‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-Hilaire (volume 2)Chapitre 263 sur 304 · DES VERRES PRIMITIFS · texte numérisé non relu

DES VERRES PRIMITIFS

moins les plus anciennes , et celles qui tiennent, sans comparaison, la plus grande place dans la nature , et méritent par conséquent d'autant plus d'être considérées ; que toutes les autres en tirent leur origine.

Si l'on uvait supposer que le globe terrestre , Ant sa Danétattion , eût été com-

"des mêmes matières qu'il l’est aujour-

d'hui, et qu'ayant tout à coup été saisi par le feu, toutes ces m atières se fussent réduites en vérre, nous auriok s une jus Se des pr de la x rific L] on. ; ge en les

ticulières qui s’opèrent sous nos yeux par le feu des volcans ; ce sont des verres dextoutes sortes , très-différents les uns des autres par la densité, la dureté, les couleurs , depuis les basaltes et les laves les plus solides et les plus noires, jusqu'aux pierres ponces les plus blanches, qui semblent être les plus légères de ces productions de volcans : entre ces deux termes extrêmes , on trouve tous les au degrés de pesanteur et de légèreté dans les laves plus ou moins compactes , plus ou moins poreuses ou mélangées; de __ sorte qu'emjetant un coup d'œil sur une collection bien rangée de matières volcaniques, on peut aisément reconnaitre les différences, les deg , 1és nuar s, et même la suite des effets et produit de cette vitrification par le feu des volcans : dans cette s sition , ‘il y aurait eu autant de sortes de matières vitrifiées par le feu primitif que par celui des volcans , et ces matières seraient aussi de même nature que les pierres ponces, les laves et les basaltes; mais le quartz et les matières vitreuses de la masse du globe étant très-différents de ces verres de volcans , il est évident qu'on n'aurait qu'une fausse idée des effets et des produits de la vitrification générale, si l'on voulait comparer ces matières primitives aux productions volcaniques.

Ainsi la terre , lorsqu'elle a été vitrifiée , n’était point telle qu'elle est aujourd'hui, mais plutôt telle que nous l'avons dépeinte

. ” D d PE t avec ceux des vitrifications par- :

à l’époque de sa formation (1); et pour avoir une idée plus juste des effets et du produit de la vitrification générale , il faut se représenter le globe entier, pénétré de feu et fondu jusqu'au centre, et se souvenir que cette masse en fusion, tournant sur ellemême, s'est élevée sous l'équateur |] je force centrifuge, et en même temps abaiss sous les pôles, ce qui n’a pu se faire ans eg des cavernes et des M “dans les couches extérieures , à mes qu'elles prenaient de la consistance ; tâchons done de concevoir de quelle manière les ma tières vitrifiées ont pu se disposer et devenir telles que nous les trouvons dans le sein de la terre. | à

Toute la masse du globe liquéfiée par le feu , ne pouvait d'abord être que d’une suhstance homogène et plus pure que celle de nos vertes où des laves de volcans , puisque toutesles matières qui pouvaient se sublimer étaient alors reléguées dans l'atmosphère avec l’eau et les autres substances volatiles :

L! PAÎEE LL L ce verre pe. roi et pur nous est senté par le quartz qui est la base de toutes les autres matières vitreuses ; nous devons donc le regarder comme le verre primitif : Sa substance est simple, dure et résistante à toute action des acides ou du feu; sa cassure vitreuse démontre son essence ,-et tout nous porte : penser que c'est le premier verre qu'ait produit la nature. :

Et pour se former une idée de la manière dont ce verre a pu prendre autant de consistance et de dureté, il faut considérer qu'en général , le verre en fusion n'acquiert aucune solidité s’il est frappé par l'air extérieur , et que ce n'est qu'en le laissant recuire len-

(1) Voyez le tome 1e de cette nouvelle édition, première époque. ‘

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tement et long-temps, dans un four chaud imprégnée de matière métalliqu {Jai ‘à an Re fai donne ane consis- ont donné de fortes couleurs, set qu ee a.

tance solide ; plus les masses de verre sont moins n'ont point altéré la. DO 07 épaisses , et plus il faut de temps pour les son essence, car il est aussi infusi} : consolider dde recuire : or dans le temps quartz : nous regarderons donc € quartz RE. que la masse du globe vitrifiée par le feu jaspe et le mica » Comme les trois premie:, 4

s’est consolidée par le refroidissement , l'in- verres primitifs, et enmême temps con

