‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-HilaireChapitre 54 sur 162 · NITRE · texte numérisé non relu

NITRE

L'AcInE nitreux est moins fixe que l'acide vitriolique , et moins volatil que l'acide marin ; tous trois sont toujours fluides , et on ne les trouve nulle part dans un état concret , quoiqu'on puisse amener à cet état l'acide vitriolique , en le concentrant par une chaleur violente , mais il se résout bientôt . en liqueur dès quil est refroidi. Cet acide ne prend point de couleur au feu, et il y reste blane ; l'acide marin y devient jaune ,

et l'acide nitreux parait d'abord vert; mais

sa vapeur en se mêlant ayec l'air devient rouge, et il prend lui-même cette couleur

rouge par une forte concentration ; cette vapeur que l'acide nitreux exhale , a de l'odeur et colore la partie vide des vaisseaux de verre , dans lesquels on le tient renfermé ; comme plus volatil , il est aussi moins pesant que l'acide vitriolique , qui pèse plus du double de l'eau , tandis que la pesanteur spécifique de l'acide nitreux n'est que de moitié plus grande que celle de l’eau pure.

Quoique plus faible à certains égards que l'acide vitriolique , l'acide nitreux ne laisse pas que de le vaincre à la distillation , en le séparant de l'alkali. Or l'acide vitriolique

ayant plus d'affinité que l'acide nitreux avec l'alkali, comment se peut-il que cet alkali lui soit enlevé par ce second acide ! Cela ne prouve-t-il pas que l'acide aérien réside en grande quantité dans l'acide nitreux , etqu'il est la cause médiate de cette décomposition opposée à la loi commune des affinités !

On peut enlever à tous les sels l'eau qui est entrée dans leur cristallisation ; et sans laquelle leurs cristaux ne se seraient pas formés ; cette eau , ni la forme en cristaux ; ne sont donc point essentielles aux sels ' puisqu’après en avoir été dépouillés sils ne sont point décomposés , et qu'ils conservent toutes leurs propriétés salines . Le nitre seul se dé lorsqu'on le prive de cette eau de cristallisation , et cela démontre que l'eau, ainsi que l'acide aérien , entrent dans Ja composition de ce sel, non-seulement comme parties intégrantes de sa masse ; mais même comme parties constituantes de sa substance et comme éléments nécessaires à sa formation.

Le nitre est donc de tous les sels le moins simple , et quoique les chimistes aient abrégé sa définition en disant que c'est un sel com-

"posé d'acide nitreux et d’alkali fixe végétal,

il me paraît que c'est non-seulement un composé , mais même un sur composé de l'acide aérien par l'eau, la terre et le feu fixe des substances animales et végétales exaltées par la fermentation putride ; il réunit les propriétés des acides minéraux, végétaux et animaux ; quoique moins fort que l'acide vitriolique par sa qualité dissolvante il produit d’autres plus grands effets, il semble même augmenter la force du plus puissant des éléments, en donnant au feu plus de violence et plus d'activité.

L'acide nitreux attaque presque toutes les matières métalliques ; il dissout avec autant de promptitude que d'énergie, toutes les substances calcaires et toutes les terres mêlées des détriments des végétaux et des animaux, il forme avec presque toutes des sels déliquescents. Il agit aussi très-fortement sur les

huiles et même il les enflamme lorsqu'il est

bien concentré; mais en l’affaiblissant avec de l’eau et J'unissant à l'huile il fofme des sels savonneux ; et en le mêlant dans cet état aqueux avec l'esprit-de-vin , il s'adoucit au point de perdre presque toute son acidité , et l'on en peut faire une liqueur éthérée, semblable à l'éther qui se fait avec l'esprit-de-vin et l'acide vitriolique. Ce dernier acide peut prendre une forme concrète à

force de concentration ; l'acide nitreux volatil reste toujours liquide et s'exhale € tinuellement en vapeurs ; il attire l’humid de l'air, mais moins fortement que l'acide vitriolique : il en est de même de l'effet @ ces deux acides produisent en les mêlant ave l'eau ; la chaleur est plus forte et le bouil

