‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource] (volume 4)Chapitre 32 sur 40 · S II · texte numérisé non relu

S II

Nous rangerons dans la première classe toutes celles qui se manifestent dans certains animaux au moment même de la naissance, ou qui n'attendent, pour agir, que le développement général des organes ,

Et nous rapporterons à la seconde classe, celles que font naître la maturité de certains organes particuliers, et les maladies.

Ces penchants et ces déterminations sont à peu près étrangers aux impressions qui viennent de l'univers extérieur (ou aux sensations proprement dites); et elles ont un caractère distinct des volontés résultantes de jugements plus ou moins nettement sentis, mais réellement portés par le w2oj ( c'est-àdire par le centre cérébral).

C'est de ces obsei'vations qu'il faut partir pour déterminer le degré respectif d'intelligence, ou de sensibilité, propre aux différentes races.

Si on les examine bien , il est vraisemblable qu'on trouvera l'instinct d'autant plus direct et plus fixe, que l'organisation est plus simple, et d'autant plus vif, que les organes internes exercent plus d'influence sur le centre cérébral. L'intelligence de l'animal sera reconnue d'autant plus étendue,

ANALYTIQUE. 5ll qu'il est forcé de recevoir plus d'impressions de la part des ol)jets extérieurs.

De la Sympathie.

Par une loi générale , qui ne souffre aucune exception , les parties de la matière tendent les unes vers les autres.

A mesure que les parties viennent à se combiner, elles acquièrent de nouvelles tendances.

Ces dernières attractions ne s'exercent plus au hasard.

Plus les combinaisons s'éloignent de la simplicité de l'élément, plus aussi pour l'ordinaire elles offrent, dans leurs affinités, de ce caractère d'élection dont les lois paraissent constituer l'ordre fondamental de l'univers.

Les matières organisées , et notamment les matières vivantes, sont produites originairement par les mêmes moyens, et en vertu des mêmes lois ; et elles y demeurent assujetties dans tous leurs développements postérieurs , jusqu'à leur dissolution finale.

De là résultent immédiatement tous les phénomènes directs par lesquels se manifeste la spontanéité de la vie , toutes les opérations internes qui développent les membres de l'animal , tous les mouvements px-imitifs qui dévoilent et caractérisent en lui des appétits et de vrais penchants.

Dans tout système organique, l'analogie des matières les fait tendre particulièrement les unes vers les autres.

C'est par ce moyen, que les parties animées prennent leur accroissement; que les pertes se réparent; que l'organisation se perfectionne ; que les erreurs dans le choix des aliments , ou les désordres dans la digestion, se rectifient.

Plus les matières sont déjà complètement animalisées, plus leurs affinités mutuelles sont fortes.

C'est par ces causes, que dans les inflammations on voit naître de nouvelles membranes, dans lesquelles les nerfs et

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les vaisseaux des organes affectés s'étendent et s'abouchent avec des nerfs et des vaisseaux antérieurement existants.

C'est ainsi que se forment les cicatrices dont le tissu présente tous les phénomènes de la vie véritable : mouvement tonique, circulation, sensibilité.

C'est ainsi encore, que des parties organisées, mises en contact à nu, s'unissent comme les arbres dans la greffe en appi'oche, et vivent d'une vie commune.

Tout cela n'est vrai que pendant la vie, laquelle dépend de la persistance des circonstances primitives. Aussitôt après la mort, la même tendance à combinaison produit la séparation des éléments, et la dissolution complète.

§ II

La sjmpathic, ou la tendance d'un être vivant vers d'autres êtres vivants de même , ou de différente espèce , rentre dans le domaine de l'instinct : elle est en quelque sorte l'instinct lui-même.

Les attractions et les répulsions animales résultent de l'organisation.

Accru, modifié, dénaturé par les besoins, cet instinct suit toutes les directions, prend tous les caractères, parcourt tous les degrés, depuis le penchant social de l'homme, jusqu'à l'isolement farouche du sanglier, ou la fureur insatiable du tigre.

