‹ Œuvres complètes de Cabanis [electronic resource] (volume 4)Chapitre 31 sur 40 · PREMIÈRE SECTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SECTION

INTRODUCTION

Après avoir examiné sous tous les aspects les modifications qu'apportent à notre manière de sentir les principales circonstances qui accompagnent notre existence, il est à propos de revenir encore à l'histoire de nos sensations et des premiers

5o-2 TABLE

actes de notre sensibilité, et d'achever d'éclaircir tout ce qui concerne ces opérations fondamentales.

Ainsi, il va être qnestiou, dans ce Mémoire, de la vie animale et des premières déterminations sensitives; de l'instinct et des sympathies; de la théorie du sommeil et du délire.

Ensuite nous parlerons, dans deux Mémoires séparés, i° delà réaction du moral sur le physique; 2" des tempéraments acquis, ou des formes accidentelles de l'économie animale qui peuvent altérer le tempérament primitif.

De la Vie animale.

§ II

Nous ne pouvons avoir aucune idée exacte des forces actives et premières de la nature.

Les causes qui déterminent l'organisation de la matière dépendent des causes premières; elles nous sont également inconnues , et vraisemblablement elles le seront toujours.

Cependant les conditions nécessaires pour que la vie se manifeste dans les animaux ne sont peut-être pas plus impossibles à découvrir que celles d'où résultent la composition de l'eau, la formation de la foudre, de la grêle, de la neige, et la production de tant de combinaisons chimiques qui ont des propriétés bien différentes de celles des éléments qui les composent.

Nous savons déjà que la distinction que Buffon s'est efforcé d'établir entre la matière morte et la matière animée n'est pas fondée.

Les végétaux peuvent vivre et croître par le seul secours de l'air et de l'eau; et ces substances, transformées par la végétation en des substances nouvelles, donnent naissance à des animalcules particuliers que la simple humidité développe.

Ainsi, ou la vie est répandue partout, ou la matière inanimée est capable de s'organiser, de vivre, de sentir.

ABALYTIQUE. 5o3

11 T a plus : l'a" 1>™' reproduire les végétaux à l'aide de plnsieurs de leurs parties qui, dans l'ordre naturel, ne sont . pas destinées à cette fonction.

^ Il peut dénaturer leurs espèces, e, en fa.re eclore de nou-

"'Dans des matière, préparées par l'art, telles que le vinal- „..e, le carton , le, reliures de livres , l'iionmic fa,t nat.re des 'animaux qui n'ont point d'analogues dans la na,u|^^

Dans les végétaux, dans les ™">»«, """'"'f d'autres animaux. On les observe ^""'"'J;.™' „.

Ainsi, si Von veut supposer la nécessite de ce q« on P pelle de gertnes, il faut supposer aussi, que ceux de tonte [es espèces possibles sont répandus partout; ce qu, es , au fond 'a ni/nie chose que dire, que toutes es parties de U matière sont susceptibles de tous les modes d organisation.

Toù efois, il paraît que les matières végétales ne pro li sent immédiatement que des animaux dépourvus de nerfs e,

et les autres grands auiniaii. "nt-ils pu aans

crossières d'animalcules ! JNOUS

fenre humain ne peut rien savoir de son origine et de

'"XlS y a de s.r, c'est que beaucoup de ces petits animaux n s spontanément , se reproduisent ensuite par voie

rgé^ératio . etque d.^^^^

;;r:^.:r;r;b:;a'^ôu; Ciangé, et q^U est .nue ■ prodigieuse antiquité.

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T^ous voyons de même la matière redescendre, par degré, de^urrorganisation la plus parfaite jusqu'à l'état de mort le p u's b et plus les obse~ se multiplient , plus aussi

les intei-vallos t-ntre les différents règnes se remplissent et s'effacent.

SliCONDJE SECTION.

Des premières déterminations de la Sensibilité. § I-

L'économie animale est soumise à des lois qui lui sont propres : la sensibilité développe dans les corps des propriétés qui ne ressemblent en aucune manière à celles qui caractérisaient leurs éléments.

Cependant la tendance à l'organisation , la sensibilité que l'organisation détermine, et la vie, qui n'est que l'exercice et l'emploi régulier de l'une et de l'autre, deviennent des lois générales qui gouvernent la matière.

Les parties de la matière tendent sans cesse à se rapprocher les unes des autres: la cause en est inconnue; mais le fait est constant. Le repos le plus absolu l'atteste, comme le mouvement le plus rapide.

