‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-Hilaire (volume 2)Chapitre 269 sur 304 · DU MICA ET DU TALC · texte numérisé non relu

DU MICA ET DU TALC

LE mica est une matière dont la substance est presque aussi simple que celle du quartz et du jaspe, et tous trois sont de la même essence ; la formation du mica est contemporaine à celle de ces deux premiers verres ; il ne se trouve pas comme eux en grandes masses solides et dures , mais presque toujours en paillettes et en petites lames minces et disséminées dans plusieurs matières vitreuses ; ces paillettes de mica ont ensuite formé les tales qui sont de la mème nature,

mais qui se présentent en lames beaucoup

plus étendues ; ordinairement les matières en. petit volume proviennent de celles qui sont en grandes masses ; ici c’est le contraire, le tale en grand volume ne se forme que des parcelles du mica qui a existé le premier , et dont les particules s'étant réunies par l'intermède de l’eau, ont formé le tale, comme le sable quartzeux s’est réuni par le même moyen pour former le grès.

Ces petites parcelles de mica n'affectent que rarement une forme de cristallisation ; et comme le tale réduit en petites particules devient assez semblable au mica, on les a souvent confondus , et il est vrai que les tales et les micas ont à peu près les mêmes qualités intrinsèques ; néanmoins ils diffèrent eu ce que les tales sont plus doux au toucher que Îles micas, et qu'ils se trouvent en grandes lames, et quelquefois en couches d’une certaine étendue ; au lieu que les micas sont toujours réduits en parcelles qui, quoique très-minces , sont un peu rudes ou arides au toucher : on pourrait donc dire qu'il y a deux sortes de micas, l’un produit immédiatement par le feu primitif, l'autre d'une formation bien postérieure et provenant des débris mêmes du tale, dont il a les propriétés ; mais tout talc paraît avoir commencé par être mica ; cette douceur au toucher , qui fait la qualité spécifique et la différence du talc au mica, ne vient que de la plus grande atténuation de ses parties , par la longue impression des éléments humides. Le mica est donc un verre primitif en petites lames et paillettes très-minces , lesquelles d'une part ont été sublimées par le feu ou déposées dans certaines matières , telles que les granites au moment de leur consolidation , etqui d'autre part ont ensuite été entrainées par les eaux, et mêlées avec les matières molles , telles que les argiles , les ardoises et les schistes.

Nous avons dit dans le volume précédent (1), que le verre long-temps exposé à l'air, s'irise et s’exfolie par petites lames minces , et qu'en se décomposant il produit une sorte de mica qui d'abord est assez aigre, et devient ensuite doux au toucher, et enfin se convertit en argile. Tous les verres primitifs ont dû subir ces mêmes altérations lorsqu'ils ont été très-long-temps exposés aux éléments humides, et il en résulte des substances nouvelles, dont quelques-unes ont conservé les caractères de leur première origine ; les micas en particulier lorsqu'ils ont été entraînés par les eaux ont formé des amas et même des masses en se réunissant ; ils ont produit les talcs quand ils se sont trouvés sans mélange, ou bien ils se sont réunis pour faire corps avec des matières qui leur sont analogues ; ils ont alors formé des masses plus ou moins tendres (2) :

le cräyon noir ou molybdène, la craie de Briançon, la craie d'Espagne, les pierres ollaires, les stéatites sont toutes composées de particules micacées qui ont pris de la solidité; et l'on trouve aussi des micas en masses puülvérulentes , et dans lesquelles les paillettes micacées ne sont point agglutinées, et ne forment pàs des bloes solides. «Il y a, dit M. l'abbé Bexon, des amas assez » considérables de cette sorte de micas au-

» dessous de la haute chaine des Vosges,

» dans des montagnes subalternes , toutes » composées de débris éboulés des grandes » montagnes de granites qui sont derrière et » au-dessus. Ces amas de mica en paillettes

(1) Voyez tome 1, page 457, et pag. 53 de ce vol.

(2) « On trouve dans les cantons de Mandagoust, » du Vignan, etc .$ qui font partie des Cévennes, des » micas de différentes sortes ; savoir, le jaune, le »noir etle blanc... ils sont unis pour la plupart à » différents granites et à une pierre très-dure, qui est » une espèce de schiste , qui se trouve abondamment » dans le lit d’une petite rivière qui passe au village » de Costubayne, paroisse de Mandagoust. Le mice » joint à cette pierre , est tout blanc et fort transpa- » rent, il donne à la pierre un brillant fort agréable » dans sa cassure ; On pourrait, à cause de la dureté » de cette pierre et du beau poli qu'elle prend, en » faire tout ce qu'on fait avec nos marbres et avec » plus d'avantage, altendu qu’elle n'est pas calcina- » ble, ne faisant aucune effervescence avec les aci- » des, » (Mémoires de l'Académie des sciences , année 1768, page 546.)

