‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-HilaireChapitre 91 sur 162 · ARE · texte numérisé non relu

ARE

densité, le bismuth est sans ductilité ; il a même moins de tenacité que le plomb, ou plutôt il n'en a point du tout, car il est trèscassant et presque aussi friable qu'une matière qui ne serait pas métallique.

De tous les métaux et demi-métaux, le bismuth est le plus fusible ; il lui faut moins de chaleur qu'à l'étain , et il communique de la fusibilité à tous les métaux avec lesquels on veut l'unir par la fusion ; l'alliage le plus fusible que l'on connaisse, est, suivant M, Darcet, de huit parties de bismuth , cinq de plomb et trois d'étain (1), et l'on a observé que ce mélange se fondait dans l'eau bouil- Jante , et même à quelques degrés de chaleur au-dessous.

Exposé à l'action du feu, le bismath se volatilise en partie, et donne des fleurs comme le zinc , et la portion qui ne se volatilise pas se calcine à peu près comme le plomb ; cette

chaux de bismuth , prise intérieurement , produit les mêmes mauvais effets que celle du plomb ; elle se réduit aussi de même en litharge et en verre, enfin on peut se servir

de ce demi-métal comme du plomb pour pu-.

rifier l'or et l'argent ; l'un de nos plus habiles chimistes assure même « qu'il est préfé- » rable au plomb, D qu'il atténue mieux » les métaux-imparfaits, et accélère la vi- » trification des terres et des chaux (2). »

Cependant il rapporte dans le même article une opiuion contraire « Le bismuth , dit-il, » peut servir comme le plomb à la purifica- » tion de l'or et de l'argent , par l'opération » de la coupelle , quoique moins bien que le » plomb, suivant M. Pemer. » Je ne sais si cette dernière assertion est fondée ; l'analogie semble nous indiquer que le bismuth doit purifier l'or et l'argent micux, et non pas moins bien que le plomb ; car le bismuth atténue plus que le plomb les autres métaux , non-seëlement dans la purification de l'or et de l'argent par la fonte, mais même dans les amalgames avec le mercure ; puisqu'il divise et atténue l’étain , et surtout le plomb, au point de le rendre , comme lui-même , aussi fluide que le mercure, en sorte qu'ils passent ensemble en entier à travers la toile la plus

(1) La fusibilité de cet alliage est telle que le composé qui en résulle se fond et devient coulant comme du méreure, non-seulement daus l'eau bouillante , mais même au bain-marie. (Dictionnaire de Chimie, par M. Macquer , article Alliage. )

% + (2) Idem, article Bismuth.

serrée ou la peau de chamois , et que le mercure ainsi amalgamé a besoin d'être converti en cinabre et ensuite revivifié pour reprendre sa première pureté. Le bismuth avec le mercure forment donc ensemble un amalgame coulant , et c'est ainsi que les droguistes de mauvaise foi falsifient ie mercure, qui ne parait pas moins coulant, quoique mêlé d’une assez grande quantité de bismuth.

L'impression de l'air se marque assez promptement sur le bismuth par les couleurs irisées qu'elle produit à sa surface ; et bientôt succèdent à ces couleurs de petites efflorescences qui annoncent la décomposition de sa substance ; ces efllorescences sont une sorte de rouille ou de céruse assez semblable à celle du plomb ; cette céruse est seulement moins blanche et presque toujours jaunâtre ; c'est par ces efllorescences en rouille ou céruse que s’'annoncent les minières de bismuth; Fair a produitcette décomposition à la superficie du terrrain qui les recèle, mais dans l'intérieur le bismuth n’a communément subi que peu ou point d’altération ; on le trouve pur ou seulement recouvert de cette céruse, et ce n'est que dans cet état de rouille qu'il est minéralisé , et néanmoins dans sa mine; comme dans sa rouille, iln’est presque jamais altéré en entier (3j, car on y voit toujours des points et des parties très-sensibles de bismath pur et tel que la nature le produit.