A différentes époques de la vie, il se manifeste d'autres déterminations sympathiques de l'instinct, telles que l'amour, la tendresse, les appétits, et les dégoûts bizarres de certains malades.

C'est dans les races , et dans les individus doués d'une excessive sensibilité, que s'observent les plus grands écarts de la sympathie.

§ in.

La sympathie dérive de la supposition , au moins vague , do la faculté de sentir dans l'être qui en est l'objet.

A.NALYTIQUE. 5l3 Dès que nous supposons, dans un être, des sensations, des penchants, un moi, la sympathie nous attire vers hii, ou l'antipathie nous en écarte.

Sans doute, dans ces dispositions, aussitôt qu'elles commencent à s'élever au-dessus du pur instinct , aussitôt qu'elles cessent d'être de simples attractions animales, des déterminations directement relatives à la conservation de l'individu , à sa nutrition, au développement et à l'emploi de ses organes naissants; dans ces dispositions, dis -je, il entre un fonds de jugements inapei'çus.

Ce puissant besoin d'agir sur les volontés d'autrui, de les associer à la sienne propre, d'où l'on peut faire dériver une grande partie des phénomènes de la sympathie morale, devient, dans le cours de la vie, un sentiment très -réfléchi : à peine se rapporte-t-il , pendant quelques instants, aux seules déterminations primitives de l'instinct; mais H ne leur est jamais complètement éti'anger.

La sympathie , comme toutes les tendances primordiales , s'exerce par les divers organes des sens, et chacun d'eux produit des effets particuliers sur elle.

Les impressions de la vue sont la source de beaucoup d'idées et de connaissances; mais elles produisent, ou du moins occasionent une foule de déterminations affectives qui ne peuvent être entièrement rapportées à la réflexion ; et peut-être les rayons lumineux émanés des corps vivants, surtout ceux que lancent leurs regards, ont -ils certains caractères physiques différents de ceux qui viennent des corps privés de la vie et du sentiment.

§ IV

Dans ccrtams animaux, le principal organe de l'instinct, et par conséquent de la sympathie , c'est l'odorat.

Il n'est pas douteux qu'il ne se forme autour de chaque individu une atmosphère de vapeurs animales.

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L'odeur est plus marquée clans les espèces très-animalisées et dans les eorps très - vigoureux.

Les émanations des sujets jeunes et sains sont salutaires.

L'ouïe provoque beaucoup d'opérations intellectuelles; mais on ne peut nier qu'elle fait naître bien des impressions purement affectives et instinctives : celles-ci rentrent dans le domaine de la sympathie.

§ VL

La précision des impressions du tact est cause qu'il fait naître plus de jugements distincts que de déterminations instinctives.

Son action sympathique paraît ne s'exercer que par le moyen de la chaleur vivante, dont les effets sont certainement très- différents de ceux de toute autre chaleur. Elle mériterait d'être l'objet de beaucoup d'observations et d'expériences dont on n'a pas encore eu l'idée.

On n'a jamais fait assez d'attention à tous ces faits dans la détermination de ce qu'on appelle la sympathie morale.

La sympathie morale (si elle est une faculté particulière) consiste dans la faculté de partager les idées et les affections des autres ; dans le désir de leur faire partager ses propres idées et ses affections; dans le besoin d'agir sur leur volonté.

Il y a encore quelque chose de plus dans l'action de la sympathie morale ; c'est que la faculté ( ou le penchant) d'imitation qui caractérise toute nature sensible , et particulièrement la nature humaine, commence à s'y faire remarquer.

La faculté d'imiter autrui tient à l'aptitude de reproduire plus facilement tous les mouvements déjà exécutés par soimême, aptitude toujours croissante avec la répétition des actes.

Cette aptitude est inséparable de toute existence animale.

AN ALTTIQTir,. 5l5 n semble que nous en retrouvions des traces dans les machines électriques et les aimants artificiels.

