‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-HilaireChapitre 78 sur 162 · TE · texte numérisé non relu

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dont nous faisons usage ; ils se sont assurés qu'il n'y en a tout au plus qu'un grain sur une once , et l’on peut, en suivant leurs procédés (1), connaître au juste la quantité d’arsénic que tout étain contient.

Les mines d’étain de Saxe , de Mismie , de Bohême et de Hongrie, gisent , comme celles d'Angleterre , dans les montagnes à couches, et à une médiocre profondeur ; elles ne sont ni aussi riches ni aussi étendues que celles de Cornouailles ; l'étain qu'on en tire est néanmoins aussi bon, et même les Allemands prétendent qu'il est meilleur pour l'étamage ; on peut douter que cette prétention soit fondée , et le peu de commerce qui se fait de cet étain d'Allemagne prouve assez qu'iln'est pas supérieur à celui dA’ngleterre.

Les cantons où se trouvent les meilleures mines de Saxe sont les montagnes de Masterberg vers Boles-schau ; les veines sont à vingt-quatre toises de profondeur dans des rochers d’ardoise ; elles n’ont qu'une toise en largeur. Une de ces mines d'étain est couchée sur une mine très-riche de cuivre, que l’on en sépare en la cassant; une autre à Breytenbrun vers la ville de Georgenstatt , qui est fort riche en étain ,'est néanmoins mêlée d'une grande quantité de fer, que l'on en tire au moyen de l’aimant, après

avoir réduite en poudre : le canton de Furstemberg est entouré de mines d’étain; et, dans le centre de cette même contrée , il y a des mines d'argent (2). Les mines d'étain

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(1) Le vrai moyen de bien connaître la portion de l'arsénic mélé À l'étain est de faire dissoudre ce dernier métal dans l'acide marin très-pur ; s'il ne reste rien lorsque la dissolution est faite , l'étain est sans arsénic:; s'il reste un peu de poudre noire, il faut la séparer avec soin, la laver , la faire sécher et en jeter sur des charbons ardents pour reconnaître si elle est arsénicale onu non : l'est-elle ? qu'on l'expose À un degré de feu capable d'opérer la sublimation de l'arsénic ; si elle s'exhaleen entier, elle est de pur régule d'arsénic ; s'il reste un peu de poudre dans le

test qu'on emploie à l'opération, qu'on la pèse s'il’

est possible, où qu'on l'évalue, et on saura ce qu'une quantité donnée d'étain quelconque contient réellement d'arsénic sous forme réguline.... On dit sous forme réguline , parce qu’en effet la chaux d’arsénic ne peut se combiner avec l'étain, tandis qu'au contraire son régule s’y unit avec la plus grande facilité. (Recherches sur l’étain, par MM. Bayen et Charland, pag. 118 et suiv.)

(2) Traité de la fonte des mines de Schlutter , traduit par M. Hellot , tom. 2, pag. 585.

d'Eibenstok s'étendent dans une longueur de quelques lieues , et se fouillent à dix toises de profondeur ; elles sont mèlées de fer , et on y a quelquefois trouvé des paillettes d'or. Toute la montagne de Goyer est remplie de mines d'étain ; mais le roc qui les renferme est si dur, qu'on est obligé de le faire calciner par le feu avant d'en tirer les blocs.

On trouve aussi des mines d'étain à Schnéeberg; enfin à Anersberg, la plus haute montagne de toute la Saxe , il y en a une à vingt-huit toises de profondeur sur trois toises de largeur , dans un rocher d’ardoise ; cette mine a produit, en 1741, cinq cents quintaux d'étain (3).

En Bohême, à trois quarts de lieue de Platen , il se trouve une mine d'étain voisine d'une mine de fer, qui toutes deux sont

dans un banc de grès à gros grain (4), et.

comme le minérai d'étain est mêlé de parties ferrugineuses , on le fait griller après l'avoir broyé, pour en séparer le fer au moyen de l'aimant ; il se trouve aussi des mines d'étain dans le district d'Ellebagen et dans celui de Salznet ; une autre à Schlackenwald , qui s'enfonce assez profondément (5).

