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Oeuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-Hilaire

Cr albâtre , auquel les poètes ont si souvent comparé la blancheur de nos belles , est toute une autre matière que l’albâtre dont nous allons parler; ce n’est qu'une substance gypseuse, une espèce de plâtre très-blanc ; au lieu que le véritable albâtre est une matière purement calcaire, plus souvent colorée que blanche , et qui est plus dure que le plâtre , mais en même temps plus tendre que le marbre. Les couleurs les plus ordinaires

des albâtres sont le blanchätre , le jaune et

le rougeûtre ; on en trouve aussi qui sont mêlés de gris et de brun ou noirâtre. Souvent ils sont teints de deux de ces couleurs, quelquefois de trois , rarement de quatre ou cinq ; l'on verra ER ce recevoir toutes les nuances de couleur qui se trouvent dans les marbres sous la masse desquels ils se forment.

L’albâtre d'Italie est un des plus beaux; il porte un grand nombre de taches d’un rouge. foncé sur un fond jaunâtre, et il n’a de transparence que dans quelques petites parties. Celui de Malte est jaunâtre , mêlé de gris et de noirâtre, et l'on y voit aussi quelques parties transparentes. Les albâtres que les Italiens appellent agatés, sont ceux qui ont le plus de transparence et qui ressemblent aux agates par la disposition des couleurs. Il y en a même que l'on appelle albätre onyx, parce qu'il présente des cercles concentriques de différentes couleurs ; on connaît aussi des albâtres herborisés , et ces herborisations sont ordinairement brunes ou noires. Volterra est l'endroit de l'Italie le plus renommé par ses albâtres, on y en compte plus de vingt variétés différentes par les cé de transparence et les nuances de couleurs. Il y en a de blancs à reflets

diaphanes , avec quelques veines noires et

opaques , et d’autres qui sont absolument opaques et de couleur assez terne, avec des Tuéonte pe LA rerre., Z'ome TITI.

taches noires et des herborisations branchues. e

Tous les albâtres sont susceptibles d’un poli plus ou moins brillant ; mais on ne peut polir les albûtres tendres qu'avec des matières encore plus tendres et surtout avec de la cire; et quoiqu'il y en ait d'assez durs à Volterra et dans quelques autres endroits d'Italie, on assure cependant qu'ils le sont moins que l’albâtre de Perse (1) et de quelques autres contrées de l'Orient.

L'on ne doit donc pas se persuader avec le vulgaire que l’albâtre soit toujours blanc, quoique eela ait passé parmi nous en proverbe : ce qui a douné lieu à cette méprise , cest que la plupart des artistes et même quelques chimistes , ont confondu deux matières , et donné , comme les poètes, le nom d'albâtre à une sorte de plâtre trèstendre et d'une grande blancheur, tandis que les naturalistes n'ont appliqué ce même nom d'albâtre qu’à une matière calcaire qui se sout par les acides et se convertit en chaux au même degré de chaleur que la pierre : les acides ne font au contraire aucune imp:

sion sur cette autre matière blanche ji, ; du vrai plâtre ; et Pline avait a En notre albâtre calcaire , en disant qu'il est de couleur de miel.

Étant descendu en 1740 dans les grottes

(D «A. Tauris , dans la mosquée d'Os » a deux grandes pierres blanches tr

paraissent rouges quand le soleil les .

sent que c'est une ce d'albâtre

forme d’une eau qu'on trouve à une journée de Tauris,

» laquelle étant mise dans une

» peu de temps :« pierre est fort estimée

» Persans qui en font des tombeaux , des vases et » d'autres ouvrages qui passent pour une rareté » Ispaha ; ils m'ont tous dssuré que c'était une con-

gélation d'eau. » ( Voyage autour du Monde par es - d

Gemelli Carreri , tom. 2, pag. 37.)

se congèle en

9 + HISTOIRE oder

d'Arcy-sur-Cure, près de Vermanton, je pris dès-lors unesidée nette de la formation de l'albâtre, par l'inspection des grandes stalactites en tuyaux, en colonnes et en nappes,