*lonnement plus grand par le vitriolique qu #

par le nitreux ; celui-ci est néanmoins 1 corrosif, et ce qu'on appelle eau-forte n'es t

que ce même acide nitreux . aff: ibli par certaine quantité d’eau. de F2 É

+ Cet acide , ainsi que tous les autres . pro vient originairement de l'acide aérien : etil semble en être plus voisin que les deux a0°.

tres acides minéraux ; car il est évidemm nt uni à une grande quantité d'air et de Ja preuve en est que l'äcide nitreux ne ve que dans les matières i me

plus d'air et de feu Ju'aucun des minéraux ce n'est qu'en unissant ces acid pete avec l'acide aérien ou avec les Press tabl en contiennent > qu’on peut les Ms 2 S formed'acide nitreux ; Par exem ne CS CR taire du nitre avec de l'acide POUR de l'urine (1) ; et de même ]° vitrioliqu Ÿ.

volatil , qui n'est que l’acid acide sulfureux avec l'air et le feu à Rome Vilrioliqu mi nature de l'acide nitreux PU LS C2 celle de l'acide vitrioli ce OR 2 moins il ne diffère pe paé A Ja Rex.

le rend volatil , et Jui donne l'ode, se 2.

fre qui brûle. De Plus, l'acide CET a cide sulfureux se resse te différent de l'acide vi altèrent beaucoup pl

gétaux que l'acide

triolé (2).

. Tout nous porte donc à croire

hitreux est moins simple et plus s

d'air et de feu que tous les autres

(1) M: Pietch, dans une Diss par l'Académie de Berlin , en rer bent imbibé d'urine et d'acide vitriolique une PE y £ caire, et l'ayant laissée exposée quelque pri l'air , il l'a trouvée après cela toute remplie de PA (Éléments de chimie, par M. de Moryeau . tom pag. 126) Ré (2) Dictionnaire de chimie, tom. 1 , article Acide nitreux. de

que même , comme nous l'avons dit, ce sel est un surcomposé de feu et d'air accumulés et concentrés avec une petite portion d'eau et de terre, par le travail profond et la chaleur intime de l'organisation animale et végétale ; qu'enfin ces mêmes éléments y sont exaltés et développés par la fermentation pu-

tride. ; De tous les sels le nitre est celui qui se

dissout , se détruit et s’'évanouit le plus complètement et le plus rapidement, et toujours avec une explosion qui démontre le combat intestin et la puissante expansion des fluides élémentaires , qui s’écartent et se fuient à l'instant que leurs liens sont rompus.

En présentant le phlogistique, c'est à-dire, le feu animé par l'air , à l'acide vitriolique, le feu, comme nous l'avons dit , se fixe par cet acide , et ïl en résulte une nouvelle substance qui est le soufre. En présentant de même le phlogistique à l'acide du nitre , il devrait , suivant l'ingénieuse idée de Stahi, se former un soufre nitreux ; mais tel est l'excès du feu renfermé dans cet acide , que le soufre s’y détruit à l'instant même qu'il se forme ; la moindre accession d'un nouveau feu sufhisant pour le dégager de ses liens et le mettre en explosion.

Cette détonation du nitre est le plus terrible phénomène que la nature , sollicitée par notre art, ait jusqu'ici manifesté, Si le feu de Prométhée fut dérobé aux cieux , celui-ci semble pris au Tartare, portant partout Ja ruine et la mort; combiné par un génie fupeste, ou plutôt soufllé par le démon de la guerre ; il est devenu le grand instrument de la destruction des hommes et dé la dévastation de la terre.