La térieur de cette masse immense aura eu tout trois matières les plus simples de la nat ”, j le témps de se recuire et d'acquérir de la so- Ensuite el à mesure que la grande chaleër | 14 lidité et de la dureté ; tandis que la surface diminuait à la surface duwglobe , Jes ratio à de cette même masse , frappée du réfroidis- sublimées tombant de l'atmosphère 8e sont! + > & sement , n’a pu, faute de recuit, prendre mêlées en plus ou moins grande quantité À 4 aucune solidité : cette surface exposée à l'ac- avec le verre primitif , et de ce dan pa de | + tion des éléments extérieurs, s'est divisée, résullé deux autres verres, do , Lnédberan ns SE | N fèlée, fendillée et même réduite en écailles, étant moins simple , s’est-trou Ve Bién: Dit x

À emtpaillettes et en poudre, comme nous le fusible; ces deux verres sont le feld-spath et | à 3 voyons dans nos verres en fusion, exposés à le schorl : leur base .est également quart- | LES l’action de l'air : ainsi le globe dans ce pre- zeuse ; mais le fer et d’autres matières hétémicrtemps, a été couvert d'une grande quan- rogènes sy trouvent mêlées au quartz, et | tité de ces écailles ou paillettes du verre prie c'est ce qui leur a donné une fu SRE ai Did! : & mitif qui n'avait pu se recuire assez pour près égale à celle de nos verres factices.… | A prendre de la solidité; et ces parcelles ou on pourrait donc dire en toute rigueur « a paillettes du prerhier verre, nous sont'au- qu iln'y a qu'un seul verre

: a primitif qui ést le É % jourd'hui représentées par les miças et les quartz, dont la substance modifiée #par la L

y . . A + 0% % | ins décrépités du quartz, qui sont ensuite teinture du fer, a Mie. ln forme dé jaspe et & 4 dé db la composition des graniteset plu- celle de imica par les exfoli: LA 4 sieurs matières vitreuses. + 2. deux, ct ce même quart? avec une) plus: "4

Les micas n'étant dans leur première ori- grande quantité de fer et d’autres matières MES

ne que dés exfoliations du quartz frappé hétérogènes, s’est conferti en feld-spath et ar le refroidissement, leur essence est au en schorl; c'est à ces cinq matièr rate Le fond la même que celle du quartz : seulement nature paraît avoir borné-le nombre des pre Di. r %

11 substance du miea est un peu moins sim- Miers verres produits par le feu primitif ,-et = NA ple; car il se fond à un feu très-violent ,tan- desquelles ont ensuite été composées toutes 4

dis que le quartz y résiste; et nous verrons les substances vitreuses du règne minéral. ” L dans la suite, qu'en général, plus la sub- Ilya donc eu dès ces premiers Re À : stance d'une matière est, simple et homo- verres plus ou moins purs, Plus. ou singe. | , gène , moins elle est fusible : il parait done Cuits, ct plus où moïius raélangés .de matièeque quand la couche extérieure du vérre re$ différentes ; les x s composés des parties. : primitif s’estréduite en paillettes par la Pre- les plus fixes de la matière en fusion, …etqui, mière action du refroidissement, il s’est mêlé Commele quartz, ont pris plus de dureté.et È verres ©t sque aussi 4 # Jaspes, ont w.

par le mélan e des à ?

dt lepeho A

eu de se durcir,

TnÉonte DE LA TERRE. Z'ome II. 19

en,

pr

treuses en grandes masses, ne sont composés que des détriments de ces cinq verres primitifs; et la formation de ces substances mélangées a suivi de près celle de ces premiers verres, et s’est faite dans le temps qu'ils étaient encore en-demi-fusion : ce sont là les premières et les plus anciennes matières de la terré ; elles méritent toutes d’être considérées à part, et nous commencerons par le

| qüartz quiest la base de toutes les autres ,

et qui nous paraîtêtre de la même nature que Ja roche de l'intérieur du globe.

