‹ Œuvres complètes de Buffon, suivies de ses continuateurs: Daubenton, Lacépède, Cuvier, Duméril, Poiret, Lesson et Geoffroy-St.-HilaireChapitre 92 sur 162 · DU ZINC · texte numérisé non relu

DU ZINC

Le zinc ne se trouve pas, comme le bismuth , dans un état natif de minéral pur ,

(1) Transactions philosophiques , n° 396 , novembre 1726. à

(2) Je me suis assuré, m'écrit M. de Morveen , que

le bismuth sert encore à l'étamage des petits verres non polis qui viennent d'Allemagne , en forme de petits miroirs de poche, ou du moins qu'ilentre pour beaucoup dans la composition de cet étamage dont on fait un secret , car l'ayant recueilli sur plusieurs de ces miroirs et poussé à la fusion, j’si obtenu un grain métallique qui a donné Ja chaux jaune du bismuth; ce procédé serait fort utile pour étamer les verres courbes , peut-être méme pour réparer Îes tachos des glaces que l'on nomme rouillées. À la seule inspection des miroirs d'Allemagne , on juge aisément que cette composition s'applique d'une manière bien différente de l'étamage ordinaire, car il est bien plus épais , et d'une épaisseur très-inégale; on y remarque des gouttes , comme si on eût passé un ler à souder pour étendre et faire couler le bismuth à la surface du verre: ce qu'il y a de certain, c'est que l'adhérence est bien plus forte que celle de nos feuilles d'étain.

11 me semble que le bismuth entre aussi dans l'amalgame dont on se sert pour élamer la surface intérieure des globes. ( Note communiquée par M. de Morveau. )

(3) La mine de bismuth sert aussi À faire le bleu d'azur; à feu ouvert el doux, elle laisse aisément suinter une substance semi-métallique que l'on nomme bismuth ou étain de glace , etelle laisse une pierre ou une terre grise et fixe. |

Il fout séparer , autant qu'il est possible , cette

ni même, comme l'antimoine, dans une seule espèce de mine ; car on le tire également de la calamine ou pierre calaminaire et de la blende , qui sont deux matières différentes par leur composition et leur formation , et qui n'ont de commun que de renfermer du zinc : la calamine se présente en veines continues comme les autres minéraux; la blende se trouve au contraire dispersée et en masses séparées dans presque toutes = mine , si elle est pure, du cob i rassembler le énrath +erpels Ro — matières minérales est ordinairemént la mine , que cette séparation € ble ; c'est pourquoi l'on trouv t ; dans les pots à vitrifier , une substancé réguline qui s'est précipitée ordinairement d'une couleur blanchâtre tirant sur le rouge. Cette substance n’est presque jamais un véritable bismuth , et tel qu'on le retire de sa mine par la fonte ; mais elle est toujours mélée avec une matière étrangère qui est la terre fixe du cobalt. Ainsi On la pulvérise de nouveau pour la joindre à d'autres mélanges de mine , de sable et de sel alkali , qu'on met dans les pots pour les vitrifier. (Traité de la fonte des mines de Schlutter , tom. l, pag. 248.) (4) Paracelse est le premier qui ait employé le nom de zinc... Agricola le nomme contre-feyn ; on l'a appelé stannum indicum , parce qu'il a été apporté des Indes en assez grande quantité dans le siècle dernier ; les auteurs arabes n’en font aucune mention, quoique l'art de tirer le zinc de sa mine existe depuis long-temps aux Indes orientales, (Voyez la Dissertation de M. Bergmaun sur le zinc.)

les mines métalliques : la calamine est principalement composée de zinc et de fer (1) ; la blende contient ordinairement d'autres minéraux avec le zinc (2). La calamine est d’une couleur jaune ou rougeâtre ; et assez aisée à distinguer des autres minéraux ; la blende au contraire tire son nom de son apparence trompeuse et de sa forme équivoque (3): il ya des blendes qui ressemblent à la galène de plomb (4); d'autres qui ont l'apparence de la corne , et que les mineurs allemands appellent horn-blende ; d'autres

ui sont noires et luisantes comme la poix , auxquelles ils donnent le nom de pitchel le it

(1) M. Bergmann a soumis À l'analyse la calamine de Hongrie, et il a trouvé qu'elle tenait au quintal quatre-vingt-quatre livres de chaux de zine , trois livres de chaux de fer , douze de silex et une d'argile ; sur quoi j'observerai que la matière de l'argile et celle du silex ne sont qu'une seule et même substance ,

puisque le silex se réduit en argile en se décomposant par les éléments humides.

