EYES SE TEST ES
qui descendent du mont Jura, dont tous les contours :
sont de pierres calcaires jusqu’à une grande hauteur, on, trouve, une très-grande quantité de ces pierres calcaires arrondies , À plusieurs lieues de distance de ces montagnes, Es CET :
leur première place, comme celles qu'on trouve
tement ou du roulement ne serait-elle pas bien.
ee
RS CR EU oo = sde a
trouées qu'on rencontre si communément "dans les petites gorges et vallons où-les eaux ‘ont autrefois coulé en ruisseaux , qui dépuis nt tari ou ne coulent plus que pendant une | -$t de l’année ; ces eaux ont peu à peu élayé la terre contenue dans tous les intervalles de la masse de ces pierres qui se présentent actuellement avec tous leurs vides , souvent trop grands pour qu'elles puissent être employées dans la maconnerie. Ces pierres à grands trous ne peuvent aussi être taillées régulièrement ; elles se brisent sous lemarteau , et tiennent ordinairement plus ou moins de la mauvaise qualité de la roche morte, qui se divise par écailles ou en morceaux irréguliers. Mais lorsque ces pierres Pne sont percées que de petits trous de quelques lignes de diamètre, on les préfère pour batir, parce qu’elles sont plus légères et qu’elles reçoivent et saisissent mieux le mortier que les pierres pleines. |
Ily a dans le genre calcaire , comme dans -
le genre vitreux , des pierres vives et d'autres qu’on peut appeler mortes ; parce qu'elles ont perdu les principes de leur solidité et qu’elles sont en partie décomposées ; ces roches mortes se trouvent le plus souvent au pied des collines, et environnent leur base à quelques toises de hauteur et d'épaisseur , au-delà desquelles on trouve la roche vive
… sur le même niveau; ce qui suflit pour dé-
montrer que cette roche aujourd'hui morte était jadis aussi vive que l'autre , mais -qu'étant exposée aux impressions de l'air, de la gelée et des pluies, elle a subi les différentes altérations qui résultent de leur
action long-temps continuée , et qui tendent
— toutes à la désunion de leurs parties consti-
tuantes , soit en interrompant leur conti- - muité , soit en décomposant leur substance.
On voit déjà que quoique en général tou-
tes les pierres caleaires aient une première
… origine commune, et que toutes soient es-
sentiellement de la même nature, il ya de
ndes différences entre .elles pour les
, es de leur férmation, et une diversité
“encore plus grande dans leurs qualités par-
ticulières. Nous avons parlé des différents
degrés de leur dureté qui s'étendent de la
craie jusqu'au marbre : la craie, dans ses
couches supérieures, est souvent plus ten-
dre que l'argile sèche , et le marbre le plus dur ne l'est jamais autant à beaucoup près que le quartz ou le jaspe : entre ces deux extrêmes, on trouve toutes les nuances du plus ou moins de dureté dans les pierrés cal-
DES MINÉRAUX
caires , ge de première , soit de seconde ou de troisi ème formation ; car dans ces lernières carrières. on rencontre quelquefois des lits de pierre aussi duré que dans les couches anciennes , comme la pierre de liais qui se Lire dans les‘environs de Paris ou dont la dureté vient de ce. qu'elle est surmontée de plusieurs bancs d’autres pierres ’ dont elle a reçu les sues pétrifiants. ace Le plus ou moins de duretéfles icrres dépend de plusieurs circonstances Aout la première est celle de leur situation au-dessous d'une plus ou moins grande épaisseur d’autres pierres; et la seconde, la finesse des grains et la pureté des matières dont elles sont formées : leur force d'aflinité s'étant exercée avec d'autant plus de puissance que la matière étaitplus pure, et que les grains se sont trouvés plus fins, c'est à cette cause qu’il faut attribuer la première solidité de ces pierres, et cette solidité se
sera ensuite fort augmentée par les sues pier- |
reux continuellement infiltrés des bancs supérieurs dans les inférieurs : ainsi c'est à cês causes , foutes deux évidentes , qu'on “doit rapporter les différences de la dureté .de toutes les pierres calcaires pures; car nous ne parlons pas encore ici de certains mélanges hétérogènes qui peuvent augmenter leur dureté; le fer, les autres minéraux métalliques et l'argile même, produisent cet effet lorsqu'ils se trouvent mêlés avec la matière calcaire en portion convenable (1).
Une autre différence qui, sans être essentielle à la nature de la pierre, devient x 4 importante pour l'emploi qu'on en fait, c’est de résister ou non à l'action de la gelée ; il y
LAN 7 ‘ | (1) Il est à propos de remarquer qu'il y a certains fossiles qui procurent aux pierres une plus grande dureté que celle qui leur est propre ; lorsqu'ils se trouvent mêlés dans une certaine proportion avec les matières lapidifiques , telles sont les terres minérales ferrugineuses, limoneuses , argileuses , ete. » qui, quoique d'un autre genre, s'unissent entre élles c’est ainsi que le mortier fait avec de gros blé vitri= fiable et de la chauxy a plus de force, plus de cohé-, sion que celui dans lequel il n’est ‘entré que de Ja chaux et du gravier calcaire , et j'ai éprouvé plusieurs 6 fois que de la chaux vive, fondue dans des vaisseaux de verre, s’attachait si fortement 4 leurs parois qu'il était impossible de les nettoyer et de l'en sé- - parer qu'avec l'eau-forte : c'estpour cela que les pierres rousses, jaunes , grises, noires, rouges ; bleuâ tres, elc,, ,et tous les marbres sont ordinairement toujours plus durs que les pierres blanches. (Note communiquée par M: Nadault. :
= + le » ST Te 0 SO de - F 454, HISTOIRE NATURELLE
a des pierres qui quoiqu'en apparence d'une consistance moins solide que d'autres, résistent néanmoins aux impressions du plus
grand froid, et d’autres qui, malgré leur du-
relé et leur solidité apparente, se fendent et tombent en écailles plus ou moins promptement; lorsqu'elles sont exposées aux injures de l'air, Ces pierres gelisses doivent être nr + rejetées dans toutes les con- Structionséxposées à l'air et à la gelée ; néanmoins elles peuvent être employées dans celles qui en sont à l'abri. Ces pierres com mencent par se fendre , s’éclater en écailles , et finissent par se réduire avec le temps en graviers et en sables (1).
