QUATRIÈME MÉMOIRE
De l'influence des âges sur les idées et sur les affections
morales.
INTRODUCTION
Tout est en mouvement dans la nature : tout est décomposition et recomposition, destruction et reproduction perpétuelles. *
La durée et les modes successifs de l'existence des différents corps, sous la forme qui leur est propre, dépendent moins de leurs matériaux constitutifs que des circonstances qm président à leur formation.
ANALYTIQUE. A?^ Des différences essentielles et constantes dans les procédés de leur formation distinguent et classent ces êtres.
Les compositions et décompositions des corps, quon peut appeler chimiques, se font suivant des lois infiniment moms simples que celles de l'attraction des grandes masses.
Les êtres organisés existent et se conservent suivant des lois plus savantes que celles des attractions électives.
Entre le végétal et l'animal, quoique tous deux obéissent a des forces qui ne sont proprement ni mécaniques m chimiques, il y a encore des différences générales et profondes.
Dans les plantes dont l'organisation est la plus grossière , on observe des forces exclusivement propres aux corps orgamses , et des caractères absolument étrangers à la nature animale. Les animaux les plus informes offrent certains phénomènes qui n'appartiennent qu'à la nature sensible.
C'est dans les végétaux que la gomme, ou le mucilage, commence à se montrer; et c'est par l'effet de la végétation qu il devient susceptible de s'organiser, d'abord en tissu spongieux, puis en fibres ligneuses , en écorce , en feuilles , etc.
Dans les animaux , on trouve d'abord la gélatme , ensuite la fibrine, l'albumine, etc., qui deviennent tissu cellulaire, fibre vivante , membranes , vaisseaux , parties osseuses.
Le mucilage a une forte tendance à la coagulation; la gélatine en a une plus grande encore.
Remarquons seulement que le gluten des graines tres-nutritives se rapproche singulièrement de la fibrine animale; d en contracte l'odeur, il fournit les mêmes gaz; et ces gaz se retrouvent aussi dans quelques plantes qui ont la propriété de réveiller les forces assimilatrices des ammaux, et dont ils aiment la saveur piquante.
A ces éléments se joint un principe inconnu quelconque, soit fixé dans les germes, soit répandu dans les liqueurs séminales; et les combinaisons de la vie commencent.
Dans les animaux, c'est avec le système nerveux que ce principe vivifiant s'identifie.
La fibre charnue et musculaire paraît être le produit de la combinaison de la pulpe nerveuse avec le mucus fibfeux du tissu cellulaire.
Aussi, verrons-nous le tableau des organes et des facultés varier principalement suivant les différents états du système nerveux et du tissu cellulaire.
Dans les jeunes plantes le mucilage est abondant, aqueux, et sans propriétés prononcées; les principes plus actifs qui caractérisent les différentes parties et les différentes espèces s'y développent plus tard.
Il en est de même de la gélatine qui , par degrés, devient fibrine dans les jeunes animaux; d'abord, elle n'est qu'un mucilage à peine animalisé , et elle éprouve les mêmes altérations successives.
Les végétaux rendent l'air plus salubre pour les animaux; et les animaux rendent la terre plus fertile pour les végétaux.
Ceux-ci sont la première base de la nourriture des autres : ' et la gélatine fibreuse s'animalise progressivement, en passant par les organes des diverses espèces qui vivent les unes des autres.
§ in.
Aussi les plantes dont les produits se rapprochent de la matière animale sont, dans plusieurs occasions, des aliments trop nourrissants ou trop énergiques ; et les matières animales trop élaborées deviennent une nourriture pernicieuse,
§ IV
Pendant que , chez les animaux, ces changements se passent dans la gélatine, et dans l'organe cellulaire qui en est le grand réservoir, le système nerveux en éprouve d'analogues; et ses rapports avec les organes varient de jour en jour.
Son action sur eux est d'abord vive et prompte ; puis , plus forte et plus mesurée; enfin, lente et languissante. Entrons dans quelques détails.
Dans les enfants, la multiplicité des vaisseaux et l'irritabilité des muscles sont très^grandes, ainsi que la distension des clandes et de tout l'appareil lymphatique.
Il résulte de là une grande mobilité, jointe à une grande faiblesse musculaire et à des opérations tumultueuses.
§ VI
Tous les phénomènes physiques et intellectuels du premier âne répondent à ces données.
Ensuite le cerveau perd par degrés de son volume proportionnel : mais son action et celle des autres stimulus devieunen plus fermes, sans cesser d'être aussi vives ; de la naissent les effets que nous présente l'époque de sept à quatorze ans.
§ VII
Dans l'enfance , la tendance des humeurs les pousse vers la tète A l'approche de l'adolescence, elles commencent a se -porier à la poitrine , avec laquelle les organes de la génération ont une relation cachée, mais intime.
Bientôt ces derniers organes entrent en action ; et il s introduit dans l'économie animale un nouveau prmcipe qui en accroît la chaleur et la force.
La lunesse n'est guère ,ue la continuation de l'adolescence développée; et elle se termine vers vingt-hu.t ou trentecinq ans.
§ VIII
Tant que dure la supériorité des forces sur les -sistances, la pléthore sanguine est dans le système artériel ; et le sentiment de bien-^ètre et de confiance subsiste.
Mais, quand l'action de la vie commence à être balancée par la rigidité des parties solides, la pléthore veineuse se manifeste : la sagesse et la circonspection remplacent l'audace; el bientôt les embarras de la veine - porte et des viscères abdominaux amènent l'état d'anxiété et de mélancolie.
Telles sont les affections de l'âge mûr, qui dure jusqu'à quarante-neuf et même jusqu'à cinquante-six ans; et ces dispositions morales se manifestent avec les affections physiques correspondantes, quand celles-ci paraissent avant le temps.
§ IX
Vers la fin de l'âge mûr, il survient un commencement de? décomposition dans les humeurs, et à sa suite arrivent lai goutte, la pierre, le rhumatisme, les dispositions apoplec-tiques.
Quelquefois l'acrimonie des humeurs excite une réaction i de l'organe- nerveux sur lui-même, et produit momentanément une sorte de seconde jeunesse; mais bientôt le vieillard l existe, agit et pense avec difaculté, ne songe qu'à lui, et enBni n'aspire qu'au repos qui doit finir cet état pénible.
Si, lorsque la mémoire nous abandonne, on se rappelle mieux les impressions de l'enfance que celles reçues postérieurement, c'est que la vivacité de ces premières impressions, leur facile et fréquente répétition, la rapide communication des divers centres de sensibilité, les a, pour ainsi dire , identifiées avec l'organisation, et rapprochées des opérations automatiques de l'instinct.
Il est encore à remarquer que , dans la vieillesse, la faiblesse du cerveau , et celle des opérations qui le font sentir , rendent a ces déterminations la même mobilité et les mêmes caractères qu'elles ont eus dans l'enfance. Les extrêmes opposés se ressemblent.
CONCLUSION
Enfin, les sensations qui accompagnent la mort sont natuvellement analogues à celles qui dominent au moment ou el e arrive, comme le caractère des maladies est, en gênerai, analogue à celui des âges.