- dont ces grottes , qui ne paraissent être que d'anciennes carrières, sont incrustées et en partie remplies. La colline dans laquelle se trouvent ces anciennes carrières , a été attaquée par le flanc à une petite hauteur audessus de la rivière de Cure; et l'on peut juger , par la grande étendue des excavations, de l'immense quantité de pierres à bâtir qui en ont été tirées ; on voit en quelques endroits les marques des coups de marteau qui en ont tranché les blocs ; ainsi l'on ne peut douter que ces grottes, quelque grandes ‘elles soient, ne doivent leur origine au

travail de l'homme ; et ce travail est bien an-.

cien, puisque dans ces mêmes carrières abandonnées depuis long-temps, il s'est formé des masses très-considérables, dont le volume augmente.encore chaque jour par l'addition de. nouvelles concrétions formées , comme

elles ont filtré dans les joints des banes calcaires qui surmontent ces excavations et leur servent de voûtes ; ces bancs sont superposés horizontalement et forment toute l'épaisseur et la hauteur de la colline dont la surface est couverte de terre végétale; l'eau des | pluies passe donc d'abord à travers cette couà che de terre eten prend la coulenr jaune ou {Sir ensuite elle pénètre dans les joints ct les fentes de ces bancs où elle se charge des molécules pierreuses qu'elle en détache ; é + elle arrive au-dessous du dernier , et suinte en s’allachant aux parois de Fin ; ou tombe goutte à goutte dans l’ex-

Cavalion. ?

Et cette eau chargée de matière pierreuse, orme d'abord des stalactites qui pendent de la voûte, qui grossissent et s'alongent successivement par des couches additionnelles , et prennent en même temps plus de solidité à ure qu'il arrive de nouveaux sucs pierreux (1); lorsque ces sucs sont très-abon-

. ue grotte près de Neufchätel, nommée Trois-Ros , 4 remarqué qu eau qui coule lentement par diver-

tes du roc, s'arrêle pendant quelque temps en

L de gouttes, au haut M à ce de voûte for-

… mée par les bancs du rocher; là , de petites molécules cristallines que l'ea traîne en passant à travers … les banes, $e lient par leurs côtés pendant que la goutie demeure suspendue et y forme de petits

les premières, par la stillation des eaux :

1): ‘auteur du Traité des Pétrificalions , qui a vu :

- dants, ou qu'ils sont trop liquides, la stalactite supérieure attachée à la voûte, laisse tomber par goutte cette matière superflue qui forme sur le sol des concrétions de même nature, lesquelles grossissent, s'élèvent et se joignent enfin à la stalactite supérieure , en sorte qu'elles forment par leur réunion une espèce de colonne d’autant plus solide et plus grosse , qu'elle s’est faite en plus de

temps ; car le liquide pierreux augmente ici également le volume et la masse, en se déposant sur les surfaces et pénétrant l'intérieur de ces stalactites, lesquelles sont d'’abord légères et friables, et acquièrent ensuite de la solidité par l'addition de cette même matière pierreuse qui en remplit les pores ; etce n'est qu'alors que ces masses concrètes prennent la nature et le nom d'’albâtre ; elles se présentent en colonnes cylindriques , en cônes plus ou moins obtus , en culs-de-lampe , en tuyaux et aussi en incrustations figurées contre les parois verticales ou inclinées de ces excavations , et en nappes

tuyaux, à mesure que l'air s'échappe par la partie inférieure de la petite bulle qu’il formait dans la goutte d'eau : ces tuyaux s’alongent pen à peu en grossissant, par une accession continuelle denouvelle matière, puis ils se remplissent ; de sorte que les cylindres qui en résullent sont. ordinairement arrondis vers le bout d'en bas , tandis qu'ils sont encore suspendus au rocher ; mais dès qu'ils s'unissent avec les particules cristallines qui tombant plns vite , forment un sédiment à plusieurs eouches au bas dé la grotte, ils ressemblent alors à des arbres, qui du bas s’élévent jusqu'au comble de la voûte.