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ne forment que des veines courtes et sans suite où des sacs isolés ; le mica y est en parcelles sèches et de différentes couleurs, souvent aussi brillantes que l'or et largent, et on le distribue dans le pays sous le nom de poudre dorée, pour servir de poussière à mettre sur l'écriture.

» J'ai saisi, continue cet ingénieux ob- » sérvateur , la nuance du mica au tale sur » des morceaux d'un granite de seconde for- » mation, remplis de paquets de petites » feuilles talqueuses empilées comme celles » d'un livre , et l'on peut dire que ces » feuilles sont de grand mica où de petit » tale; car elles ont depuis un demi-pouce » jusqu’à un pouce , ou plus ; de diamètre , #'etelles ont en même temps une partie de » la douceur, de la transparence €t de la » flexibilité du tale (1). » d ” De tous les tales le blanc est le plus -béau (2); on l'appelle verre fossile en Moscôvie et en Sibérie où il se trouve en assez grand volume (3); il se divise aisément en

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+ (1) Mémoires sur l'Histoire naturelle de la Lorräine, communiqués par M. l'abbé Bexon.

" (2) Le talc ordinaire est une espèce de pierre one lüeuse , molle, nette, couleur de perle, qu'on peut #isément séparer en lames , qui , rendues minces, ont assez de transparence. On coupe sans peine le talc au Couteau; il se plie aussi; il est glissant et comme gras à l'attouchement : il se laisse difficilement briser ; il résiste à un feu assez véhément, sans souffrir de changement considérable, et aucun mensirue acide ni alkalin en forme humide, ne vient à bout de le dissoudre. (Wallerii Mineralog.—Voyez aussi la Litho- \ féognosie de Pott.) (3) « Ce n’est qu'à l'an 1705 , qu'on peut rapporter » les premières recherches du talc, faites sur le .» fleuve Witim, en Sibérie; comme il fut trouvé » d'une qualité supérieure, les mines les plus -célè- . » bres, exploitées jusqu'alors sur d'autres rivières , » furent entièrement négligées. .… Le talc le plus esde + timé est celui qui est transparent comme de l'eau » claire ; celui qui tire sur le verdâtre n'a pas à beau- # coup près la même valeur ; On en à trouvé des ta- » bles qui avaient près de deux aunes en quarré; mais » cela est fort rare : les tables de trois quarts ou . » d'une aune sont déjà fort chères ,. et se paient sur 5 Îles lieux un ou deux roubles la livre ; le plus rom- » run est d'un quart d'aune, il coûte huit à dix rou- » bles le pied. La préparation du tale consiste à le » fendre par lames avec un couteau mince à deux » tranchants; on s'en sert dans toute la Sibérie au »o lieu de vitres pour les fenéires et les lanternes ; il » west point de verre plus clair et plus net que le » bon tale : dans les villages de la Russie , et même » dans certaines villes, on l'emploie au même usage. » La marine russe en fait une grande consommation,

lames minces el aussi transparentes que le verre, mais il se ternit à l'air au bout de quelques années , et perd beaucoup de sa transparence. On en peut faire un bon usage pour les petites fenêtres des vaisseaux, parce qu'étant plus souple et moins fragile que le verre ; il résiste mieux à toute commotion brusque, et en particulier à celle du canon.

11 y a des tales verdâtres , jaunes et même noirs, et ces différentes couleurs qui altèrent leur transparence n’en changent pas les autres qualités ; ces talcs colorés sont à peu près également doux au toucher , souples et pliants sous la main , et ils résistent, comme le talc blanc , à l'action des acides et du feu.

Ce n’est pas seulement en Sibérie et en Moscovie , que l'on trouve des veines ou des masses de tale; il y en a dané plusieurs autres contrées, à Madagascar (4), en Arabie (5), en Perse(G6), où néanmoins il n'est pas en feuillets aussi minces que celui de Sibérie.