Ce redoutable effet du nitre enflimmé 5 est causé par la propriété qu'il a de s'allumer en un instant dans toutes les parties de sa masse, dès qu’elles peuvent être atteintes

ar la flamme. La surabondance de son pro-

re {eu n'attend que le plus léger contact de cet élément pour s’y réunir en rompant ses liens avec une force et une violence à laquelle rien ne peut résister. L'inflammation de la première particule communiquant son feu à celles qui l'avoisinent , et ainsi de proche en proche dans toute la masse , avec une inconcevable rapidité, et dans un instant,

our ainsi dire indivisible ; la somme de toutes ces explosions simultanées forme la détonation totale, d'autant plus redoutable qu'elle est plus renfermée, et que les résistances qu'on lui oppose sont plus grandes ;

car c’est encore une des propriétés particulières du nitre , et qui décèle de plus en plus sa nature ignée et aérienne , que de brûler et détoner en vaisseaux clos, et sans avoir besoin , comme toute autre matière combustible , du contact et du ressort de l'air libre,

La plus grande force de la poudre à canon , tient donc à ce que tout son nitre s’enflamme , et s’enflamme à-l4-fois, où dans le

plus petit temps possible : or, cet effet dé-

pend d’abord de la pureté du nitre , ét ensuite de la proportion et de l'intimité de son mélange avec le soufre et le charbon, destinés à porter l'inflansmation sur toutes les parties du nitre. L'expérience a fait connaître que la meilleure proportion de ce mélange pour faire la poudre à canon, est de soixante-quinze parties de nitre , sur quinze parties et demie de soufre, et neuf parties et demie de charbon ; néanmoins Je charbon et le soufre ne contribuent pas par eux-mêmes à l'explosion du nitre ; ils ne servent dans la composition de la poudre qu’à porter et communiquer subitement le feu à toutes les parties de sa masse ; et même l'on pourraîit et le mélange supprimer le charbon , et ne se servir que du soufre pour porter la flamme sur le nitre; car M. Baumé dit avoir fait de très-bonne poudre à canon par cette seule mixtion du soufre et du nitre.

Comme cet usage du nitre ou salpêtre n’est malheureusement que trop universel, et que la nature semble s’être refusée à nous offrir ce sel en grande quantité, on a cherché des moyens de s'en procurer par l'art , et ce n’est que de nos jours qu'on a taché de perfectionner la pratique de ces procédés ; c'est l'objet du prix annoncé pour l'année prochaine (1) par l'Académie des sciences , sur les nitrières artificielles. Ces recherches auront sans doute pour point de vue, d'exposer au libre contact de l’air , sous le plus de surface possible , et dans un degré de température et d'humidité convenables à la fermentation , un mélange proportionné de matières végétales et animales en putréfaction. Les substances animales produisent , à la vérité, du nitre en plus grande abondance que les matières végétales ; mais ce nitre formé par la putréfaction des animaux est à base terreuse et sans alkali fixe , et les végétaux putréfiés, ou les résidus de leur combustion, peuvent seuls fournir au nitre cette base d'al-

kali fixe.

(1) Ceci a été écrit dans l'année 1781.

On obtiendra donc du bon nitre toutes les fois qu'on exposera au contact et à l'impression de l'air, des matières végétales et animales en putréfaction, soit en les mêlant avec des terres et pierres poreuses ; suivant le procédé que nous indique la nature: € uous offrant le nitre produit dans les plâtras et les craies; soit en projetant ces matières sur des fagots ou fascines ; ainsi que le Px9; pose M. Macquer ; supposé néanmoins que ce mélange soit entretenu dans le degré de température et d'humidité nécessaires pour soutenir la fernientation putride ; car celle dernière circonstance n’est pas moins essentielle que le concours de l'air pour la production du nitre , même de celui qui se forme naturellement.

