‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-HilaireChapitre 8 sur 162 · RENE ER · texte numérisé non relu

RENE ER

rières de marbre blanc, dont on tire des masses d’une grandeur énorme , et dont on voit de très-hautes et de très-grosses colonnes dans quelques cours du palais de l'empereur (1).

I y a aussi à Siam, selon la Loubère , une carrière de beau marbre blane (2), et comme ce marbre blanc est plus remarquable que les marbres de couleurs ; les voyageurs n’ont guère parlé de ces derniers, qui doivent être encore plus communs dans les pays qu'ils ont parcourus (3). Ils en ont reconnu quelques-uns en Afrique, et le marbre africain était très-estimé des Romains ; mais le docteur Shaw , qui a visité les côtes

d'Alger, de Tunis etde l'ancienne Carthage, .

en observateur exact , et qui a recherché les carrières de ces anciens marbres, assure qu'elles sont absolument perdues , et que le plus beau marbre qu'il ait pu trouver dans tout le pays , n’était qu’une pierre assez semblable à la pierre de Lewington en Angleterre (4). Cependant Marmol (5) parle d'un marbre blanc qui se trouve dans la montagne d'Hentèle l’une des plus hautes de l'Atlas ; et l’on voit dans la ville de Maroc de grands piliers et des bassins d'un marbre blanc fort fin , dont les carrières sont voisines de cette ville.

Dans le Nouveau-Monde , on trouve aussi du marbre en plusieurs endroits. M. Guettard parle d’un marbre blanc'et rouge qui se tire près du portage-talon de la petite Rivière au Canada, et qui prend un trèsbeau poli , quoiqu'il soit parsemé d'un grand nombre de points de plomb qui pourraient faire prendre ce marbre pour une mine de plomb.

Plusieurs voyageurs ont parlé des marbres

(1) Histoire gén. des Voyages , tom. 7, pag. 515. (2) Idem , tom. 9 , pag. 307.

:(8) Il y a des carrières de très- beau marbre blanc (aux Philippines) qui ont été inconnues pendant plus de deux cents ans ; on en doit la découverte à Don Estevan Roxas y Melo.....: Ces carrières sont à l'est de Manille,..,. La montagne qui renferme ce précieux dépôt s'étend à plusieurs lieues du nord au sud.... Mais cette carrière est restée là , on n’en parle presque plus, et on fait déjà vénir de Chine (comme on le faisait auparavant), les marbres dont on a besoin à Manille. (Voyage dans les mers de l'Inde, par M. le Gentil ; Paris, 1781, tom. 2, in-4 , pag. 35 et 36. )

(4) Voyage en Afrique, traduit de l'anglais, tom. L; pag. 303. :

(5) L'Afrique de Marmol , tom. 2 , pag. 74.

du diocèse de Lapaz au Pérou, dont 1l y 4 des carrières de diverses couleurs (6). Alphonse Barba cite le pays d'Atacama , et dit qu’on y trouye des marbres de diverses couleurs et d’un grand éclat. « Dans la ville impériale de Potosi, il y avait, dit-il, un » grand morceau de ce marbre, taillé en » forme de table de six palmes et six doigts » de longueur, cinq palmes et six doigts de » large , et deux doigts d'épaisseur ; ce grand » morceau représentait une espèce de treil- » lage ou jalousie , formé d'un beau mélange » decouleurstrès-vivesenrouge clair , brun, » noir, jaune, vert et blanc... À une lieue » des mines de Ferenguela , il y a d’autres » marbres qui ne sont pas inférieurs à ceux » d’Atacama pour le lustre, sans avoir néan- »

moins les mêmes variétés de couleurs , car

ils sont blancs et transparents en quelques

endroits comme l’albâtre (7). »

À la vue de cette énumération que nous venons de faire de tous les marbres des différents pays, on pourrait croire que dans la nature les marbres de seconde formation sont bien plus communs queles autres , parce qu'à peine s'en trouve-t-il deux ou trois dans lesquels il soit dit qu'on ait vu des impressions de coquilles ; mais ce silence sur les marbres de première formation, ne vient que de ce qu'ils ont été moins recherchés que les seconds , parce que ceux-ci sont en effet plus beaux , d'un grain plus fin , decouleurs plus décidées; et qu'ils peuvent se tirer en volume Lien plus grand et se travailler plus aisément; -ces avantages ont fait que dans tous les temps on s’est attaché à exploiter ces carrières de seconde formation de préférence à celles des premiers marbres , dont les bancs horizontaux sont toujours sur-montés de plusieurs autres bancs de pierre qu'il faut fouiller et débiter auparavant ; tandis que la plupart des marbres de seconde formation se trouvent comme les albâtres ou dans des cavernes souterraines , ou dans des lieux découverts et plus bas que ceux où sont situés les anciens marbres. Car quand il se trouve des marbres de seconde formation Jusqu'au-dessus des collines, comme dans l'exemple de la montagne de marbre blanc cité par M. Bowles, il faut seulement en conclure que jadis ce sommét de colline n'é- ——————