(2) M. Bergmann a trouvé que la blende noire de Danemora tenait au quintal quarante-cinq livres de zinc, neuf de fer, six de plomb , une de régule d'arsénic, vingt-neuf de soufre, quatre de silex et six d'eau.

(3) Ce mot blende signifie dans le langage des mineurs allemands une substance trompeuse, parce qu'il y en a qui ressemble à la galène de plomb. (Dictionnaire d'Histoire naturelle, par M. de Bomare, article Blende (blind, éblouir , tromper les yeux).

(4) On a donné à la mine de zinc blanchâtre le nom de fausse galène, mais quoique le tissu de cette dernière soit à peu près fenilleté comme celui de la galène , les feuillets qui la composent sont cependant moins distincts et moins éclatants que ceux de la mine b sulfureuse ; sa pesanteur spécifique est d’ aucoup moins considérable ; au reste , il est a distingner la blende d'avec la galène, car si l'on gratte avec un couteau le morceau dont l'apparence est équivoque, il s'en dégagera si c’est une blende, une odeur de foie de soufre des mieux caractérisées. ... M.de Born nous a fait connaître une blende transparente, d'un vert jaunâtre

ui se tronve à Ratieborzis en Bohéme. J'en ai vu des échantillons qui avaient la transparence et la couleu de la topaze et de la chrysolite. Enfin, quoique le tissu de la blende soit presque toujours Jlamelleux ou feuilleté , il s’en rencontre quelquefois des morceaux qui, par leur tissu fibreux ou strié, imitent asez bien la mine d’antimoine grise; on les en distingue facilement à leur couleur d'un gris sombre et À l'odeur de foie de soufre qu'on en dégage par le frottement.... Cette dernière sorte de blende est commune dans Tes mines de Pompéan ; elle a moins d'éclat que la manganèse, et ne tache point les doigts comme cette substance. (Lettre du docteur Demeste , tom. 2, pag. 176, 180 et 181.)

THÉORIE DE LA TERRE. Z'ome III.

blende, et d'autres encore qui sont de différentes couleurs à grises J jaunes , brunes L rougeâtres ; quelquefois cristalliséest,. et même transparentes , mais plus souvent opaques et sans figure régulière. Les blendes noires , grises et jaunâtres sont mêlées d'arsénic ; les rougeâtres doivent cette couleur au fer ; celles qui sont transparentes et cristallisées, sont chargées de soufre et d’arsénic ; enfin toutes contiennent une plus ou moins grande quantité de zinc.

Non-seulement ce demi-métal se trouve dans la pierre calaminaire et dans les blendes, mais il existe aussi en assez grande quantité dans plusieurs mines de fer concrètes ou en grains , et de dernière forma-

tion ; ce qui prouve que le zinc est disséminé |

Presque partout en molécules insensibles , qui se sont réunies avec le fer dans la pierre Calaminaire et dans les mines secondaires de ce métal, et qui se sont aussi mêlées dans les blendes avec d’autres minéraux et avec des matières pyrileuses ; ce demi-métal ne peut donc être que d’une formation postérieure à celle des métaux, et même postérieure à leur décomposition , puisque c’est presque toujours avec le fer décomposé qu'on le trouve réuni. D'ailleurs , comme il est trèsvolatil , il n’a pu se former qu'après les métaux et minéraux plus fixes , dans le même temps à peu près que l'antimoine, le mer-

cure et l’arsénic, ils étaient tous relégués |

dans l'atmosphère ,'avec les eaux et les autres substances volatiles pendant l’incandescence du globe , et ils n’en sont descendus qu'avec ces mêmes substances ; aussi le zinc ne se trouve dans aucune mine primordiale des métaux , mais seulement dans les mines secondaires produites par la décomposition des premières.

Pour tirer le zinc de la calamine ou des blendes , il suffit de les exposer au feu de Calcination ; ce demi-métal se sublime en vapeurs qui par leur condensation forment de petits flocons blancs et légers, auxquels on a donné le nom de fleurs de zinc.

