‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource] (volume 2)Chapitre 14 sur 15 · D'UN MÉDECIN · texte numérisé non relu

D'UN MÉDECIN

(jRAND Dieu, dont la bonté surpasse la puissance^ Toi, qui cherches l'amour et la reconnaissance, Qui, répandant partout la vie et les bienfaits, Composes ta grandeur des heureux que tu fais; Et qui, du haut des cieux, sollicitant l'hommage Des cœurs tendres et bons, ta plus vivante image, D'un regard paternel dois voir tous les travaux D'un art consolateur qui soulage les maux : C'est devant ce lieu saint, rempli de ta présence, Refuge où les remords retrouvent l'espérance; C'est près de cet asyle offert à la douleur. Temple plus saint encore et plus cher à ton cœur, Où ton culte sacré n'est que la bienfaisance, Où nos yeux attendris vont avec complaisance Voir, à côté des maux dont l'homme est accablé, A combien de vertus l'homme fut appelé; C'est devant ce sénat de savants dont la vie S'ennoblit des travaux où leur choix m'associe ^

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Que je jure (Dieu bon, tourne vers moi les yeux, Ecoute mes serments , écris-les dans les cieux) , 3e jure qu'à mon art obstiriiémetit livrée Ma vie aux passions n'offrira nulle entrée; Qu'il remplira mes jours; que, pour l'approfondir, L'embrasser tout entier, peut-être l'agrandir, Mon ame à cet objet sans repos attachée. Poursuivant sans repos la vérité cachée, Formera, nourrira, par des efforts constants, Sa lente expérience et Ses trésors savants.

Je jure que jamais l'intérêt ni l'envié Par leurs lâches conseils ne souilleront ma vie; Que partout ines respects chercheront les tâlenlii; Que ma tendre pitié, que mes soins consolants, Appartiendront surtout au malheur solitaire, Et du pauvre d'abord trouveront la chaumière; Que mes jours j dont mon cœiir lui réserve l'emploi, Pour conserver lés siens ne seront rien pour moi ; Qu'il nie deviendra cher autant que respectable : Qu'enfin le citoyen dont la vie équitable. Dans le sein du travail et de l'obscurité. Paie un tribut utile à la société; Que le sage éloquent dont la Voix tûtélaire Combat pour la vertu, qui le charme et l'éclairé, Et, contre les flatteurs qui trahissent les rois, Le front calmé, l'œil fixe, ose plaider nos droits; Que tous ceux dont le bras digne d'une patrie

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S'arme pour rajeunir la liberté flétrie;

Que surtout la vertu dont les pudiques mains

Se cachent aux regards eti servant lés humains,

Ranimeront toujours mes efforts et mon zèle,

Mais que le corrupteur dont l'adresse cruielle

Enhardit des tyrans la sombre autorité.

Et qui met sous leurs pieds la sainte humanité;

Que l'avare instruïnent de leurs projets iniques;

Que du faible et des lois ces fléaux tyranniques,

Qui pour les opprimer vont ramper dans les cours,

Ne trouveront en moi ni pitié ni secours.

Libre de vains égards ou d'un orgueil coupable, Je jure que mà voix, de détours incapable, Montrera sans faiblesse, ainsi qu'avec candeur. Et l'erreur étrangère, et surtout mon erreur.

Je juré èncbr, fidèle à mon saint ministèt^e. Je jure, â.'ù iiom des mœurs, que mon respect austère Ne laissera jamais mes désirs ni mon cœtlr S'égarer hors des lois que chérit la pudeur.

Et lorsqu'un jour enfin l'âge et l'expérience, Qui, cultivant les sens, mûrissent la science. M'auront ouvert de l'art les sentiers ténébreux; Quand de cet art diVin le jeune hoinn'ic amoureux Cherchera près de moi quelque clarté nouvelle , Et viendra recueillir ma dernière étincelle; •le jure aussi, grand Dieu, je jure devant toi, Que je serai pour lui ce qu'est Dubrkitil pour moi;

Et qu'en tout , d'un tel maître imitateur fidèle , J'approcherai du moins de mon digne modèle.

Ah! si mon cœur jamais, dans de honteux moments, Abjurait sans pudeur ses vertueux serments. Attache à tous mes pas les remords et le blâme. Dieu vengeur qui m'entends; qu'en me fermant son anie, La sévère amitié me laisse en un désert : Dans ce cœur, maintenant aux goûts simples ouvert. Flétris les vrais désirs, étouffe la nature, Frappe-le des terreurs que nourrit l'imposture; Et que, plein de l'effroi d'un obscur avenir. Je meure sans laisser aucun doux souvenir.

Mais si de la vertu dont l'image m'enflamme La sévère beauté toujours parle à mon ame; Si, malgré tant de maux dont les assauts constants Ont flétri mes beaux jours et glacé mon printemps, A mes devoirs livré, moi-même je m'oublie, Pour ne songer qu'aux maux qu'un autre me confie; Si toujours mes serments sont présents à mon cœur, Dieu juste, sur mes jours répands quelque, douceur; Veille sur les amis qui consolent ma vie; Nourris les sentiments dont tu l'as embellie : Chéri du malheureux, du puissant révéré. Que mon nom soit béni plutôt que célébré; Que les devoirs pieux dont je fais mon étude, Des bienfaisants travaux que l'heureuse habitutle, A tes yeux indulgents dérobent mes erreurs :

MÉLANGES. /fO

Vers les jours éternels qu'entraîné sans terreurs , Dans l'espoir de mourir je trouve encor des charmes Et que ma tombe au moins reçoive quelques larmes.

FIX DES OEUVRES POSTHUMES ET DU CINQUIEME VOLUME DES OEUVRES COMPLÈTES.

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