(6) Voyez l'Histoire générale des Voyages , (om. 13 , pag. 318.

(7) Métallurgie d'Alphonse Barba , tom. 1 , pag. 57 et suiv,

tait que le fond d’une caverne dans laquelle ce marbre s'est formé , et que l'ancien sommet était plus élevé, et recouvert de plusieurs bancs de pierre ou de marbre qui ont été détruits après la formation du nouveau marbre; nous avons cité un exemple à peu près pareil au sujet des banes de pierres calcaires dures qui se trouvent quelquefois au sommet des collines (1).

Dans les marbres anciens , il n’y a que de la matière pierreuse en masse continue ou en morceaux séparés , avec du spath en veines ou en cristaux et des impressions de co-

aîlles ; ils ne contiennent d’autres substances hétérogènes que celles qui leur ont donné des couleurs, ce qui ne fait qu'une quantité infiniment petite, relativement à celle de leur masse ; en sorte qu’on peut regarder ces premiers marbres , quoique colorés , comme entièrement composés de matières calcaires :

aussi donnent-ils de la chaux qui est ordinairement grise, et qui, quoique colorée , est aussi bonne et même meilleure que celle de la pierre commune. Mais dans les marbres de seconde formation , il y a souvent plus ou moins de mélange d'argile ou de terre limoneuse avec la matière calcaire (2), On reconnaîtra par l'épreuve de la calcination , la quantité plus ou moins grande de ces déux substances hétérogènes ; car si les marbres

RACE DEN METRE ER En nor vaunes (1) Voyez ci-devant l'article de la pierre calcaire, (2) Les veines vertes qui se rencontrent dans le

marbre Campan sont dues , selon M. Bayen à une matière schisteuse. 11 en est de même de celles qui se trouvent dans le marbre cipolin , et par les expériences qu'il a faites sur ce dernier marbre, il a reconnu que les veines blanches contenaient aussi une petite portion de quartz.

La matière verte d'un autre morceau de cipolin , soumis à l'expérience » était une sorte de mica qui, selon M. Daubenton, était le vrai talcite,

Un morceau de vert antique, soumis de même à l'expérience , a fourni aussi une matière talqueuse.

Un échantillon de marbre rouge , appelé griotte , a fourni à M. Bayen, du schiste couleur de liede-vin,

Un échantillon envoyé d'Autun , sous le nom de marbre noir antique, avait de la disposition à se séparer par couches, et son grain n'avait aucun rapport avec celui des marbres proprement dits ; M: Bayen a reconnu que ce marbre répandait une forte odeur bituminense , et qu'il serait bien placé avec les bitumes, ou au moins avec les schistes bitumineux. (Examen chimique de différentes pierres , par M. Bayen. Journal -de Physique , Juillet 1778. )

contiennent seulement autant d'argile qu'en contient la marne , ils ne feront que de la mauvaise Chaux, et s'ils sont composés de

. plus d'argile, de limon , de lave , ou d’autres

substances vitreuses que de matière calcaire, ils ne se convertiront point en chaux , ils résisteront à l’action des acides, et n'étant marbres qu'en partie, on doît, comme je l'ai dit, les rejeter de la liste des vrais marbres, et les placer dans celle des pierres mi-parties et composées de substances différentes,

Or l'on ne doit pas être étonné qu'il se trouve de ces mélanges dans les marbres de seconde formation ; à la vérilé , ceux qui auront été produits précisément de la même manière que les albâtres dans des cavernes uniquement surmontées de pierres calcaires ou de marbres, ne contiendront de même que des substances pierreuses et spathiques, et ne différeront des albâtres qu'en ce qu'ils seront plus ses et plus uniformément remplis de ces mêmes sues pierreux; mais ceux qui se seront formés, soit au-dessous des collines d'argile surmontées de rochers calcaires, soit dans des cavités au-dessus desquelles il se trouve des matières mélan-

gées, des marnes , des tufeaux, des pierres

argileuses , des grès ou bien des laveset d’autres matières volcaniques, seront tous également mêlés de ces différentes matières ; car ici la nature passe, non pas par degrés et nuances d’une même matière, mais par doses différentes de mélange, du marbre et de Ja pierre calcaire la plus pure à la pierre argileuse et au schiste,

