ONZIÈME MÉMOIRE
De l'influence du Moral sur le Physique. § I-
INTRODUCTION
DÈS qu'un mouvement imprimé se prolonge, il faut nécessairement qu'il s'y établisse un ordre quelconque, soit que ce mouvement existe seul, soit qu'il en domine d'autres qu il modifie, et avec lesquels il se combine.
Si la matière n'avait que la seule propriété d être mue , et si elle n'était pas susceptible d'en acquérir d'autres, û ne pourrait s'établir entre ses parties que des rapports de situa-
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Mais dès qu'elle a un grand nombre de propriétés diftcrentes, et qu'elle est capable d'en acquérir une multitude de nouvelles par l'effet de combinaisons postérieures, d doit naître une foule de séries de phénomènes très-divers, mais tous
enchaînés entre eux, et tous dépendants du premier mouvement.
Il est donc bien inutile de supposer à chacune de ces séries un principe distinct, puisque les divers mouvements fussentils en effet étrangers les uns aux autres, il ne résulterait toujours de leur ensemble qu'une seule coordination quelconque: non pas la seule possible , mais la seule qui puisse naître de leur combinaison telle qu'elle est.
C'est ainsi que concourent tous les individus dans le grand tout, et tous les organes dans les individus.
On ne doit donc pas être surpi^is que la série d'opérations, qu'on appelle le moral de l'homme, et celle qu'on nomme le physique, agissent et réagissent l'une sur l'autre; car cela ne peut pas être autrement, quand même on leur supposerait deux principes différents.
§ II
L'influence du moral sur le physique n'est donc pas étonnante; elle est, d'ailleurs, incontestable et prouvée par mille faits directs.
§ III-
• Pour en bien saisir le mode, il faut se rappeler que, dans tous les êtres animés, et surtout dans les animaux les plus parfaits, l'organe de la pensée et de la volonté est le centre commun de tous les autres, le principe de leur vie, de leur sensibilité et de leur mouvement; mais non pas un principe indépendant d'eux, et qu'il a besoin, pour leur faire éprouver son action, d'éprouver la leur.
§ IV
Toute détermination est une réaction; elle suppose une impression antérieure : mais l'action peut s'être arrêtée à un centre partiel de sensibilité, qui peut même en avoir mis d'autres en mouvement, sans que le centre commun en ait été
ANALYTIQUE. ^21 averti et que l'individu en ait la conscience. C'est ainsi que beaucoup de fonctions importantes s'exécutent en nous, et sont plus intimement liées aux unes qu'aux autres.
Ces liaisons particulières des organes entre eux ont souvent pour cause des rapports de situation, ou des analogies de structure, ou des relations entre leurs fonctions diverses. Mais l'observation nous en fait apercevoir un grand nombre dont l'anatomie ne nous montre pas les raisons.
§ VI
L'estomac nous offre de nombreux exemples de cette vérité dans ses effets prodigieux, et souvent subits, sur le système musculaire, sur le cerveau, sur les organes de la génération, sur l'organe cutané, et dans les impressions qu il reçoit de toutes ces parties.
§ VII
Cette grande influence de certains organes est due bien plus à l'importance de leurs fonctions qu'à la vivacité de leur sensibilité; et, ce qui n'est pas moins digne de remarque, I augmentation de leur sensibilité, et même celle de leur action sympathique, sont aussi souvent la suite directe de leur debUitation ou de leurs maladies, que de l'accroissement de leui's forces.
§ VIII
CONCLUSION
Après ces réflexions, on ne doit pas être surpris que le système cérébral, organe spécial delà pensée et de la volonté, ait une très-grande influence sur tous les autres. Il réunit toutes les conditions pour que cette action soit la plus puissante et la plus étendue de toutes. Or, c'est là ce que nous devons entendre par Xinflucncc du moral sur le physique.