M. Cook parle aussi d’un tale vert qu’il a vu dans la Nouvelle-Zélande , dont les habitants font commerce entre eux (7) ; il s'en trouve de même dans plusieurs endroits du continent et des îles de l'Amérique, comme à

Saint-Domingue (8), en Virginie et au Pé-

rou (9), où il est d'une grande blancheur et très-transparent (10) ; maïs en citant les relations de ces voyageurs , je dois observer que quelques-uns d’entre eux pourraient s'être trompés en prenant pour du tale des gypses»

avec lesquels il est aisé de le confondre ; car il y a des gypses si ressemblants au tale, qu’on ne peut guère les distinguer qu'à l'épreuve du feu de calcinafion ; ces gypses son

| sont de tale, parce

tous les vitrages des vaissea qu'outre sa‘transparence ; il est cassant , et qu'il résiste aux plus fortes D s du canon :

cependant il est sujet à s'altérer; quandiil est longtemps exposé à l'air, il s’y forme peu à peu des taches qui le rendent opaque ; la poussière s'y attache, et il est très-difficile- d'en ôter la crasse et » l'impression de la fumée, sans altérer sa substance, » (Voyage en Sibérie , par M. Gmelin; Histoire générale des Voyages , tome 18, pages 272 et suivantes.)

(&) Mémoires pour servie à l'Histoire des Indes orientales ; Paris , 1702, page 173, “h -

(5) Voyage de Pietro della Valle; Rouen, 1745, tome 8, page 89. ci re

(6) Voyage de Tavernier ; Rouen ; 1713, tome 2, page 264. { (7) Second Voyage de Cook, tome 2, page 110.

(8) Histoire générale des Voyages, tom, 12, p. 218. (9) Idem, tome'14, page 508.

(10) Idem , tome 13, page 318.

aussi doux au toucher, aussi transparents que le talc; j'en ai vu moi-même dans de vieux vitraux d'église, qui n'avaient pas encore perdu toute leur transparence, et même il paraît que le gypse résiste à cet égard plus lon g-temps que le tale aux impressions de l'air.

Il parait aussi assez difficile de distinguer le tale de certains spaths autrement que par la cassure ; car le talc , quoique composé de lames brillantes et minces, n'a pas la cassure spathique ét chatoyante comme les spaths, et

il ne se rompt jamais qu'obliquement et sans direction déterminée.

La matière qu'on appelle talc de Venise , et fort improprement craie d'Espagne, craie de Briançon , est différente du tale de Moscovie ; elle n’est pas comme le talc en grandes feuilles minces, mais seulement en petites lames , et elle est encore plus douce au toucher et plus propre à faire le blanc de fard qu'on applique sur la peau.

On trouve aussi du tale en Scanie qui n’a que peu de transparence. En Norwége, il y en a de deux espèces, la première blanchâtre ou verdâtre dans le diocèse de Christiania, et la seconde brune ou noirâtre dans les mines d’Aruda ( [). « En Suisse , le talc est » fort commun , dit M. Guettard, dans le ” Canton d'Uri; les montagnes en donnent ” qui se lève en feuilles flexibles que l'on ” peut plier, et qui ressemble en tout à celui n D ie appelle communément verre de ” Moscovie(2).» On tire aussi du talc de la

dongrie, de la Bohème, de la Silésie, du

yrol, du comté de Holberg , de la Styrie ; du mont Bructer, de la Suède , de l'Angleterre, de l'Espagne (3), etc.

Nous avons cru devoir citer tous les lieux

où l'on à lécou rért du tale én mâsse , par la raison que quoique les micas soient répandus

(ea Actes de Copenhague, année 1677. M. Pott fait à ce sujet une remarque qui me paraît fondée ; il dit que Borrichius confond ici le talc avec la Fierre ollaire, et il ajoute que Broëmel est tombé dans la méme erreur , én parlant de la pierre ollaire dont on fait des pots et plusieurs sortes d'autres vases dans le Semptland : en effet, la pierre ollaire comme le molybdène, quoique contenant beaucoup de tale, doivent être distinguées et séparées des talcs purs. (Voyez les Mémoires de l'Académie de Berlin , année 1746, pages 65 et suiv.) | |

(2) Voyez les Mémoires de l'Académie des sciences de Paris, année 1752, page 328. ”

(3) Mémoires de l'Académie des sciences de Berlin, année 1746.

et pour ainsi dire disséminés dans la plupart des substances vitreuses , ils ne forment que rarement des couches de talc pur qu’on puisse diviser en grandes feuilles minces.