Mais en renvoyant à un article particulier les pierres mi-parties et composées de matière vitreuse et de substance calcaire, nous pouvons joindre aux marbres brèches une grande partie des pierres appelées poudingues, qui sont formées de morceaux arrondis et liés ensemble par unciment qui, comme dans les marbres brèches, fait le fond de ces sortes de pierres. Lorsque les morceaux arrondis sont de marbre ou de pierre calcaire, et que le ciment est de cette même nature ; il n'est pas douteux que ces poudingues entièrement calcaires ne soient des espèces de marbres brèches, car ils n’en diffèrent que par quelques caractères accidentels , comme de ne se trouver qu'en plus petits volumes et en masses assez irrégulières; d'être plus ou moins durs ou susceptibles de poli ; d'être moins homogènes dans leur composition, etc .

Mais étant au reste formés de même et entièrement composés de matière calcaire ,

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on ne doit pas les séparer des marbres ‘brèches, pourvu toutefois qu'ils aient à un certain degré la qualité qu’on exige de tous les

marbres , c'est-à-dire qu’ils soient suscepti-

bles de poli.

Il n’en est pas de même des poudingues , dont les morceaux arrondis sont de la nature du silex ou du caillou , et dont le ciment est en même temps de matière vitreuse, tels que les cailloux de Rennes et d'Angleterre ; ces poudingues sont , comme lon voit d'un autre genre , et doivent être réunis aux cailloux en petites masses ; el souvent ils ne sont que des débris du quartz, du jaspe et du porphyre. :

Nous ayons dit que toutes les pierres arrondies et roulées par les eaux du Rhône, que M. de Réaumur prenait pour de vrais cailloux , ne sont que des morceaux de pierre calcaire ; je m'en suis assuré, non-seulement par mes propres observations, mais encore par celles de plusieurs de mes correspondants ; M. de Morveau, savant physicien et mon très-digne ami, m'écrit au sujet de ces prétendus cailloux dans les termes suivants : « J'ai observé, dit il , que ces cailloux gris- » noirs , veinés d’un beau blanc ,si communs aux bords du Rhône, qu'on a regardés comme de vrais cailloux , ne sont que des pierres calcaires roulées et arrondies par le frottement , qui toutes me paraissent venir de Millery en Suisse , seul endroit que je connaisse où il y ait une carrière analogue ; de sorte que les masses de ces pierres qui couvrent plus de quarante lieues de pays, sont des preuves non équi- » voques d'un immense transport par les » eaux (1).» Il est certain que des eaux aussi rapides que celles du Rhône peuvent transporter d'assez grosses masses de pierres à de très-grandes distances ; mais l'origine de ces pierres arrondies me paraît bien plus ancienne que l’action du courant des fleuves et des rivières, puisqu'il y a des montagnes presque entièrement composées de ces pierres arrondies qui n'ont pu y être accumulées

ue par les eaux de la mer; nous en avons déjà donné quelques exemples. M. Guettard rapporte ; « qu'entre Saint-Chaumont en »-Lyonnais et Rives-de-Gier , les rochers » sont entièrement composés de cailloux » roulés.. que les lits des montagnes ne » sont faits eux-mêmes que de ces amas de pese. RER

(1) Lettre de M. de Morvean à M. de Buffon, datée de Bourg en Bresse , le 22 septembre 1778.

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cailloux entassés.….. que le chemin qui est au bas des montagnes est également rempli de ces cailloux roulés.... qu'on en retrouve après Bourgnais ; qu’on n’y voit que de ces pierres dans les chemins , de même que dans les campagnes voisines et dans les coupes des fossés... qu'ils ressemblent à ceux qui sont roulés par le Rhône... que des coupes de montagnes assez hautes , telles que celles qui sont à la porte de Lyon , en font voir abondamment ; qu'ils sont au-dessous d’un lit qu'on prendrait pour uu sable marneux..….. que le chemin qui conduit de Lyon à Saint-Germain , est également rempli de ces cailloux ; qu'avant d'arriver à Fontaine, on passe une montagne qui en est composée ; que ces cailloux sont de la grosseur d’une noix, d’un melon et de plusieurs autres dimensions entre ces deux-ci ; qu’on en voit des masses qui forment de mauvais poudingues que ces cailloux roulés se voient aussi le long du chemin qui est sur le bord de la Saône ; que les montagnes en sont presque entièrement formées , et qu’elles renferment des poudingues semblables à ceux qui sont de l’autre côté de la rivière (2).