Ces cylindres acquièrent un plus grand diamètre en bas, par le moyen de la nouvelle matière qui coule le long de leur superficie, et ils deviennent souvent raboteux, à cause des particules cristallines qui s'y arrêtent en tombant dessus, comme une pluie menue , lorsque l’eau abonde plus qu'à l'ordinaire dans l'entre-deux des rochers : la configuration intérieure de leur masse faite À rayons et À couches concentri ques, quelquefois différemment colorées par une petite quantité de fine qui s'y mêle et les rend semblables aux aubiers des arbres , jointe aux circonstances dont on vient de parler, peuvent tromper les plus éclairés. ds

Il se forme aussi plusieurs autres masses, plus ou moins régulières de stalactite, dans des cavernes de pierre à chaux et de marbre; ces masses ne diffèrent entre elles , par rapport à leur matière, que par le plus grand ou le moindre mélange de terre fine de différentes eouleurs , que l'eau enlève souvent du roc même avec les particules cristallines, où qu'elle amène des couches de terre supérieures aux roches dans les couches de stalactite. (Traité des Pétrifications , in-4e, Paris, 1742, pag. 4 et suiv.)

déliées ou en tables épaisses et assez étendues sur le sol ; il parait mêmeque cette concrétion spathique, qui est la première ébauche de l'albâtre , se forme aussi à la surface de l’eau stagnante dans ces grottes , d'abord ‘comme une pellicule mince, qui peu à peu prend de l'épaisseur et de la consistance ; et présente par la suite âne espèce de voûte qui couvre la cavité ou.encore pleine ou épuisée d'eau (1). Toutes ces masses concrètes sont de même nature; je m'en suis assuré en faisant tirer et enlever quelques blocs des unes et des autres, pour les faire travailler et ir par des ouvriers acçoutumés à travailler le marbre; ils reconnurent, avec moi, que c'était du véritable albâtre qui ne différait des plus beaux albâtres qu'en ce qu'il est d’un jaune un peu plus pâle et d'un poli moins vif; mais la composition de la matière et sa disposition par ondes ou veines cireulaires, est absolument la même (2) : ainsi tous les albâtres doivent leur origine aux concrétions produites par l'infiltration des eaux à travers les matières caleaires. Plus les bans de ces matières sont épais et durs, plus les albâtres qui en proviennent, seront solides à l'intérieur et brillants au poli. L’albâtre qu'on appelle oriental, ne porte ce nom que parce qu'il a le grain plus fin, les couleurs plus:fortes, et le poli plus vif que PET. CR Are

P : "5 ds sf é

(1) Dans la caverne de la Balme (au mont Vergi), j'étais étonné d'entendre quelquefois le fond résonner sous nos pieds, comme si nous eussions marché sur une voûle relentissante ; mais en examinant le sol» je vis qu'il était d'une matière cristallisée, et que je marchais sur un faux fond, soutenu à une distance assez grande du vrai fond de la galerie ; je ne pouvais comprendre comment s'élait formée cette croûte ainsi suspendue , lorsqu'en observant des eaux stagnantes au fond de la caverne, je vis qu'il se formait à leur surface une ‘croûte cristalline, d'abord semblable à une poussière incohérente , mais qui peu à peu prenait de l'épaisseur et de Ja consistance, au point que j'avais peine à la rompre à grands coups de marteau, partout où elle avait deux pouces d'épaisseur ; je compris alors que si ces eaux venaient à s’écouler, cette croûte contenue par les bords, formerait un faux fond semblable à celui qui avait résonné sous nos pieds. (Saussure, Voyage dans les Alpes,

tom. 1, pag. 388.) 4 (2) Lorsque l'on scie transversalement une grosse lite ou colonne d'albâtre, on voit sar la tran-

che, les couches circulaires dont la stalactite est

formée ; mais si on la scie sur sa longueur, l'albâtre ne présente que des veines longitudinales, en sorte que le même albätre paraît être diffésent, selon le sens dans lequel on le travaille.

les autres albâtres , et l'on trouve en Italie,

en Sicile, à Malte, et même en France (3) , de ces albâtres qu'on peut nommer orientaux par la beauté de leurs couleurs et l'éclat de leur poli; mais leur origine.et leur formation sont les mêmes que celles des albâtres communs , et leur différences ne doivent être attribuées qu’à la qualité différente des pierres calcaires qui en ont fourni la matière ; si cette pierre s'est trouvée dure, compacte et d'un grain fin, l'eau ne pouvant la a ——— ——— — —————————