Dans la calamine ou pierre calaminaire , le zinc est sous la forme de chaux : en faisant griller cette pierre , elle perd près d’un tiers de son poids ; elle s’eflleurit à l'air, et se présente ordinairement en masses irrégulières , quelquefois cristallisées , elle est presque toujours accompagnée ou voisine des terres alumineuses ; mais quoique la substance du zinc soit disséminée partout , ce n'est qu'en quelques endroits qu'on trouve

de Ta pierre calaminaire. Nous citerons toutà-l'heure les mines les plus fameuses de ce minéral en Europe , et nous savons d'ailleurs que le toutenague, qu'on nous apporte des Indes orientales , est un zinc même plus pur

e celui d'Allemagne ; ainsi l'on ne peut sis qu'il n'y ait des mines de pierres calaminaires dans plusieurs endroits des régions orientales , puisque ce n’est que de cette pierre qu'on peut tirer du zinc d’une grande pureté.

La minière la plus fameuse de pierre calaminaire est celle de Calmsberg près d’Aixla-Chapelle , elle est mêlée avec une mine de fer en ocre ; il y en a une autre’ qui est mêlée de mine de plomb ;, au-dessous de Namur. On prétend que le mot de calamine est le nom d’un territoire d'assez grande étendue , près des confins du duché de Limbourg , qui est plein de ce minéral. « Tout » le terrain, dit Lémery , à plus de vingt » lieues à la ronde , est si rempli de picrres » calaminaires , que les grosses pierres dont » on se seri pour paver; étant exposées au » soleil , laissent voir une grande quantité » de parcelles métalliques et brillantes. »

M. de Gensanne en à reconnu une minière de plus de quatre toises de largeur, audessous du château de Moutalet , diocèse d'Uzès : on y trouve des pierres calaminaires ferrugineuses , comme à Aix-la-Chapelle , et d’autres mêlées de mine de plomb , comme à Namur , et l’on y voit aussi des terres alumineuses ; on en trouve encore dans le Berri près de Bourges , et dans l'Anjou et le territoire de Saumur, qui sont également mèlées de parties ferrugineuses.

En Angleterre on exploite quelques mines de pierre calaminaire dans lé comté de Sommerset ; la pierre de cette mine est rougeâtre à sa surface , et d’un jaune verdâtre à l'intérieur ; elle esttrès-pesante , quoique trouée et comme cellulaire ; elle est aussi très-dure et donne des étincelles lorsqu'on la choque contre l'acier ; elle est soluble dans les acides : celle du comté de Nottingham en diffère, en ce qu’elle n’est pas soluble, et qu'elle ne fait point feu contre l'acier , quoiqu'elle soit compacte, opaque et cellulaire comme celle de Sommerset ; elle en diffère encore par la couleur , qui est ordinairement blanche , et quelquefois d'un vert clair cristallisé. Ces différences indiquent assez que la calamine , en général, est une pierre composée de différents minéraux ; et que sa nature varie suivant la quantité ou la qualité

des matières qui en constituent la substance : le zinc est la seule matière qui soit commune à toutes les espèces de calamine ; celle qui en contient le plus est ordinairement jaune ; mais on peut se servir de toutes pour jaunir le cuivre rouge; c'est pour cet usage qu'on les recherche et, qu'on les travaille, plutôt que pour en faire du zinc , qui ne s'emploie que rarement pur, et qui mème n'est pas aussi propre à faire du cuivre jaune que la pierre calaminaire : d’ailleurs , on ne peut

en tirer le zinc que dans des vaisseaux clos,

parce que non-seulement il est très-volatil , mais encore parce qu'il s'enflamme à l'air libre; et c'est par la cémentation du cuivre rouge avec la calamine que la vapeur du

zinc contenu dans cette pierre entre dans le

cuivre, lui donne la couleur jaune, et le convertit en laiton.