Or cette substance , la plus fusible de toutes les matières métalliques et en même si volatile, et qui se trouve dans son état de nature en substance pure, n’a pu être produite comme le mercure que très-long temps

après les métaux et autres minéraux plus fixes et bien plus difficiles à ; la formation du bismuth est donc près contemporaine à celle du zinc, de l'antimoine et du mercure ; les matières métalliques plus ou moins volatiles les unes que les autres, et toutes reléguées dans l'atmosphère par la violence de la chaleur, n’ont pu tomber que successivement et peu de temps ayant la chute des eaux. Le bismuth en particulier n'est tombé que long-temps après les autres et peu de temps avant le mercure; aussi tous deux ne se trouvent pas dans les montagnes vitreuses ni dans les matières produites par le feu pri-

(3) Quoiqu'on n'ait pas trouvé en Allemagne de bismuth uni au soufre , il est cependant certain , dit

M. Bergmann , qu'il y en a dans quelques montagnes

de Suède et particulièrement à Riddarhywari en Werstmauie.

tm si mn on. de oo be db. | 2

mitif, mais seulement dans les couches de la terre formées par le dépôt des eaux.

Si l'on tient le bismuth en fusion à l'air libre et qu'on le laisse refroidir très-Jenteil offre à sa surface de beaux cristaux cubiques et qui pénètrent à l'intérieur ; si, au lieu de le laisser refroidir en repos , on le remue en soutenant le feu, il se convertit bientôt en une chaux grise qui devient ensuite jaune et mème un peu rouge par la continuité d’un feu modéré ; et en augmentant le feu au point de faire fondre cette chaux, elle se convertit en un vert jaune rougâtre qui devient brun lorsqu'on le fond au verre blanc; et ce verre de bismuth,

- ment,

avec

sans être aussi actif, lorsqu'il est fondu que

le verre de plomb ; ne laisse pas d'attaquer les creusets. .

Ce demi-métal s'allie avec tous les métaux ; mais il ne s'unit que très-diflicilement par la fusion avec les autres demi-métaux et terres métalliques ; l'antimoine et lezinc, le cobalt et l'arsénie , se refusent tous à cette union : il a en particulier si peu d’affinité avec le zinc , que quand on les fond ensemble ils ne peuvent se méler; le bismuth, comme plus pesant, descend au fond du creuset , et le zinc reste au-dessus et le recouvre. Si on mêle le bismuth en égale quantité avec l'or fondu , il le rendtrès-aigre et lui donne sa couleur blanche. HN ne rend pas l'argent si cassant que l'or, quoiqu'il lui donne aussi de l’aigreur sans changer sa couleur ; il diminue le rouge du cuivre; il perd lui-même sa couleur blanche avec le plomb, et ils forment ensemble un alliage qui est is sombre ; le bismuth mêlé

g ï avec l'étain lui donne plus dureté ; enfin il peut s'unir au fer par un feu violent. ;

Le soufre s’unit aussi avec le bismuth par la fusion, et leur composé se présente comme le cinabre et l'antimoine cru en aiguilles cristallisées.

L'acide vitriolique ne dissout le bismuth

à l’aide d'une forte chaleur, et c’est par cette résistance à l'action des acides qu'il se conserve dans le sein de la terre sans altération, car l'acide marin ne l'attaque pas plus que le vitriolique; il faut qu'il soit fumant , et encore il ne l'entame que faiblement et lentement ; l'acide nitreux seul peut le dissoudre à froid ; cette dissolution, qui se fait avec chaleur et effervescence, est transparente et blanche quand le bismuth

est pur; mais elle se colore de vert s'il est mêlé de nickel , et elle devient rouge de rosc et cramoisie s’il est mélangé de cobalt : toutes ces dissolutions donnent um sel en petits cristaux au moment qu'on les laisse refroidir.