La nature m'a point produit de nitre en masse ; il semble qu'elle ait, comme nous, besoin de tout son art pour former ce sel ; c'est par la végétation qu'elle le travaille et le développe dans quelques plantes, telles que les boraginées, les soleils; etc., et il est à présumer que ces plantes dans lesquelles le nitre est tout formé , le tirent de la terre et de l'air avec la sève; car l'acide aérien réside dans l'atmosphère et s'étend à la surface de la terre ; i :

treux en s'unissant aux € des matièrés animales et végétales putréfiées , et il se

formerait du nitre presque partout, si les pluies ne le dissolvaient pas à mesure qu'il

se produit ; aussi l'on ne trouve du nitre en nature et en quantité sensible, que dans muelques endroits des climats secs et chauds,

comme en Espagne et en Orient (1), et dans ES 6 RS > CU AR AG EE LTD

(1) En revenant du mont Sinaï à Suez , nous fümes coucher dans un vallon dont toute la terre était si couverte de nitre qu'il semblait qu'il eût neigé, au milieu passait un ruisseau dont les eaux en avaient le goût. For. de Monconys, Lyon, 1645, pag. 248.).. La plupart du salpétre qui se vend à Guzarate, vient d'un endroit à soixante lieues d'Agra. et on le tire des terres qui ontété long-temps En friche, La terre noire et grasse est celle qui cn rend le plus, quoique l'on en tire aussi d'autres terres, € on le fait en la manière suivante. Ils font des fosses qu'ils remplissent de terre salpétreuse, et y font couler par une rigole % autaut d'eau qu'il faut pour la détremper , à quoi ils emploient les pieds, en la démélant jusqu’à ce qu'elle devienne comme de la bouillie : qua nd ils croient que l'eau a attiré delle tout le salpêtre qui était dans la terre, ils en prennent la partie la plus claire et la mettent dans unie autre fosse, où elle s'épaissit, et alors ils le font cuire dans des poéles , comme le sel, en l'écumant incessamment , et aprés cela ils le mettent dans des pots de terre, où le reste de la die va au fond; et

tenue par la sécheresse. Ces terres so

1 devient acide ni-

le nouveau continent , au Pérou (2), sur des terrains de tout temps incultes où la putré- * faction des corps organisés s’est opérée Sn | trouble, et a été aidée de la chaleur et maïn-

quefois couvertes d'une couche de: salpêtre de deux ou trois lignes d'épaisseur 3 L est semblable à celui que l'on recueille ..

parois des vieux murs en les balayant légi remént avec un houssoir, d’où lui vient ll nom de salpétre de houssage ; c'est par mème raison que l’on trouve des couches € saipêtre naturel sur la craie et sur le tuf € caire dans les endroits caverneux. où « terres sont à l'abri des pluies, et Es. ai m même recueilli sous des voûtes et dans cavités des carrières de pierre cali 4 l'eau avait pénétré et entrainé ce sel « Ré tait formé à la surface du terrain. 1 ; ne prouve mieux la nécessité du conc de l'acide aérien, poux la PR: fe tre que les observations de M. le > “0 Rochefoucault, l’un de nos plus lue plus savants académiciens ; il les a; ait ve le terrain de la montagne de 1 Roi Guyon, située entre Mantes TS quelle on a pratiqué 3 où l'on a trouvé et recueilli du M rescence et quelquefois ris tal lisé » Des,

pots pour la faire SM or æ dureir st de prendre la formeen k, CE rs he 2 en Europe. (Voyages de Mandelo , de 2 pee mir 2, pag. 230.) — 1e salpêtre vient "ISSSS d'Agra et de Patna , ville de Er 25 Den coûte trois fois plus que celui ji PE BE Hollandais ont établi un ein. pi ve" L'EL torze lieues au-dessus de Patna, et lon Mr étant raffinés , ils les font transporter Fe Ex. jusqu'à Ongueli. Lls avaient fait venir E #2 de Hollande , et pris des raffineurs pour a mn HS mêmes es salpétres; mais cela he oh plat he parce que les gens du pays, voyant qué il CS he

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