On reconnaitra donc les pierres gelisses aux Caractères ou plutôt aux défauts que je vais indiquer; elles sont ordinairement moins pesantes (2) et plus poreuses que les autres ; elles s'imbibent d’eau beaucoup plus aisément : on n'y voit pas ces points brillants qui dans les bonnes pierres sont lés témoins du spath où sue lapidifique dont elles sont
… Pénétrées ; car la résistance qu’elles opposent
à l’action de la gelée, ne dépend pas seulement de leur tissu plus serré , puisqu'il se trouve anssi des pierres légères et très-po-
I PORRER MN NONS I PRRENT VTE- AN
(1) M. Dumorey, habile ingénieur et constructeur très-expérimenté , m'a donné quelques remarques sur ce sujet :-« J'ai, m'a-til dit, constamment observé » \. 2 les pierres gelisses se fendent parallèlement à » leur lit de carrière, et très-rarement dans le sens ” vertical : celle dont lé graiû est lisse et luisant, est » plus sujette à geler que la pierre dont le grain pa- » raît rond, ou plutôt grenu .
» On peut tenir pour certain que plus le grain de la » Pierre est-aplati et Iuisant dansses fractures , et plus » celte pierre est gelisse: toutes les carrières de Bour- » S0gne que j'ai observées portent ce caractère ; il est » Surtout très-sensible dans celles où flse trouve entre » plusieurs banes gelisses un seul qui soit exempt de » ce défaut, comme on peut l'observer à la carrière » de Saint-Siméon’, À la porte d'Auxerre, et dans les » carrières de Givry, près de Châlots-sur-Saône, où » la Pierre qui reçoit le poli gèle, et celle dont le ” grain est rond et ne peut se polir, ne gèle point. » Je présume que cette différence vient de ce que l'éx- » pausion de l’eau gélée se fail plus aisément entre n'es interstices des grains de la pierre, qu’elle ne » peut se faire entre les lames de celle qui est formée » par .des aches horizontales très-minces, ce qui » les D las et naturellement polies dans » leurs fractures. » “&
(2) ids des pierres calcaires les plus denses n'excède ghère *; cents livres le pied eube, et celui des môins nses eent soixante-quinze livres ; toutes les pierres gelisses approchent plus de cette dernière limite que de la première, g
reuses qui ne sont pas gelisses » €t dont la cohérence des grains est si forte , que l'expassion de l'eau gelée dans leurs interstices n’a pas assez de force pour les désunir , tandis que dans d'autres pierres plus pesantes
et moins poreuses, cet effet de la gelée est
assez violent pour les diviser et même pour les réduire en écailles et en sables. |
Pour expliquer ce fait, auquel peu de gens ont fait attention, il faut se rappeler que toutes les pierres calcaires sont composées ou des détriments de coquilles, ou des sables et graviers provenant des débris des pierres précédemment formées de ces mêmes détriments liés ensemble par un ciment, qui n’est lui-même qu'un extrait de ce qu'il y a de plus homogène et de plus pur dans la matière calcaire : lorsqué ce suc lapidifique en a rem-
pli tous les interstices, la Pierre est alors
aussi dense, aussi solide et aussi pleine qu’elle peut l'être; mais quand ce suc lpidifique en moindre quantité, n'a fait que réunir les grains sans remplir leurs intervalles ; et que les grains eux-mêmes n’ont pas été pénétrés de cet élément pétrifiant , qu'enfin ils n’ont pas encore été pierre compacte, mais une simple craie ou poussière de coquilles dont la cohésion est faible , l'eau se glaçant dans tous les petits vides de ces pierres qui s’en imbibent aisément , rompt tout aussi aisé-
ment les liens de leur cohésion, et les réduit
en assez peu de temps en écailles el en sables; tandis qu'elle ne fait aucun effet avec les mêmes efforts contre la ferme cohérence des pierres, toutes anssi Poreuses, mais dont les grains précédemment Pétrifiés , ne peuvent ni s'imbiber ni se gonfler par Fhumidité, et qui se trouvant liés ensemble par le suc pierreux, résistent sans se désunir à ka force expansive de l'eau qui se glace dans leurs interstices (3).
(3) Les différents degrés de dureté des pierres , et la résistance plus qu moins grande qu'elles opposent à l'effet de la gelée, ne dépendent pas toujours de leur densité ; il y a des pierres très-pesantes et très-dures dont le grain est très-fin, telles que l’albâtre les marbres blancs; qüi sont cependant très-tendres : ilyena d'autres à gros grains aussi très-compactes ,
dans lesquelles on aperçoit même quantité de facettes,
brillantes , mais qui cependant n'ont qu'une médiocre dureté, et que la gelée fait éclater lorsqu'elles Ky
trouvent exposées avant que d'avoir été suflisamment.
desséchées. ... Les pierres que la gelée fait éclater s’imbibent d'eau et sont poreuses ; mais ce n'est pas
seulemgnt parce qu'elles sont poreuses quê Ja gelée les décompose avec le’ temps, ils'en trouve qui le
En observant la composition des pierres dans les couches d'ancienne formation, nous reconnaitrons à n'en pouvoir douter que ces couchès pour la plupart sont composées, de
: graviers , c'est-à-dire de débris d'autres
Pierres encore plus anciennes, et qu’il n'y a guère que les couches de craie qu'on puisse regarder comme produites immédiatement par les détriments des coquilles. Cette observation semble reculer encore de beaucoup la date de la naissance des animaux à coquilles , puisque avant la formation de nos rochers"calcaires, il existait déjà d’autres ro-
chers de même nature, dont les débris ont
servi à leur construction; cés débris ont quelquefois été transportés sans mélange par le mouvement des eaux, d'autres fois ils se sont trouvés mêlés de coquilles ; ou bien les graviers et les coquilles auront été déposés par lits alternatifs , car les coquilles sontrarement dispersées dans toute la hauteur des bancs calcaires; souvent sur une douzaine de
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sont autant que les pierres ponces, et, qui résistent cependant comme celles-ci aux plus fortes gelées, parce que la qualité du gravier dont elles sont formées et du ciment qui les lie, est telle que la force d'expansion de l’eau gelée dans leurs interstices n'en peut forcer la résistance ; les pierres que la gelée fait foudre et éclater, ou sont produites par une terre crétacée
. qui n’a d'autre adhérence que celle que lui procurent
le dessèchement et la juste position de ses parties conslituantes et dont le grain n'est presque point apparent , ou elles sont formées de graviers extrémement fins , roulés et arrondis, qui, vus de près, ressemblent
» à des œufs de poisfon unis par une poussière pier-
reuse , ce qui a fait donner à ces sortes de pierres le nom d'arnmites ; elles sont ordinairement blanches, toujours tendres , leur cassure est mate et sans points brillants, et à ces caractères on distinguera d'une manière sûre les pierres que la gelée fait éclater de celles qui y résistent... Ces pierres son formées ou de matières lapidifiques décomposées , mais qui ne sont pas liées par le suc pierreux, ou de matières propres eu effet à entrer dans la composition des pierres, mais qui n'ont pas encore été pierres, qui n'ont pas passé de la pierre au gravier et du gravier
à la pierre... Les pierres au contraire qui résistent .