C'est en précipitant le bismuth de ses dissolutions qu'on l’obtient en poudre blanche , douce et luisante , et c'est avec cette poudre qu'on fait le fard qui s'applique sur la peau. I faut laver plusieurs fois cette poudre pour qu'il n'y reste point d'acide, et la mettre ensuite dans un flacon bien bouché ; car l'air lanoircit en assez peu de temps, et les vapeurs du charbon ou les mauvaises odeurs des égouts, des latrines, etc., changent presque subitement ce beau blanc de perle en gris obscur, en sorte qu'il est souvent arrivé aux femmes qui se servent de ce fard de devenir tout à coup aussi noires qu'elles voulaient paraître blanches.

Les acides végétaux du vinaigre où du tartre, non plus que les acerbes , tels que la noix de galle , ne dissolvent pas le bismuth , mème avec le secours de la chaleur, à moins qu'elle ne soit poussée jusqu'à produire l'ébullition ; les alkalis ne l’attaquent aussi que quand on les fait bouillir, en sorte que dans le sein de la terre ce demi-métal paraît être à l'abri de toute injure et par conséquent de toute minéralisation , à moins qu'il ne rencontre de l'acide nitreux , qui seul a la puissance de l'entamer ; et comme lés sels nitreux ne se trouvent que très-rarement dans les mines, il n'est pas étonnant que le bis-

muth ; qui ne peut être attaqué que par cet

acide du nitre ou par l’action de l’air, ne se trouve que si rarement minéralisé dans le sein de la terre. 3

Je ne suis point informé des lieux où ce demi-métal peut se trouver en France ; tous les morceaux que j'ai eu occasion de voir venaient de Saxe, de Bohême et de Suède ; il s'en trouve aussi à Saint-Domingue (1), et vraisemblablement dans plusieurs autres parties du monde : mais peu de voyageurs ont fait mention de ce demi-métal, parce qu'il n’est pas d'un usage nécessaire et commun ; cependant nous l'employons non-seulement pour faire du blanc de fard, mais aussi pour rendre l’étain plus dur et plus brillant ; on s'en sert encore pour polir le

(1) Hist. générale des voyages, tom. 12, pag.218.

En ;

verre (1) et même pour l'étamer (2), et c'est de cet usage qu'il a recu le nom d'étain de glace. ‘

Les expériences que l’on a faites sur ses propriétés relatives à la médecine , n’ont découvert que des qualités nuisibles , et sa chaux prise intérieurement produit des effets semblables à ceux des chaux de plomb , et aussi dangereux; on en abuse de même pour adoucir les vins trop acides et désagréables au goût.

Quelques minéralogistes ont écrit que la

mine de bismuth pouvait servir , comme celle du cobalt , à faire le verre bleu d'azur.

« Elle laisse , disent-ils (3) , suinter aisément » une substance semi-métallique , que l’on » nomme bismuth où étain de glace, et » ensuite elle laisse une terre grise et fixe , » qui par sa vitrification donne le bleu

» d'azur. » Mais cela ne prouve pas que le

-bismuth fournisse ce bleu ; car dans sa mine

il est très-souvent mêlé de cobalt , et ce bleu provient sans doute de cette dernière matière : la terre grise et fixe n'est pas une terre de bismuth , mais la terre du cobalt qui était mélé dans cette mine , et auquel même le bismuth n’était pas intimement lié , parce qu'il s'en sépare à la première fonte et à un feu très-modéré : et nous verrons qu'il n'y a aucune affinité entre le cobalt et

le bismuth; car, quoiqu'ils se trouvent très-

souvent mêlés ensemble dans leurs mines , chacun y conserve sa nature , et, au lieu d'être intimement uni , le bismuth n'est qu'interposé dans les mines de cobalt , comme dans presque toutes les autres où il

se trouve , parce qu'il conserve toujours son état de pureté native.

Page 1