TROISIÈME MÉMOIRE
Suite de l'histoire physiologique des sensations.
Indépendamment des impressions que l'organe sensitif reçoit de ses extrémités sentantes tant internes qu'externes, il en reçoit de directes par l'effet de changements qui se passent
dans son intérieur. ■ , ., • j
^ Certaines maladies , telles que des folies , des epilepsies , des des affections extatiques , le prouvent.
Les impressions que lui procurent la mémoire et 1 imagmation sont très-souvent de ce genre, c'est-à-dire quelles ont lieu sans excitateur étranger.
L'organe sensitif réagit sur ces impressions spontanées . comme sur les autres, et elles se comportent absolument de même : il en tire des jugements et des déterminations; il imprime en conséquence des mouvements aux parties musculaires • et ces actions et réactions affectent tantôt tout le système, tantôt quelques-unes de ses parties; elles se renforcent par leur durée , etc. , etc.
§ II
Les mouvements qui dépendent de ces impressions spontanées,de l'organe sensitif suivent les mêmes lois qu'elles.
Tout mouvement des parties vivantes suppose dans le centre nerveux qui l'anime un mouvement analogue, dont il est la représentation.
Général, ou partiel, l'un ressemble toujours à l'autre. Il s'étend par sympathie dans divers organes, ou se concentre dans un seul, suivant les relations ou les irritations locales: il suit la même marche et présente le même caractère qui spécifie les impressions de la sensibilité.
En un mot, il y a dans l'homme un autre homme intérieur; c'est le centre cérébral, c'est tout l'organe sensitif.
Cet homme intérieur est doué d'une activité continuelle qui lui est propre, et qui dure autant que la vie.
Les effets de cette activité sont plus marqués et plus puissants pendant le sommeil que pendant la veille, parce qu'elle est moins troublée par les impressions venant des extrémités sentantes internes et externes.
§ III
L'action de la pensée exige l'intégrité du cerveau; mais on ne peut établir avec exactitude en quoi consiste cette intégrité. Seulement certains états du cerveau sont toujours accompagnés de dérangements dans les fonctions intellectuelles.
Pour qu'elles s'exécutent bien, il faut de plus que les impressions soient reçues d'une manière convenable.
La manière dont s'exécutent les mouvements dépend aussi de cette circonstance ; et il faut surtout qu'il y ait une espèce d'équilibre entre les forces musculaires et les forces sensitives.
L'excès de ces dernières peut, suivant les cas, exalter ou dégrader les forces motrices ; leur langueur les engourdit et les éteint.
Quoique les divei's dérangements de ces deux espèces de forces piX'sentent des phénomènes qui semblent contradictoires, ils montrent tous que les unes et les autres partent
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du même centre, le centre cérébral, et proviennent d'une même circonstance de la matière organisée , la sensibilité.
§ IV
Les idées et les déterminations que produit l'organe sensitif, en vertu des impressions qu'il reçoit, suivent les mêmes Lis que les mouvements qu'il imprime à l'organe musculaire , en vertu de ces mêmes impressions.
Celles de ces idées et de ces déterminations qui naissen d'impressions reeues dans le sein même de l'organe sensitif sont les plus persistantes, les plus tenaces, en un mot, essentiellement dominantes. Telles sont les principales dispositions
™ Cellls qui viennent d'impressions reçues par les extrémités sentantes intemes, et dans les organes qu'elles animent , tiennent le second rang. Ce sont les idées et les determma-
lions instinctives. .
Enfin, les moins profondes et les moms continues sont cel es qui arrivent par les extrémités sentantes externes et par les organes des sens : ce sont les sensations proprement dites; ces dernières ont occupé presque exclusivement les ideolo^
^''Traison de l'organisation du sens par lequel elles ont étéreçues, les impressions ont une relation plus ou mom. directe avec l'organe de la pensée.
La pulpe cérébrale, qui se distribue avec uniformité dans les troncs principaux des nerfs, paraît partout la même; et tous les sens ne sont que différentes espèces de tact qui alfectent diversement cette pulpe nerveuse.
Mais dans la peau, l'organe spécial du tact proprement dit ses extrémités sont très-enveloppées et recouvertes.
Èlles le sont moins dans l'organe du goût, moms encore
dans celui de l'odorat, encore moins dans celui de l'ouïe ; et enfin elles sont presque à nu, et ont un grand épanouissement dans l'organe de la vue.