Enfin , il y a aussi quelques veines d'étain dans les mines de Hongrie (6); on assure de méme qu'il s'en trouve en Pologne ; mais 56 n'avons aucune notice assez circonstanciée de ces mines ‘pour pouvoir en parler.

L’Asie est peut-être plus riche que l'Europe en étain ; il s'en trouve en abondance Pan en: panne PP NEIL En

So Idem , ibid. , pag. 588. 2

(4) Voyages métallurgiques

(5) Éphémérides te 16 7

(6) On trouve des mines d'étain dans plusieurs contrées de l'Europe, en Saxe, en Misnie, comme à

Stolberg, Goyer, Anneberg , Altemberg , Freiberg,

déns la montagne de Saint-André de la forét Noire ; en Bohème, dans les mines de Groupe près de Toplitz, dans celles d'Aberdam, de Schoufeld , etc.

dans la Hongrie, aux mines de Schonmitz et du esoté de Lyptow. (M. Geoffroy , Mémoires de l'Académie des sciences , année 1738, pag. 103.) — L'une des plus fameuses de toutes les mines d'Allemagne est celle d'Altemberg ; on n'en trouve point de semblables dans toute l'histoire des mines. elle fournit de la mine d'étain depuis la superficie jusqu'à cent cinquante toises de profondeur perpendiculaire, Ces sortes de filons en masses n’ont que rarement une direction réglée, mais ils ont leurs bornes qui quelquefois est une pierre sèche , quelquefois un roc que les mineurs appellent le séparateur. (Traité de la fonte des mines de Schlutter , 1om. 2 , pag. 585 et suiv.)

DES MINÉRAU x.

à la Chine (1) , au Japon (2) et à Siam (3) ; il y en a aussi à Macassar (4), à Malaca (5), Banca, etc. : cependant les Asiatiques ne font pas de ce métal autant d'usage que les Européens ; ils ne s'en servent guère ken pour étamer le cuivre (6), ou faire de l’airain en alliant ces deux métaux ensemble ; mais ils font commerce de l'étain avec nous , et cetétain qui nous vient des Indes est plus fin que celui que nous tirons de l'Angleterre, parce qu'il est moins allié ; car l’on a observé,

cette

(1) On tirait autrefois à la Chine beaucoup d'étain aux environs de la ville d'U-si.... L'étain est si commun dans cet empire , que le prix en est fort modique. ( Histoire générale des Voyages, tom. 6, pag- 484.) — On voit à Dehly , aux Indes, un certain métal appelé utunac, qui approche de l'étain, mais qui est beaucoup plus beau et plus fin , et souvent on le prend pour de l'argent ; ce métal s'apporte de la Chine. (Thévenot, Voyage du Levant , Paris, 1664, tom. 3 , pag. 136. )

(2) La province de Bungo au Japon produit de fl'étain si blanc et si fin, qu'il n'est guère inférieur À l'argent , mais les Japonais n'en font presque aucun usage. ( Histoire générale des Voyages , tom. 10,

(3) Les Siamois travaillent depuis très-long-temps des mines d'étain et de plomb fort abondantes. .., Leur étain se débite dans toutes des Indes. Il est mou et mal purifié et tel qu'on le voit dans des boîtes à thé qui viennent des régions orientales ; et pour le rendre plus dur et plus blanc, ils y mélent de la calamine, espèce de pierre minérale qui se réduit facilement en poudre, et qui étant fondue avec le cuivre sert à le rendre jaune; mais elle rend l'un et l'autre de ces mélaux plus cassant et plus aigre. (Idem , tom. 9, pag. 307.)

(4) Quelques provinces de Macassar, dans l'ile Gélèbes ont des mines d'étain. (Idem , lom. 10, pag- 458.)