» M. de la Gallissonière , cité par M. Guet- - tard , dit qu'en sortant de Lyon , à la droite du Rhône , on rencontre des Poudingues ; qu'on trouve dans quelques endroits du Languedoc de ces mêmes pierres ; que tous les bords du Rhône en Dauphiné en sont garnis, et même à une très-grande élévation au-dessus de son lit , et que tout le terrain éStrempli de ces cailloux roulés $ mais qui me paraissent, ajoute M. de la Gallissonière , plutôt pierres noires calcaires que de vrais cailloux ou silex; ils forment dans plusieurs endroits des poudingues ; le plus grand nombre sont noirs = mais il y en a aussi de jaunes , de rougeàtres et très-peu de blancs (3). »

M. Guettard fait encore mention de plusieurs autres endroits où il a vu de ces cailloux roulés et des poudingues formés par leur assemblage en assez grosses masses.

« Après avoir passé Luzarches et la Morlaix » On monte, dit-il, une montagne dont les » pierres sont blanches, calcaires , remplies » de pierres numismales, de peignes et de

MIE IN MO Up >: UV. D LUS.» pi (4. » VV. © 25. #5

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om, (2) Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1753, pag. 158.

(3) Tdem, ibidem , pag. 159.

différentes autres coquilles mal conser- » vées , et d'un si grand nombre de cailloux » roulés, petits et de moyenne grosseur , » qu'on pourrait regarder cesrochers comme » des poudingues coquilliérs : en suivant » cette grande route, on retrouve les çail- Joux roulés à Creil, à Fitz-James et dans un endroit appelé /a Folie ; ils ne diffèrent pas essentiellement de ceux qui se présentent dans les cantons précédents , ni par leur grosseur ; ni par leur couleur , qui est communément noirâtre, Cette couche noire est celle que j'ai principalement remarquée dans les cailloux roulés que j'ai observés parmi les sables des deux endroits bien éloignés de ces derniers. Ces sables sont entre Andreville et Épernon (1). » Les cailloux roulés qui se trouvent dans les plaines de la Crau d'Arles , sont aussi des pierres calcaires de couleur bleuâtre ; on voit de même sur les bords et dans le lit de la rivière Necker près de Cronstadt en Allemagne , des masses considérables de poudingues formés-de morceaux calcaires ,arrondis , blancs, gris-roussâtres, etc. Ilse trouve des masses semblables de ces galets réunis sur les montagnes voisines et jusqu’à leur sommet , d’où ils ont sans doute roulé dans les plaines et dans le lit des rivières

On peut regarder le marbre appelé brèche

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antique, comme un poudingue calcaire , composé de gros morceaux arrondis bien distincts ; les uns blanes , bleus , rouges , et les autres noirs, ce qui rend cette brèche très-belle par ses variétés de couleurs. La brèche d'Alep estde même composée comme la brèche antique de morceaux arrondis , dont la couleur est isabelle. La brèche de Saravèze ou Saravèche ; présente des morceaux arrondis d'un bien plus grand diamètre , dont la plupart tirent sur la couleur violette, et dont les autres sont blancs ou jaunâtres. Dans la brèche violette commune, ily a des morceaux arrondis assez gros et d’autres bien plus petits; la plupart sont blancs et les autres d’un violet faible.

Tous les poudingues calcaires sont done des espèces de brèches , et on ne les aurait pas séparés si d'ordinaire ils ne se fussent pas trouvés différents des brèches par leur ciment, qui est moins dur et qui ne peut recevoir le poli. Il ne manque donc à ces poudingues calcaires qu'un degré de pétrification de plus pour être entièrement semblables aux plus beaux marbres brèches , de la mème manière que dans les poudingues composés de vrais cailloux vitreux arrondis, il ne manque qu'un degré de pétrification dans leur ciment pour en faire des matières aussi dures que les porphyres ou les jaspes.

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