§ VI
C'est une loi constante de la nature animée, que le retour fréquent des impressions les rend plus distinctes, c'est-à-dire moins embarrassées les unes dans les autres; et que la répétition des mouvements les rend plus faciles et plus précis ; mais c'est une loi non moins constante et non moins géné^ raie, que des impressions trop vives, trop souvent répétées, ou trop nombreuses, s'affaiblissent par l'effet direct de ces dernières circonstances (i).
Le tact, continuellement exercé sur toute la surface du corps, reçoit trop d'impressions, et des impressions trop souvent capables de lerendre obtus et calleux. C'est pour cela que, quoique le sens le plus sûr, il n'est pas celui dont les impressions, dans l'état ordinaire, laissent les traces les plus nettes, et se rappellent le plus facilement.
Le tact est le premier sens qui se développe; c'est le dernier qui s'éteint. Il est, en quelque sorte, la sensibilité ellemême; et son entière et générale abolition suppose celle de la vie.
Le discernement du goût se forme lentement; et il n'est rien de plus difficile que de se rappeler ses impressions. La
(i) On dit avec fondement, que les impressions répétées jusqu'à un certain point ne sont presque plus perçues ; mais c'est uniquement par l'une des raisons qui sont notées dans le texte : car il reste toujours vi ai qu'on apprend à sentir, c'est-à-dire, à remarquer et à distw^ierles ibipressions qu'on reçoit ; que ces impressions sont mieux remarquées et distinguées quand on y a donné plusieurs fois un certain degré d'attention; et que c'est par l'enchaînement facUe des impressions et des mouvements , fruit nécessaire de l'habitude , que les unes et les antres ont enfin lieu, sans presque aucune conscience du moi.
AKALÏTIQUIi.
,,U„„ en 6St que ces impressions sont de leur nature courchangeantes, multiples, tumultueuses, souvent accom- Itlées d'un désir vif, et qu'elles s'umssent au b.en -être d Testomac, et ensuite à celui du ce,-veau, q,u les troublent.
Q. nd les impressions de l'odorat sont fortes, elles emonssent promptement la sensibilité de Vorgane ; quand elles sont onstan.es! elles cessent bientôt d'étre aperçues. C est pournTelles laissent peu de traces dans le cerveau, et sont uès-difflclles à rappeler, au moins volontairement
Mais elles retentissent vivement dans tout le ^T"' " veux dans le canal alimentaire, et surtout dans les organes wTa'génération. Aussi très-souvent elles se retracent dnnc man* tout-à-fait involontaire, et p6ursu,vent Itndmdu rvec opiniâtreté. La véritable époque de Vodorat est celle de -Luesse et de l'amour; son in«uence est presque nulle dans l'enfance, et faible dans la viedlesse.
La vue et l'ouie sont les deux sens qui nous dontient es .mplsL dont le souvenir est le plus durable et le plus
'"ta raison eu est, pour l'ouïe, l'usage du langage articulé, et nernX aussi cii du caractère rhythnnque de ses ,m- ;rs ons; car notre nature - P'»' -S"'--n'»t aux re Lrs périodiques, et tout s'opère en nous a des époques et anrès des intervalles détermines.
Pour l'oeil, c'est non-seulement parce qt.'.l est coutmuellement exercé et que ses .mpressions ^''-'-^'^'-^t soins, à toutes nos facultés; mats encore pa ce qud eu eonti^uellement les renouveler, les prolonger, les séparer les
unes des autres. , , , .'i K;„n vnispm-
Observez sur les sens en général, quil est bien vraisem
blable que la perception se fait au même lieu que la compa-
'!ison; et que'le siège de la comparaison est b.en ev.dem-
mont le centre commun des nerfs.
ce!, léme là ce qu'on doit entendre par le sen. auern. Cependant on peut croire que chaque sens, pns a part, .
sa mémoire propre. Quelques faits de physiologie semblent 1 indiquer relativement au tact, au goût et à l'odorat; et ce qui paraît le prouver pour l'ouïe et la vue, c'est que' trèssouvent des sons et des images se renouvellent avec un degré considérable de force, et même d'une manière fort importune. ^
CONCLUSION
La manière de recevoir des sensations, nécessaire pour acquérir des idées, pour éprouver des sentiments, pour avoir des volontés, en un mot, pour être, diffère suivant les individus. Cela dépend de l'état des organes, de la force ou de la faiblesse du système nerveux, mais surtout de la manière dont il sent.
Il convient donc d'examiner successivement les changements qu'apporte dans la manière de sentir, la différence des des âges, des sexes, des tempéraments, des maladies, du régime et du climat. C'est ce que nous allons faire dans les six Mémoires suivants.