(5) On trouve de l'étain dans quelques endroits des Indes orientales, comme au royaume de Quidday, entre Tanasseri et le détroit de Malaca. (M. Geoffroy, Mémoires de l’Académie des sciences , année 1758, pag- 103.) — Les Hollandais apportent des Indes orientales des espèces d'étain qui passent pour étain fin, celui de Malac ou Malaca et celui de Banca, qui n'est pas aussi parfait que celui de Malaca , qu'on emploie de préférence pour les teintures en écarlate et pour étamer les glaces. (Idem , pag. 111.)

(6) I1 n'y a guère de mines d'argent en Asie , si ce ‘m'est au Japon ; mais on a, dit Tavernier , découvert à Dalogore, à Sangore, à Bordalon et à Bata des mines très-abondantes d'étain, ce qui a fait beaucoup de tort aux Anglais, parce qu'on n'a plus besoin de leur étain en Asie; au reste, ce métal ne sert en ce pays-là qu'à étamer les pots, marmites et autres ustensiles de cuivre. (Voyages de Tavernier , Rouen, 1713, tom. 4, pag. 91.)

que dans leur état de purcté , ces étains d'Angleterre et des Indes sont également souples et difficiles à rompre : celte flexibilité tenace donne un moyen facile de reconnaitre si l'étain est purgé d'arsénic ; car dès qW'il coutient une certaine quantité de cette mauvaise matière , il se rompt facilement,

Ainsi l'étain , comme tous les métaux , est un dans la nature, et les étains qui nous viennent de différents pays ne diffèrententre eux que par le plus oa moins de pureté ; ils seraient absolument les mêmes s’ils étaient dépouillés de toute matière étrangère ; mais comme ce métal , lorsqu'il est pur , ne peut être employé que pour l'étamage , ét qu'il est trop mou pour pouvoir le planer et le travailler en lames , on est obligé de l’allier avec d’autres matières métalliques pour Jui donner de la fermeté , et c'est par cette raison que dans le commerce il n'y a point d’étain pur (7). ù

Nous n'avons que peu ou point de connaissances des mines d’étain qui peuvent se trouver en Afrique ; les voyageurs ont seulement remarqué quelques ouvrages d’étain chez les peuples de la côte de Natal (8), et il est dit , dans les Lettres édifiantes , qu'au royaume de Queba , il y a de l'étain aussi blanc que celui d'Angleterre, mais qu'il n’en a pas la solidité, et qu'on en fabrique des pièces de monnaie qui pèsent une livr et ne valent que sept sous (9) ; cet étain , qui n'a pas la solidité de celui d'Angleterre , est sans doute de l’étain dans son état de pureté.

(7) Nous croyons done pouvoir conclure que les étains de Banca , de Malaca et d'Angleterre , doux , lorsqu'ils sortent d'un honnête marchand , sont purs ou privés de tout alliage naturel ou artificiel, qu'ils sont parfaitement égaux entreeux, c'est-à-dire, qu'ils sont l'un à l'égard de l’autre, comme de l'or à vingtquatre carats ou de l'argent à douze deniers tirés d'une mine d'Europe seraient à de l'or ou de l'argent aux mêmes titres des mines de l'Amérique méridionale. ;

Cependant ces étains si purs ne peuvent étre d’aucune utilité dans nos ménages ; leur mollesse , leur flexibilité y met un obstacle insurmontable ; il faut douc que l'art leur donne une certaine raideur , un certain degré de solidité , qui les rendent propres à conserver toutes les formes que la nécessité ou les circonstances obligent le potier à donner à ce métal ; or , pour parvenir à ce but , on a eu recours à difiérents alliages, (Recherches sur l'étain, par MM. Bayen et Charlard , pag. 95.)

(8) Histoire générale des Voyages, tom. 1, pag. 25.

(9) Lettres édifiantes, onzième recueil, pag. 165.

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