Dans les combinaisons chimiques, cette attraction s'exerce avec choix: c'est pourquoi on l'a nommée électi^'e ; et il en résulte des êtres doués de propriétés entièrement nouvelles.

§ II

Dans les affinités végétales, l'attraction jouit d'une propriété d'élection pins étendue.

Dans les affinités animales, la sphère de sa puissance s'agrandit encore.

Dans la formation de l'embryon, il se forme un centre de gravite vers lequel les principes se portent avec choix, autour duquel ils s'arrangent dans un ordre déterminé.

La tendance des principes vers ce centre est une suite des lois générales de la matière : leur attraction élective est mie suite des caractères qu'elle a contractés dans ces transforma-

ANALYTIQUE, tions antérieures, et des circonstances. Les propriétés nouvelles résultent de l'ordre qui s'établit, ou, en d'autres termes, de l'organisation.

§ III

Dans la formation du corps organisé, il se forme un centre de gravité.

La preuve en est que, dans le végétal, ce n'est qu en isolant du corps entier la partie capable de le reproduire , en lui donnant une existence à part, qu'on la met en état de se transformer en un végétal de la même espèce.

Dans les polypes , il n'est aucune partie de l'animal qui, dès qu'elle en est séparée, ne soit capable de le reproduire tout entier.

Dans des animaux plus parfaits, les organes se forment successivement. Quelques-uns même se forment à diverses reprises , et par portions séparées.

Les deux ventricules du cœur restent d'abord isoles avec leurs oreillettes respectives : puis on les voit s'avancer l'un vers l'autre, se pressentir et s'appeler par de vives oscdlations; et, dans une dernière secousse, s'approclier et s'unir pour toujours.

Il y a donc quelque analogie entre la sensibihté animale, l'instinct des plantes, les affinités électives, et la simple attraction. Mais cette dernière, en apparence si aveugle, estelle l'effet d'une espèce d'instinct qui," suivant les circonstances, arrive par degrés jusqu'aux merveilles de l'intelligence? et faut-il rendre raison de l'attraction par la sensibilité, ou de la sensibilité par l'attraction ? C'est ce que nous ignorons.

Seulement il est vraisemblable que si nous pouvons parvenir à le savoir, ce sera en étudiant la nature sensible et, vivante, en examinant de préférence les phénomènes les plus compliqués, parce qu'ils sont ceux qui se montrent sous le plus de faces.

Observons en attendant, que plus les phénomènes de l'attraction sont simples, plus la combinaison dans laquelle ils ont Heu est fixe et durable.

Cela est vrai dans tous les degrés.

Les animaux les plus parfaits sont de tous les plus périssables, quand le développement de leur intelligence ne leur fournit pas de puissants moyens de conservation.

§ IV

Dans les animaux les plus parfaits, les organes se groupent en systèmes distincts, dont les opérations se coordonnent dans un mouvement général.

Dans le fœtus, ces organes se forment successivement. Dans l'animal , ces organes formés entrent en action à des époques successives.

A chaque addition, les affinités changent, ou s'étendent: les facultés et les appétits de la combinaison sentante sont toujours soumis à ces affinités.

Des animaux, et des parties d'animaux dépourvus de nerfs, vivent et sentent: mais dans les animaux vertébrés, l'organe nerveux est le siège de la sensibihté et de la vie. C'est lui qui reçoit les impressions et imprime les déterminations.

Une observation bien importante , c'est que l'action de la sensibilité a lieu souvent sans qu'il y ait conscience des impressions. Les nerfs qui reçoivent les impressions font agir beaucoup d'organes sans que l'individu en soit averti , sans l'intervention du centre cérébral; et cependant la réaction de ces organes influe ensuite beaucoup sur la formation des idées et des affections, par son pouvoir sur le centre cérébral lui-même.

Ces faits, et plusieurs autres, prouvent que le système nerveux doit être considéré comme susceptible de se diviser en plusieurs systèmes ))artiels.

Le nombre de ces systèmes varie suivant les espèces , les individus et les circonstances. ^

Peut-être dans chaque centre il se forme une espèce de moi. Cela est vraisemblable. . , • , ,

Mais l'animal ne peut connaître que> moi qui réside dans le centre commun; et il ne peut le connaître que par les impressions qui lui sont transmises , et qu'il perçoit.

Car ce moi général reçoit beaucoup d'impressions qui ne sont jamais percevables pour lui , et qui pourtant influent

sur lui. .ç De là tant de déterminations qui paraissent sans motit.