à la gelée, sont ordinairement dures, souvent aigres él cassantes ; leurs molécules sont serrées et très-adhérentes , et soit que leur coupe ou cassure soit lisse ou
: grenue, elles sont Loujours parsemées de points bril-
. (4 , * Jants ; mais ces pierres ne sont telles que parce qu'elles
sont composées de matières combinées depuis longtemps sous cette forme ; que parce qu'elles ne sont qu'un amas de graviers qui ont été pierres, liés par des concrétions de même nature, plus pures et plus homogènes encore que ces mémesgraviers. (Note communiquée par M. Nadault.)
CNRC. Lee DO DES
DES MINÉRAUX
ces bancs tous posés les uns sur les autres, il ne s'en lrouvera qu'un ou deux qui contiennent des coquilles, quoique l'argile qui d'ordinaire leur sert de base, soit mêlée don frèsgrand nombre de coquilles dispersées dans toute l'éténdue de ses couches; ce qui proûve
que dans l'argile, où l'eau n'ayant pas pé- -
nétré, n’a pu les décomposer, elles se sont mieux conservées que dans les couches de matière calcaire où elles ont été dissoutes . et ont formé ce suc pétrifiant qui a rempli les pores des bancs inférieurs, et a lié les grains de la pierre qui les compose.
Car c’est à la dissolution des coquilles et des poussières de craie etide pierre qu'on doit attribuer l’origine de ce suc pétrifiant , etil nest pas nécessaire d'admettre dans ce liquide des-qualités semblables à celles des sels, comme l'ont imaginé quelques physiciens (1) pour expliquer là dureté que ce suc donne aux corps qu’il pénètre; on pèche toujours en physique lorsqu'on multiplie causes Sans nécessité , car il suffit ici de considérer que ce liquide ou suc pétrifiant, n’est que de l’eau chargée des molécules les plus fines de la matière Pierreuse , etque ces molécules toutes homogènes et réduites à la plus grande ténuité, venant à se réumur p leur force d'aflinité, forment elles- es une matière homogène, transparente etassez dure , connue sous le nom de spar où spath calcaire , et que par la même raison de leur extrême ténuité , ces molécules peuvent pénétrer tous les pores des matières calcaires qui se trouvent au-dessous des premiers lits dont elles découlent ; qu'enfin et par eonséquent elles doivent augmenter Ja densité et la dureté de ces pierres, en raison de la quantité de ce suc qu'elles auront reçu dans leurs pores. Supposant donc que le banc supérieur imbibé par les eaux, fournisse une certaine quantité de ces molécules pierréuses , elles” descendront par stillation ét se fixeront en partie dans toutes les cavités et les pores des bancs inférieurs, où l'eau pourra les con-
RER PRRRANENNNRE SAPAL E
(1) E y a, dit M. l'abbé de Sauyages RS grande analogie entre les sues pierreux et les sues salins , ou les sels proprement dits... Nos sucs pierreux ne fai-
saient-ils pas eux-mêmes la base de différents sels :
neutres ?.... De même que les sels réndent plus fernres et plus inaltérables les parties des animaux ou des végétaux qu'ils pénètrent; ainsi les sues pierreux, en s'insinuant dans les craies el les terres , les rendent plus solides, etc. (Mémoires de l'Académie des sciences, année 1746, page 733.)
É- VIE m7, PAT mir *
e À déposer , et cette même eau , en sant suctessivement les bancs et détachant partout un grand nombre de ces molécules, diminué la densité des bancs su- Le, ci et augmente celle des bancs infé- KIQUFS, “27 A1 s + ( gs ‘Le dépôt de ce liquide pétrifiant se fait par une cristallisation plus ou moins parfaite’, et se manifeste par des points plus ou dre moins brillants , qui sont d'autant plus nom- | pe breux que la pierre est plus pétrifiée , c'esthe M: à-dire plus intimement et plus pleinement nn pénétrée dé cette matière spathique; et c'est a ‘la raison contraire, qu'on ne voit guère ces points brillants dans les premiers lits ières qui sont à découvert, et qu’il y en a qu'un petit nombre dans ces prelits lorsqu'ils sont recouverts de sables leterres ; tandis que dans les lits inférieurs la quantité de cette substance spathi- .que ét brillänte , surpasse quelquefois la prex ière matière pierreuse. Dans cet état, la
vive et résiste aux injures des élédu temps, la gelée ne peut en.altérer dité ; au lieu que la pierre est morte elle est privée de ce suc , qui seul ennt sa force de résistance à l'action des s extérieures: aussi tombe-t-elle avec le ps en sables et en poussières qui ont beuveaux sucs pouf se pétrifier.
aeprétendu que la cristallisation en ës était le caractère spécifique du spath saus faire attention que certaines e# vitreuses ou métalliques et sans
de Un , etque d’ailleurs, calcaire semble affecter de
ograp s, en voulant emprunter desgéo-
: és nr es la manière dont un rhombe peut deveni un octaèdre , une pyramide et même
RS FORPE sons idéales aux faits réels de la na- | . ture. Il en est de cette cristallisation en dr TE e shmbe comme de toutes les autres ; aucune L ne fera jamais un tre À spécifique , parce
: que toutes. varient, pour ainsi dire , à l'in- Egg non-seulement äl n'y a guère de
formes de cristallisation qui ne soient communes à plusieurs substances de nature différente , mais que réciproquement il y a peu de substances de même nature qui n'offrent différentes formes de cristallisation; témoin
lentille (parce qu'il se trouve du spath | e),"n'ont fait que substituer des.
la prodigieuse variété de formes des spaths
Te
calcaires eux-mêmes. En sorte qu'il serait plus que précaire d'établir des différences ou des ressemblances réelles et essentielles , par ce caractère variable et presqué accidentel.