Mais je dois auparavant prévenir une objéetion qu'on pourrait me faire avec quelque apparence de raison. Tous nos verres factices et même toutes les matières vitreuses

roduites par le feu des volcans , telles que les basaltes et les laves, cèdent à l'impression dé la lime et sont fusibles aux feux de nos fourniéaux; le quartz et le jaspe, au contraire , que vous regardez , me dira-t-on , comme les premiers verres de nature, ne peuvent hi s'entamer par la lime, ni se fondre par nôtre art; et de vos cinq verres primitifs, qui sont.le quartz, le jaspe, le mica, le feldspath et le schorl , il n'y a que les trois derniérs qui soient fusibles, et encore le mica ne peut se réduircen verre qu'au feu le plus violent ; et dès-lors le quartz et les jaspes pourraient biénêtre d'uneessence ou tout au moins d'une texture différente de celle du verre.

La première réponse que je pourrais faire à cette objection , C'est qne tout ce que nous

connaissons non-seulement dans la classe des

substances vitreuses produites par la nature,

mais même dans nos verres factices composés par l’art, nous fait voir que les plus purs etles plus simples de ces verres, sont enmmême temps Les plus réfractaires ; et que, quand ils ont été fondus une fois, ils se refusent et

résistent ensuite à l’action de Ha même cha-

leur qui leur a donné cette première fusion, et ne cèdént plas qu'à un degré de feu supérieur: of, comment trouver un degré de feu

— supérieur à un embrasement presque égal à

celui du soleil , et tel que le feu qui a fondu ces quartz ét ces jaspes? car dans ce premier temps de la liquéfaction du globe, l'embrasement de Ja terre était à peu près égal à celui dé cet astre; ét'puisque aujourd'hui mème la plus grande chaleur que mous puissions produire, est celle de la réunion d’une portion presque infiniment ite dé ses rayons par les miroirs ardents ; quelle idée ne devons-nous pas avoir de la violence du icu primitif, et pouvons-nous êtré étonnés

qu'il ait produit le quartz et d’autres verres plus durs et moins fusibles que les basaltes et les laves des volcans ? | Quoique cette réponse soit assez satisfaisante, et qu'on puisse très-raisonnablement s’en tenir à mon explication, je pense que dans les sujets aussi difficiles , on ne doit rien prononcer aflirmativement sans exposer toutes les diflicultés et les raisons sur lesquelles on pourrait fonder une opinion contraire : ne se pourrait-il pas , dira-t-on , que le quartz que vous regardez comme le produit immédiat de la vitrification générale, ne fût lui-même, comme toutes Îles autres substances vitreuses, que le détriment d'une matière primitive que nous ne connaissons pas, faute d'avoir pu pénétrer à d'assez grandes profondeurs dans le sein de la terre, pour y trouver la vraie masse qui en remplit l'intérieur ? L'analogie doit faire adopter ce sentiment plutôt que votre opinion, car les matières qui , comme le verre, ont été fondues par nos feux, peuvent l'être de mou veau ; et par le même élément du feu, tandis que celles qui, comme le cristal de roche; Y'argile blanche et, la craie pure, ne sontformées que par l'intermède de l’eau , résistent comme le quartz, à la plus grande violence du feu; dès-lors ne doit-on pas penser que le quartz n'a pas été produit par ce dernier élément, mais formé par l'eau comme Fargile et la craie pures, qui sont égalément réfractaires à nos feux? et si le quartz a em effet été produit primitivement par l'intermède de l’eau, à plus forte raison le jaspe, le porphyre et les granites auront été formés ar Le même élément. :

- J'observerai d'abord que dans cette objection le raisonnement n'est appuyé que sur la supposition idéale d'une matière inconnue, tandis que je pars au contraire-d'us fait certain , en présentant pour matièré pri mitive les deux substances les plus simples qui se soient jusqu'ici rencontrées dans la nature ; et je réponds en second lieu, que l’idée sur laquelle ce raisonnement est fondé,

west encore qu'une autre supposition démen-

tie par les observalions ; caräl faudrait alors |

que les eaux eussent non-se ulement surmonté les pics des plus hautes montagnes de quartz et de granite, mais encore que l’eau eût formé

les masses immenses de ces mêmes monta-

gnes par des dépôts accumulés et superposés jusqu'à leur sommet ; or cette double supposition ne peut ni se soutenir, mi même se présenter avec quelque vraisemblance , dès

que l'on vient à considérer que la terre n'a pu prendre sa forme renflée sous l'équateur et‘abaissée sous leë pôles, que dans son état