. La calamine est souvent parsemée de petites veines ou filets de mine de plomb , elle se trouve même fréquemment mêlée dans les mines de ce métal, comme dans celles de fer , de dernière formation ; et lorsqu'elle y est très-aboudante , comme dans la mine de Rammelsberg près de Goslar, on en tire le zinc en mème temps que le plomb , en faisant placer dans le fourneau de fasion un vaisseau presque clos à l'endroit où lardeur du feu n'est pas assez forte pour enflammer le zinc, et on le reçoit en substance coulante; mais quelque précaution que l'on prenne en le travaillant , même a des vaisseaux bien clos , le zinc n’ac une pureté entière, ni même telle qu’il doit l'avoir pour faire d'aussi bon a ‘on en fait avec la pierre calaminaire Fe la vapeur fournit les parties le : pures du zinc; et le laiton fait avec ire ductile * au lieu que celui qu'on et avec le zinc est toujours aigre et cassant.

Il en est de même del] ; comme la calamine, ar mr A ri er ntation, du plus beau et du meilleur laiton qu'on ne peut en obtenir par le mélange immédiat du zinc avec le cuivre ; toutes deux même n’ont guère d'autre usage, et ne sont recherchées et travaillées que pour faire du cuivre jaune : mais , comme je l'ai déjà dit, ce ne sont pas les deux seules matières qui contiennent du zinc; car il est très-généralement répandu, eten assez grande quantité dans plusieurs mines de fer; on le trouve aussi quelquefois sous la forme d'un sel ou vitriol blane , et, dans la blende , il est toujours combiné avec le fer et le soufre.

quiert jamais

Ds.

, és es.

Il se forme assez souvent dans des grands fourneaux des concrétions qui Ont paru à nos chimistes ({) toutes semblables ne bleu des naturelles. Cependant il y a toute raison de croire que les moyens de leur formation sont bien différents; ces blendes artificielles, produites par l'action du feu de nos fourneaux, doivent différer de celles qui se trouvent dans le sein de la terre , à moins qu'on ne suppose que celles-ci ont été formées par le feu des volcans ; etcependant il ÿ a toute raison de penser que la plupart au moins n'ont été produites que par l'intermède de l'eau (2), et que le foie de soufre , c'est-h-dire l'alkali mêlé aux principes du soufre, a grande part x leur formation.

Comme le zinc est non-seulemeet très-volatil , mais fort inflammable , il se brûle dans les fourneaux où l'on fond les mines de fer, de plomb, etc., qui en sont mêlées; cette fumée du zinc à demi brülé se condense sous une forme concrète contre les parois des fourneaux et cheminées des fonderies et aflineries ; dans cet état on lui donne le nom de cadmie des fourneaux ; c'est une concréion de fleurs de zinc , qui s’accumulent sou-

(1) I y a des blendes artificielles qui imitent parfaitement les blendes naturelles dans leur tissu , leur couleur et leur phosphorescence.…. J'en ai vu un morceau d'un noîr luisant et feuilleté provenant des fonderies de Saint-Bel.... Un autre morceau venant du même lieu donnait , outre l'odeur du foie de soufre, des étincelles lorsqu'on le grattait avec un coueau, et n'en donnait point avec la plume..., et ua troisième morceau venant des fonderies de Saxe, et qui est de co zur jaunâtre, était si phosphorique , qu'en le fr la plume on en tirait des étincelles comm blende rouge de Schasffenberg.

(Lettre du docteur Demeste, lom.2, pag. 179 et 180.) — Nota. Je dois observer qu'on trouvait en effet de ces bleudes artificielles dans les laitiers des fonderies , mais que jusqu'ici l'on ne savait pas les produire à volonté, et que même on ne pouvait ex- - pliquer comment elles s'étaient formées; on pensait au contraire que l’art ne pouvait imiter la nature

dans la combinaison du zinc avec le soufre. M, de’

Morveau est le premier qui ait donné, cette année

1780 , un procédé pour faire à volonté l'union directe du zine et du soufre; il suffit pour cela de priver ce demi-métal de sa volatilité en le calcinant, et de le fondre ensuite avec le soufre ; il en résulte une vraie pyrite de ziuc qui a , comme toutes les autres pyrites, uue sorte de brillant métallique.

(2) M. Bergmann croit, comme moi, que les blendes naturelles ont été formées, par l'eau, et il se fonde sur ce qu'elles'contiennent réellement de l'eau; il dit aussi qu'on peut les imiler en uvissant par la fusion le zinc , le fer et le soufre.

Page 1