Ayant examiné les bancs de plusieurs collines de pierre calcaire, j'ai reconnu presque partout que le dernier banc qui sert de base aux autres et qui porte sur la glaise, contient une infinité de particules spathiques brillantes, et beaucoup: de cristallisations de spath en assez grands morceaux; en sorte que le volume de ces dépôts du suc lapidifique , est plus considérable que le volume de la première matière pierreuse déposée par les eaux de la mer ; si l’on sépare les parties spathiques, on voit que l'ancienne matière pierreuse n'est que du gravier calcaire. c’està-dire des détriments de pierre éncore plus ancienne que celle de ce banc inférieur , qui néanmoins a été formé le premier dans ce lieu par les sédiments deseaux : il y a donc eu d’autres rochers calcaires qui ont existé
dans le sein de la mer avant la formation des
rochers de nos collines, puisque les bancs situés au-dessous de tous les autres bancs . ne sont pas simplement composés de coquilles ' mais plutôt de gravier et d’autres débris de piêrres déjà formées. Il est même assez rare de trouver dans ce dernier banc quelques vestiges de coquilles, et il parait que ce premier dépôt du sédiment ou du transport des eaux, n’est qu'un banc de sable et de gravier calcaire sans mélange de coquilles ; sur lequel les coquillages vivants se sont ensuite établis, et ont laissé leurs dépouilles, qui bientôt auront été mêlées et recouvertes par
autres débris pierreux amenés et déposés comme ceux du premier banc ; car les coquilles, comme je viens de le dire, ne se trouvent pas dans tous les bancs, mais seulement dans quelques-uns ; et ces bancs coquilleux sont, pour ainsi dire , interposés entre les autres bancs, dont la pierre est uniquement composée de graviers et de détriments pierreux.
Par ces considérations tirées de l'inspection même des objets , ne doit-on pas présumer, comme je l'ai ci-devant insinué, qu'il a fallu plus de temps à la nature que je n’en ai compté pour la formation de nos collines calcaires, puisqu'elles ne sont que les décombres immenses de ses premières constructions dans ce genre ; seulement on pourrait se persuader que les matériaux de ces anciens rochers qui ont précédé les nôtres,
mavaient pas acquis dans l'eau de la mer la
ême dureté que celle de nos pierres, et
€ par leur peu de consistance, ils auront dé réduits en sable et transportés aisément
x le mouvement des eaux. Mais cela ne
minue que de très-peu l’'énormité du temps, puisqu'il a fallu que ces coquillages se soient habitués et qu'ils aient vécu et se soient multipliés sans nombre , avant d'avoir péri sur les lits où leurs dépouilles gisent aujourd'hui en bancs d’une si grande étendue , et ensmasses aussi prodigieuses. Ceci même peut encore se prouver par les faits (1); car on trouve des bancs entiers quelquefois épais de plusieurs pieds, composés en totalité d'une seule espèce de coquillages, dont les dé-
- pouilles sont toutes couchées sur la même
face et au même niveau ; cette régularité dans leur position ; et la présence d'une seule esèce , à l'exclusion de toutes les autres, semlent démontrer que ces coquilles n'ont pas été amenées de loin par les eaux; mais que les banes où elles se trouvent se sont formés sur le lieu même, puisqu'en supposantiles
coquilles transportées elles se trouveraient
mêlées d'autres coquilles , et placées irrégulièrement en tous sens avec les débris pierreux amenés en même temps, comme on le voit dans plusieu rs autres couches de pierre. La plupart de nos collines-ne se sont donc pas formées par des dépôts successifs amenés par un mouvement uniforme et constant ; il faut nécessairement admettre des repos dans ce grand travail, des intervalles considérables de temps entre les dates de la formation DR LP A OS
(1) Où trouve au sommet de la plupart des plus hautes montagnes des Cévennes , des grands bancs de roches calcaires tous parsemés de coquillages... Ces
bancs de roches calcaires sont souvent appuyés sur d'autres bancs considérables de schistes ou roches ar-
» doisées ; qui ne sont autre chose que des vases argi-
leusés ou des limons plus ou moins pétrifiés.... Ces bancs de schiste faisaient autrefois un fond de mer... Mais un fuit qui surprendra plus d'un naturaliste, c'est qu'il est des endroits où, au-dessous de ces bancs de schiste , il s'en trouve un second de roche calcaire d'une couleur différente du premier, et dont les incrustations testacées ne paraissent pas les mêmes. Comment concevoir que la mer ait pu produire daus les mêmes parages, une espèce de coquillages duns un temps et une autre espèce dans un autre? Et comment pourrait-on comprendre que la mer a pu déposer ses vases sur un fond de rochers calcaires, sans présumer en méme temps que la mer a couvert ces endroits à deuxreprises différentes et fort éloignées l'une de l’autre? (Histoire naturelle du Languedoc, par M. de Gensaune, tome 1, pages 260 et 261.) Tréonte DE LA TERRE, Z'ome II.
DES MINÉRAUX
de chaque banc, pendant relsi
certaines polos Le re bité » vécu, multiplié sur ce banc , et formé le lit coquilleux qui le surmonte : il faut accorder encore du temps , pour que d'autres
sédiments de graviers et de matières pier-
sine aient été transportés et amenés par es eaux , pour recouvri : re 4 » P ouvrir ce dépôt de co- : En ne considérant la nature qu'en général, nous avons dit que soixante-seize mille ans d'ancienneté suflisaient pour placer la suite de ses plus grands travaux sur le globe terrestre ; et nous avons donné la raisom pour laquelle nous nous sommes restreints à cette limite de durée , en avertissant qu'on pour- Re doubler, et même la quadrupler si l'on voulait se trouver parfaitement à l'aise, po l'explithi de tous les Éhindulnoe Dé fet, lorsqu'on examine en détail la composition de ces mêmes ouvrages , chaque point de celle analyse augmente la durée et recule les limites de ce temps trop immense pour l'imagination, et néanmoins trop court pour notre Jugement. , Au reste, la pétrification a D i fond de la Na aussi D dr ar s'opère à la surface de la terre ; les marbres qu'on ge sous l'eau vers les côtes dé Provence, les albâtres de Malte , les pierres de Maldives (2), les rochers che durs «4 se trouvent sur la plupart des hauts-fonds dans toutes les mers, sont des témoins irrécusables de.cette pétrification-sous les eaux : le doute de quelques physiciens à.cet égard, était fondé sur ce que le suc pétrifiant se forme sous nos yeux par la stillation des eaux pluviales dans nos collines calcaires dont les pierres ont acquis par un long dessèchement , leur solidité et leur dureté; au lieu que dans la mer, ils présumaient qu'étant toujours pénétrées dh mêmes pierres ne pouvaient acquérir le der- L |
(2) On tire cette pierre de la mer en tel volume que l'on veut, elle est polie et de bel emploi... Et la manière dont ces insulaires l'enlèvent est assez ingénieuse; ils prennent des madriers et plateaux de bois de Candon , qui est aussi léger que le liége, et ils les joignent ensemble pour en former un gros volume ; ils y attachent un cäble, dont ils portent en plongeunt l'autre extrémité pour attacher la pierre qu'ils veulent enlever, et comme ces blocs sont isolés et ne sont point adhérents par leur base, le volume de ce bois léger enlève la masse pesante de la pierre. (Voyage de François Pyrard de Laval ; Paris , 1719, tome 1 page 135.) *
Ta,
umidité , ces #
nier degré de leur consistance ; mais, comme je’ viens de le dire, cette présomption est démentie par les faits ; il y a des rochers au fond des eaux tout aussi durs que ceux de nos terres les plus sèches ; les amas de graviers ou de coquilles d’abord pénétrés d'humidité , et sans cesse baïgnés par les eaux, n’ont pas laissé de se durcir avec le temps par le seul rapprochement et la réunion de leurs parties solides ; plus elles se seront rapprochées , plus elles auront exclu les parties humides ; le suc pétrifiant distillant continuellement de haut en bas aura, comme dans nos rochers terrestres, achevé de remplir les interstices et les pores des bancs inférieurs de ces rochers sous-marins : on ne doit donc pas être étonné de trouver au fond des mers, à de très-grandes distances de toute terre ; de trouver, dis-je, avec la sonde, des graviers calcaires aussi durs, aussi pétrifiés que nos graviers de la surface de la terre. En général, on peut assurer qu'il s’est fait, se fait, et se fera partout une conversion successive de coquilles en pierres, de pierres en gravier et de gravier en pierres, selon que ces matières se trouvent remplies ou dénuéés de cet extrait tiré de leur propre substance , qui seul peut achever l'ouvrage commencé par la force des affinités , et compléter celui de la pleine pétrification.