de liquéfaction par le feu , et que +2 souflures et les grandes éminences du go e ont de même nécessairement été formées par l'action de ce même élément dans le temps de la consolidation. L'eau, en quelque quantité et dans quelque mouvement qu’on la suppose ; n’a pu produire ces chaînes de montagnes primitives qui sont la charpente de la terre et tiennent à la roche qui en occupe l'intérieur : loin d’avoir travailé ces montagnes primitives dans toute 1 épaisseur de leur masse, nl par conséquent d’avoir pu changer la nature de cette pese ti matière primitive, pour €n faire du quartz ou des granites, les caux n'ont eu aucune à leur formation , car ces substances ne rtent aucune trace de cette origine ;, à n’offrent pas le plus petit indice du travai ou du dépôt de l'eau; on ne trouve aucune roduction marine, ni dans le pe ni dans le granite; et leurs masses, au lieu d'être disposées par couches comme le sont toutes les matières transportées ou déposées par les eaux, sont au contraire comme fondues

d'unéeule pièce sans lits ni divisions que

celles des fentes perpendieulaires qui se sont formées par la retraite de la matière sur ellemème dans le temps de sa consolidation par le refroidissement. Nous sommes donc bien fondés à regarder le quartz et toutes lés matières en grandes masses , dont il est la base,

” telles que les jaspes , les porphyres , les gra-

nites, comme des produits du feu primiti } suisqu'ils différent en tout des matiéres traillé ar les eaux.

es 2 forme la roche du globe, les appendices de cette roche servent de noyaux aux plus hautes éminences de la terre; le jaspe est aussi un produit immédiat du feu primitif, et il est après le quartz la matière vitreuse la plus simple ; car il résiste également à l'action des acides et du feu: il n est pas tout-à-fait aussi dur que le quartz g etil est presque toujours fortement coloré ; mais ces différences ne doivent pas nous empêcher de regarder le jaspe en grande masse comme un produit du feu et commme le second verre primitif ; puisqu'on n y voit aucune trace de composition, ni d autre ind ice de mélange que celui des parties métalliques qui l'ont coloré; du reste, il est d'une essence aussi pure que le quaïtz, qui lui-même à recu quelquefois des couleurs et particuliè-

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rement le rouge du fer. Ainsi dans le temps de la vitrification, générale , les quartz et Jaspes, qui en sont les produits les plus simples » n'ont reçu par sublimation ou par mixtion, qu'une petite quantité de particules métalliques dont ils sont colorés; et la rareté des Jaspes , en comparaison du quartz, vient peut-être de ce qu'ils n’ont pu se former que dans les endroits où il s'est ae des matières métalliques , au lieu que le quartz a été produit en tous lieux, Quoi qu'il en soit , le quartz et le jaspe sont réellement les deux substances vitreuses les plus simples de la nature, et nous devons dèslors les regarder comme les deux premiers verres qu'elle ait produits.

L'infusibilité, ou plutôt la résistance à l'action du feu , dépend en entier de la pureté ou simplicité de la matière ; la craie et l'argile pures sont aussi infusibles que le quartz et le jaspe; toutes les matières mixtes ou composées sont au contraire très-aisément fusibles. Nous considèrerons dont d’abord le quartz et le jaspe, comme étant les deux matières vitreuses les plus simples ; ensuite nous placerons le mica, qui, étant un peu moins réfractaire au feu, paraît être un peu moins simple ; et enfin nous présenterons le feld-spath et Le schorl, dont la grande fusibilité semble démontrer que leur substance est mélangée; après quoi nous traiterons des matières composées de ces cinq sub- stances primitives, lesquelles ont pu se mêler et se combiner ensemble deux à deux, trois à trois, ou quatre à quatre , et dont le mélange a réellement preduit toutes les autres matières vitreuses en grandes masses.

Nous ne mettrons pas au nombre des substances du mélange celles qui donnent les couleurs à ces différentes matières, parce qu'il ne faut qu'une si petite quantité de métal pour colorer de grandes masses, qu'on ne peut regarder la couleur comme partie intégrante d'aucuné substance; et c'est par cette raison que les jaspes peuvent être xegardés comme aussi simples que le quartz, quoiqu'ils soient presque toujours fortement colorés.

Ainsi nous présenterons d'abord ces cinq verres primitifs ; nous suivrons leurs combinaisons et leurs mélanges entre eux; et après avoir traité de ces grandes masses yitreuses formées et fondues par le feu, nous passerôns à la considération des masses argileuses et calcaires qui ont été produites et entassées par le mouvement des eaux.

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