§ VI

Quant à l'agent invisible qui, parcourant le système nerveux produit les impressions et les impulsions, nous ignorons sa nature : mais il est vraisemblable que c'est l'électncite modifiée par l'action vitale-, et, dans cet état, peut-être elle se rapproche beaucoup du magnétisme.

§ VII

Tout semble prouver que le système nerveux et le système sanguin se forment d'abord dans l'homme. Le commencement des autres organes moins nécessaires ne s'aperçoit que postérieurement dans l'embryon.

§ VIII

Dans d'autres animaux, les parties s'organisent et les fonctions s'établissent dans un ordre différent. An reste, si nous jetons ici les yeux sur d'autres modes d'existence, c'est uniquement pour mieux éclaircir la nôtre.

Dans tous, les parties vivantes ne sont telles, que parce qu'elles reçoivent des impressions qui occasionent des impulsions. ,

Sentir, et par suite être déterminé à tel ou tel genre de

mouvement, est donc un état essentiel à tout organe empreint

vie.

de

C'est un besoin primitif, que l'habitude et la répétition des actes rend à chaque instant plus impérieux.

Les impressions et les déterminations propres au système nerveux et à celui de la circulation doivent donc engendrer bientôt, par leur répétition continuelle, la première, la plus constante et la plus forte des habitudes de \ instinct, celle de la conservation.

Les organes de la digestion naissent et se développent ensuite. De là les appétits qui se rapportent aux aliments, ou I instinct de nutrition.

§ IX

Il paraît de l'essence de toute matière vivante organisée, d'exécuter des mouvements toniques oscillatoires; de passer,' successivement pendant toute la durée de la vie, de l'état de contraction à celui d'extension; elle est aussi active dans l'ua de ces passages que dans l'autre.

De là naît un nouveau besoin, un nouvel instinct, celui de inouvement, qui se joint aux deux autres, et qui en dépend souvent.

Uidée de corps extérieur vient de l'impression de résistance.

L'impression distincte, ou l'idée de résistance, naît du sentiment, du mouvement, et de celui de la volonté qui l'exécute, ou s'efforce de l'exécuter.

Le poids des membres, la roideur des muscles, suffit pour la donner.

La conscience du moi senti, reconnu distinct des autres existences^, ne s'acquiert donc que par la conscience d'un effort voulu. Le moi réside exclusivement dans la volonté.

Le foetus a donc cette conscience du moi; car il a le besoin, le désir d'exécuter des mouvements '

ANALYTIQUE. 5og Ainsi, quand il arrive à la lumière, son cerveau, cet or- -^ane central , où réside la volonté générale , a déjà reçu des modifications qui commencent à le faire sortir des simples appétits de l'instinct.

Il a des idées , des penchants , dés habitudes. De plus , l'action du système absorbant doit lui donner au moins le sentiment de bien-être, ou de malaise.

Ses intimes rapports avec la mère peuvent lui procurer quelques affections sympathiques.

Enfin, il est possible qu'il ne soit pas étranger à des sensations de lumière et de son : les premières nous arrivent souvent par des coups, ou par des causes internes.

Cet état varie suivant les espèces et les individus : mais enfin on conçoit que le cerveau de l'animal n'est pas table rase au moment de la naissance.

§ XL

C'est à quoi il faut faire bien attention dans les analyses idéologiques.

Rien ne ressemble moins à la nature que ces statues que l'on fait sentir et agir.

Les opérations de l'organe pensant sont toutes modifiées par les déterminations et les habitudes de l'instinct.

11 est , d'ailleurs , positivement impossible que jamais l'organe particulier d'un sens entre isolément en action.

Ces hypothèses ont été très -utiles d'abord ; mais aujourd'hui, c'est dans les observations précédentes, c'est dans la physiologie qu'il faut chercher les bases d'un nouveau traité des sensations.

De l'Instinct.

De tout ce qui précède, il résulte que les premières tendances et les premières habitudes instinctives sont ime suite,

(les lois de la formation et du développement des organes. Elles appartiennent plus particulièrement aux impressions internes.

Celles qui se forment aux époques subséquentes de la vie se ressentent beaucoup plus du mélange et de l'influence des nnpressions externes, qui sont spécialement causes des jugements et des volontés distinctes. Cependant c'est toujours à l'état des ramiEcations nerveuses, et quelquefois aux dispositions intimes du système cérébral lui-même, que doivent leur naissance ces secondes habitudes instinctives; et elles ont encore quelque chose de ce caractère vague de l'instinct.

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