- Et cet extrait sera lui-même d'autant plus pur et plus propre à former une masse plus solide et plus dure, qu’il aura passé par ün plus grand nombre de filières ;pius il aura subi de filtrations depuis le banc supérieur, plus ce liquide pétrifiant sera chargé de molécules denses , parce que la matière des bancs inférieurs étant déjà plus dense , il ne peut en détacher que des parties de même densité. Nous verrons dans la suite que c’est à des doubles et triples filtrations qu'on doit attribuer l’origine de plusieurs stalactites du genre vitreux; et quoique cela ne soit pas aussi apparent dans le genre calcaire, on voit néanmoins qu'il y a des spaths plus ou moins purs, et même plus ou moins durs, qui nous représentent les différentes qualités du suc pétrifiant dont ils ne sont que le résidu, ou pour mieux dire, la substance même cristallisée et séparée, de son eau superflue. “
Dans les collines , dont les flancs sont ouverts par des carrières coupées à pic, l’on peut suivre les progrès et reconnaître les formes différentes de ce suc pétrifiant et pétrifié; on verra qu'il produit communé-
ment des concrétions de même nature que la matière à travers laquelle il a filtré ; si la colline est de craie et de pierre tendre sous la couche de terre végétale , l'eau en passant dans cette prémière couche et s’infiltrant ensuite dans la craie, en détachera et entrainera toutes les molécules dont elle pourra se charger, et elle les déposera aux environs de ces carrières en forme de concrétions branchues et quelquefois fistuleuses, dont la substance est composée de poudre cal-
caire mêlée avec de la terre végétale, et dont
les masses réunies forment un tuf plus léger et moins dur que la pierre ordinaire, ces tufs ne sont en effet que des amas de concrétions, où l'on ne voit ni fentes perpendi-
culaïres ni délits horizontaux, où l’on ne
trouve jamais de coquilles marines , mais souvent de petits coquillages terrestres et des impressions de plantes, particulièrement de celles qui croissent sur le terrain de 1a colline même; mais lorsque l'eau s'infiltre
dans les bancs d’une pierre plus dure ,il lui
dt plus de temps pour en détacher des particules, parce qu'elles sont plus adhérentes et plus denses que dans la pierre tendre; et dès-lors les concrétions formées par la réunion de ces particules denses , deviennent des congélations à.peu près aussi s0lides que les pierres dont elles tirent leur origine ; la plupart seront même à demi transparentes, parce qu'elles ne contiennent que peu de matières hétérogènes en comparaison des tufs et des concrétions impures dont nous venons de parler : enfin si l’eau filtre à travers les marbres et autres pierres les plus compactes et les plus pétrifiées , les congélations ou stalactites seront alors si pures , qu'elles auront la transparence du cristal. Dans tous les cas, l’eau dépose ce suc pierreux' partout où elle peut s'arrêter et demeurer en repos , soit dans les fentes perpendiculaires , soit entre les couches horizontales des rochers (1); et par ce PTE TC meet mme (1) On trouve un banc de spath strié ou filamenteux et blanc, dans une gorge formée par des monticules qu'on peut regarder comme les premiers degrés de la chaîne de montagnes qui bordent la Limagne et l'Auvergne du côté du couchant ; au-dessous de Châtel-Guyon ; cette pierre siriée, dont le banc est fort étendu, est employée à faire de la chaux, mais il faut beaucoup de temps pour la caleiner. On voit dans les rochers, que ce spath y est déposé par couches mélées parmi d'autres couches d'une espèce de pierre graveleuse et grisätre: dans l’un des rochers, qui a quatorze à quinze pieds d’élévation , les
Hong séjour entre ces couches, le liquide pétrifiant pénètre les bancs inférieurs et en
… augmente la densité (1).
On voit par ce qui vient d'être exposé, que les pierres calcaires ne peuvent acquérir un certain degré de dureté, qu'autant qu'elles sont pénétrées d’un suc déjà pierreux ; qu'ordinairement les premières couches des montagnes calcaires sont de pierre tendre ,
e qu'étant les plus élevées, elles n’ont pu recevoir ce suc pétrifiant , et qu’au contraite elles l'ont fourni aux couches inférieures. Et lorsqu'on trouve de la pierre dure au sommet des collines, on peut s'assurer en considérant le local , que ces sommets de” collines ont été dans le commencement surmontés d'autres bancs de pierre, lesquels, ensuite ont été détruits ; cet effet est évident dans les collines isolées , elles sont toujours moins élevées que les montagnes voisines ; et en prenant le niveau du banc supérieur de la-colline isolée , on trouvera , à la même.