(3) On trouve à deux lieues de Mäcon, du côté du midi, une grande carrière d’albâtre très-beau et très-bien coloré , qui a beaucoup de transparence en plusieurs endroits ; cette carrière est située dans la montagne que l'on appelle Solutrie , dans laquelle il s'est fait un éboulement considérable par son propre poids. (Note communiquée par M. Dumorey.) — « Les eaux d'Aix, en Provence, dit M. Guettard, produisent un alhâtre bruu-foncé, mélé de taches blanchâtres qui le varient agréablement, et le font prendre pour un albâtre oriental. ... Cet albâtre s’est formé dans une ancienne conduite faite par les Romains ; et qui porte à “Aix l'eau d'une source qui est à une petite* demi-lieue de -cette ville. ... Celte espèce d'aqueduc était bouchéen eutier par la substance dont il s'agit... . Un morceau de cet albâire, qui est dans le cabinet de M. Je duc d'Orléans, a pris un très-beau poli, qui fait voir que cet albâtre est composé de plusieurs couches d'une ligne ou à peu près d'épaisseur, et qui paraissent elles-mêmes, à Ja loupe, n'étre qu’un amas de quelques autres pelites couches très-minces : ces couches” sont ondées, et rentrant ainsi les unes dans les autres, elles font un tout serré et compacte...

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» Quant à sa formation, on ne peut pas s'empécher de reconnaître qu'elle est la suite des’ dépôts successifs d'une matière qui a été charriée par un fluide : les ondes des deux larges bandes qu'on voit sur le côté du morceau en question le démontrent invinciblement ; elles semblent même prouver que la pierre a dû se former dans un endroit où l'eau était resserrée el contrainte : en eflet, cette eau devait souffrir quelque retardement sur les côtés du canal, et accélérer son mouvement dans le milieu; ainsi l'eau de ce milieu devait agir et presser l'eau des côtés , qui en résistant ne pouvait » par conséquent que souffrir différentes -eourbures » et occasioner, par une suite nécessaire, des si- » muosilés que le dépôt a conservées. La rapidité, » ou le plus grand mouyemeut du milieu de l'eau | » "a enéore dû étre cause de Ja matière la plus fine et » Ja plus pure : les parties les pl sières et les » plus lourdes dû être rejetées sur les Lords et s’y » déposer aisément, vu la tranquillité du mouve- » vement de l'eau dans ces endroits. » ( Mémoires de l'Académie des Scienées, anuée 1754, pag: 134 et suiv.)

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pénétrer qu'avec beauceup de temps elle ne se chargera que de molécules très-fines et trèsdenses qui formeront des concrétions plus pesantes, et d’un grain plus fin que celui des stalactites produites par des pierres plus grossièrés , en sorte qu'ildoit setrouver dans ces concrétions, ainsi que dans les albâtres , de grandes variétés , tant pour la densité que pour la finesse du grain et l'éclat du poli.

La matière pierreuse que l'eau détache en s’infiltrant dans les bancs calcaires , est quelquefois si pure et si homogène , que les stalactites qui en résultent sont sans couleurs et transparentes , avec une figure de cristallisation régulière; ce sont ordinairement de petites colonnes à pans terminées par des pyramides triangulaires; et ces colonnes se cassent toujours obliquement. Cette matière est le spath, ét les concrétious qui en contiénnent une grande quantité forment des albâtres plus transparents que les autres , mais qui sont en même temps plus dificiles à travailler.

