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viennent successivement les recouvrir : ces affaissements occasionent souvent des craquements horribles ; les crevasses qui s'ouvrent dans l'épaisseur des glaces, forment des précipices aussi fâcheux qu'ils sont rultipliés. Ces abimes sont d'autant plus perfides et funestes, qu'ils sont ordinairement recouverts de neige : les voyageurs, les Curieux et les chasseurs, qui courent les daims , les chamois , les bouquetins , ou qui font la recherche des mines de cristal, sont souvent engloutis dans les gouffres , et rejetés sur la surface par les flots qui s'élèvent du fond de ces abimes.
"Les pluies age fondent promptement
les neiges ; mais toutes les eaux qui en proviennent ne se précipitent pas dans les abimes inférieurs par les crevasses ; une grande partie se regèle , et tombant sur la surface des glaces , en augmente le volume.
Les vents chauds du midi, qui règnent ordinairement dans le mois de mai, sont les agents les plus puissants qui détruisent les neiges et les glaces ; alors Jeur fonte annoncée par le bruissement des lacs glacés, et par le fracas épouvantable du choc des pierres et des glaces qui se précipitent confusément du haut des montagnes , porte de toutes parts dans les vallées inférieures les eaux des torrents ; qui tombent du haut des rochers de plus de 1200 pieds de hauteur.
Le soleil n’a que peu de prise sur les neiges et sur les glaces, pouren opérer la fonte. L'expérience a prouvé que ces glaces formécs pendant un laps de temps très-long, sous A fardeaux énormes, dans un degré de froid si multiplié et d'eau si pure, que ces glaces, dis-je, étaient d'une matière si dense et si purgée d'air, que de petits glaçons exposés au soleil le plus ardent dans la plaine pendant un jour entier s’y fondaient à peine.
Quoique la masse de ces glacières fonde en partie tous les ans dans les trois mois de l'été ; que les pluies, les vents et la chaleur ; plus actifs dans certaines années , détruisent les progrès que les glaces ont faits pendant plusieurs autres années, cependant il est prouvé que ces glacières prennent un accrois. sement constant , et qu'elles s'étendent : les annales du pays le prouvent ; des actes authentiques le démontrent , et la tradition est invariable sur ce sujet. Indépendamment de ces autorités et des observations journalières , cette progression des slacières est prouvée par des foréts de melèzes qui ont été
absorbées par les glaces, et dont la cime de quelques-uns des arbres surpasse encore la surface des glacières ; ce sont des témoins irréprochables qui attestent le progrès des glacières , ainsi que le haut des clochers d'un village qui a été englouti sous les neiges , et que l’on apercoit lorsqu'il se fait des fontes extraordinaires. Cette progression des glacières ne peut avoir d'autre cause que l’augmentation de l'intensité du froid , qui s’accroit dans les montagnes glacées en raison des masses de glace; et il est prouvé que , dans les glacières de Suisse, le froid est aujourd'hui plus vif, mais moins long que dans l'Islande ; dont les glacières , ainsi que celles de Norwége , ont beaucoup de rapports avec celles de la Suisse,
Le massif des montagnes glacées de la Suisse est composé comme celui de toutes les hautes montagnes : le noyau est une roche vitreuse qui s'étend jusqu’à leur sommet; la partie au-dessous , à commencer du point ot elles ont été couvertes des eaux de la mer, est composée en revêtissement de Pierre calcaire , ainsi que tout le massif des montagnes d'un ordre inférieur , qui sont groupées sur la base des montagnes primitives de ces glacières ; enfintces masses calcaires ont pour base des schistes produitspar le dépôt du limon des eaux.
Les masses vitreuses sont des rocs vifs, des granites , des quartz ; leurs fentes sont remplies de métaux , de demi-métaux » de substances minérales et de cristaux.
Les masses calcinables sont des pierres à chaux , des marbres de toutes les espèces en couleurs et variétés, des craies > desgypses, des spaths et des albâtres, ete.
Les masses schisteuses sont des ardoises de différentes qualités et couleurs > Qui contiennent des plantes et des Poissons , et qui sont souvent posées à des hauteurs assez considérables : leur lit n’est Pas toujours horizontal; il est souvent incliné > Même sinueux et perpendiculaire en quelques endroits. \
L'on ne peut révoquer en doute l'ancien séjour des eaux de ia mer sur les montagnes qui forment aujourd'hui ces glacières ; l'immense quantité de coquilles qu’on y trouve l’atteste , ainsi que les ardoises et les autres Pierres de ce genre. Les coquilles y sont ou distribuées par familles, ou bien elles sont mêlées les unes avec les autres , et l'on y en trouve à de très-grandes hauteurs,
Il y a lieu de penser que ces montagnes
n’ont pas formé des glacières continues dans » communication des glaces du mont Blanc
eaux de la mer les ont abandonnées , quoiqu'il paraisse par leur très - ee Pre ment des mers, qui est à Re D lieues, et par leur excessive hauteur ; qu elles ont été les premières x Los sont sorties des eaux sur le continent de 1 Europe. Elles ont eu anciennement leurs volcans ; il parait que le dernier qui s’est éteint était celui de la montagne de Myssenberg ; dansle canton de Schwitz : ces deux principaux sommets > qui sont très-hauts et isolés, sont terminés coniuement, comme toutes les bouches de volans, et l'on voit encore le cratère de l’un de ces cônes, qui est creusé à une très-grande profondeur. ;
M. Bourrit , qui eut le courage de faire un grand nombre de courses dans les glacières de Savoie, dit « qu'on ne peut dou- » ter de l'accroissement de toutes les gla- » cières des Alpes ; que la quantité de neige » qui y est tombée pendant les hivers l'a » emporté sur la quantité fondue pendant » les étés; que non-seulement la même » cause subsiste, mais que ces amas de glace » déjà formés doivent l'augmenter tou- » jours plusÿ puisqu'il en résulte et plus de » neige et une moindre fonte... Ainsi il n'y » a pas de doute que les glacières n’aillent » en augmentant, et même dans une pro- » gression croissante (1). »
Cet observateur infatigable a fait un grand nombre de courses dans les glacières, et en parlant de celle du Glaichers où glacières des Bossons, il dit « qu’il paraît s’aug- » menter tous les jours; que le sol qu'il ÿ occupe présentement était, il ya quel- » ques années, un champ cultivé, et que » les glaces augmentent encore tous les » jours (2). Il rapporte que l'accroissement » des glaces paraît démontré non!seulement » dans cet endroit, mais dans plusieurs
. » autres ; que l’on a encore le souvenir
» d'une communication qu'il y avait autre- » fois de Chamountis à la Val-d'Aost, et que » les glaces l'ont absolument fermée ; que » les glaces en général doivent s'être ac- » crues en s'étendant d'abord de sommités » en sommités , et ensuite de vallées en val-" lées , et que c’est ainsi que s’est faite la