- couches de spath ont deux ou trois pouces et E.
d'épaisseur , et celles de la pierre grisâtre en ont huit et même douze. La base de ce rocher est distribuée par couches , et la partie supérieure est composée de pierres et de cailloux arrondis, dont plusieurs sont de la grosseur de la tête; ils sont liés par une matière pierreuse , dure, blanchâtre , et parsemée de petits graviers de toutes sortes de couleurs. (Mémoife sur la Minéralogie d'Auvergne , par M. Guettard, dans ceux de l'Académie des sciences , année 1759.) *
(1) « Les sues pétrifiants , dit M. l'abbé de Sauva- » ges, sont certainement la cause de la solidité des » pierres ; celles qui n'en sont point pour ainsi dire, y» abreuvées , ne portent ce nom qu'improprement ; » telles sont les craies, les marnes , les pierres mor- » tes, ete. , qui ne doivent le peu de solidité qu’elles » ont dans la carrière qu'à l'affaissement de leurs » parties appliquées l’une sur l’autre , sans aucun in- » termède qui les lie: aussi dès que ces pierres sont » exposées aux injures de l'air, leurs parties , que
"» rien ne fixe et ne relient , s'enflent, s'écartent , se .
» calcinent et se durcissent en terre ; au lieu que ces » agents sont trop faibles pour décomposer les pier- » res proprement dites.... J'ai été assez heureux » pour trouver dans les carrières de nos rochers, des » morceaux dont une partie était pétrifiée et avait la » cassure brillante, tandis que l’autre, qui était en- » core sur le métier , était tendre, mate dans sa cas- » sure, et n'avait rien de plus qu’une marne qui à la » longue se détrempait à l'air et à la pluie: le milieu » de cette pierre mi-partie participait de la différente » solidité des deux, sans qu'on pût assigner au juste » Je point où la marne commençait à étre de la » pierre. » (Mémoires de l'Académie des sciences, année 1746, pages 732 et suiv.)
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«DES MINÉRAUX. 159
hauteur , dans les collines voisines , le banc correspondant et d’égale dureté, surmonté de plusieurs autres bancs dont il a reçu les sucs pétrifiants , et par conséquent le degré de dureté qu'il a conservé jusqu'à ce jour. Nous avons expliqué (2) comment les courants de la mer ont dû rabaisser les sommets de toutes les collines isolées, et il n’y a eu nul changement, nulle altération dans les couches de ces pierres depuis la retraite des mers, sinon dans celles où le banc supérieur s'est trouvé exposé aux injures de l'air, ou kecouvert d’une trop petite épaisseur de terre végétale ; ce premier lit s'est en effet délité horizontalement et fondu verticalement, et c'est R d'où l'on tire ces pierres-calcaires dures et minces, appelées laves en plusieurs provinces , | on se sert au lieu de tuile, pour. co les maisons rustiques (3) ; mais immédiatement au-dessus de ce lit de pierres minces, on retrouve les banes solides.et épais qui n'ont subi aucune altération, et qui sont encore tels qu'ils ont été formés par le transport et le dépôt des eaux de-la mer.
En remontant de nos collines isolées aux carrières des hautes montagnes calcaires, dont les bancs supérieurs n’ont point été détruits, on observera partout que ces bancs supérieurs sont Les plus minces, et que les in. férieurs deviennent d’autant plus épais qu'ils sont situés plus bas; la cause de cette différence me parait encore simple. Il faut considérer chaque banc de pierre comme composé de plusieurs petits lits stratifiés les uns sur les autres ; or, à mesure que l’eau pénètre et descend à travers les masses de gravier ou de craie, elle se charge de plus en plus des molécules qu’elle en détache, et dès qu'elle est arrêtée par un lit de pierre plus compacte, elle dépose sur ce lit une partie des molécules dont elle était chargée , et entraine le reste dans les pores et jusqu'à la surface inférieure de ce lit, et même sur la surface supérieure du lit au-dessous. L'’épaisseur des deux lits augmente donc en même temps ; et leurs surfaces se rapprochent pour ainsi dire par l'addition de cette nouvelle matière ;
enfin ces petits lits se joignent et ne forment
plus qu'un seul et même lit qui se réunit de
(2) Époques de la Nature,
(3) I ne fâut pas confondre ces pierres calcaires en laves , avee les laves de grès feuilleté dont nous avons parlé ci-devant ; et bien moins encore avec les véritables laves volcaniques, qui sont d'une tout autre nature, *
; même à un troisième lit, en sorte que plus il y a de matière lapidifique amenée par la stillation des eaux, plus ïl se fait de réunion
> à des petits lits, dont la somme fait l'épaisseur > Ke totale de chaque banc, et par conséquent : __ cette épaisseur doit être plus grande dans les bancs inférieurs que dans les supérieurs,
puisque c’est aux dépens de ceux-ci que leurs joints se remplissent et que leurs surfaces se réunissent.
= Pour reconnaître évidemment ce produit du travail de l’eau,'il ne faut que fendre une pierre dans le sens de son lit de carrière ; en la divisant horizontalement, on verra que les deux surfaces intérieures qu'on vient de séparer, sont réciproquement hérissées d'un très-grand nombre de petits ma ons qui se corrompent ermativement 8 ont été formés par le dépôt des stillations de l'eau : la pierre délitée dans ce sens présente une cassure spathique qui est partout convexe et concave et comte ondée de petites éminences , au js que la cassure dans le sens vertical n'offre aucun de ces petits mamelons , mais le grain seul de la pierre.
Comme ce travail de l’eau chargée du suc pétrifiant a commencé de se faire sur les pierres calcaires dès les premiers temps de leur formation , et qu’il s'est fait sous les eaux par l'infiltration de l’eau de la mer, et sur la terre par la stillation des eaux pluviales, on ne doit pas être étonné de la grande quantité de matière spathique qui en est le produit : non-seulement cette matière a formé le cimenit de tous les maxbres et des autres pierres dures, mais elle a pénétré et pétrifié chaque particule de la craie et des autres détriments immédiats des coquilles , pour les convertir en pierre : elle a même formé de nouv pierres en grandes masses , telles que les albâätres , comme nous le prouverons dans l’article suivant; souvent cette matière spathique s'est accuilhléé dans les fentes et les cavités des rochers où elle se présente en petits volumes cristallisés et quelquefois en blocs irréguliers , qui par la finesse de leurs grains et le grand nombre de points brillants qu’ils offrent à la cassure, démontrent leur origine et leur composition toujours plus ou moins pure, à mesure que cette matière spathique y est plus ou moins abondante. ?