I ne faut pas bien des siècles ni même un très-grand nombre d'années, comme onpourrait le croire , pour former les albâtres; on voit croître les stalactites en assez peu de temps; on les voit se grouper, se joindre et s'étendre pour ne former que des masses

communes , en sorte qu’en moins d'un siècle .

elles augmentent peut-être du double de leur volume. Étant descendu , en 1759, dans les mêmes grottes d’Arcy pour la seconde fois ; c'est-à-dire dix-neuf ans après ma première visite , je trouvai celte augmentation de volume très-sensible et plus considérable que je ne l'avais imaginé ; il n'était plus possible de passer dans les mêmes défilés par lesquels j'avais passé en 1740; les routes étaient dévénues trop étroites où trép basses; les cônes ét les cylindres s'étaient alongés; les incrustations s'étaient épaissies; et je Jugeai qu'en supposant égale l'augmenta- Uon successive de ces concrétions , il ne faudrait peut-être pas deux siècles pour achever de remplir la plus grande partie de ces excavations,

L'albâtre est donc une matière, qui se produisant et croissant chaque jour , pourrait , Comme lé bois , se mettre , pour ainsi dire , €n coupés réglées à deux ou trois siècles de distance ; Car en supposant qu'on fitaujour-

l'extraction de tout l'albâtre contenu dans quelques-unes des cavités qui en sont remplies ; il est certain que ces mêmes cavites se rempliraient de nouveau d’une ma-

tière toute semblabe par lés mêmes moyens de l'infiltration et du dépôt des eaux gouttières qui passent à travers les couches supérieures de la terre et les joints des bancs calcaires.

Au reste, cetaccroissementles stalactites , qui est très-sensible et même prompt dans certaines grottes , est quelquefois très-lent dans d’autres. « IL y a près de vingt ans, dit » M. l'abbé de Sauvages , que je cassai plusieurs stalactites dans une grotte où personhe n'avait encore touché , à peine se sont-elles alongées aujourd'hui de cinq ou six lignes ; on en voit couler des gouttes d’eau chargées desuc pierreux , et le cours n’en est interrompu que dans les temps de » sécheresse (I). » Ainsi la formation de ces concrétions dépend nou-seulement de la continuité de la stillation des eaux ; mais encore de la qualité des rochers, et de la quantité de particules pierreuses qu'elles en peuvent détacher ; si les rochers ou bancs supérieurs sont d'uné pierre très-dure , les stalactites auront le grain très-fin et seront long-temps à se former et à croître; elles croitront au contraire en d'autant moins de temps que les bancs supérieurs seront de matières plus

UNS de »

tendres et plus poreuses ; telles que sont la

craie, la piérre tendre et la marne.

La plupart des albâtres se décomposent à l'air , peut-être en moins de temps qu'il n’en faut pour les former ; « la pierre dont on se » sert à Venise pour la construction des pa- » lais et des églises, est une pierre calcaire » blanche, qu'ontire d'Istria ;, parmi laquelle » ilya beaucoup de stalactites d’un tissu » compacté et souvent d’un diamètre deux » fois plus grand que celui du corps d'un » hommetrès-gros; ces stalactites seforment » en grande abondance dans les voûtes sou- » lerraines des montagnes calcaires du pays.

» Ces pierres se décomposent si facilement , » que l’on vit, il y a quelques années , à l’en- » tablement supérieur de la façade d'une » belle église neuve, bâtie de cette pierre , » plusieurs grandes stalactites qui s'étaient » formées successivement par l’égouttement » lent des eaux qui avaient séjourné sur cet » entablement : c'est de la même manière » qu'elles se forment dans les souterrains » des montagnes, puisque leur grain ou leur

» Composition y ressemble (2) ». Je ne crois

(1) Mémoires de l'Académie des Sciences, an née 1746, pag. 747.

(2) Lettres de M. Ferber, pag. 41 et 42.

pas qu'il soit nécessaire de faire observer ici que cette pierre d'Istria est une espèce d'albâtre ; on le voit assez par la description de sa substance et de sa décomposition.

Et lorsqu'une cavité naturelle où artificielle se trouve surmontée par des bancs de marbre qui de toutes les pierres calcaires est la plus dense et la plus dure , les concrétions formées dans cette cavité par l'infiltration des eaux ve sont plus des albâtres, mais de beaux marbres fins et d’une dureté presque égale à celle du marbre dont ils tirent leur origine , et qui est d’une formation bien plus ancienne; ces prémiers marbres contiennent souvent des coquilles et d'autres productions de la mer, tandis que les nouveaux marbres, ainsi que les albâtres, n’étant composés que de particules pierreuses détachées par les eaux, ne présentent aucun vestige de coquilles, et annoncent par leur texture que leur formation est nonvelle.

