j'ai marqué d’une petite entaille le côté exposé au midi, ensuite je les ai fait planter sur deux lignes, observant de les mettre alternativement , un dans la situation où il avait été élevé , et l'autre dans une situation contraire , en sorte que j'ai eu vingt-cinq arbres orientés comme dans la . vigne à comparer avec vingt-cinq autres qui étaient dans une situation tout opposée : em les plantant ainsi alternativement , j'ai évité tous les soupçons qui auraient pu naître des veines de terre, dont la qualité change quelquefois tout d'un coup. Mes arbres sont prêts à faire leur troisième pousse , je les ai

bien examinés , il ne me paraît pas qu'il y

ait aucune différence entre les uns et les au-

tres ; il est probable qu'il n’y en aura pas dans la suite , car si le changement d’exposition doit produire quelque chose , ce me

PA ÊTTE EXPÉRIMENTALE.

peut être que dans les premières années , et Jusqu'à ce que les arbres se soient accoutumés aux impressions du soleil et du vent, qu’on prétend être capables de produire un effet sensible sur ces jeunes sujets.

Nous ne déciderons cependant pas que cette attention est superflue dans tous les à ‘mi car nous voyons, dans les terres légères, les pèchers et les abricotiers de haute tige , plantés en espalier au midi, se pr entièrement du côté du soleil, et ne subsister que par le côté u mur. Il semble donc que dans les pays M À , surle penchant des montagnes ; aü midi, le soleil peut produire un effet sensible sur la partie de l'écorce qui lui estexposée ; mais mon expérience décide incontestablement que, dans notre climat et dans les situations ordinaires, il est inutile d'orienter les arbres qu'on transplante; c'est toujours une attention de moins, qui € laisserait pas que de gêner lorsqu'on pla nte des arbres en alignement ; car pour peu que le

tronc des arbres soit un peucourbe, ils font. -

En - ité Én'ést pâs le ande difformité quand on n ést pas ste de mettre la courbure dans le sens de ‘alignement. | +.

E ge er de l’excentricité des couc É gne s vers le midi , nous avons

es gens les plus au fait de l'expl oita ic L

ART Le # . «

l’accrosement des couches ligneuses. Nous allons le prouver par Plusieurs expériences ; mais avant que de les rapporter, il est bon d’avertir que nous distinguons iciles chênes, d’abord en deux espèces, savoir, ceux qui “ ŒE portent des glands à longs Pédicules, et ceux dont les glands sont presque collés à la branche. Chagune de ces espèces en donne trois

autres; savoir, les chênes qui portent de

très-gros glands , ceux dont les glands sont -

de médiocre grosseur , et enfin ceux dont les glands sont très-petits. Cette division, qui serait grossière et imparfaite pour un botapiste , suflit’aux forestiers, et nous l'avons adoptée, parce que nous-avons cru apercevoir quelque différence dans la qualité du bois de ces espèces , et que , d’ailleurs , il se trouve dans nos forêts un très-grand nombre d'espèces différentes" de chênes dont le bois est absolument semblable » auxquelles, par conséquent > NOUS n'avons pas eu égard.

EXPÉRIENCES

3° 27 mars 1734 , pour nous assurer si les arbres croissent du côté du midi plus que du côté du nord , M. de Buffon a fait couper un chêne à gros glands , âgé d’environ soixante

eS

sv : rêts ne sont point d'accord sur ce 7°? à un bon pied et demi au-dessus de la

oint. Tous, à la vérité 5 conviennent de l'excentricité des couches annuelles, mais les uns prétendent que ces couches sont plus épaisses du côté du nord, parce que ; disentils , le soleil dessèche le côté du midi, et ils appuient leur Sentiment sur le prompt accroissement des arbres des pays mere naux qui viennent plus vite, et grossissent davantage que ceux des pays méridionaux.

D'autres, aü contraire, et c’est le plus grand nombre , prétendent avoir observé que les couches sont plus épaisses du côté du midi , et pour ajouter à leur observation un raisonnement physique, ils disent que le s0leil étant le principal moteur de la séve, il doit la déterminer à passer avec plus d abondance dans la partie où il a le plus d'action, pendant que les pluies qui viennent souvent du vent du midi humectent lécorce, la nourrissent, ou du moins préviennent le dessèchement que la chaleur du soleil aurait pu causer. Voila donc ces sujets de doute entre ceux- 1à mêmes qui sont dans l'usage actuel d'exploiter des bois , et on ne doit pas s’en étonner , car les différentes circonstances produisent des variétés considérables dans Tnéome DE LA TERRE. Z'ome IL.

surface du terrain, c'est-à-dire dans l'endroit où la tige commence à se bien arrondir, car les racines causent toujours un élargissement au pied dés arbres; celui-ci était situé dans une lisière découverte à l’orient > Mais un peu couverte au nord d'un côté, et de l’autre au midi. Il à fait faire la coupe le plus horizontalement qu'il a été possible, et, ayant mis la pointe d'un compas dans le centre des cercles annuels ,il a reconnu qu'il coincidait avec celui de la circonférence de l'arbre , et qu'ainsi tous les côtés avaient également grossi; mais ayant fait couper ce même arbre à vingt pieds plus haut, le côté du nord était plus épais que celui du midi; il a remarqué qu'il y avait une grosse branche du côté du nord, un peu au-dessus de vingt pieds.

Le même jour il a fait couper de la même facon , à un pied et demi au-dessus de terre, un chêne à petits glands, âgé d'environ quatre-vingts ans; situé comme le précédent ; il avait plus grossi du côté du midi que du côté du nord. Il a observé qu'il y avait au-dedans de l'arbre un nœud fort serré du côté du nord, qui venait des racines.

Le. 7

Page 1