Ce spath, cePextrait le plus pur des substances calcaires , est donc le ciment de tou- tes les pierres de ce genre, comme le suc.
crislallin qui n’est qu'un extrait des matières
vitreuses , est aussi le ciment de toutes les pierres vitreuses de seconde et de troisième formation ; mais indépendamment de ces deux ciments, chacun analogue aux substances qu'ils pénètrent, et dont ils réunissent et consolident les parties intégrantes , il y a une autre sorte de gluten ou ciment commun aux matières calcaires et aux substances formées des débris de matières vitreuses , dont l'effet est encore plus prompt que celui du suc pétrifiant, calcaire ou vitreux. Ce gluten est le bitume, qui dès le premier temps de la mort et de la décomposition des êtres organisés, s’est formé dans le sein de la terre , et a imprégné les eaux de la mer où il se trouve quelquefois en grande quantité. 11 y a de certaines plages voisines des côtes de la Sicile, près de Messine , et de celles de Cadix en Espagne (1), où l'on a observé qu'en moins d’un siècle les graviers, les petits cailloux, et les sables de quelque nature qu'ils soient , se réunissent en grandes masses du-
et solides, et dont la pétrification sous l'eau ne fait que s'augmenter et se consolider de plus en plus avec le temps ; nous en parlerons plus en détail , lorsqu'il sera question des pierres mélangées de détriments calcaires et de débris vitreux : mais il est bon de reconnaître d'avance l'existence de ces trois glutens où ciments différents, dont le premier et le second, c’est-à-dire le suc cristallin et le suc spathique réunis au bitume , ont augmenté la dureté des pierres de ces deux genres lorsqu'elles se sont formées sous l’eau; ce dernier ciment parait être celui de la plupart des pierres schisteuses , dans lesquelles il est souvent assez abondant pour les rendre inflammables ; et quoique la présence de ce
(1) Cadix est situé dans une presqu'ile, sur des rochers , où vient se briser la mér. Ces rochers sont un mélange de différentes matières, comme marbre, quartz, spalh, cailloux et coquilles réduites en mortier avec le sable et le gluten où bitume de la mer , lequel est si puissant dans cet endroit, que l'on observe dans les décombres qu'on y jette , que les briques, les pierres , le sable, le plâtre, les coquilles, etc., se trouvent après un certain temps si bien unis et attachés epsemble , que le tout fe paraît qu'un morceau de pierre. (Histoire naturelle d’Espagne, par M. Bowles.) — M, le prince de Pignatelli d'Egmont , amateur très-éclairé de toutes les grandes et belles connaissances , a eu la bonté de me donner, pour le Cabinet du Roi, un morceau de cette même nature , tiré sur le rivage de la mer de Sicile , où cette pétrification s'opère entrès-peu de'temps. Fazzelo ( de Rebus siculis ) attribue à l'eau du détroit de Carybde , celte propriété de cimenter le gravier de ses rivages,
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ciment ne soit pas évidente dans les pierrés calcaires, l'odeur qu’elles exhalent lorsqu'on les taille , indique qu'il est entré de la matière inflammable dans leur composition.
Mais revenons à notre objet principal, et après avoir considéré la formation et la composition des pierres calcaires, suivons en détail l'examen des variétés de la nature dans leur décomposition ; après avoir vu les coupes perpendiculaires des rochers dans les carrières , il faut aussi jeter un coup d'œil sur les pierres errantes qui s'en sont détachées , et dont il y a trois espèces assez remarquables: les pierres de la première sorte sont des blocs informes qui se trouvent communément sur la pente des collines et jusque dans les vallons; le grain de ces pierres est fin et semé de points brillants sans aucun mélange ni vestiges de coquilles; l'une des surfaces de ces blocs est’hérissée de mamelons assez longs , la plupart figurés en cannelures et comme travaillés de main d'homme , tandis queles autres surfaces 2 unies ; on reconnait donc évidemment le travail de l'eau sur ces blôës , dont la surface cannelée portait horizontalement sur le banc duquel ils ont été détachés; leur composition n'est qu'un amas de congélations grossières faites par les stillations de l'eau à travers une matière calcaire tout aussi grossière. 7
Les pierres de seconde sorte’ ne sont pas des blocs informes ; ils affectent au contraire des figures presque régulières; ces blocs ne se trouvent pas communément sur la pente des collines ni dans leurs vallons’, mais plutôt dans les plaines au-dessus des montagnes calcaires , et la substance dont ils sont composés est ordinairement blanche; les ‘uns sont irrégulièrement sphériques ou elliptiques , les autres hémisphériques, et quelquefois on en trouve qui sont étroits dans leur milieu, et qui ressemblent à deux moiliés de sphères réunies par un collet; ces sortes de blocs figurés présentent encore la torme de la substance des astroïtes, cerveaux de mer, etc. , dont ils ne sont que les masses entières ou les fragments ; leurs rides et leurs pores ont été remplis d’une matière blanche toute semblable à celle de ces productions marines. Les stries et les étoiles que l'on voit à la surface de plusieurs de ces blocs , ne laissent aucun doute sur la première nature de ces pierres qui n'étaient d'abord que des masses coquilleuses produites par les polypes et autres animaux de
même genre , et qui dans la suite par Y'addition et la pénétration du sue extrait de ces mêmes substances, sont devenues des pierres solides et même sonores.