Ces carrières parasites de marbre et d’albâtre, toutes formées aux dépens des auciens bancs calcaires , ne peuvent avoir plus détendue que les cavités dans lesquelles on les trouve ; on peut les épuiser en assez peu de temps, et c'est par cette raison que la plupart des beaux marbres antiques ou modernes ne se retrouvent plus ; chaque cavité contient un marbre différent de celui d’une

autre cavité, surtout pour les couleurs, parce

que les bancs des anciens marbres qui sur-

montent ces cavernes , sont, eux-mêmes dif-

féremment colorés, et que l’eau par son infiltration , détache et emporte les molécules de ces marbres avec leurs couleurs ; souvent elle mêle ses couleurs ou les dispose dans un ordre différent ; elle les affaiblit ou les charge selon les circonstances ; cependant on peut dire que les marbres de seconde formation sont en général plus fortement colorés que les premiers dont ils tirent leur origine.

Et ces marbres de seconde formation peuvent , comme les albâtres , se régénérer dans les endroits d'où on les a tirés , parce qu'ils sont formés de même par la stillation des eaux. Baglivi (1) rapporte un grand nombre d'exemples qui prouvent évidemment que le

marbre se reproduit de nouveau dans les :

mêmes carrières ; il dit que l'on voyait de son temps des chemins très-unis , dans des endroits où cent ans auparavant il y avait eu des carrières très-profondes ; il ajoute, qu’en ouvrant des carrières de marbre on

(1) De lapidum vegetatione.

avait rencontré des haches, des pics, des marteaux et d'autres outils renfermés dans le marbre , Qui avaient vraisemblablement servi autrefois à exploiter ces mêmes carrières ; lesquelles se sont remplies par la suite des temps ; et sont devenues propres à être exploitées de nouveau,

On trouve aussi plusieurs de ces marbres de seconde formation qui sont mélés d’albàtre , et dans le genre calcaire comme en tout autre, la nature passe, par degrés et nuances , du marbre le plus fin et le plus dur , à l'albâtre et aux concrétions les plus grossières cet les plus tendres.

La plupart des albâtres, et surtout les plus beaux, ont quelque transparence, parce qu’ils contiennent une certaine quantité de spath qui s’est cristallisé dans le temps de la formation des stalactites dont ils sont composés ; mais pour l'ordinaire la quantité du spath n'est pas aussi grande que éelle de la matière pierreuse ; opaque et grossière, en sorte que Palbâtre qui résulte de cette com-

position est assez opaque quoiqu'il le soit

toujours moins que les marbres.

Et lorsque les albâtres sont mêlés de beaucoup de spath , ils sont plus cassants et plus difiiciles à travailler, par la raison que celte matière spathique cristallisée se fend, s’égrène très-facilement et se casse presque tou- Jours en sens oblique; mais aussi ces albàtres sont souvent les plus beaux , parce qu'ils ont plus de transparence et prennent un poli plus vif que ceux où la matière pierreuse domine sur celle du spath. On a cité dans l'Histoire dé l'Académie des Sciences (2), un albâtre trouvé par M. Puget aux environs de Marseille , qui est si transparent , que par le poli très-parfait dont il est susceptible, on voit, à plus de deux doigts de son épaisseur, l'agréable variété de couleurs dont il est embelli : le marbre à demi transparent que M. Pallas a vu dans la ince d’Ischski en Tartarie, est vraisemblablement un albâtre

(2) Année 1703, pag. 17.— « Dans certaines grot- » tes, comme dans celle de la montagne de Luminiani, près de Vicence, en Italie, les cristallisations spathiques sont jaunâtres, et ressemblent au plus beau sucre candi ; les cristaux sont en forme de pyramides triangulaires , dont le sommet esi très-aigu : communément elles sont verticales ; de nouvelles pyramides sortent des côtés de ces pre- » mières et deviennent horizontales ; on peut en dé- » tacher de très-grands blocs. » (Note de M. le baron de Dietrich, dans les Lettres de M. Ferber , pag. 25.)

DANSE: Le 8.8. tt. : ir,

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