§ VIL

Cette faculté d'imitation est le principal moyen d'éducation , soit pour les individus, soit pour les sociétés.

Ainsi, les causes qui développent^toutes les facultés mtellectuelles et morales sont indissolublement liées à celles qui produisent, conservent et mettent en jeu l'organisation; et c'est dans l'organisation même de la race humame qu'est placé le principe de son perfectionnement.

Du Sommeil et du Délire.

Les impressions reçues par les sens proprement dits ne sont pas les seules qui mettent en jeu l'organe pensant.

Ainsi, les opérations du jugement et de la volonté éprouvent l'influence non -seulement des sensations proprement dites, mais encore des impressions qui sont reçues dans les extrémités sentantes internes , et de celles dont la cause agit dans le sein même du système nerveux; en un mot, des déterminations instinctives et des désirs, ou des appétits qui s'y rapportent immédiatement, lesquels viennent presque ilniquement du second genre d'impressions.

Ainsi, l'on n'a plus besoin de recourir à deux prmcipes d'action'dans l'homme pour expliquer les balancements de ses désirs et ses combats intérieurs.

D'après ces données, examinons les songes et le déUre. Il y a des rapports constants et déterminés entre eux.

Les divers organes ne s'assoupissent que successivement et d'une manière très-inégale.

L'excitation partielle des points dit cerveau qui leur correspondent, en troublant l'harmonie de ses fonctions, doit

alors produire des images irrégulières et confuses qui n'otii aucun fondement dans la réalité des objets.

Or, c'est bien là aussi le caractère du délire proprement dit.

§ II

Les sensations proprement dites sont sujettes à être altérées , 1° par les maladies de l'organe qui les transmet, a" par les sympathies qui les lient avec d'autres organes malades, 3" par certaines affections du système nerveux.

Ordinairement ces erreurs isolées sont corrigées par d'autres sensations plus justes; et il n'en résulte pas de délire positif.

§ III

Mais les mêmes causes agissent avec bien plus de force et de persistance quand elles se portent sur le centre cérébral luimême, organe direct de la pensée.

§ IV

Les causes inhérentes au système nerveux, dont dépendent souvent le délire et la folie, se rapportent à deux chefs principaux : i° aux maladies propres à ce système, 2" aux habitudes vicieuses qu'il est capable de contracter.

On a souvent observé chez les fous une mauvaise conformation du cerveau, ou une consistance très-inégale dans différents points de la pulpe cérébrale.

Mais il faut convenir que souvent la folie ne saurait être rapportée à des lésions organiques visibles; et quoique vraisemblablement il y en ait de très-réelles qui nous échappent, ces cas doivent être rangés dans la même classe que ceux qui tiennent purement aux habitudes vicio\ises du système cérébral.

A.N à.LYT IQl] E. ^ ^ 1

Du Sommeil en particulier.

Le sommeil, com.Bfc tous nos besoins et toutes nos fonctions, a un caractère de périodicité : cela dépend des lo.s les dIus générales de la nature.

' Mais, .ndépendamment de cette circonstance, 1 assouin^e nieut est provoqué directement par l'application de 1 au fiais, p un bruit mlotone, parle silence, l'obscunt , les bams tièdes, les boissons rafraîchissantes, les liqueurs fermentees,

::;cotiques , le ..id excessif; en .n mot, par toiites circonstances capables d'émousser les impressions, ou d affai blir la réaction du centre nerveux commun sur les organes.

Un lassitude légère appelle le sommeil.

Un état de faiblesse médiocre le favorise; mais il faut que

eeue faiblesse ne soit pas trop ^^^^^ f^J^"^ . ..c nnn sur les forces radicales du système organes moteurs, non sur les

"eX: c'est le reflux des puissances nerveuses vers leur source qui constitue et caractérise le sommeil.

Mais les impressions ne s'émoussent pas toutes a la fois,

au même degré. . „ ^ moins

Les sens ne s'assoupissent que successivement, et moins

profondément les uns que les autres.

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