La troisième espèce de ces pierres en blocs et en débris , se trouve comme la pre- :
mière sur la pente des montagnes calcaires
et même dans leurs vallons ; ces pierres sont plates comme le moellon commun, et presque toujours renflées dans leur milieu , et plus minces sur les bords comme sont les galets ; toutes sont colorées de gris-foncé où 4 de bleu dans cette partie du milieu qui est
toujours environnée d’une substance pier-
reuse blanchâtre , qui sert d'enveloppe à tous ces noyaux colorés (1), et qui a été formée
.%. in,
(Q) c ortes de pierres que | pad rap
porter celles qui se trouvent à une lieue et demie de Riom en Auvergne , et dont M. Dutou ait men n dans les termes sui :-« La en qui » couvre la terre crélacée en est séparée par uu lit de » pierres; ces pierres sont bre es, baroques, quel- » quefois percées de part eu pârt par des trous ronds : » intérieurement elles sont compactes , nullement fa- » rineuses, et de couleur ou grise ou bleuâtre; leur » extérieur est recouvert d'une écorce, tantôt düre, » tantôt friablé, toujours blanche , et telle que si on » les avait trempées dans de la chaux éteinte : il y a » de ces pierres éparses au-dessus de la terre végétale; » mais au-dessous de cette couche végétale, qui a » environ un pied et demi d'épaisseur, on voit un lit » de ces mêmes pierres, si exactement enclavées les » unes dans les autres , qu'il én résülte un banc con- » linu en apparence : sa OR est seule-
» ment rabüteuse, et ce lit de p s se continue sur » la terre crétacée... L'espace @ se trouvent ces » pierres ainsi que la terre cré qui est au-dessous,
» était occupé dans les premiers temps par un banc » homogène de pierres calcaires’, que les eaux des » pluies ont entrainé per succession de temps. » (Observation sur un banc de terfe, cré ete. , par M. Dutour, dans les Mémoires des savants étrangers, tome 5, page 54.) — Aux bords de l'Albarine, surtout près de Saint-Denis, il y a une immensité de cailloux
roul (qui sont bien de terre calcaire, puisqu'on en |
fait de très-bonne chaux) ÿ ils ont une croûte
à peu près concentrique , et un noyau d'un beau gris-
bleu ; le hasard ne peut avoir fait que des fragments
de blocs mélés , se soient usés et arrondis congentri-
quement suivant leurs couleurs ; quelle peut done
être la formation de ces cailloux? (Lettre de M: -de
Morveau à M. le comte de Buffon, datée de Bourgen-Bresse, le 22 septembre 1778.) — Je puis ajouter
à toutes ces notes particulières, que dans presque’ tuus les pays dont les collines sont composées de
pierres calcaires, il se trouve de ces pierres dont T'in-
térieur plus anciennement formé que l'extérieur, est
teint de gris ou de bleu, tandis que les couchqgupé-®
postérieurement à ces noyaux ; néanmoins ils ne paraissent pas être d'une formation aussi ancienne que ceux de la seconde sorte, car ils ne contiennent point de coquilles; leur couleur et les points brillants dont leur substance est parsemée, indiquent qu'ils ont d'abord été formés par une matière pierrêuse, imprégnée de fer ou de quelque autre minéral qui les a colorés , et qu'après avoir été séparés des rochers où ils se sont formés,
ils ont été roulés et aplatis en forme de ga-
lets, et qu'enfin ce n’est qu'après tous ces mouvements et ces altérations, qu'ils ont été saisis de nouveau par le liquide pétrifiant qui les a tous enveloppés séparément et quelquefois réunis ensemble ; car on trouve de ces pierres à noyau coloré non-seule-
bancs de carrières, qui toutes sont situées sur la pente et au pied des montagnes ou collines calcaires , dont ces blocs ne sont que les plus anciens débris.
‘On trouve encore sur les pentes douces des collines calcaires dans lés champs cultivés , une grande quantité de pétrifications de coquilles et de crustacées entières et bien conservées, que le soc de la charrue a détachées et enlevées du premier banc qui git immédiatement sous la couche de terre végétale; cela s'observe dans tous les lieux où ce premier banc est d'une pierre tendre et gelisse; les morceaux de moellon que le soc enlève, se réduisent en graviers et en poussière au bout dequelques années d'exposition à l'air, et Fissent à découvert les pé* trifications qu'ils contenaient et qui étaient auparavant envéloppées dans la matière pierreuse ; preuve évidente que ces pétrifications sont plus dures et plus solides que la matière qui les environnait , et que la décomposition de’ la coquille a augmenté la densité de la portion de cette matière qui en a rempli la capacité intérieure; car ces pétrifications en forme de coquilles , quoique w Li ‘ Fe > exposées à la gelée et à toutes les injures de l'air, y ont résisté sans se fendre ni s’égrener} tandis que les autres morceaux de pierre enlevés du même banc ne peuvent subir une seule fois l’action de la gelée, sans s'égrener
où $e diviser en écailles. On doit donc dans
ce cas regarder la décomposition de la co- “quille, comme la substance spathique qui a augmenté la densité de la matière pierreg contenue et moulée dans son intérieur, laquelle sans cette addition de sub- : syngt tirée de la coquille même, n'aurait #
ment en gros blocs, mais me grands”
pas eu plus de solidité que la pierre, envi:
ronnante (1). Cette remarque vient à l'appui de toutes les observations par lesquelles on
peut démontrer que l'origine des pierres en.
général et de la matière spathique en particulier, doit être rapportée à la décomposition des coquilles pas l'intermède de l’eau.
J'ai de plus observé que l’on trouve assez communément une espèce de pétrification dominante dans chaque endroit, et plus abondante qu'aucune autre ; il y aura, par exemple, des milliers de cœurs de bœufs (bucardites) dans un canton, des milliers de cornes d’Ammon dans un autre, autant d'oursins dans un troisième, souvent seuls ; ou tout au plus accompagnés d'autres espèces en très-petit nombre ; ce qui prouve encore que la matière des bancs où se trouvent ces pétrifications, n’a pas été amenée et transpoñtée confusément par le mouvement des eaux, mais que certains Coquillages se sont établis sur le lit inférieur, et qu'après y avoir vécu et s'être mullipliés en grand nombre ils y ont laissé leurs dépouilles.
L'on trouve encore sur la pente des collines calcaires des gros blocs de pierres calcaires grossières, enterrées à une petite profondeur qu’on appelle vulgairement des pierres à four, parce qu'elles résistent sans se fendre aux feux de nos fours et fourneaux : tandis que toutes les autres pierres qui résistent à la gelée et au plus grand froid , ne peuvent supporter ce même degré de feu sans s'éclater avec bruit : communément les pierres légères, poreuses et gelisses, peuvent être chauflées jusqu'au point de se convertir en chaux sans se casser, tandis que les plus’ pesantes et les plus dures sur lesquelles la gelée ne fait aucune impression , ne peuvent supporter la première action de ce même feu. Or, notre pierre à four est composée de gros graviers calcaires détachés TS TS nn ste rieures et inférieures sont blanches; ces pierres sont en moellons plats, et il ne leur manque Pour ressembler entièrement aux prétendus cailloux du Rhône que d'avoir été roulés.
(1) « On distingue très-bien , dit M. l'abbé de Sau- » vages , les sucs pierreux dans les rochers de Nava- » celle, au moyen de certains noyaux qui y sont ré- » pandus , et dans lesquels ce suc se trouve ramassé » et cristallisé ; ces noyaux qui arrêtent le marteau » des tailleurs de pierre, ne sont que des coquillages » que la pétrification a défigurés : le test de la coquille » semble s'être changé en une matière cristalline qui » en occupe la place. » (Mémoires de l'Académie des sciences , année 1746, page 716.)
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