En résumant ce que j'ai ci-devant exposé, il me paraît que le mica est certainement un verre, mais qui diffère des autres verres primitifs en ce qu’il n’a pas pris comme eux de la solidité, ce qui indique qu'il était exposé à l’action de l'air; et que c’est par cette raison qu'il n'a pu se recuire assez pour devenir solide ; il formait donc la couche extérieure du globe vitrifié, les autres verres se sont recuits sous cetteenveloppe et ont pris toute leur consistance ; les micas au contraire n’en ayant point acquis par la fusion, faute de recuit, sont démeurés friables, et bientôt ont été réduits en particules et en paillettes; c’est là l'origine de ce verre qui diffère du quartz et du jaspe, en ce qu'il est un peu moins réfractaire à l’action du feu , et qui diffère en même temps du feld-spath et du schorl, en ce qu'il est beaucoup moins fusible et qu'il ne se convertit qu'en une espèce de scorie de couleur obscure , tandis que le feld-spath et le schorl donnent un verre compacte et communément blanchâtre.

Tous les micas blancs ou colorés sont éga-

lement aigres et arides au toucher , maïs

lorsqu'ils ont été atténués et ramollis par l'impression des éléments humides , ils sont devenus plus doux et ont pris la qualité du talc ; ensuite les particules talqueuses rassemblées en certains endroits par linfiltration ou le dépôt des eaux, 5€ sont réunies par leur aflinité, et ont formé les petites couches horizontales ou inclinées , dans lesquelles se trouvent les talcs plus ne parus purs et en plaques plus ou moins étendues.

Cette origine-du mica et cette composition du tale me paraïssaient très-naturelles; mais comme tous les micas ne se présentent qu'en petites lames minces, rarement cristallisées, on pourrait croire que toutes ces paillettes ne sont que des exfoliations détachées par les éléments humides, et enlevées de la sur- face de tous les verres primitifs en général ; cet effet est certainement arrivé , et l’on ne peut pas douter que les parcelles exfoliées des jaspes , du feld-spath et du schork, ne se soient incorporées avec plusieurs matières , soit par sublimation dans le feu primitif, soit pâr la stillation des eaux, mais il. n’en faût pas conclure que les exfoliations de ces trois derniers verres aient formé les vrais micas ; car si c'était là leur véritable origine, ces

— micas auraient conservé du moins en partie cé Himature de ces verres dont ils se seraient détachés par exfoliation, et l'on trouverait — és micas d'essence différente ; les uns de

… céllé du jaspe , les autres de celle du feld- — “épathou du schorl ; au lieu qu’il sont tous à 22 1 près de la même nature et d’une essence

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Le “Le feld-spath est une matière vitreuse ;€t

… dontnéanmoins la cassure est spathique ; il

Wéstnulle part en grandes masses COMME RER. et le jaspe, et on ne le trouve qu'en - petits cristaux incorporés dans les granites et # byres , ou quelquefois en petits mur- … —<rcaux isolés dans les argiles les plus pures Œ- : où dans les sables qui proviennent de la dé- — Composition des porphyres et des granites , © Car ce spath est une des substances constt- fuantes de ces deux matières ; On l'y voit en A ESS masses ordinairement cristallisées et colorées. C'est le quatrième de nos verres Primitifs, mais comme il semble ne pas exister - à part, les anciens naturalistes ne l'ont ni distingué ni désigné par aucun nom particu- … Jiér, et comme il est presque aussi dur que

‘fie , et qu'ils se trouvent presque tou- - Dale. ensemble, on les avait toujours - confondus ; mais les chimistes allemands À examiné ces deux matières de plus “près, ont reconnu que celle du feld-spath “tait différente de celle du quartz, en ce DER le est très-aisément fusible , et qu'elle “la cassure spathique; ils lui ont donné les | noms de feld-spath (spath des champs) (L), LR Jluss-spathe (spath fusible) (2), et on pourrit l'appeler plus proprement spath dur ou ah érincelant , parce qu'il est le seul des qui soit assez dur pour étinceler sous

“choc de l’acier (3).

} Sans doute , parce que c'est dans les cailloux teux, répandus dans les champs, qu'on l'a re-

fusible ou spath phosphorique , qui accompales filons des mines , et dont il sera parlé à l'artides matières vitreuses de seconde formation.

44 ), Caractères du feld-spath, suivant M. Bergman : " D 3 'âineele avec l'acier ; …. … Ise fond au feu sans bouillonnement ;

CD — Jne se dissout qu'imparfaitement dans l'alkali talpar la voie sèche, mais il fait effervescence

É — Avee cet alkali , comme le quartz ; il se dissout au

DES MINÉRAUX

qui paraît leur être propre et particulière ; nous s0mmeES donc bien fondés à regarder lé mica comme un troisième verre de ie produit par le feu primitif, et ue à trouvé à la surface du globe, n’a pu se 7 a

ni prendre de la solidité comme 1 le jaspe. ce

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